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Mon avis : Les femmes sont occupées – Samira El Ayachi

Publié le par Fanfan Do

Éditions de L’Aube

 

Mon avis sur Insta c'est ici

 

Quatrième de couverture :

Découvrant sa nouvelle condition de « maman solo », la narratrice jongle avec sa solitude sociale, sa solitude existentielle, et s'interroge sur les liens invisibles entre batailles intimes et batailles collectives - entre deux machines à faire tourner, une couche à changer, une thèse à finir et une pièce de théâtre à monter.

 

«Puissant, bouleversant… et drôle ! » Nancy Huston

«Furieusement cathartique ! » Zoé Courtois, Le Monde des livres

«Un des romans les plus enthousiasmants de la rentrée ! » Hubert Artus, Causette

«Un livre engagé à l'écriture ciselée.» Marianne Bliman, Les Échos

«Un livre dévoré au prix d'un sommeil raccourci !» La Croix du Nord

 

 

Mon avis :
Tout de suite je me suis dit "Ohlala mais qu'est-ce que c'est beau ! Et tellement ça ! Qu'est-ce qui est beau ? La façon de décrire l'après rupture, juste après. Tous les sentiments qui passent, l'envie de tout balayer, de tout changer, jusqu'à soi-même. Se transformer en nouvelle personne pour repartir vers l'avenir, un autre avenir que celui qu'on s'était fabriqué en quelques années, avec une personne qui n'est plus là.
Car que faire de sa douleur abyssale, noire, gluante ? Qui a quitté l'autre ? Peu importe. le vide est là, absolu. Avec un deuil à faire, celui d'une vie à deux. Sauf que là, c'était pas à deux mais à trois, avec un Petit Chose.

La vie monoparentale et ses déboires... La culpabilité maternelle, l'impression de ne pas être à la hauteur, de ne pas faire ce qu'il faut, comme il faut. Être presque gênée de travailler et d'être mère en même temps. Les rapports homme-femme sont tellement bien décrits que ça en est déprimant. La vie des femmes est déprimante. Si on la décortique... Pourtant, je ne voudrais pas être un homme. Mais quand-même, j'ai eu l'impression de lire une suite de galères liées au statut de femme. Pourtant, je les connais. Mais de les lire, c'est pas pareil, c'est pire.

Les pères qui oublient leur droit de garde des enfants, qui ne les prennent pas un week-end sur deux, ça existe. Certaines préfèrent, d'autres le vivent mal. C'est le cas de l'autrice qui peine à reprendre son souffle, qui n'est plus que mère. Adieu les soirées entre copines, les moments égoïstes à glander, seule.

J'ai trouvé pas mal de points de convergence avec le fond de ma pensée, notamment le plus violent pour moi, pourquoi avoir fait des enfants dans ce monde là...
L'autrice pointe sur tout ce qui ne va pas pour les femmes dans notre société. Il y a de quoi faire. Et alors que j'ai par moments pensé que 
Samira El Ayachi noircissait un peu le tableau, j'ai repensé à la naissance de ma fille. J'avais gardé la surprise, je ne voulais pas savoir avant, et quand on m'a annoncé que c'était une fille, ma première pensée, où bien l'ai-je dit à voix haute je ne sais plus, "La pauvre, elle va en chier toute sa vie". C'est dire le ressenti sur ma propre vie... On entend tellement de conneries dans une vie de femme, de la petite enfance à l'âge adulte, sur nos capacités, notre intelligence, le rôle qu'on doit tenir, ce qu'on doit faire et ne pas faire, dire et surtout ne pas dire, les métiers pour nous et ceux qu'on ne devrait pas exercer, nos comportements, l'alcool, le tabac, notre vocabulaire... Ah mais je m'emporte ! Il est surtout question ici des Mamans solo et du poids que la société fait peser sur leurs épaules, mais jamais sur celles des pères divorcés...
Alors oui, il fallait bien en parler de la difficulté d'être femme dans un monde fait par les hommes et pour les hommes.

Il y a des moments drôle, mais un peu grinçant quand-même. Ben oui, pas le choix !
Il y a aussi du bon, du doux, car comme dit l'autrice, "Avoir un enfant, c'est rentrer dans la ronde." Eh oui ! Je suis bien d'accord !!
Et puis c'est beau. Il y a tant de poésie dans ces mots qui parlent de peine et du chemin de croix, vers la guérison, ou peut-être plutôt vers la révélation à soi-même.

 

Citations :

Page 14 : Cette histoire n’en finissait pas. Elle n’en finissait pas de mourir dans vos bras.Vous n’étiez plus que deux loques qui se croisent dans un appartement aux murs gris et qui ne s’embrassent plus jamais.

 

Page 41 : Impossible de savoir combien de vies tu mènes de front : 1) il y a la femme qui se bat le jour ; 2) celle qui se noie la nuit ; 3) celle qui découvre au pied du mur le métier improbable de maman ; 4) celle qui apprend à nager en se noyant ; 5) celle qui n’est pas encore arrivée, mais qui — tu l’espères — se pointera bientôt pour voler au secours de toutes les autres : la superwoman en toi.

 

Page 61 : Dans ta tête c’est clair. Dans le corps des jours, c’est autre chose. Tu luttes contre toi-même. La tentation est grande de te laisser couler dans le flux du jour. Il y a des costumes tout prêts et des étiquettes prédécoupées. La mère bonne. La mère dévouée. La mère courage. La mère courge. Les autres, c’est entendu. Toutes des égoïstes ou des salopes.

 

Page 139 : « Je-ne-suis-pas-mère-célibataire, je suis une cheffe de famille comme tout le monde. Cheffe à part entière, cheffe comme toi, papa. Alors arrêtez de me regarder comme s’il me manquait une jambe. Je ne suis pas mère célibataire, je suis une mère autonome ! Merde ! »

 

Page 167 : Arrive toujours un moment où une mère attrape son téléphone et prend des nouvelles. Il y a toujours un moment où l'inquiétude arrive comme un gros nuage au-dessus de sa cervelle en surchauffe. C'est ça dont se coupent l'époque et les hommes : le partage des inquiétudes, le soin apporté à l'autre.

 

 

 

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Mon avis : Le téléphone carnivore – Jo Nesbo

Publié le par Fanfan Do

Traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier

 

Éditions Gallimard

 

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Quatrième de couverture :

Richard Elauved, quatorze ans et mal dans sa peau, est recueilli, après la mort de ses parents, par son oncle et sa tante dans une petite ville où il s’ennuie ferme, ne fréquentant que Tom, bègue et moqué de tous.
Le jour où ce dernier se volatilise, on accuse Richard de l’avoir poussé dans la rivière. Personne ne le croit quand il raconte que le téléphone de la cabine publique où il avait entraîné son camarade pour faire des blagues a dévoré l’oreille, puis la main, le bras et… le reste du corps de Tom.
Personne sauf l’énigmatique Karen, qui l’encourage à mener une investigation jugée superflue par la police. Envoyé en centre de redressement, Richard réussit à s’enfuir avec la complicité de jumeaux maléfiques et aboutit à un manoir abandonné dans la forêt, où se succèdent des phénomènes paranormaux qui semblent tous dirigés contre lui.

