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Mon avis : La couleur de l’eau – James McBride

Publié le par Fanfan Do

Traduit par Gabrielle Rolin

 

Éditions Gallmeister - Totem

 

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Quatrième de couverture :

Enfant, je n’ai jamais su d’où venait ma mère.” Arrivé à l’âge adulte, James McBride interroge celle qui l’a élevé et dont la peau est tellement plus claire que la sienne. Il découvre l’histoire cachée de Ruth, fille d’un rabbin polonais qui a bravé tous les interdits pour épouser un Noir protestant en 1942. Reniée par sa famille, elle élève James et ses onze frères et sœurs dans la précarité, le chaos et la joie. Pour elle, peu importe la couleur de peau. Seul compte l’avenir de ses enfants. Ils feront des études, et ainsi choisiront leur vie. Tressant leurs souvenirs, James McBride raconte, plein d’amour et de fierté, une femme forte et secrète, lucide et naïve, imperméable aux préjugés : sa mère.


 

 

Mon avis :
James McBride raconte sa mère Ruchel, puis Rachel puis Ruth, blanche avec un grand nez et qui parlait yiddish, dans un monde de Noirs, avec douze enfants métis, plus ou moins foncés.
En maternelle, il se rend compte que sa mère n'est pas Noire comme lui ou comme les mères de ses copains. Il en ressent un certain malaise. Pourtant elle refuse de dire qu'elle est blanche. Elle dit qu'elle a la peau claire.

On passe alternativement du récit de l'auteur qui raconte son enfance métisse dans un quartier noir avec une mère blanche, à celui de sa mère, qui elle, parle de son enfance juive, arrivée aux États-Unis en 1923, reniée un jour par sa famille quand elle a épousé un Noir, car son père les détestait tous. Elle en revanche n'aimait pas le judaïsme : "Peut-être est-ce pour ça que je ne suis pas juive à présent. Il y a trop de règles à suivre, trop d'interdits."

J'ai beaucoup aimé le parallèle entre ces deux enfances, ces deux vies. D'un côté la famille d'immigrants juifs, très stricte, sévère, un père cupide, raciste et même pire que ça. de l'autre cette famille très nombreuse, métissée, élevée dans deux quartiers de New York, Harlem puis Brooklyn, très modeste et bordélique dans son organisation mais avec des principes d'éducation strictes, où l'argent est secondaire car seuls comptent les résultats scolaires. Car pour Ruth, l'école est la clé de tout.

On se rend compte à quel point, en plus d'être raciste, l'Amérique était antisémite mais aussi combien certains Noirs détestaient les Blancs et le manifestaient au moment du Black Power. Ce qui d'ailleurs faisait trembler 
James McBride tant il craignait pour la sécurité de sa mère, qui elle, s'en foutait royalement. Reste que pour un métis c'était la double peine. Méprisé par les Blancs, et par un certain nombre de Noirs. La question raciale est le cœur de ce récit. Comment se construire quand on ne connaît pas la branche juive et blanche de sa mère, et quand on trouve très étrange de ne pas être de la même couleur qu'elle.

J'ai aimé cette histoire d'une famille atypique, de cette mère qui ne se préoccupait pas le moins du monde du qu'en dira-t-on et osait aimer des hommes noirs à une époque où ça ne se faisait pas, dans les années 40-50-60, qui n'avait jamais un sou mais a poussé ses douze enfants à faire des études. Cette femme qui aimait ses enfants sans jamais leur dire ni le montrer et les punissait à coups de ceinture. Sans doute parce qu'elle pensait que le monde est dur et qu'il fallait les endurcir.

Donc je résume : une mère née en Pologne en 1920, dans une famille juive dont le père, rabbin, méprise les goys et les Noirs, qui a émigré aux États-Unis pour s'installer dans un état du sud, qui occidentalise son prénom de Ruchel en Ruth, devient chrétienne, a douze enfants métis de deux maris noirs, qu'elle élève à New-York. Ça donne une histoire un peu folle et tellement vivante ! J'ai aimé le côté anarchique de la famille nombreuse, où on s'aime et se jalouse forcément. J'ai aimé le côté zéro tabou genre "c'est quoi une couleur ? Ça n'existe pas nous sommes tous des humains". Mais surtout j'ai trouvé étrange cette femme absolument pas matérialiste, généreuse mais brutale, très secrète, dont les enfants ne connaissaient pas le passé. C'est que son passé, elle aurait voulu pouvoir l'effacer, "l'enfer, le territoire interdit : son enfance juive". Elle finit cependant par raconter et on comprend qu'elle ait eu envie d'oublier tout cela. Mais c'était compter sans James, son huitième enfant, qui a eu le désir et sûrement le besoin d'aller à la recherche d'une partie de ses origines.
Cerise sur le gâteau, j'ai adoré la fin !!! Elle m'a émue, très fort. Car ce qu'il y a de plus beau, c'est que tout cela est vrai !

 

Citations :

Page 17 : Avant de déménager pour le confort tout relatif de Saint Albans dans Queens, nous habitions à Brooklyn dans un grand ensemble de logements sociaux, le Red Hook Housing Project, et Maman nous couchait chaque nuit comme on aligne des saucisses, trois ou quatre dans chaque lit, le premier la tête sur le traversin, le second dans l’autre sens, le troisième comme le premier, et ainsi de suite.

 

Page 23 : Je me souviens du jour où Zaydeh mourut dans l’appartement. Par contre, je ne sais pas de quoi. Il s’éteignit tout simplement. À l’époque, les gens ne se cramponnaient pas à la vie comme aujourd’hui où on leur branche des tuyaux dans la bouche pour enrichir les docteurs et tout le tralala. Au moment venu, on mourait. Point barre. Au revoir.

 

Page 32 : Elle ne supportait aucune espèce de racisme et méprisait les bourgeois noirs qui s’acharnaient à imiter les parvenus blancs. Ils prenaient de grands airs et faisaient des choses ridicules, comme recouvrir leur divan d’un plastique protecteur ou boire le thé avec le petit doigt en l’air.

 

Page 107 : Ils m’acceptent comme je suis. Ce sont des gens confiants et pacifiques. Je me fous de ce qu’on raconte à la télé en faisant l’amalgame avec ces imbéciles qui dégainent leur revolver et tuent pour un oui ou un non. Ces Noirs-là ne représentent qu’une minorité. La plupart détestent la violence et le mensonge, c’est pourquoi on abuse d’eux si facilement.

 

Page 183 : De nos jours on pourrait affirmer que ma mère fut maltraitée, vu la façon dont mon père se conduisait avec elle. Mais, à l’époque, on se contentait de hocher la tête en considérant que c’était une situation normale. Dans le Sud, un homme pouvait faire ce qu’il voulait à sa femme. Surtout si elle était juive et infirme ; et encore davantage si le mari se présentait comme un soi-disant rabbin.

 

Page 213 : Jamais je n’ai rencontré un prédicateur aussi doué. En invoquant Jésus, il aurait fait sauter de joie une grenouille. Crois-moi, tu n’as jamais entendu parler d’un pasteur pareil. Au lieu de nous menacer des foudres du ciel, il parlait de Dieu en décrivant sa présence dans notre vie quotidienne, comme si le paradis se trouvait à deux pas de chez nous.

 

Page 219 : Il faisait bon vivre dans le Red Hook Housing Project. Les Italiens y côtoyaient les Portoricains, les Juifs, les Noirs, en complète harmonie, telle que l’Amérique la promettait, telle que j’en avais rêvé.

 

Page 226 : En récitant le kaddish et en te condamnant au cours d’une Shi’vah, les juifs se déchargent de toute responsabilité, de tout devoir d’assistance envers toi. Tu es comme morte à leurs yeux.

 

Page 242 : Des confrères noirs me disaient pis que pendre d’un chroniqueur blanc qui m’étais sympathique et je ne manifestais ma désapprobation qu’en gardant le silence. Certes, les Blancs tenaient le haut du pavé, et parfois ils nous le faisaient sentir sans aucune pitié. Ils n’hésitaient pas à employer des moyens retors pour briser la carrière de brillants rivaux noirs, lesquels en concevaient de l’amertume. D’autres Blancs n’étaient que de vulgaires pions, comme moi-même.

La plupart de mes chefs de rubrique furent des femmes blanches. Lors des conférences de rédaction, elles se montraient souvent plus compatissantes et plus intelligentes, mais obtenaient rarement de l’avancement à un poste de direction – encore plus difficilement que leurs homologues masculins noirs et plus conservateurs, certains déambulant dans la salle de presse en se prenant pour la réincarnation de Martin Luther King et brandissant leur négritude telle une batte de base-ball.

