Mon avis : Fantaisies guérillères – Guillaume Lebrun
Éditions Christian Bourgois
Mon avis sur Insta c'est ici
Quatrième de couverture :
En ce début de XVe siècle, tout est chaos au Royaume de France : les Englishes imposent leur présence depuis près de cent ans, Armagnacs et Bourguignons n'en finissent pas de s'écharper. La guerre civile menace de ravager le pays. C'en est trop pour Yolande d'Aragon. Puisqu'une prophétesse est attendue pour couronner le dernier Dauphin vivant, il n'est plus temps de rester avachi dans les palais. La fulminante duchesse prend donc la décision de hâter le destin. Et la voilà reconvertie dans l'élevage de quinze petites Jehanne. En secret, elle crée une école dans le but de les former aux exigences militaires et intellectuelles de Guérillères accomplies. Mais la Douzième, de loin la plus forte et la plus féroce, n'a rien à voir avec celle que Yolande aurait voulu initier à la vraie nature de sa mission.
Porté par une langue inouïe d'inventivité, d'insolence et de drôlerie, ce roman iconoclaste en diable réinvente l'un des plus illustres épisodes de l'histoire de France avec panache.
Guillaume Lebrun élève des insectes dans le sud de la France.
Fantaisies guérillères est son premier roman.
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Mon avis :
L'histoire commence avec Yolande from Aragon qui nous conte ici son histoire, dans un langage fleuri mâtiné de néologismes, de mots hors d'âge, d'anglicismes pas très nets et même d'anachronismes, d'argot et d'on ne sait pas trop quoi, un peu ancêtre spirituelle de Douglas Adams, saupoudré d'un soupçon de Frédéric Dard et d'un zeste de Michel Audiard, tout ceci en mode médiéval. Dès le départ ça m'a paru complètement loufoque, mais pourquoi pas ? Restait à savoir si j'allais tenir sur la longueur. Donc, Yolande's husband is Louis II d'Anjou, dit Loulou. Elle est liée par le sang au Grand bastard de France avec qui elle se montre si douce qu'il la nomme tantine. Ben ouais.
Elle joue les devineresses auprès des cocues, juste de quoi gagner quelques deniers pour se payer des robes sans avoir à ouvrir une ligne de crédit auprès de Loulou.
Une Grande Prophétie annonce depuis des années qu'une vierge guérillère viendra sauver le royaume des envahisseurs Englishes. Yolande, n'en pouvant plus d'attendre que ça se réalise, décide, en bonne devineresse, de prendre les choses en main et de former quinze donzelles, potentielles pucelles d'Orléans, pour en avoir une qui soit la bonne. Car passer des annonces ne fonctionne pas. Ne se présentent que ribaudes et devergoigneuses. Donc elle va créer un centre de formation de "Jehanne", une espèce de Starac pour trouver LA bonne Jehanne, une guérillère accomplie, celle qui saura bouter les Englishes hors de France.
Qu'est-ce que je me suis régalée avec Yo et Jehanne d'Arc version pop culture ! J'adore l'irrevérence et je dois dire que j'ai été servie. du plaisir, de la joie, des sourires et des éclats de rire. Mais que c'est bon ! Et puis Yolande (Yo) qui explique aux filles qu'elles ne subiront ni mariement, ni travaux des champs, ni vêlage et donc aucun risque de mourir en couches... Est-ce "Moyen-âge" ce féminisme version XVe siècle ?... qui m'a rappelé, dans mes souvenirs lointains, la princesse Cellulite de Claire Brétécher, BD impertinente et drôle.
Lorsque la parole est donnée à Jehanne la douzième en de longs chapitres, en alternance avec Yo, la loufoquerie n'est point absente, bien au contraire. Étrange petit animal sauvage mutique, dodu et malodorant aux comportements erratiques, elle semble être l'élue.
Mais diantre que ce roman est ébourifique et époustourifant ! Voire même épastrouillant. Ventrebleu, le diable m'élingue, je me suis souventefois esbaudie à la lisance de cet opuscule truffé de hardiesses langagières et spirituelles.
Quel talent il faut pour écrire un tel livre ! C'est drôle, imaginatif, fou, instructif, délicieusement blasphématoire, joyeusement iconoclaste, d'une telle drôlerie !!!
J'ai indubitablement kiffé cette histoire exquisément déjantée où la pucelle d'Orléans est une espèce de punk queer. Quant à quarante-deux, ça m'a longuement esbardaillée avant que je ne trouve pourquoi ça me parlait. C'est que, il y a tant de réf tout le long de ce récit !!!
Je crois bien que Guillaume Lebrun est un génie et son roman une petite merveille d'intelligence et de drôlerie d'une impertinence folle. Un énorme coup de cœur pour moi !!!
Citations :
Page 52 : Par ailleurs, et ce même avant que de pouvoir formuler pensées bien claires en bouche déclose, j’ai toujours senti une différence en moi, qui rendait mol et malléable mon cœur et me faisait ne point estre comme les jeunettes de mon âge et de ma condition. C’est pourquoi j’évitais autant que possible les enfants et les adultes, préférant m’esbaudir en jeux avec les gorets, les chats ou les chevaux, me roulant dans la fange avec délectation.
Page 172 : Ainsi je devins bergère. Élevée à Domrémy, duché du Bar, appartenant à l’évêché de Toul. Moi qui te parle, ne sais point encore au jour d’hui à quoi correspondent ces noms et, contrairement aux autres animaux, approcher tout mouton me dégoûte l’âme. On m’inventa une famille aimante et une enfance bien pieuse, prétendant même que j’aimais me rendre en procession et apprendre par cœur des passages de biblerie. Puis on me fit entendre des voix issues du Ciel qui me commandaient de sauver le royaume.
Page 174 : Nous répétions inlassablement l’histoire Jehannesque afin de pouvoir la mythomanier à quiconque nous la demanderait et plusieurs fois d’affilée, sans nous tromper ni nous contredire.
Page 238 : Une ombre passa derrière lui, qui, en se révélant, me laissa interdite : le roy Charles VI se tenait tout à côté. Il souriait de son visage fantomine et ne semblait plus à l’agonie de ses douleurs passées : il avait retrouvé l’éclat et la beauté de sa jeunesse, ci-près bien avant que le bal Ardent ne vienne lui prendre ses amis les plus proches et la moitié de sa peau en guise de dot, ne lui laissant pour vivre qu’une chair martyrisée et la nutjoberie qui lui cuisait le cervelet.
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