 

Mon avis :
Depuis des années, Jo Nesbø écrit des polars, pas des histoires horrifiques.
Ce roman hors norme, le concernant, m'a plu dès le début. J'ai aimé l'ambiance champêtre au crépuscule, un peu eighties, avec Tom et Richard qui se comportent en bons adolescents crétins, à vouloir se croire drôles en faisant des trucs débiles. Ils ont quatorze ans, sont rejetés par les autres et veulent se rendre intéressants. Or en voulant faire une blague téléphonique à un inconnu depuis une cabine (mais à quelle époque sommes-nous donc ???) Tom se fait dévorer par le téléphone. Évidemment, personne ne va croire Richard. Ni la 
police, ni les habitants. Parce que bien sûr, les téléphones ne mangent pas les gens. Et le nom qu'ils ont utilisé dans l'annuaire de la cabine pour faire leur blague, lui fait une "blague".

Richard Elauved, le narrateur, est une sorte de renégat dans son collège. Garçon de la ville donc méprisé, orphelin, qui aime l'ironie et semble se foutre de tout, il fait partie de la plus basse caste. Oui parce que les élèves ont un système de caste, des plus populaires au plus nuls selon leurs critères. Il fait donc partie de la caste des piranhas. Pourtant, en principe les piranhas ça fait peur ! Et il y a Karen ! Belle, originale avec un look très personnel, et brillante dans toutes les matières. En plus elle est sympa !

Ésotérisme et magie noire imprègnent cette histoire. Car Tom a été la première victime mais pas la dernière. Cependant, alors que l'ambiance m'a vraiment rappelé certains romans de Stepehen King ou de 
Dean Koontz, la terreur a été la grande absente. À vrai dire, ce roman évoque de la littérature jeunesse. Mais quand-même, des personnages intéressants, comme cet aveugle plein de bon sens et clairvoyant, ou d'autres inquiétants tels ces jumeaux barjots. J'en suis venue à me demander si le but de Jo Nesbø n'était pas de s'amuser avec les codes de l'horreur plutôt que de faire peur. Car il y a un côté facétieux, notamment avec Richard notre héros dont l'humour et l'apparent je-m'en-foutisme sont omniprésents.

Il y a une ambiance mi-joyeuse, mi-lugubre. D'un côté les fanfaronnades d'adolescents qui se tirent la bourre pour paraître plus malin et plus courageux que les autres, de l'autre une atmosphère mortifère dans des forêts vaporeuses, à la recherche de ce qui a tué Tom. Et toujours, dans ce genre de récit, une dualité entre le quotidien rassurant et des événements incompréhensibles et terrifiants dans une brume ténébreuse et maléfique.

Et puis TADAM !!! deuxième partie, et là, TWIST ! Je me suis demandé si l'auteur se jouait de nous car quoi de mieux que l'imaginaire et les questionnements de ceux à qui l'on s'adresse !? Puis alors la troisième partie !!!..... Re TWIST !! Il est fort Jo Nesbø !!!

Donc après avoir été dans une sorte d'amusement cauchemardesque, puis une sidération quasi-grandguignolesque, j'ai fini dans une angoisse compassionnelle, comme si ce que je lisais était la pire chose qui puisse arriver. Et oui, j'ai aimé ce roman ! Je l'ai dévoré !! Car Jo Nesbø s'est servi du genre horreur-terreur pour nous embarquer là où ne s'attend pas à arriver. Quoique… quelques indices laissés çà et là allument de petites lumières de suspicions que quelque chose va nous surprendre. Pour moi, une totale réussite !!!

 

Citations :

Page 39 : Je posai le pied sur le premier échelon, inspirai profondément et entamai mon ascension.

J’ai le vertige. J’ai peur du noir. J’ai peur de l’eau. J’ai peur du feu. Et j’ai peur des téléphones. Mais avant tout, j’ai peur d’avoir peur.

 

Page 106 : C’était une femme revêche et drôle, obèse et mastiqueuse de chewing-gum, au caractère ombrageux. Elle prétendait que le seul privilège des femmes dans ce monde dominé par les hommes était de pouvoir en toute impunité distribuer des gifles à des gamins qui n’étaient que des voyous insolents.

 

Page 151 : Un cri retentit à l’étage, derrière une porte de la galerie. Était-ce le cri d’un homme, d’un animal ? Je sais seulement que c’était l’un des cris qui transpercent non seulement les os et la moelle, mais encore le cœur, l’âme. L’un de ces cris qui contiennent tout : le désespoir, la peur, la colère, la solitude. Il résonna longtemps après s’être tu.

 

 

 

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Mon avis : Les égarés – Ayana Mathis

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’américain par François Happe

 

Éditions Gallmeister

 

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Quatrième de couverture :

« Elle était comme une de ces hautes montagnes entourées d’une ceinture de nuages tellement épaisse qu’on ne peut pas en voir la partie supérieure. »

 

Chassée par son mari, Ava Carson, une Afro-Américaine d’une quarantaine d’années, arrive à Philadelphie avec son fils Toussaint, âgé de dix ans. À peine s’installe-t-elle au centre d’hébergement de Glenn Avenue qu’elle est déterminée à quitter cet endroit sordide. Mais en ce milieu des années 1980, peu de choix s’offrent à des gens comme elle : originaire d’un village de l’Alabama, elle a rompu tout contact avec sa mère et ne peut compter sur personne. Lorsque le père de Toussaint, un homme charismatique, autoritaire et très engagé politiquement, réapparaît dans la vie d’Ava, celle-ci se croit enfin tirée d’affaire. Dans le même temps, un puissant atavisme lié à ce Sud lointain, incarné par une grand-mère qu’il ne connaît pas, commence à germer chez Toussaint.

Sans complaisance aucune, Les égarés dresse le portrait poignant d’une mère prête ,à tout pour protéger son enfant de la froideur du monde, quitte à se brûler les ailes.