 

 

 

 

 

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Mon avis : Le dernier gardien d’Ellis Island – Gaëlle Josse

Publié le par Fanfan Do

Éditions Noir sur Blanc

 

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Quatrième de couverture :

New York, 3 novembre 1954. Dans cinq jours, le centre d'Ellis Island, passage obligé depuis 1892 pour les immigrants venus d'Europe, va fermer. John Mitchell, son directeur, officier du Bureau fédéral de l'immigration, resté seul dans ce lieu déserté, remonte le cours de sa vie en écrivant dans un journal les souvenirs qui le hantent : Liz, l'épouse aimée, et Nella, l'immigrante sarde porteuse d'un étrange passé.
Un moment de vérité où il fait l'expérience de ses défaillances et se sent coupable à la suite d'événements tragiques. Même s'il sait que l'homme n'est pas maître de son destin, il tente d'en saisir le sens jusqu'au vertige.
A travers ce récit résonne une histoire d'exil, de transgression, de passion amoureuse d'un homme face à ses choix les plus terribles.

 

 

Mon avis :
L'introduction de ce roman est tellement empreint de nostalgie ! Les derniers jours d'Ellis Island, puis la retraite à venir pour le directeur, le dernier gardien, dans l'appartement de Brooklyn hérité de ses parents avec tous leurs souvenirs incrustés par tant d'années qui pourtant semblent si peu importants à côté de la fermeture de ce lieux plein de l'histoire des États-Unis : "Encore neuf jours à errer dans les couloirs vides, les étages désaffectés, les escaliers désertés, les cuisines, l'infirmerie, le grand hall où depuis longtemps seuls mes pas résonnent."

Ce lieu est rempli de fantômes, de tous ces migrants arrivés là après des semaines en mer, observés, scrutés, et pour certains, marqués à la craie, d'une lettre, une unique lettre qui correspond à la partie du corps soupçonnée d'être malade. Cette marque qui leur refusera peut-être l'entrée sur cette terre de tous les possibles. Pour les autres, vingt-neuf questions, déterminantes.

Pendant quarante-cinq ans cet homme a vécu là, a vu passer quantité d'êtres humains ayant abandonné une vie pour une autre. Il est le détenteur de la mémoire de ces lieux et de ces êtres égarés, épuisés mais prêts pour la liberté, et du cimetière, terre des morts d'Ellis Island, de ceux qui ne sont pas allés plus loin.

Cet homme a eu une vie, sur cet îlot, et il nous la raconte. C'est très étrange, un peu comme ces gardiens de prison qui sont en prison eux aussi d'une certaine façon. Parallèlement il raconte le contraste énorme des joies de la vie New yorkaise, Coney Island et sa fête perpétuelle, où encore les comédies musicales où ils allaient lui et sa femme, mais aussi l'histoire du monde. Et puis quelques vies passées par Ellis Island. Il nous parle de la perte, du deuil, de la solitude, de la fatalité. L'espérance, la peur, la souffrance, ce trio chevillé au corps et à l'esprit des migrants ayant tout quitté, tributaires d'un coup de tampon des fonctionnaires de l'immigration. Pour lui, Ellis Island est une espèce de navire avec ses règles et son équipage, amarré non loin de Manhattan. Il en est le capitaine.

J'ai énormément aimé l'écriture de 
Gaëlle Josse, très poétique, qui a su si bien retranscrire cette solitude, seule compagne du gardien, et faire apparaître dans mon esprit les fantômes du passé de cet "îlot délaissé, au bord du monde", ces silhouettes d'un temps révolu, qui nous raconte en même temps une page de l'histoire des États-Unis.

 

Citations :

Page 11 : Encore neuf jours à errer dans les couloirs vides, les étages désaffectés, les escaliers désertés, les cuisines, l’infirmerie, le grand hall où depuis longtemps seuls mes pas résonnent.

 

Page 12 : J’ai parfois l’impression que l’univers entier s’est rétréci pour moi au périmètre de cette île. L’île de l’espoir et des larmes. Le lieu du miracle, broyeur et régénérateur à la fois, qui transformait le pays irlandais, le berger calabrais, l’ouvrier allemand, le rabbin polonais ou l’employé hongrois en citoyen américain après l’avoir dépouillé de sa nationalité. Il me semble qu’ils sont tous encore là, comme une foule de fantômes flottant autour de moi.

 

Page 61 : Même si depuis longtemps, pour le personnel d’Ellis, ces steamers ne représentent qu’une charge de travail, une quantité d’individus à faire circuler au plus vite entre les arcanes des procédures, je n’ai pu m’«empêcher, chaque fois, d’être saisi à la vue de ces arrivants, saisi par ces grappes humaines qui saluent leur Terre promise massées sur les ponts, et par la silencieuse majesté du bâtiment qui vient de traverser les mers ; et d’être ému à la pensée de tous les destins inconnus qu’il abrite.

 

Page 116 : Les immigrants, dans le chaudron d’Ellis, dans ces fonts baptismaux gigantesques, ressortaient sous forme de citoyens américains, libres et égaux, priés de travailler dur, de parler anglais et d’utiliser des dollars en lieu et place de lires, de zlotys ou de roubles.

 

 

 

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Mon avis : Récits d’Ellis Island : histoires d’errance et d’espoir – Georges Perec avec Robert Bober

Publié le par Fanfan Do

Éditions P.O.L

 

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Quatrième de couverture :

De 1892 à 1924, près de seize millions d'émigrants en provenance d'Europe sont passés par Ellis Island, un îlot de quelques hectares où avait été aménagé un centre de transit, tout près de la statue de la Liberté, à New York.
Parce qu'ils se sentaient directement concernés, par ce que fut ce gigantesque exil, Georges Pérec et Robert Bober ont, dans un film " Récits d'Ellis Island, histoires d'errance et d'espoir ", INA, 1979, décrit ce qui restait alors de ce lieu unique, et recueilli les traces de plus en plus rares qui demeurent dans la mémoire de ceux qui, au début du siècle, ont accompli ce voyage sans retour.
Notre livre se compose de trois grandes parties principales : La première restitue, à travers une visite à Ellis Island et à l'aide de textes et de documents ce que fut la vie quotidienne sur ce que certains appelèrent " l'île des larmes ".
Dans la deuxième, " Description d'un chemin ", Georges Pérec évoque sa relation personnelle avec les thèmes de la disparition et de l'identité. La troisième, " Mémoires ", reprend les témoignages d'hommes et de femmes qui, enfants, sont passés par Ellis Island et racontent leur attente, leur espoir, leur rêves, leur insertion dans la vie américaine.


 

 

Mon avis :
Il s'agit là du livre d'un film tourné en 1979 et édité en DVD par l'Institut national de l'Audiovisuel. Je croyais emprunter à la médiathèque un autre livre de 
Georges Perec intitulé Ellis Island tout simplement et je me suis retrouvée avec celui-ci. Et c'est tant mieux car ça m'a énormément plu. Il y a des textes pour nous raconter l'histoire de ce lieu où tant de gens sont passés, mais aussi beaucoup de photos d'époque qui ajoutent quelque chose de très émouvant qui nous fait toucher du doigt cette étape de la vie de ceux qui tentèrent leur chance aux États-Unis.

Quelque chose me fait rêver depuis toujours dans l'évocation de cet îlot minuscule car il représente l'arrivée dans le Nouveau Monde et le rêve américain. Pourtant bien des miséreux sont arrivés là pleins d'espoir et finalement ont continué une vie de misère. D'ailleurs, dans toutes les langues 
Ellis Island était surnommée l'île des larmes. C'est passionnant, on apprend l'histoire de l'île et comment elle est devenue le centre d'accueil des émigrants et pourquoi peu à peu les conditions d'entrée dans le pays se durcirent mais aussi de quelle façon nombre d'émigrants changèrent de nom à Ellis Island pour des noms à consonance américaine.

Lieu d'espoirs et de désespoir, où tant de suicides ont eu lieu, où le pourcentage des refoulés est minime mais représente une grande quantité de personnes tant le nombre d'émigrants était important.
Des questionnaires à la chaîne, des individus soupçonnés de maladie donc en attente, seize millions passés par 
Ellis Island en trente ans.

Georges Perec semble être venue chercher là des réponses à sa judéité, lui qui n'a pas connu la terre ni la langue de ses parents, du peuple juif, presque toujours voué à l'exode.