 

 

Mon avis :
Je me suis souvent demandé ce qu'il pouvait y avoir de pire que de se retrouver à la rue. Eh bien c'est de se retrouver à la rue avec un enfant, son enfant. Car à la peur et au danger, se joint l'humiliation. C'est ce qui est arrivé à Ava et son fils Toussaint. On est en 1985. Ils sont sans domicile, à la rue, où la compassion n'a pas sa place, où c'est chacun pour soi. C'est immédiatement d'une tristesse infinie. Car oui, ça sent la misère de vivre. Après s'être fait virer par Abemi le mari d'Ava, ils atterrissent dans un foyer où tout révulse Ava, des couleurs des murs au règlement infantilisant en passant par les cafards morts dans les lits.

On apprend peu à peu ce qu'est, ce qu'a été la vie d'Ava, qui elle est, d'où elle vient, ce qui l'a amenée à cette situation. Et il faut bien avouer que c'est une étrange personne, comme si elle était un peu extérieure à elle-même, ayant fait des choix qui ne semblent pas l'avoir enthousiasmée, qui ne semblent même pas être les siens, telle un bouchon au gré du courant. On fait des allers-retours entre le présent et le passé, entre Ava, ses moments de vie avec ses ex-compagnons, la vie de sa mère Dutchess, quand elle-même était enfant et qu'elles vivaient à 
Bonaparte en Alabama, ville de niggers, cédée au Noirs dans la deuxième moitié du XIXe siècle. "Depuis une centaine d'années, un des nôtres allumait un feu au crépuscule et l'entretenait jusqu'au lever du jour pour que tous ceux qui étaient de Bonaparte puissent rentrer chez eux par la rivière." J'ai adoré les relents de Sud profond d'une époque révolue. Les Noirs qui se rappelaient qu'il n'y avait pas si longtemps, ils ne possédaient rien, pas même leur vie, juste avant d'avoir Bonaparte. Un temps où les choses n'étaient pas éphémères. C'est sur ces terre que vit toujours Dutchess. Mais Bonaparte n'est plus comme avant, Bonaparte se meurt : "On a dévié de notre propre temps pour rentrer dans le temps des Blancs."

On se demande pourquoi Ava ne retourne pas chez sa mère au lieu de faire subir cette vie à son fils. Pourtant elle y pense...
Deux époques, deux ambiances, deux vies en communauté, deux destins de femmes, Dutchess la mère, Ava la fille. Toutes deux élevant seule son enfant. Toutes deux en lutte, Ava qui ne possède rien mais qui voudrait tant et Dutchess qui se bat pour garder le peu qu'elle possède, convoité par les Blancs. En réalité Ava sait-elle réellement ce qu'elle veut ? Elle semble toujours se laisser porter par le désir des autres. Et Cass, qui a fait autrefois partie des Black Panthers, géniteur de Toussaint, médecin ou peut-être pas, charismatique et inquiétant, mais surtout dominateur et utopiste, réapparaît un jour...
J'ai beaucoup aimé Dutchess, et pas du tout Ava, froide et imbue d'elle-même, si faible avec son amour de toujours qu'elle met son fils en danger.

Cette histoire nous rappelle au passage le mal que les Blancs ont fait, l'esclavagisme, la quasi-éradication des autochtones, la destruction de la nature à leur profit. Ça raconte la difficulté d'être femme et ça nous parle d'emprise. Ça dit la contrainte d'être un enfant, toujours à la merci des adultes, de leurs incohérences et de leurs lubies.
C'est un récit qui vous embarque dès les premières lignes et qu'on n'a plus envie de lâcher, qu'on voudrait pouvoir lire sans s'arrêter jusqu'au mot fin. Enfin... c'est ce que j'ai ressenti jusqu'à la moitié à peu près. Car après j'ai trouvé le temps long. L'histoire s'étire lentement, trop à mon goût.
L'autrice nous offre quelques envolées poétiques !!! Elle sublime, dans ces moments, la dureté qu'elle raconte, c'est magnifique et désolant.

Merci Babelio Masse Critique et Éditions Gallmeister

 

Citations :

Page 22 : Qui va pouvoir nous aider, se demanda Ava, s’il n’y a ici que des femmes et leurs gosses, toutes aussi pauvres que des rats d’église ? Comme disait sa mère, quand on n’a rien, on peut rien faire.

 

Page 40 : Toutes ces femmes qui étaient là avaient un mec qui, d’une façon ou d’une autre, les avait foutues dans la merde.

 

Page 65 : Tous les Blancs étaient encore dans le Nord, dans leurs contrées froides, à s’entretuer. Mais ils n’allaient pas tarder. Et quand ils sont arrivés ! Ils voulaient vaincre la mort et le temps. Ils se sont abattus sur le monde comme la pluie s’était abattue sur Noé. Ils voulaient être la pluie et Noé, et Dieu par dessus le marché.

 

Page : 96 : Ma fille, pensa Ava, sois bien prudente. Tu peux te retrouver avec un véritable salopard et rester avec lui jusqu’à ce que tu n’en puisses plus. Ou peut-être que cette fille avait connu un de ces hommes qui lui avait rendu la vie tellement impossible qu’à la fin elle était complètement anéantie.

 

Page 202 : Y a eu une époque où on avait des inconnus qui défilaient sans arrêt dans le coin. Bonaparte est ce genre d’endroit qu’est un peu à l’écart du monde. Les gens débarquaient ici, venant de partout ou de nulle part. Ou ils arrivaient après avoir tellement voyagé que ce qu’ils avaient été auparavant les suivait de très loin. Parfois, ils essayaient de trouver qui d’autre ils pourraient devenir. Parfois, il fallait qu’ils deviennent quelqu’un d’autre. Nous on posait pas beaucoup de questions, sauf si les gens commençaient à se comporter d’une manière telle qu’on était amenés à leur en poser.

 

Page 245 : Et puis je me suis mise à observer Carter Lee, Juniata, Erma Linner et Memma, je veux dire à les regarder vraiment, en pensant que nous étions devenus vieux ensemble, comme un jeune homme et sa femme, s’ils ont un peu de chance.

 

Page 293 : Nous ne mangeons pas la chair d’autres créatures douées de sensations. Nous refusons d’absorber la terreur ressentie par ces êtres vivants à l’abattoir, sous peine de la ressentir nous-même.

 

Page 334 : Deux flics descendirent, s’avançant avec cette démarche qui donne l’impression qu’ils ont un paquet si énorme, là, au bas du ventre, qu’ils peuvent pas serrer les cuisses.

 

 

 

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Mon avis : Katie – Michael McDowell

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’américain par Jean Szlamowicz

 

Éditions Monsieur Toussaint Louverture

 

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Quatrième de couverture :

Lorsque Philomela Drax reçoit une lettre de son riche grand-père, qui craint pour sa vie désormais aux mains d’une famille de crapules sans pitié, les Slape, elle se précipite à la rescousse. Mais le temps presse, car Katie Slape, douée d’un don de voyance et d’un bon coup de marteau, est sur le point d’arriver à ses fins. Démarre alors une traque endiablée à travers l'âge d'or américain. Mais qui poursuit qui ? Car personne n'échappe à Katie la furie !