Le livre est divisé en cinq parties. La première, "L'île des larmes", raconte l'histoire d'
Ellis Island.
La deuxième, "Description d'un chemin", le nombre d'immigrants de chaque origine ainsi que les noms des bateaux qui les amenèrent et de quel port, les 
lieux d'arrivée, en fait le long chemin avant, pendant et après, accompagnée de nombreuses photos.
La troisième, "Album", des photos, très belles, très parlantes.
La quatrième, "Repérages", une liste de noms de gens, de 
lieux, de nourritures, que pour ma part j'ai passé rapidement.
La cinquième, "Mémoires", contient les témoignages de onze personnes, arrivées entre 1909 et 1928, la plupart dans l'enfance. Les auteurs ont choisi d'interroger les Italiens et les Juifs Russes ou d'Europe Centrale, parce que ce sont eux qui sont le plus massivement concernés par 
Ellis Island et parce qu'ils s'en sentaient plus proches. Dans ces témoignages on ressent très fort l'espérance que représentait l'Amérique. Pourtant, certains témoignages malmènent un peu le rêve américain. C'est aussi l'histoire intemporelle de l'humanité : s'exiler dans l'espoir d'une vie meilleure.

 

Citations :

Page 16 : Par ailleurs, beaucoup d’émigrants souhaitaient avoir des noms qui fasse américains. De là vient que d’innombrables histoires de changement de noms eurent lieu à Ellis Island : un homme venu de Berlin fut nommé Berliner, un autre prénommé Vladimir reçut comme prénom Walter, un autre prénommé Adam eut pour nom Adams, un Skyzertski devint Sanders, un Goldenblum devint Goldberg tandis qu’un Gold devenait Goldstein.

 

Page 36 : […] ce n’est jamais, je crois, par hasard, que l’on va aujourd’hui visiter Ellis Island. Ceux qui y sont passés n’ont guère eu envie d’y revenir. Leurs enfants ou leurs petits-enfants y retournent pour eux, viennent y chercher une trace : ce qui fut pour les uns un lieu d’épreuves et d’incertitudes est devenu pour les autres un lieu de leur mémoire, un des lieux autour duquel s’articule la relation qui les unit à leur mémoire.

 

Page 133 : Nous avions peur de tout et nous étions vraiment affamés. Mon mati avait deux frères en Amérique et il m’a dit : « J’ai leur adresse. Ils m’ont déjà écrit des lettres. Ils travaillent là-bas, ils gagnent leur vie, ils sont libres. Je veux aller en Amérique. Nous sommes jeunes tous les deux, allons-y. »

 

Page 134 : Nous avons mis vingt et un jours pour arriver en Amérique, vous pouvez vous imaginer dans quelles conditions ! Eh bien, quand nous avons débarqué, nous nous attendions à découvrir un monde différent, mais ce que nous avons découvert, c’est Ellis Island, une grande salle avec des barreaux d’acier aux fenêtres, une prison.

 

Page 153 : G.P. : Est-ce que vous pensez que votre vie aurait été différente si vous étiez restée en Italie ?

Mme C. : Non… Je n’aurais pas aimé… L’Italie ne me plait plus. Il y a trop de communistes là-bas, trop de choses qui ne me plaisent pas. Ici c’est un pays libre. God bless America ! C’est tout.

 

 

 

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Mon avis : Conseils de lecture pour âmes égarées – Sara Nisha Adams

Publié le par Fanfan Do

Traduit par Élisabeth Luc

 

Éditions J’ai Lu

 

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Quatrième de couverture :

Entre un père complètement absent et une mère en dépression, Aleisha n'a guère le temps de lire pour son propre plaisir. Mais les journées sont longues à la bibliothèque de Harrow Road où elle travaille. Et la mystérieuse liste de lecture qui s'est échappée d'un livre a éveillé sa curiosité. Alors, pour tromper l'ennui, elle parcourt les premières pages des romans mentionnés et découvre, en compagnie de Scout, d'Elizabeth Bennet et de tant d'autres, un monde insoupçonné.

Quand un vieux monsieur, perdu entre les étagères remplies de livres, vient lui demander conseil, Aleisha trouve dans cette âme égarée un ami avec qui échanger sur ses lectures et surmonter ses peurs et ses peines. Car il n'est jamais trop tard pour commencer à lire, à aimer et à rêver.

 

 

Mon avis :
Merci à Lecteurs.com pour ce concours qui m'a permis de gagner ce livre.

En commençant cette histoire, j'ai aussitôt pensé que j'allais encore une fois avoir des tas de nouvelles envies de lecture... c'est toujours comme ça avec les romans qui parlent de romans.

Mukesh est veuf, terrorisé par le monde extérieur, perdu sans sa Naina. Il décide un jour de se faire violence en allant rapporter à la bibliothèque un livre que Naina avait oublié de rendre mais avec l'envie un peu refoulée de se plonger dans un roman, comme elle le faisait, elle qui lisait tout le temps. Il espère ainsi être connecté à sa défunte épouse, mais aussi se rapprocher de Priya sa petite-fille à qui sa grand-mère a transmis la passion des livres.

Aleisha, 17 ans, a décroché un poste de bibliothécaire pour l'été. Elle déteste ce travail qu'elle trouve terriblement ennuyeux et forcément le fait mal. Elle se demande s'il y a encore des gens qui vont dans les bibliothèques. Car elle, les livres ne l'intéressent pas, contrairement à son frère Aidan. de plus elle est souvent maussade et râleuse, mais l'enfer de sa vie familiale y est pour beaucoup.

Et donc, les chapitres alternent entre Mukesh et Aleisha, deux âmes égarées, chacun avec ses angoisses existentielles, qui, bien sûr, vont se rencontrer à la bibliothèque. Plusieurs générations les séparent, cependant ils ont comme point commun leur solitude et leur manque de goût pour la lecture que pourtant chacun désire soigner. Il y a parfois des chapitres courts, dédiés à d'autres personnages, Chris, Indira, Leonora, Izzy, Joseph, Gigi... et une liste de lecture de huit romans qui apparaît en différents endroits.

J'ai trouvé que le démarrage prenait beaucoup de temps, était trop lent, et mon intérêt pour l'histoire a été long à venir. Cependant, quand Mukesh prend enfin goût à la lecture, on ressent avec lui le plaisir des amitiés nouées avec des personnages de romans, avec ce monde onirique d'une certaine façon et ça fait un bien fou ! D'ailleurs ça m'a fait retourner à la médiathèque, moi qui préfère posséder les livres, j'ai eu envie d'en emprunter et m'imprégner de nouveau de l'ambiance feutrée de ce lieu magique empli de livres à perte de vue. Cette histoire m'a replongée, avec bonheur, dans certains des romans de cette liste que j'ai lus.

Aleisha et Mukesh liront tous les deux Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, premier livre de la liste, pour commencer leur vie de lecteur. Ils en seront métamorphosés d'une certaine façon. le roman comporte huit partie dont chacune correspond à un livre de cette étrange liste intitulée : Si le besoin s'en fait sentir.

Évidemment, ce roman est un Hymne à la littérature, au pouvoir de guérison des livres, qui vous emportent, vous font vivre mille vies, voyager dans le temps, dans le monde entier et au delà, vous offrent des amis de papier, vous instruisent, vous bouleversent, vous font palpiter, rire, pleurer, trembler... Soignent aussi les petits bobos de la vie et aident à traverser les grandes douleurs en permettant de s'abstraire du monde réel. D'ailleurs j'ai adoré les échanges osmotiques sur les romans lus, c'est tellement ça ! L'envie d'en parler à tout le monde, avec tout le monde, d'échanger sur les livres lus en commun ! Il arrive même que parfois les personnages de romans s'invitent dans la vie réelle...

Mukesh et sa famille font partie de la communauté indienne de Londres. Ça a été l'occasion pour moi d'apprendre qu'il y a un temple hindou dans cette ville, le Swaminarayan Hindu Mandir, dont la taille et la beauté m'ont un peu coupé le sifflet après que je sois allée chercher des photos sur internet. Si j'avais su, je serais allée au moins le voir, et peut-être le visiter, si c'est permis lors d'un passage à Londres. Ça aussi c'est la magie des livres, qui donnent envie de voyager et découvrir.

Et moi il ne me reste plus qu'à lire les cinq livres de la liste que je n'ai pas encore lus...
Rebecca, L'histoire de Pi, Orgueil et préjugés, Les quatre filles du docteur March, Un garçon convenable. Et le temps n'est rien, hors liste mais présent du début à la fin de ce roman. Cette plongée dans l'univers des livres a été réellement enchanteresse.

 

Citations :

Page 52 : En dépit de tout, elle n’avait pas une fois essayé de lui parler de ce qu’il devrait ressentir quand elle serait partie, ce qu’il devrait faire pour lui-même, pour la ramener. C’était tout ce qu’il voulait savoir.
Et il se retrouvait seul, sans la moindre idée de ce qu’il devait faire, maintenant qu’elle était partie et qu’il demeurait dans une maison sans vie, sans âme et sans livres.

 

Page 73 : Si les livres lui permettaient de s’évader, lire coûtait moins cher que de se saouler.

 

Page 165 : — Crois-moi, même si tu as l’impression que les romans ne peuvent rien t’apporter, ils t’ouvrent sur le monde, ne serait-ce qu’un peu.

 

Page 182 : Il serra son livre sur son cœur. Naina emportait un livre partout où elle allait, au cas où elle resterait coincée dans un ascenseur, par exemple, ou s’il y avait la queue à la caisse du supermarché et personne avec qui bavarder.

 

Page 440 : — Aleisha… n’oubliez pas que les livres ne sont pas toujours une évasion. Ils peuvent aussi nous enseigner des choses. Ils nous montrent le monde au lieu de le cacher.

 

 

 

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Mon avis : Noir négoce – Olivier Merle

Publié le par Fanfan Do

Éditions de Fallois

 

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Quatrième de couverture :

Le 17 novembre 1777, à dix-huit ans, Jean-Baptiste Clertant, frais émoulu de l’École d'hydrographie du Havre, embarque en qualité de second lieutenant sur le navire marchand l'Orion à destination de La Guadeloupe. Peu avant l'appareillage, le puissant armateur Dumoulin -- propriétaire du navire l'avertit que l'Orion effectuera un détour par l'Afrique pour se charger de bois d'ébène -. Jean- Baptiste Clertant ignore tout de ce trafic. En Afrique, puis au cours de la traversée vers les Antilles, il découvre l'horreur de l'ignoble commerce. Négrier malgré lui, pris au piège, Jean- Baptiste se désespère, jusqu'au jour ou un événement imprévu le décide à agir. Que peut-il tenter ? Jusqu'où sa révolte le conduira-t-elle ? Qui prendra le risque de l'aider ? A travers le terrifiant périple du navire négrier, Olivier Merle aborde la question de la responsabilité personnelle et de l'action individuelle qui se pose à tout individu plongé au cœur d'une tragédie humaine.

 

 

Mon avis :
1777. L'histoire nous est racontée par Jean-Baptiste Clertant né en 1759, qui, bien que fils de drapier, fut envoyé à l'École d'hydrographie du Havre afin d'entrer dans la marine marchande. Dans la naïveté de sa jeunesse il embarque sur un navire qui fait le commerce du bois d'ébène, qui n'est autre que la traite des esclaves. On lui fait croire que c'est rendre service à ces Noirs, qui sont martyrisés et même mangés par leurs semblables, que de les emmener loin de leur Afrique. Car grâce aux français, ils sont sauvés de leur condition abominable, et sont baptisés par une disposition impérative du Code noir prescrit par Louis XIV, mission voulue par Notre Sainte Mère l'église ! Eh oui !
Le cynisme à son comble.

C'est immédiatement passionnant ! On apprend beaucoup dans un premier temps sur les différentes parties d'un bateaux ainsi que sur la navigation. J'ai eu l'impression de prendre la mer sur l'Orion avec tout l'équipage, je sentais presque les embruns du large.
Jean-Baptiste Clertant, frais émoulu de son école où il a appris les toutes dernières techniques de navigation, doit user de beaucoup de diplomatie à bord pour les faire connaître et accepter par les vieux briscards de la mer, attachés à leurs vieilles méthodes, et ceci sans se faire mal voir.

Ce qu'on apprend  sur le statut des noirs au temps de l'esclavage est effarant, cruel, ignoble, indigne. Pourtant tout le début du roman est plutôt très agréable avec l'océan à perte de vue. Il y a une certaine légèreté à naviguer vers la Sénégambie et observer les rapports humains sur ce bateaux où il y a deux matelots noirs. On apprendra la raison de leur présence assez rapidement.

J'ai aussi appris beaucoup, avec consternation, sur l'histoire et la géopolitique de l'Afrique, que les Blancs ont saccagée et disloquée avec leur commerce ignoble d'êtres humains. Ils ont rompu l'équilibre qui y régnait, comme en attestent les récits de voyage de 
Ibn Battuta au XIVe siècle.

Hélas pour Jean-Baptiste, qui était un jeune homme de dix-huit ans enthousiaste et avenant, possédant une grande capacité d'émerveillement et d'empathie, la découverte de ce qu'est réellement la traite des esclaves lui laissera des failles à l'âme : "[...] il se trouve que ce sont les dernières lignes de ce journal, lequel s'interrompt ici, laissant ensuite autant de pages blanches que de jours de voyage restants. Car, par la suite, j'ai cessé d'écrire quoi que ce soit, n'en trouvant plus la force et ne sachant s'il existait des mots pour raconter ce que je voyais. Celui qui n'a jamais assisté à la manière dont s'effectue une traite négrière ne peut l'imaginer, et d'y participer, même passivement, me donna un sentiment de honte si grand que mon journal en resta muet pour toujours."

Dans ce roman on apprend comment à l'époque les marins calculaient la latitude, la longitude, la vitesse du bateau, la quantité d'eau à emporter, comment ils luttaient contre le scorbut, le rôle réel et complet du capitaine, mais aussi la façon atroce dont se faisait le commerce triangulaire ainsi que la façon dont fonctionnaient certaines sociétés africaines. C'est enrichissant et déchirant à la fois, effroyable souvent. Entre l'achat des esclaves, le "stockage" dans la cale, et la traversée, de la Sénégambie aux Caraïbes jusqu'à la vente, on touche du doigt l'abomination de ce trafic. Il y a cependant, au milieu de cette horreur, une belle histoire d'amitié, de générosité, de don de soi, un long chemin parcouru.

Cette histoire, extrêmement bien documentée, est un bout de l'histoire de l'humanité autant que le récit de quelques vies, à une époque où le monde occidental était beaucoup plus inacceptable que maintenant dans ses fondements, où certains humains, de par leur couleur de peau n'étaient pas considérés comme des humains mais comme de la marchandise. C'est cruel et totalement impitoyable et je me demande comment un pays dit civilisé et croyant à pu pratiquer cette ignominie.

 

Citations :

Page 12 : Il n’est pas de science plus ardue que celle de la navigation, qui exige les connaissances les plus solides en mathématiques, physique, astronomie et géographie. Nos marins, le plus souvent, en ignorent encore les fondements, ce qui explique les errements de routes et même, hélas, les nombreux naufrages près des côtes, quand le pilote conduit le navire sur les hauts-fonds après s’être fourvoyé dans son calcul de l’estime.

 

Page 19 : — C’est une mission noble et salvatrice que je vous propose là, monsieur Clertant, de celles dont mon entreprise s’honore et que nous faisons plus par humanité que par profit. Il faut que vous sachiez que nous arrachons ces nègres à un état de sauvagerie épouvantable, car ils sont horriblement martyrisés par leurs semblables, qui les mangent parfois.

 

Page 47 : — Vous ne fumez pas ? Commença-t-il en me jetant un regard bref.

Non, monsieur.

Vous avez tort, c’est excellent pour la santé. D’abord, c’est un remarquable relaxant, qui vous calme les nerfs à peu de frais lorsque ceux-ci s’échauffent trop en dedans. Ensuite, c’est un laxatif utile et efficace qui aide à aller quand tout est un peu bloqué au niveau des boyaux ! On ne peut que conseiller à nos matelots d’en user régulièrement.

 

Page 53 : Les yeux fixés sur l’ouverture, plongeant vers cette inquiétante semi-obscurité où s’entassaient diverses marchandises, de la pacotille donc, je songeais que, plus tard, en conclusion de l’échange commercial qui justifiait notre voyage, on pousserait là une longue et interminable file d’hommes noirs, et qu’on la pousserait quoi qu’il arrive, quoi qu’ils disent, qu’ils s’encastreraient et s’emmêleraient comme ils pourraient puisqu’on continuerait à pousser, à pousser toujours et encore, jusqu’au dernier, et qu’on refermerait ensuite l’écoutille sur cet affreux et gémissant grouillement humain, comme on referme un tombeau.

 

Page 117 : Comme le soir tombait, nous ne fîmes aucune tentative pour joindre la terre et, ayant affalé toutes les voiles, avalé au réfectoire un repas frugal, le capitaine nous enjoignit de dormir tout notre saoul. Le lendemain serait une journée longue et nécessiterait toute notre énergie. Pour ma part, je dormis mal, comme souvent quand la monotonie de la vie est brisée par l’inconnu, et que l’esprit s’enroule sur lui-même, cherchant à imaginer ce qu’il ne connaît pas et ne peut deviner.