 

 

Mon avis :
Ça commence comme un conte ! J'adore !! La veille de Noël en 1863, la petite 
Katie Slape joue à la poupée dans une chambre miteuse de Philadelphie. Et ça vire tout de suite au sordide avec une histoire de petits chiens. Il y a des pauvres gentils et des riches arrogants. Comme dans les histoires pour enfant. Mais ils y a aussi des miséreux méchants... et quelques riches aimables. J'ai tout de suite aimé l'ambiance poisseuse. Elle m'a ramenée à la personne que j'étais il y a longtemps et aux histoires d'un autre temps que j'aimais, avec des rues sombres, le bruit des calèches sur les pavés, des coupe-gorges, des ombres furtives et des lames qui scintillent dans la pénombre.
Plus tard on fait réellement connaissance avec 
Katie et sa famille ignoble, pauvres et détestables, alors qu'on avait fait connaissance avec Philo, modeste et aimable.

Le jour où, anonymement, Philomela se fait embaucher comme bonne auprès de 
Katie Slape et ses horribles parents qui convoitent la fortune du grand-père de Philo qui a appelé à l'aide et qu'ils tuent à petit feu, l'histoire devient totalement angoissante. C'est les Thénardier à la sauce américaine. Sans foi ni loi, prêts à tout pour de l'argent. Des gens dangereux, stupides mais rusés, vulgaires et totalement amoraux. de plus, Katie est très spéciale car elle voit des choses rien qu'en touchant les gens et joue du marteau comme personne, ce qui ajoute à l'effroi de ce qu'on peut imaginer.

Tout le long de ma lecture, j'ai trouvé les ficelles un peu grosses, pourtant j'ai adoré ! J'ai frissonné, tremblé, retenu mon souffle. N'est-ce pas ce qu'on attend d'un roman comme celui-ci ? 
Katie est une vraie psychopathe, dangereuse et terrifiante. Philo est très naïve avec une trop grande propension à la confiance, et ceci même envers des inconnues. Il va lui arriver des mésaventures et des malheurs mais elle semble pleine de ressources. Malgré sa candeur elle est néanmoins très réfléchie. le petit côté Cendrillon de l'histoire est contrebalancé par l'ignominie des Slape, heureusement. Trop de bons sentiments, compensés par de la folie meurtrière, font de ce roman un véritable page turner.

Il y a un ton féministe dans cette histoire. La condition des femmes y est mise en avant. Soit qu'elles devaient se marier car c'était pratiquement un destin inévitable pour elles, ou travailler pour un salaire de misère, au contact d'hommes qui passaient leur temps à leur faire des propositions douteuses qu'elles devaient parfois accepter si elles voulaient payer leur loyer et se nourrir. Quant à celles retrouvées assassinées, c'était la quasi-indifférence générale, à peine trois lignes dans le journal.

Voilà donc un livre agaçant quelquefois, mais aussi enthousiasmant parfois, et cependant terriblement oppressant, qui se dévore et ne laisse aucun répit jusqu'à la toute fin !!! J'ai tout aimé, y compris le côté volontairement manichéen.

 

Citations :

Page 36 : Je n’ai pas d’occupation, expliqua-t-il. Je suis entièrement oisif, j’en ai peur. Mon père nous a légué à ma mère et moi un patrimoine très convenable, peut-être même trop convenable, en tout cas en ce qui concerne le développement de mon caractère.

 

Page 249 : Des dizaines de femmes disparaissaient chaque année, dans les rues, les pensions et les magasins de tapis de New York. Leurs descriptions — tout un nuancier de beautés — remplissaient trois cartons au bureau des personnes disparues de Centre Street.

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Mon avis : Je suis une légende – Richard Matheson

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’américain par Nathalie Serval

 

Éditions Folio SF

 

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Quatrième de couverture :

Chaque jour, il doit organiser son existence solitaire dans une cité à l'abandon, vidée de ses habitants par une étrange épidémie. Un virus incurable qui contraint les hommes à se nourrir de sang et les oblige à fuir les rayons du soleil... Chaque nuit, les vampires le traquent jusqu'aux portes de sa demeure, frêle refuge contre une horde aux visages familiers de ses anciens voisins ou de sa propre femme. Chaque nuit est un cauchemar pour le dernier homme, l'ultime survivant d'une espèce désormais légendaire.


 

 

Mon avis :
L'histoire commence en janvier 1976. Robert Neville semble seul au monde, cloîtré dans sa maison dès la nuit tombée pour échapper aux vampires qui le harcèlent pour qu'il sorte. Sa solitude est terrifiante et il se demande parfois pourquoi lutter. Car le monde a basculé dans le néant, il n'y a plus de futur pour l'humanité. Il n'y a pour ainsi dire plus d'humanité. Il est le dernier d'une civilisation éteinte, barricadé chez lui dans une hideuse claustration désespérée. Il lui reste ses souvenirs, et sa rage de vivre sans bien savoir pourquoi car, à quoi sert de vivre quand on est le dernier de son espèce ? Mais il cherche. Il voudrait comprendre la raison de ce qui est arrivé au monde. Et pourquoi, d'un point de vue cartésien, l'ail et les crucifix éloignent les vampires ?

C'est l'isolement et l'absence totale de perspectives d'avenir qui m'ont parues abominables, bien plus que les prédateurs qui le guettent. Mais bien sûr on espère qu'il trouvera d'autres humains non contaminés. L'espoir est indispensable au désir de vivre. Enfin, je crois... Entre ivrognerie solitaire, expéditions de destruction des monstres, et quête de son Graal, il avance pas à pas.

C'est agréable à lire mais souvent lent. Sauf que des révélations arrivent. D'abord comme des petites lumières de conscience dans l'obscurité, qui ouvrent des portes de compréhension, des petits cailloux sur un chemin ou des pièces d'un puzzle qui se mettent en place. Néanmoins je reste un peu dubitative ! Comment fait-on pour se muer en scientifique doublé d'un laborantin quand on n'a aucune formation dans ce domaine et qu'on est seul au monde, à une époque où le monde s'est arrêté.
Cependant je n'ai pas compris à quel moment on apprend qu'il y a des vampires vivants et des morts.
Et surtout ça n'a rien à voir avec le film avec 
Will Smith.

Écrit en 1954 ce roman parle de choses que certains ne comprendraient pas, comme par exemple une montre arrêtée parce qu'elle n'a pas été remontée. Moi ça m'a fait remonter le temps .