 

Page 125 : — Eh bien ! dit le capitaine avec humeur, n’est-ce pas signifier que sans la participation des nègres eux-mêmes ce commerce n’existerait pas ?

Certes, on peut ainsi se donner bonne conscience ! Répliqua M. Launay – et je vis que le capitaine se raidissait sur son siège —, mais la réalité n’est pas aussi simple. Le corrupteur suscite toujours des corrompus, qu’ils soient Européens, Africains, Chinois ou Inuits ! Quand le pacte est conclu, le corrupteur et le corrompu vont main dans la main faire leurs petites affaires au détriment de tous ! Et croyez-moi, en Afrique, toutes ces richesses que nos navires débarquent à longueur d’année, elles ne profitent à personne, sinon à ceux-là seuls qui pillent et ravagent leur continent pour fournir toujours plus d’esclaves.

 

Page 196 : C’est une chose que j’ai apprise sur les rives du fleuve Gambie : nous ne sommes des hommes que dans la mesure où l’on nous considère tels, mais nous cessons de l’être dès lors qu’on nous regarde autrement. Et la peur qui se lisait au fond des yeux de chaque captif était une peur animale, instinctive, laquelle réduit à néant la dignité et exclut ceux qui la vivent du cercle des humains. Ainsi la boucle est bouclée, car les négriers européens trouvent dans cette attitude animale la belle preuve que les nègres sont des bêtes, tout juste bons à jouer le rôle qu’on leur destine, celui-ci relevant donc d’un ordre souverain de la nature. De la sorte, tout est à sa place dans le meilleur des mondes, sous l’œil approbateur du Créateur, et avec la caution de cette opportune malédiction de Cham.

 

Page 208 : Nous eûmes le même sourire quand, touchant enfin à l’océan, l’embouchure du fleuve s’élargit en ces proportions gigantesques, et que le grand large nous apparut, immense, infini, démesuré, à proportion de la rotondité de la Terre.

 

Page 279 : L’océan, qui avant notre départ du Havre était pour moi le symbole du grand large, de l’aventure et de l’évasion, je le voyais maintenant sous un tout autre jour, affreux et sordide, tel un vaste cimetière de nègres arrachés à leur terre natale.

 

Page 324 : — vous verrez, si ce n’était pas si triste, on en rirait de bon cœur ! L’enfant d’un Blanc et d’une Noire se nomme un mulâtre, terme que vous connaissez. L’enfant d’un Blanc et d’une mulâtresse s’appelle un quarteron. Maintenant, un Blanc et une quarteronne donne un métis, un Blanc et une métisse donne un mamelouque, le Blanc et le mamelouque nous font un petit quarteronné, un Blanc et un quarteronné donne un sang-mêlé, et ainsi d suite, à l’infini.

 

 

 

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Mon avis : Zébrures La face cachée des HPI… - Anne-Sophie Nédélec

Publié le par Fanfan Do

Éditions Le Lézard Bleu

 

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Quatrième de couverture :

« Zèbres », « HPI », « Surdoués », « Précoces », tous ces termes recouvrent une réalité mal connue et bien souvent erronée. À travers cette pièce de théâtre, écrite à partir de divers témoignages, Anne-Sophie Nédélec livre une vision sensible et « de l’intérieur », en croisant les destins de divers personnages.
Il y a Lætitia, qui veut comprendre pourquoi elle se sent si mal alors que tout va bien dans sa vie, Morgane, l’adolescente prisonnière de sa propre tourmente, et puis Charlotte, qui se découvre avec incrédulité à travers sa fille. Romain, lui, se tient tant bien que mal en équilibre, grâce au soutien indulgent de sa femme. Chacun se cherche, se révèle... et s’adapte.
Par un regard tendre et amusé, Zébrures essaie de casser les clichés et l’incompréhension sur une caractéristique qui touche 2,3% de la population.


 

 

Mon avis :
À travers cette pièce de théâtre, 
Anne-Sophie Nédélec nous parle des HPI, ces personnes à haut potentiel intellectuel. On suit le parcours de Lætitia qui se raconte à la psy en retournant vers son enfance. Et, bien que je ne sois pas HPI, beaucoup de choses ont résonné en moi. À commencer par la douleur d'être à l'école, de devoir faire face parfois à des enseignants injustes et tout-puissants. Car souvent hélas, à l'école on ne veut voir qu'une tête. Pas de singularité. Il faut se fondre dans la masse. Sans oublier la douleur du parcours du combattant, de psy en psy pour en trouver un bon, un qui écoute, vraiment, avec bienveillance.

C'est passionnant de se trouver face à ces personnes qui vous racontent leur souffrance tout en ayant l'air de penser qu'elles n'ont aucune raison de souffrir. Elle ne se sentent pas légitime et pourtant ont besoin d'aide pour avancer dans ce monde qui ne les comprend pas, qui se moque d'eux.

À travers les cas de Lætitia, Morgan, Charlotte, Virginie et Romain, on se rend compte à quel point il peut être difficile de vivre avec ce qui semblerait pourtant être une chance dans la vie : un haut potentiel intellectuel. La facilité d'apprendre, de comprendre, tout, beaucoup plus vite que tout le monde. D'aller plus loin, plus haut. Pourtant, il semble qu'il n'en est rien. Ça me fait penser à la fille très belle qui se plaint auprès d'une autre un peu trop banale que c'est horriblement dur d'être belle. Ça paraît absurde...
C'est que, il semble que ce haut potentiel intellectuel s'accompagne d'autres hauts potentiels. Genre, émotionnel, empathique, etc... et des Dys en tout genre, et que c'est assez ingérable.

À travers ce texte, on apprend réellement ce que veut dire HPI et j'ai trouvé ça passionnant. Ça remet un peu les choses à leur juste place, étant donné toutes les approximations qu'on entend trop souvent.

Les personnages en quête de réponses s'adressent tour à tour aux différents psy-chiatres-ou-chologues et au public et j'ai adoré l'idée.

Cette pièce est comme une lumière dans la nuit. Je l'ai trouvée extrêmement intelligente et rassurante, pour tous les bizarres du monde, surdoués ou pas, HPI ou juste TDA, voire TDAH, ceux qui ont l'impression de ne pas fonctionner comme tout le monde, ceux dont les autres se moquent, trop bêtes pour voir la lumière.

Ce livre, cette pièce, est un énorme coup de cœur, résolument d'utilité public.

À la fin, il y a un entretien avec 
Anne-Sophie Nédélec et, Ah Ah !!! Je m'en doutais. Elle connaît trop bien le sujet pour ne pas y être liée d'une manière ou d'une autre.

 

Citations :

Page 9 : Ça a été comme si le ciel se déchirait, comme si mes yeux s’ouvraient sur le monde. Il me semblait que je découvrais les gens… pour de vrai. Toutes leurs failles m’apparaissaient brusquement. Je voyais tout : les mensonges, les petites trahisons, les lâchetés. Comme si je lisais à travers eux. Je remarquais, non, je ressentais au plus profond de moi-même, que 70 % du temps, les gens disent une chose, mais en pensent une autre. Pas toujours consciemment la plupart du temps, c’est ça le pire ! Ils se mentent à eux-mêmes les trois quarts du temps. C’est horrible, non ? Et le plus terrible, c’est que je me suis mise à les imiter. Je joue une comédie sociale en permanence.

 

Page 56 : J’ai arrêté l’école. C’était trop pénible. J’étais toujours à côté de la plaque. Avec des résultats de merde malgré mon QI de compétition. (Elle rit amèrement.) Comme quoi, l’intelligence, c’est tout relatif. Et puis, j’avais pas d’amis.

 

 

 

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Mon avis : Le petit déjeuner des champions – Kurt Vonnegut

Publié le par Fanfan Do

Traduit par Gwilym Tonnerre

 

Éditions Gallmeister - Totem

 

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Quatrième de couverture :

Voici l'histoire d'une rencontre entre deux hommes solitaires, maigrichons et plus tout jeunes. Le premier, Kilgore Trout, obscur auteur de science-fiction, passe ses soirées à prédire l'apocalypse à son seul ami, Bill, une perruche. Quant à Dwayne Hoover, riche concessionnaire Pontiac dont l'unique compagnon est un chien nommé Sparky, il est sur le point de perdre la tête. Lorsque Kilgore Trout rencontre Dwayne au cours d'un festival, il lui offre l'un de ses romans. La lecture de ce livre va transformer Dwayne en monstre.