 

Citations :

Page 37 : En des temps reculés — disons, jusqu’à la fin du Moyen Âge — le pouvoir du vampire était aussi grand que la terreur qu’il inspirait. C’est pourquoi on jeta l’anathème sur lui. La société ressent à son endroit une haine irrationnelle.

Pourtant, en quoi ses habitudes sont-elles plus révoltantes que celles des autres hommes et animaux ? Ses crimes sont-ils plus grave que ceux des parents qui étouffent la personnalité de leur enfant ? Son seul nom provoque des réactions d’effroi. Mais est-il plus monstrueux que les parents d’un gosse névrosé, futur homme politique ? Que l’industriel distribuant à des œuvres l’argent qu’il a amassé en fournissant en bombes et en fusils des terroristes kamikazes ?

 

Page 101 : Neville s’immobilisa et explora la salle du regard. Tous ces livres, songea-t-il en secouant la tête. Ces résidus de l’intellect planétaire, raclures de cerveaux frivoles, pots pourris d’artefacts incapables de sauver l’homme de l’anéantissement…

 

Page 220 : Il ferma les yeux et pensa : je vais mourir.

Cela non plus, il ne pouvait l’admettre. Malgré ces trois années vécues en compagnie de la mort, pareil à un funambule avançant au dessus d’un abîme sans fond, il ne comprenait pas. La mort — sa mort — était une notion qui lui échappait totalement.

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Mon avis : Nekotopia – Asuka Fujimori

Publié le par Fanfan Do

Éditions Flammarion

 

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Quatrième de couverture :

Maman n'arrête pas de me crier après. Papa me regarde en poussant des soupirs désespérés. Le docteur barbu me reçoit dans son cabinet toutes les semaines et s'arrache les cheveux par poignées entières. Le Maître de la cité a plein d'idées étranges - il veut faire de moi son héritière -, on dit qu'il est malade et qu'il va mourir. Les membres du Conseil, puissants et influents, affirment que ma petite personne est incontournable : ils attendent de moi je ne sais quel miracle. Quantité de gens se prosternent à mes pieds et me couvrent de cadeaux. Partout on espère un geste de ma part, ce geste simple qui pourrait sauver le Pouvoir, sans lequel la cité s'effondrerait. Moi, je voudrais tant qu'on me laisse jouer tranquillement et qu'on arrête de m'embêter avec ces histoires! Asuka n'a pas encore dix ans, et rien dans cette cité ne l'intéresse vraiment. Rien, excepté les rubans, les jolies robes, écraser des pierres sur le nez des garçons... et surtout trucider les chats.

 

Asuka Fujimori, 25 ans, est japonaise. Nekotopia est son premier roman, écrit directement en français, un conte à la fois cruel est absurde.


 

 

Mon avis :
À première vue en tombant sur ce livre un jour à Emmaüs, j'ai pensé que le titre, Neko = chat en japonais et topia, évoquait un endroit rêvé pour les chats. Que nenni ! Les 19 premiers chapitres m'ont donné envie de vomir. Asuka, la narratrice qui porte le même prénom que l'autrice (oups ! Mais pourquoi donc ?), est une espèce de petite abomination, une immonde psychopathe qui n'a pas dix ans mais excelle en cruauté envers les chats. Elle leur donne des noms totalement improbables comme Michelangelo Merisi di Caravaggio ou encore Pol Pot et même Josef Mengele, et les tue de manière abominable. Alors bien sûr la couverture aurait pu me donner des indications... mais je l'ai juste trouvée très belle et je ne me suis pas méfiée. Car ça ne s'arrête hélas pas au chapitre 19 mais c'est là que je me suis dit que je ne pouvais pas continuer ce roman ignoble. Puis je suis allée voir les critiques sur Babelio et Oh surprise !!! Elles sont bonnes. Il est même écrit que c'est une histoire bourrée d'humour. J'ai donc mis ma répulsion de côté pour poursuivre un peu par curiosité avec toutefois la peur de faire des cauchemars. Car moi j'adore les chats, ils font partie de ma vie, de ma famille. En fait, la maltraitance envers les animaux m'est totalement insupportable.

À chaque massacre de chat, Asuka est consternée car ses parents évoquent un malheureux accident. Elle se demande même s'ils ne sont pas carrément stupides. En revanche sa mère se soûle pour oublier...

Heureusement, il y a un autre personnage, le Maître, complètement timbré mais tellement drôle ! Il est le Maître de la cité, vénéré par tous, adulé, admiré, et qui les déteste tous et les aime aussi, qui les méprise et les admire tout autant. Et le point commun entre Asuka et le Maître, c'est qu'ils sont suivis par le même psychiatre qui, soit dit en passant est en train de devenir dépressif au contact de cette gamine monstrueuse de cruauté.

Ce roman est un peu comme une sauce aigre-douce. D'un côté Asuka que j'aurais adoré voir se sublimer ou exploser ou se désintégrer tant elle m'a revulsée, tant je l'ai haïe, et de l'autre le Maître, cette espèce de bipolaire complètement à la masse qui m'a fait beaucoup rire. C'est gore et drôle, mais pas aux mêmes moments, pas avec les mêmes personnages. C'est tout à fait surprenant. Comment peut-on écrire des chapitres aussi horribles puis ensuite en écrire d'autres avec un humour certes un peu cru mais percutant et hilarant ?
Puis je me suis mise à lire les chapitres sur Asuka en diagonale tant j'ai trouvé insupportable tous ces détails sordides sur les mises à mort de chats. J'en suis venue à penser que pour écrire des saloperies pareilles il faut être complètement tarée et sadique ! Et puis j'ai abandonné cette lecture car c'est pas possible de s'infliger de telles souffrances. Fin des hostilités pour moi à la page 92.

Étrangement, cette autrice japonaise a écrit ce roman entièrement en français. Moi, j'aurais aimé qu'elle ne l'écrive pas !!!

 

Citations :

Page 60 : — Oh les gens les gens ! Je les méprise et je les vénère. Je les envie et je les hais. Mon cas est désespéré, n’est-ce pas docteur ?

Vous plaisantez ! De tous mes patients, vous êtes bien l’un des plus normaux qu’il m’est été donné de traiter. Stress ordinaire relevé par un langage de charretier et agrémenté d’un relent de misogynie. Vous êtes, en dépit de toute chose, remarquablement humain. Pas du tout comme je l’avais imaginé… Vous pouvez pas savoir combien ça me rassure.