 

 

Mon avis :
L'auteur présente les américains comme des pirates cruels et avides, venus, en 1492, piller des terres et réduire leurs habitants en esclavage. En réalité, 
Kurt Vonnegut revisite vite fait l'histoire de l'humanité à sa sauce, et c'est drôle bien que tragique au fond. Mais rapidement on se retrouve dans une histoire futuriste loufoque, de soif de l'or et de petites culottes. Car un des héros du roman, Kilgore Trout est auteur de science fiction, et un peu à la masse. D'ailleurs, ses romans sont illustrés d'images pornographiques n'ayant rien à voir avec le texte. Loufoque, oui, oui. Comme ces extraterrestres-voitures, où ceux qui font des claquettes en pétant et des humanoïdes qui se nourrissent d'aliments à base de pétrole et de charbon...

En fait, plus on avance dans l'histoire, plus le sentiment que 
Kurt Vonnegut se paie la tête de l'Amérique est prégnante. Il se moque de la façon dont elle tourne (pas rond). Car au fond, bien que ça paraisse complètement farfelu, ça dit beaucoup de choses de l'humanité. J'y ai même trouvé une résonance avec ce qui arrive chez nous en ce moment, à savoir se laisser enlever son libre arbitre, accepter d'être dominé par quelqu'un de mauvais en échange de sa protection pour avoir un sentiment de sécurité.

Le narrateur nous explique tout, comme si on était stupides ou ignares et ça m'a beaucoup amusée : "Le Vietnam était un pays dans lequel l'Amérique essayait d'empêcher la population d'être communiste en lui larguant diverses choses de ses avions. Les produits chimiques auxquels le conducteur faisait allusion servaient à détruire tout le feuillage, afin qu'il soit plus difficile pour les communistes de se cacher des avions".
Je trouve que ça met l'accent sur l'absurdité de ce que font les hommes.
Des dessins naïfs parsèment l'histoire, dans la même veine que les explications basiques destinées aux crétins que nous sommes XD.

Chaque résumé des romans de Trout ressemble à une métaphore fantasque de nos sociétés complètement à côté de la plaque, qui vénèrent le Dieu Pognon et la superficialité, oubliant complètement l'essentiel qui est la base de la survie. Car, même si c'est des USA qu'il se moque, on a tellement voulu copier ce pays de la malbouffe dans son modèle ultraconsumériste, qu'on peut largement prendre notre part dans ces critiques.

En fait je crois que j'ai lu le roman d'un roman dans un roman. Car ce roman écrit par 
Kurt Vonnegut qui donne la parole au narrateur qui, je crois mais je ne suis pas sûre, est Philboyd Studge donc Vonnegut lui-même qui se met un moment dans le roman et donc le créateur se retrouve au milieu de sa création 🤯😵, nous raconte l'histoire de Kilgore Trout qui écrit des romans. C'est vraiment une histoire de fou ! D'ailleurs l'autre personnage de l'histoire de Philboyd Studge, Dwyane Hoover, fait doucement mais sûrement l'ascension vers les sommets de la folie furieuse, à cause de la chimie de son cerveau qui laisse à désirer.

Vous l'aurez compris, ce roman très intelligent est complètement barré et d'une drôlerie qui provoque souvent le rire ! Visiblement, c'est la marque de fabrique de Vonnegut. Et alors qu'il a été écrit en 1974, il parle d'écologie et de pollution, de tous ces procédés de fabrication qui sont en train de détruire la planète. Et il y en a qui ont l'air de découvrir ça, maintenant, au XXIe siècle ou qui osent dire "on pouvait pas prévoir". Ben voyons ! Mais il parle aussi de cupidité, de concupiscence en termes souvent assez crus et très drôles, d'individualisme évidemment, de racisme parfois, d'imbécillité souvent, de taille de pénis aussi, de mensurations féminines tant qu'on y est, de violence, de désir, d'homosexualité, d'excréments de levure pour l'euphorie,

J'ai beaucoup aimé, car je crois que j'aime totalement l'esprit 
Kurt Vonnegut, facétieux, farfelu mais profond. Cependant j'ai trouvé par moment qu'il y avait des longueurs dont je me serais bien passée. Ça reste pourtant un excellent moment de lecture, vraiment, vraiment.

 

Citations :

Page 24 : Le pays de Dwayne Hoover et de Kilgore Trout, où l’on ne manquait encore de rien, s’opposait au communisme. L’idée était que les terriens riches n’avaient pas à partager quoi que ce soit s’ils n’en avaient pas envie, et la plupart n’en avaient pas envie.

 

Page 39 : Ils arrivèrent finalement sur la planète Terre. En toute innocence, Kago parla des automobiles aux Terriens. Kago ignorait que les êtres humains pouvaient être terrassés par une simple idée aussi facilement que par le choléra ou la peste bubonique. Il n’y avait pas d’immunité sur Terre contre les idées toquées.

 

Page 73 : Il en oublia que son épouse Celia s’était suicidée, par exemple, en avalant du Drano — un mélange d’hydroxyde de sodium et de paillettes d’aluminium, prévu pour déboucher les canalisations. Celia s’était transformée en petit volcan, car elle était composée des même substances que celles qui bouchaient généralement les canalisations.

 

Page 82 : Les prostituées travaillaient maintenant pour un maquereau. Il était superbe et cruel. C’était un Dieu à leurs yeux. Il leur avait enlevé leur libre arbitre, et il n’y avait aucun mal à cela. Elles n’en voulaient pas de toute façon. C’était comme si elles s’étaient abandonnées à Jésus, par exemple, pour vivre dans l’abnégation et la confiance — sauf qu’au lieu de ça, elles s’étaient abandonnées à un maquereau.

 

Page 133 : — C’est quand même pas normal, dit le vieux mineur à Trout, qu’un homme puisse posséder ce qui se trouve sous la ferme ou les bois ou la maison d’un autre. Et dès que cet homme veut mettre la main sur ce qui se trouve là-dessous, il a le droit de démolir ce qui se trouve au-dessus. Les droits de ceux qui vivent au-dessus du sol, ça représente rien, comparés aux droits de celui qui possède ce qui se trouve en dessous.

 

Page 158 : Il était diplômé de West Point, une académie militaire qui transformait les jeunes hommes en fous meurtriers pour les envoyer à la guerre.

 

 

 

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Mon avis : Léviathan – Paul Auster

Publié le par Fanfan Do

Traduit par Christine Le Bœuf

 

Éditions Actes Sud - Babel

 

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Quatrième de couverture :

Prix Médicis étranger 1993, le "Léviathan" de Paul Auster met en scène un écrivain, Ben Sachs, détourné du cours de son existence par la hantise du mal qui menace le monde en général et l’Amérique en particulier. Or il ne peut mener à terme le roman qu’il a entrepris — "Léviathan" — car l’action terroriste dans laquelle il s’est engagé se retourne contre lui. Peter Aaron, son ami, décide, pour prévenir les mensonges des enquêteurs, de reconstituer et d’écrire l’histoire de Sachs : s’ouvrent alors les pistes les plus étranges, apparaissent les personnages les plus curieux, qui tous, par le talent si singulier de Paul Auster, deviennent autant de figures du destin.


 

 

Mon avis :
Un homme explose avec la bombe qu'il était en train de fabriquer. Avant que le FBI ne découvre qu'il s'agit de l'écrivain Benjamin Sachs et que la presse ne s'en empare pour raconter tout et n'importe quoi, Peter Aaron, son ami, décide d'écrire l'histoire de cet homme dans toute sa vérité. Peu à peu il démêle l'écheveau des éléments et événements qui ont amené Ben à cet acte terrifiant.

Donc, Peter Aaron, écrivain, raconte sa rencontre avec Benjamin Sachs écrivain lui aussi, et le début de leur amitié. C'est tout de suite beau, car la description qu'il fait de Sachs est celle d'un homme qui a de l'humour et dont émane beaucoup de générosité, d'intelligence. Un homme tourné vers les autres, car, comme dit Aaron "Il ne jugeait jamais son interlocuteur, ne traitait jamais personne en inférieur, ne faisait jamais de distinction entre les gens à cause de leur rang social."

Et alors que j'étais plongée dans le récit de la vie de Sachs, je me suis demandé pourquoi "
Léviathan". Pourquoi ce titre ? Je savais qu'il s'agissait d'un monstre marin mais j'ai voulu avoir plus de précisions. Dans le dictionnaire De l'Académie Française la définition est : Nom d'un animal monstrueux de la mythologie phénicienne, évoqué par la Bible, devenu nom commun et pris comme symbole d'une puissance démesurée, notamment en parlant d'un état omnipotent. Donc, pour moi à ce stade de l'histoire, ma question était de savoir si ce Léviathan était l'humanité, New-York, l'Amérique, le monde... où bien quelque chose d'intérieur, bien pire.