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Mon avis : Soleil vert – Harry Harrison

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’américain par Sébastien Guillot

 

Éditions J’ai Lu

 

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Quatrième de couverture :

Tandis que l'humanité s'apprête à entrer dans le troisième millénaire, la surpopulation est devenue telle que les ressources naturelles ne suffisent plus à couvrir ses besoins. La nourriture et l'eau sont rationnées, il n'y a plus de pétrole, plus guère d'animaux. Trente-cinq millions de New-yorkais, pour la plupart sans emploi ni logement, se battent pour survivre. Andy Rush a un travail, lui. Tous les jours, avec les autres policiers de sa brigade, il part disperser les émeutes de la faim qui se produisent lors de chaque nouvelle distribution de nourriture de synthèse.
Alors, qu'importe si un nabab aux activités louches s'est fait descendre ? S'il parvenait à attraper le meurtrier, Andy le remercierait presque pour services rendus...


 

 

Mon avis :
Dans un futur proche, New-York en 1999. Trente cinq millions d'habitants, canicules, sécheresses, pénuries d'eau, nappes phréatiques dangereusement basses, rationnement. C'est dans ce contexte que vit et travail Andy Rush, policier.
Les gens ont faim, ont soif et sont sales car il n'y a pas assez d'eau...
Une époque où il n'existe plus que trois gros cétacés encore en vie dans les océans.

Dans ce futur sinistre, Andy Rush doit résoudre un meurtre, celui d'un sale type qui traficotait on sait quoi et dont tout le monde se fout mais dont les possibles raisons semblent inquiéter quelqu'un quelque part.

J'ai vu le film 
Soleil vert avec Charlton Heston quand j'étais adolescente et je me rappelle que j'avais aimé. Mais finalement, le roman évoque vaguement une enquête policière dans une société dystopique. Je dis vaguement car on n'en suit pas réellement l'évolution. Il s'agit là plutôt de suivre la vie et les difficultés de Andy, de Sol son vieux colocataire, et de Shirl, la beauté qui vivait avec l'homme assassiné, mais aussi de la population. Il s'agit là d'une société d'assistés à qui on distribue eau et nourriture, mais en trop petites quantités, ce qui amène à des émeutes terribles, réprimées dans une extrême violence.
L'auteur avait assez bien imaginé l'avenir avec ce roman écrit en 1966. Pénuries de tout, surpopulation (sept milliards d'humains sur terre), pollution et grande misère, cupidité et égoïsme des dirigeants, destruction systématique des ressources et des espèces et donc de notre capacité à survivre, et droit à l'avortement problématique dans cette société puritaine.
C'est un roman qui se lit bien, pourtant il ne s'y passe pas grand-chose. Écrit en 1966 ce récit disait ce qui nous attendait, et il y a pourtant encore des politiciens qui osent dire "on pouvait pas prévoir".

Ce roman parle de l'aveuglement de l'humanité et de sa stupidité à scier la branche sur laquelle nous sommes assis, et du grand malheur de tout ce qui faisait la beauté de la Terre, sa faune, sa flore, ses ressources naturelles, que nous pillons sans vergogne depuis un peu plus d'un siècle. Mais rien à voir avec le film du même nom, ou si peu... Pourquoi le roman s'appelle 
Soleil vert ? Mystère...

 

Citations :

Page 42 : Mettre la main sur de l’argent liquide n’avait rien de facile, or l’argent liquide était la seule chose qui comptait. Sa famille n’en voyait pas la couleur à la maison. Les cartes d’Allocation se chargeaient de tout, elles faisaient en sorte de vous garder juste assez vivant pour que vous détestiez être en vie.

 

Page 135 : Mon père avait des pompes dans son ranch, et il ne prêtait pas beaucoup d’attention aux géologues qui lui expliquaient qu’il utilisait de l’eau fossile, de l’eau qui avait passé des millénaires dans le sol. Ça fait pousser les légumes aussi bien, voilà ce qu’il n’arrêtait pas de répéter. Mais il ne devait pas en rester beaucoup, parce qu’un jour l’eau fossile a tout simplement cessé de couler, et la pompe de fonctionner. Je n’oublierai jamais cela, nos arbres qui mouraient sans qu’on puisse faire quoi que ce soit.

 

Page 270 : Tu sais aussi bien que moi que la contraception n’a rien à voir avec le fait de tuer des bébés. En réalité, ça en sauve. Quel est le plus grand crime — laisser des gosses mourir de maladie ou de la famine, ou bien faire en sorte que ceux qui n’étaient pas désirés ne viennent tout simplement pas au monde ?

 

Page 275 : Un couple marié aura-t-il un, deux ou trois enfants — ce qu’il faudra pour maintenir une population mondiale constante, et garantir à tous une vie pleine d’opportunités ? Ou en aura-t-il quatre, cinq ou six, sans se soucier de les condamner ainsi à la faim, au froid et à la misère ? Comme dans ce monde là dehors, ajouta-t-il en pointant un doigt vers la fenêtre.

 

 

 

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Mon avis : Le dixième cercle – Mempo Giardinelli

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’espagnol ( Argentine ) par Daniel Fernandez

 

Éditions Métailié Suites

 

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Quatrième de couverture :

"J'ai toujours su que ce que je faisais était horrible, mais je l'ai fait. Une fois lancé sur cette corniche de l'enfer comme une boule de bowling qui prend vitesse et force en glissant, je ne me suis plus arrêté. Le nombre de quilles que j'allais renverser n'avait plus d'importance. Tout ce qui comptait, c'était de rouler".

 

Une atmosphère irrespirable, perverse et totalement noire, une spirale obsessionnelle, érotique et meurtrière, sur fond de fuite hallucinante à travers le Nord de l'Argentine. Des amants diaboliques inventent le dixième cercle de l'Enfer.


 

 

Mon avis :
Le narrateur, à l'approche de la cinquantaine, est arrivé à un âge où il pense que soit on devient sage et ennuyeux en attendant la fin, soit on fait des folies. Il opte pour la deuxième possibilité et tout d'abord il devient l'amant passionné de Griselda, la femme de son meilleur ami et associé Antonio. Mais une idée folle lui passe par la tête, une idée comme ça, ignoble, qu'il a envie de réaliser, juste comme ça. On comprend rapidement que les blessures de l'enfance ressurgissent tôt ou tard, dangereusement.

On suit le périple infernal de ce couple maudit, qui se comporte comme si toute éthique les avait abandonnés, agissant comme si toute morale leur était devenue étrangère. C'est d'une violence et d'une froideur assez dérangeante où l'absence de scrupules et de remords attise le malaise. J'ai hésité à poursuivre dans les tout débuts tant c'est brutal.

De cette cavale sanguinaire ressortent peu à peu les motivations de ce couple mortifère à la libido extatique. Cette fuite en avant amène des questions existentielles sur les chemins de vie, ceux qu'on a pris et qu'on n'aurait pas dû, ou au contraire...