Alors vraiment l'écriture, le style 
Paul Auster, j'adore. On se fait embarquer dans son Amérique et dans les vies de ses amis, le tout très inspiré de sa propre vie. Hélas, je ne connais pas assez l'auteur, j'aurais été bien incapable de le dire, alors je suis allée à la pêche aux infos et j'en ai appris un peu plus. Sans oublier que, s'agissant d'une LC, mes compagnes de lecture ont apporté des éléments très intéressants et force est de reconnaître que beaucoup de fragments de sa vie sont dans ce roman. En tout cas, ce que Paul Auster raconte sur ses personnages est passionnants, car ils ont des personnalités et des vies hors du commun.

Dans ce roman il est beaucoup question d'amitié, de désir, d'amour, et de corps. de littérature aussi puisque les deux personnages principaux sont écrivains et l'un des deux est aussi traducteur. Peter Aaron (PA comme 
Paul Auster) 😏. Et de liberté, et d'engagement !!! Mais comme Ben intellectualise tout, un événement terrible l'amène à se reconsidérer avec un regard sans aucune complaisance, et même une bonne dose de masochisme, qui ouvre une brèche en lui.

Le récit de ces vies vous emporte et donne le sentiment que quoi qu'on fasse, on peut rarement lutter contre ses démons. Et bien que je ne croie pas au destin, j'aime l'idée qu'il puisse exister et qu'on ait le désir de le prendre à bras le corps pour se laisser entraîner avec lui dans une danse macabre inéluctable.


4321 reste pour l'instant mon préféré car il m'a éblouie tant il est incroyable dans sa construction. J'ai cependant beaucoup aimé celui-ci aussi.

 

Citations :

Page 29 : La poésie, c’est bien beau, mais ça ne vaut pas la peine qu’on se gèle les couilles.

 

Page 68 : Nul ne peut dire d’où vient un livre, surtout pas celui qui l’écrit. Les livres naissent de l’ignorance, et s’ils continuent à vivre après avoir été écrits, ce n’est que dans la mesure où on ne peut les comprendre.

 

Page 140 : — Le mariage : un marais, un exercice d’automystification qui dure la vie entière.

 

Page 203 : — Nous avons tous en nous, quelque part, une envie de mourir, dis-je, un petit chaudron d’autodestruction perpétuellement en train de bouillonner sous la surface.

 

 

 

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Mon avis : Les frères Lehman – Stefano Massini

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’italien par Nathalie Bauer

 

Éditions 10-18

 

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Quatrième de couverture :

11 septembre 1844, apparition. Heyum Lehman arrive de Rimpar, Bavière, à New York. Il a perdu 8 kg en 45 jours de traversée. Il fait venir ses deux frères pour travailler avec lui.

15 septembre 2008, disparition. La banque Lehman Brothers fait faillite. Elle a vendu au monde coton, charbon, café, acier, pétrole, armes, tabac, télévisions, ordinateurs et illusions, pendant plus de 150 ans. Comment passe-t-on du sens du commerce à l’insensé de la finance ? Comment des pères inventent-ils un métier qu’aucun enfant ne peut comprendre ni rêver d’exercer ?


 

 

Mon avis :
1844, Un homme, fils de marchand de bestiaux, partit de Bavière, il s'appelait Heyum Lehman. Quand il arriva à New-York il devint Henry Lehman, plus simple pour l'agent d'immigration qui ne comprenait pas. Son arrivée à New-York m'a donné un sentiment de renouveau et de liberté, d'un nouveau monde qui ouvre grand les bras et d'autre chose de vertigineux sans pouvoir définir quoi. le pays de tous les possibles sans doute.

Le texte est très étrange, écrit comme un poème sans rimes, avec parfois beaucoup de répétitions, des moments très drôles aussi, et on avance dans l'histoire des frères Lehman un peu sans s'en rendre compte, happé par le récit. On les voit peu à peu faire fortune grâce à leur incroyable talent pour la spéculation, d'abord  à Montgomery en Alabama, puis à New-York, la cosmopolite, le Graal !... avant la guerre de sécession qui met l'économie du pays par terre. Mais il y a des gens que rien n'abat et qui repartent de plus belle. Il y a une histoire de cerveau, de bras, de patate et de toupies qui m'a énormément amusée.

Étonnante famille qui sait calculer jusqu'à son temps de sommeil pour faire fortune. L'histoire Lehman Brothers est fascinante. Heyum Lehman, arrivé le premier aux États-Unis, a commencé à gagner de l'argent puis a fait venir ses frères, Emmanuel et Meyer. Les trois se sont mariés, ont eu des enfants et on a l'impression que l'unique but de leurs vies à tous était de travailler beaucoup et penser beaucoup pour gagner de l'argent, toujours plus d'argent, et à chaque génération ils étaient suffisamment doués et visionnaires pour y arriver. Doucement mais sûrement ils opèrent leur ascension sociale avec pugnacité, diversifiant sans cesse leurs champs de spéculations. Cependant, leur joie de vivre semble inversement proportionnelle à l'élévation de leur fortune. Ils sont sérieux et taciturnes. Des vrais croque-morts.
Pourtant ils donnent tous la sensation d'avoir un petit pète au casque, chacun fêlé à sa manière, ce qui rend l'histoire assez réjouissante. Comme par exemple la façon dont Arthur choisit sa future... Équations, algorithmes et autres formules mathématiques. C'est tellement drôle ! Ils sont fous ces Lehman !!! D'ailleurs leurs épouses sont toujours choisies de façon très pragmatique. Il semble même qu'elles ne servent qu'à la reproduction.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que je les ai tous trouvés antipathiques, tous ces riches, ces femmes de riches, ces gosses de riches. de pères en fils ils sont d'un cynisme sans borne, sans scrupules et totalement machiavéliques, sans oublier les cent-vingt règles infâmes qui régissent leur philosophie familiale qui mettent au pas le rêveur si par inadvertance il y en a un. Mais au fond, des gens qui ne pensent qu'au fric peuvent-ils être sympathiques ? Et quelle étrangeté ces hommes qui ont tellement d'argent qu'ils n'en dorment plus...

On traverse la guerre de sécession et l'abolition de l'esclavage, la première guerre mondiale, la prohibition, le krach boursier de 1929, la deuxième guerre mondiale, la reconstruction, le maccarthysme, la guerre du Vietnam, l'assassinat de JFK, et la chute finale de l'empire Lehman, avec un intérêt qui ne faiblit jamais.

C'est fascinant de voir le monde qui rétrécit à mesure que la technologie avance. Voir les femmes trouver leur place dans le monde du travail, voir naître le droit du travail et des droits sociaux...

Le destin de ces hommes d'affaires qu'ont été les Lehman est absolument vertigineux. Et alors, quel style ! Quelle écriture !! Quel humour !!! Je suis sûre que, racontée autrement cette histoire m'aurait profondément ennuyée. Mais quel talent !!! Car, me faire avaler 900 pages de l'histoire d'une dynastie de banquiers, c'est du grand art !

 

Citations :

Page 26 : Pour vivre en Amérique, y vivre vraiment,

Il est besoin d’autre chose.

Il est besoin de tourner une clef dans une serrure.

Il est besoin de pousser une porte.

Et les trois — clef, serrure et porte —

se trouvent non à New York

mais à l’intérieur de votre cerveau.

 

Page 46 : Et le pire,

c’est qu’Abraham Lehman

marchand de bestiaux

adorait follement ses verdicts,

y voyant un concentré de sagesse exceptionnel,

seul remède à la dégradation de la création,

raison pour laquelle

en vertu d’un esprit purement altruiste

il les dispensait au monde

en exigeant un retour immédiat.

 

Page 136 : Emmanuel n’avait jamais vu New York.

Une ruche, songea-t-il à travers la vitre de la voiture

alors que des foules en tout genre

charrettes à cheval ou à bras

filaient autour de lui

New York

vendeurs

caisses et cagettes

enfants et vieillards

New York

Juifs orthodoxes et colonies de Noirs

prêtres catholiques, marins, Chinois et Italiens

New York

le gris des immeubles à façade de pierres

statues et jardins, fontaines, marchés

New York

prédicateurs et gendarmes

et encore animaux, chiens en laisse et errants

New York

poupées aristocratiques aux ombrelles ouvertes

loqueteux moribonds

sorcières cartomanciennes

New York

tambours

gentlemen anglais

poètes inspirés, soldats

New York

uniformes et tuniques

chapeaux et jupons

New York

bâtons et baïonnettes, drapeaux, étendards

tout et son contraire

en même temps

sans la moindre dignité : impudique et pourtant

grand, immense, sublime

New York

Baroukh HaShem !