Quand on vit bien comme il faut dans un pays, l'Argentine, où les dirigeants sont corrompus, les flics des pourris et ses semblables trop souvent des hypocrites immoraux, n'y a-t-il pas de quoi se poser des questions sur le bien-fondé de ses bons comportements ?
Finalement, au fil de ma lecture j'ai trouvé les réflexions de Griselda et Alfredo très profondes et je me suis interrogée sur le sens de la vie. Et s'il n'y en avait pas ? Personnellement je pense que nous sommes juste le fruit du hasard... et que nous tournons en rond.

C'est l'histoire d'un road trip très violent, et trash, mais qui raconte des réalités insupportables, innombrables et totalement révoltantes, hélas. Ce livre que j'ai commencé sans autre idée que de coller au thème du @prixbookstagram pour le thème #lecoupleenlittérature en cours m'a embarquée comme un raz de marée. Une écriture ciselée au service d'un roman noir, noir, noir... le titre nous avait prévenu ! Destination l'enfer !!

 

Citations :

Page 20 : Quand j’étais enfant, mes sœurs et moi avons grandi dans le bruit de ces volées de coups et le spectacle de maman couverte de bleus, blessée, mais surtout, silencieuse. Il me rendait fou ce silence. Cette façon de se taire, cette acceptation passive. Je hais le silence, il me tue, il me désespère, je ne comprends pas pourquoi ils se taisent et se réfugient dans cette espèce de souffrance sourde.

 

Page 39 : Griselda me regarda tout le temps, comme si elle prenait la mesure de l’homme nouveau que j’étais devenu, ce type différent qu’elle avait à côté d’elle. Il y avait dans son regard de l’étonnement, une légère stupeur, beaucoup de curiosité et même de l’amusement. J’étais une des pires types qui soient : le complice idéal de la méchante fille qu’elle était à ce moment.

 

Page 52 : — Voilà ce qui se passe, je lui ai dit quand à deux mètres je lui ai collé une balle en pleine figure. Clac, et qu’il aille se faire foutre ce sale type. J’étais ravi de cette affaire. Croyez-moi : c’est fascinant de tuer des gens. Oui, je sais parfaitement que cela vous paraîtra absurde, horrible, mais essayez et après vous me direz.

 

Page 53 : Je ne sais toujours pas pourquoi j’avais choisi de rester une heure de plus dans la cathédrale, et je n’ai pas pris ce train pour lequel j’avais les billets. Mais c’est comme ça : il suffit qu’un petit engrenage saute pour que tout explose, pour que tout change. Les gens n’ont pas idée de la fragilité de la vie. Et pourtant presque tous, comme des imbéciles, passent leur vie à prendre soin de ce qui est éphémère, à garder et à conserver ce qui est destiné à disparaître. Très drôle, après tout.

 

Page 73 : Les insomniaques, les putes et les désespérés, au moins, sont les gardiens de la nuit dans toutes les villes de la planète.

 

 

 

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Mon avis : Une année chez les Français – Fouad Laroui

Publié le par Fanfan Do

Éditions Pocket

 

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Quatrième de couverture :

1969 : les Américains marchent sur la Lune. Mehdi, 10 ans, débarque au lycée Lyautey de Casablanca où son instituteur, impressionné par son intelligence et sa boulimie de lecture, lui a obtenu une bourse. Loin de son village de l'Atlas, Mehdi pense être un membre de l'équipage d'Apollo découvrant une planète inconnue : qui sont ces Français qui vivent dans le luxe, adorent les choses immangeables, parlent sans pudeur et lui manifestent un tel intérêt ?
Durant une année scolaire animée par une galerie de personnages surprenants, l'histoire émouvante d'un enfant propulsé dans un univers aux antipodes de celui de sa famille.

" Ce livre est un bonbon à dévorer. " ELLE


 

 

Mon avis :
En 1969, Mehdi, petit bonhomme de 10 ans débarque un jour de son village de l'Atlas au lycée français de Casablanca pour y être interne. Il a obtenu une bourse grâce à sa passion de la lecture et à son intelligence ! Il est seul, intimidé par ces adultes qu'il ne comprend pas vraiment. Dès le début j'ai beaucoup ri. C'est drôle, c'est frais comme l'innocence de l'enfance. Parce que, évidemment, le choc des cultures est là. Mehdi, issu d'un tout petit village, pauvre, a eu jusque là une éducation traditionnelle marocaine. Donc Casablanca et les français, pour lui c'est l'inconnu.

Mehdi rêve d'invisibilité dans cet endroit où tout lui semble étrange, lui le petit marocain des montagnes. Il ne veut pas se faire remarquer, garçon pauvre au milieu d'enfants tous plus à l'aise que lui, dont certains sont riches.
Il y a une savoureuse galerie de personnages, du directeur au factotum en passant par les pions, tous on l'air bizarres ou fantasques voire carrément siphonnés.

C'est souvent drôle, mais cruel aussi. Car Mehdi est naïf, il prend tout au pied de la lettre et ne comprend pas le second degré ni l'humour et subit quelques humiliations. Il m'a beaucoup fait penser au petit Nicolas, avec son imagination débordante, ses interprétations complètement erronées et ses questions qui agacent souvent les adultes. Des adultes un peu allumés, ou trop sérieux mais aussi un en particulier assez vachard, moqueur, qui se plait à le ridiculiser devant ses petits camarades car ils se sent parfois jugé par cet enfants alors que ces remarques sont seulement l'effet de sa candeur. Sans oublier le mépris ou le racisme ordinaire qui permettait de dire tout et n'importe quoi à cette époque.

Entre choc des cultures et choc des générations il y a comme un mur d'incompréhension entre lui et le monde des adultes mais aussi parfois avec les autres enfants, français, espagnols ou arabes.

Bien que présenté comme un ouvrage de fiction, cette histoire semble très autobiographique. Elle fait la part belle à l'imagination de l'enfance, celle d'un petit garçon féru d'évasion par la littérature car oui, il voue une passion dévorante aux livres. de plus, de nombreuses situations, dialogues et répliques percutantes m'ont fait hurler de rire. J'ai adoré ce roman doux amer et vraiment drôle sur cet enfant doué qui a soif d'apprendre.

 

Citations :

Page 33 : Il leva les yeux, découragé, et se mit à examiner avec attention les bâtiments qui encadraient la cour et qui formaient l’univers où sa vie allait désormais être confinée. Ils étaient assez quelconques, ces grands parallélépipèdes tout blancs de quatre ou cinq étages, troués de fenêtres rectangulaires où se reflétait le ciel, où miroitait parfois le soleil, et qui semblaient ne rien promettre, à première vue, ni ne menacer personne. Pourtant, plus on les regardait, ces blocs massifs, plus ils avaient l’air d’être à l’affût. Cette immobilité de pierre et de béton était si parfaite qu’elle ne pouvait être que feinte. Mehdi sentit une marée d’appréhension l’envahir, lentement, tout doucement, jusqu’à ce que la boule, l’inévitable boule, fidèle compagne des moments d’angoisse, se matérialisât au creux de son ventre. Serrant les dents, il se mit à compter les fenêtres de la façade qui se dressait devant lui : cinq étages, huit ouvertures par étage. Cinq fois huit. Quarante. Ali Baba et les quarante voleurs.

 

Page 84 : — Tu veux ta baffe, M’Chiche ? Je me fous que t’aies pas mangé, toi : ton père possède la moitié du Gharb et il produit des millions de tonnes de riz chaque année, tu bouffes ou tu bouffes pas, tu t’débrouilles avec lui, j’m’en fous ! Mais lui, là, le pélican (il montra Mehdi du doigt), d’abord il est barjot, ensuite il vient d’on ne sait où avec une bourse de la République française, ça fait quatre ou cinq bonnes raisons de s’occuper de sa petite santé et moi, con et obéissant, fier de mon pays, la France éternelle, je vais faire ça pendant toute l’année, m’occuper du petit Chose, du p’tit boursier d’la République, j’suis là pour ça, et si t’es pas content, M’Chiche, la mort de tes os, ma parole, je te fais avaler mon parapluie.

 

Page 146 : — Bien sûr, vous n’étudierez jamais Oscar Wilde, sauf, peut-être, en cours d’angliche. Mais ne vous en faites pas, on a aussi bien, sinon mieux : Tristan Bernard, Les Guitry, Jules Renard, etc. C’est quand-même extraordinaire d’avoir le français pour langue maternelle…

Il s’interrompit en pleine envolée lyrique pour abaisser le regard en direction des quelques têtes bouclées parsemées dans la classe.

L’arabe aussi est une très belle langue, bien sûr, avec une longue histoire et un trésor d’œuvres de grande volée, surtout en poésie. Mais l’esprit français… Voltaire ! Diderot ! Valéry ! Finalement, je vous envie, Saïdi, Khatib, Lahlou… Vous aurez le meilleur des deux mondes, vous qui serez de double culture.

 

Page 192 : Sciences naturelles, histoire, mathématiques : un autre monde s’ouvrait et Mehdi y pénétrait de toute son âme. Là, il n’avait plus aucun souci. Il n’était qu’une paire d’yeux grands ouverts par lesquels s’engouffraient merveilles et mystères… et tant de noms magiques qui l’enchantaient (Tegucigalpa, hypoténuse, lymphocytes, Vercingétorix…), tant de mots dont il fallait deviner le sens, de proverbes qui lui fournissaient toute la sagesse des nations...

 

 

 

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Mon avis : Les Malaquias – Andréa Del Fuego

Publié le par Fanfan Do

Traduit du portugais ( Brésil ) par Cécile Lombard

 

Éditions de l’aube

 

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Quatrième de couverture :

Nuit d'orage dans la Serra Morena - la « montagne impraticable » du Brésil. La foudre s'abat sur une maison, ne laissant aucune chance au couple endormi. Leurs trois enfants, en revanche, survivent. L'aîné est embauché dans l'exploitation de café voisine. La fille est adoptée par une riche Arabe de Rio de Janeiro. Pour le benjamin, les difficultés ne font que commencer : se révélant atteint de nanisme, il ne quittera jamais l'orphelinat tenu par des religieuses françaises. Une fois adulte, la fratrie va chercher à se retrouver. Leurs vies se construisent, se croisent et se chevauchent, bousculées par l'évolution du pays.

Dans la Serra Morena, morts et vivants cheminent ensemble, magie et réalité composent l'une avec l'autre. Un roman profondément humain et poétique, lauréat du prix José Saramago.
 

« Une prose parmi les plus excitantes. » Express
 

«Avec ce premier roman, la littérature brésilienne contemporaine prouve qu'elle peut être extraordinairement ­animée, magistralement écrite et parmi les meilleures au monde. Un livre pétillant et plein de vitalité. » Neue Zürcher Zeitung
Andréa del Fuego est née à São Paulo (Brésil) en 1975. Les Malaquias - déjà traduit en plusieurs pays - est son premier roman.


 

 

Mon avis :
Ce roman brésilien est plein d'une ambiance étrange, feutrée. On ne sait pas à quelle époque ça se situe précisément et ça laisse l'imagination vagabonder. La foudre a rendu les enfants Malaquias, Nico 9 ans, Antônio 6 ans et Júlia 4 ans orphelins.
J'ai été envoûtée par l'étrangeté de la narration. Bien que ça soit lent j'ai été passionnée immédiatement par le sort des ces trois enfants séparés aussitôt après la mort de leurs parents. On est imprégné de l'histoire du Brésil, des diverses origines de ses habitants, indiens, portugais, et de ses nombreuses croyances y compris en la sorcellerie. Sans oublier la défunte Geraldina qui observe, de différents endroits tous plus saugrenus les uns que les autres, presque devenue l'âme de ce lieu. On sent pulser à travers ce récit le sang des ancêtres lointains, comme un atavisme irréductible.

C'est beau et triste à la fois. Beau comme l'amour d'une fratrie, indissoluble malgré la distance et le temps. Triste comme l'emprise de certains adultes, profiteurs, qui volent la liberté et les choix des enfants sans parents.
Un jour le modernisme arrive dans la vallée de la Serra Morena, un barrage va être construit qui noiera la vallée et toutes les possessions des habitants, tous ce qui fait leur vie depuis toujours, les maisons où ils sont nés, où ils ont grandi, où ils ont fait leur vie. Certains se résignent, ou s'enrichissent, pendant que d'autres...

Reconstruire sa vie sans cesse...
C'est un roman sur la difficulté d'exister, sur la vie tout simplement qui coule comme une rivière pleine de méandres, raconté dans une prose absolument magnifique, pleine de poésie, parfois épurée, avec des phrases quelquefois très courtes, voire sans verbe. C'est lumineux et enchanteur, comme une fable, comme un conte qui nous fait traverser des vies ordinaires en les rendant attrayantes.

 

Citations :

Page 17 : Júlia articulait les syllabes avec aisance et recevait des soins pour conserver sa fraîcheur de gâteau de vitrine. Elle était aspergée de lavande, les cheveux bien coiffés au peigne de corne.

 

Page 20 : Que Dieu ne m’entende pas, mais il m’est revenu aux oreilles des cas où la femme adultère était punie par un enfant défectueux.

 

 

 

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