 

Page 290 : Et bien que les Lehman

ne fussent guère puritains

ni baptistes, ni mormons, ni quackers,

tout le monde comprit

qu’à partir de maintenant

la vie sexuelle de la banque

serait

tendanciellement

chaste.

 

Page 338 : On a tenté de lui expliquer

qu’il s’agit d’une tradition

et qu’on ne jette pas les traditions,

cher Herbert, comme des vieilleries,

qu’une femme juive n’est pas l’égale d’un homme

même si

la mode new-yorkaise de la parole

s’est tellement infiltrée

que les femmes ont elles aussi

envie de parler

et font un sacré vacarme

sous le nom de suffragettes.

Tu veux changer le rite, maintenant ?

Herbert secoue la tête :

il conteste le fait

qu’un frère soit plus important

qu’une sœur.

 

Page 408 : Épouser une cousine

est vraiment

le minimum auquel on puisse arriver

en termes non seulement de paresse

mais aussi

de banalité sentimentale.

 

Page 444 : « Cher Emmanuel et cher Mayer

pour vous répondre je vais réfléchir avec vous

à la signification du mot âge.

Qu’est-ce que l’âge sinon un lieu de la vie

identique à l’espace

un territoire où nous vivons ?

Chaque âge est un pays, un village,

si vous préférez une nation

où chacun de nous doit transiter.

Et de même que chaque lieu du monde

possède un climat, une langue

un paysage particulier,

de même le vieillissement

signifie habiter une terre étrangère,

où les règles des pays précédents

ont tout simplement

perdu leur valeur.

À l’étranger

il faut apprendre une nouvelle langue

pour appeler le soleil le soleil

et la lune la lune :

alors seulement on saura

que le soleil est soleil sur toute la terre

y compris sur une terre d’exil

et que seul change

la façon de l’appeler.

En d’autres termes

avec les âges comme avec les pays

tout est inhospitalier tant qu’on est étranger

et tout est accueillant

quand on se transforme enfin

en citoyen. »

 

Page 571 : La première année que j’ai passée ici

il y avait trois mots sur toutes les lèvres :

vous avez dit 21 546 fois PROFITS.

J’ai entendu 19 765 fois RAPPORT.

Et 17 983 le verbe ENCAISSER.

 

Ces dernières années

ces mots ont disparu

du haut de ma liste.

INTÉRÊT a gagné le sommet avec 25 744 occurrences,

suivi par ACTIF, prononcé 23 320 fois.

Cela n’est pas du blabla,

c’est de la substance, cher cousin.

 

Page 678 : « Parler d’éthique avec un banquier est absurde.

Je te mets en garde, si tu veux le comprendre :

vous êtes en train de créer un système monstrueux

qui ne pourra pas résister longtemps.

Des industries partout, des usines partout :

à qui vendra-t-on si la plupart des gens sont pauvres ?

Vous aimez penser que l’Amérique est riche

imaginer le monde entier sur le chemin du bien-être

mais quand ouvrirez-vous les yeux ?

Quand il sera trop tard ? »

 

 


 

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Mon avis : My policeman – Bethan Roberts

Publié le par Fanfan Do

Traduit par Claire Allouch

 

Éditions Hauteville

 

Mon avis sur Insta c'est ici

 

Quatrième de couverture :

Mon policier ne ressemble en rien a Michael. C'est l'une des raisons pour lesquelles il me plaît. Les mots qui me viennent a l'esprit quand je pense a lui sont « lumière » et « délices », mais mon policier est très dangereux, malgré la lumière et les de lices qu'il m'inspire.

 Brighton, années 1950. Marion rencontre Tom et en tombe éperdument amoureuse. Il lui apprend à nager sur la célèbre jetée, et lui révèle sans le savoir un monde sensuel dont elle a tout à apprendre. Quand Tom fait la connaissance de Patrick, sa vie en est bouleversée. Ce conservateur de musée l'entraîne dans son univers sophistiqué fait de voyages, d'art, de beauté. Dès lors, Tom n'est plus un simple officier de police, il est « leur » policier à tous les deux. Mais il est plus prudent pour lui d'épouser Marion et de fréquenter Patrick en secret. Quand on aime si résolument, on se croit capable d'aimer pour deux, mais jusqu'où Marion et Patrick seront-ils capables de partager leur passion ?

Une histoire vibrante de désir, librement inspirée de la vie sentimentale tumultueuse de E.M. Forster, tiraillé entre son mariage et la passion que lui inspira Bob Buckingham, un policier, dans une société régie par une morale asphyxiante.

 

 

Mon avis :
Première partie, 1999. Marion, la narratrice, parle à Patrick, qui lui, ne peut plus parler. Elle lui raconte sa rencontre avec Tom dont elle était secrètement amoureuse il y a bien longtemps, dans les années 50, lorsqu'elle était adolescente, puis de sa rencontre avec lui, Patrick, plus tard, présenté par Tom. Dans ces années là, on n'attendait pas des filles qu'elles fassent des études, on ne couchait pas avant le mariage et on taisait l'homosexualité, la sienne ou celle de ses proches.

Le rythme est très lent et convient parfaitement à l'histoire qu'il raconte.  C'est l'histoire d'un amour sacrificiel, un amour impossible, un amour interdit, un amour passion, un amour raisonnable, où mieux vaut des miettes que rien du tout. C'est l'histoire d'un triangle amoureux où il n'y a pas de gagnant. Une histoire d'abnégation et de générosité mais aussi de trahison.
La lenteur, les non-dits et les silences que l'autrice met dans ce récit font tellement d'époque qu'on est en immersion dans les années 50, totalement dans l'ambiance.

La deuxième partie donne la parole à Patrick, en 1957, quand il était conservateur du musée. Et là, le rythme change, le point de vue évidemment, et ça devient plus explicite. À travers ce récit on se rend compte de la peur qu'avaient les homosexuels d'être découverts, insultés, humiliés, de la persécution qu'ils pouvaient subir. Obligés de se cacher, ne pas pouvoir être eux-mêmes, c'est terrifiant. L'homophobie était totalement normalisée, voire même de bon ton. Et donc le mariage et une double vie était parfois la solution.
Puis la troisième partie redonne la parole à Marion et ainsi de suite, on alterne entre eux deux.

Sans doute que la lenteur de la narration, et l'alternance entre les deux narrateurs nous permet de mieux appréhender la douleur et l'injustice de certaines règles qui régissaient la société. Quant à l'homophobie, je me demande si c'est si différent à notre époque. Bien sûr cest mieux accepté, pour beaucoup totalement, en tout cas je l'espère. Mais il reste encore trop de gens haineux qui n'acceptent pas, bien que ça ne les regarde en rien.

J'ai trouvé ce roman à deux voix très étrange dans son rythme, prenant sans être transcendant bien que l'intérêt augmente à mesure qu'on avance dans l'histoire. Pourtant c'est un sujet qui me passionne, comment vivre caché dans une société étriquée, intolérante et punitive qui emprisonnait les homosexuels  et leur disait qu'ils étaient pervers, répugnant, anormaux ? C'est la société elle-même qui les obligeait à travestir leur vraie nature, occasionnant des blessures collatérales, des vies gâchées inutilement. Et j'avais oublié qu'il y a pas si longtemps que ça, on appelait les homosexuels des bougres. Étrange terme, sûrement plein de mépris à l'époque, qui a totalement changé de sens de nos jours.
J'ai aimé les personnages, Marion et Patrick en qui j'ai trouvé de la grandeur, mais aussi Sylvie et Julia, beaucoup moins Tom et sa colère contenue, autoritaire et égoïste.

 

Citations :

Page 30 : Ce soir-là, j’ai écrit dans mon carnet : « Son soleil est comme la lune des moissons. Mystérieux. Plein de promesses. » J’étais très contente de ces mots, je m’en souviens. Et chaque soir après ça, je noircissais mon carnet du manque que suscitait Tom en moi. « Cher Tom », écrivais-je. Ou parfois : « Mon cher Tom », ou même « Tom chéri », mais je me permettais rarement cette petite transgression. La plupart du temps, il me suffisait de voir son nom apparaître en caractères tracés par ma main. À l ‘époque, j’étais facile à satisfaire. Parce que, quand on est amoureux pour la première fois, le nom de l’être aimé suffit. Voir mes doigts former le nom de Tom me comblait. Presque.

 

Page 36 : Un après-midi ensoleillé, peu de temps après, je suis allée avec Sylvie à Preston Park. Nous nous sommes assises sous les ormes qui bruissaient joliment, et elle m’a annoncé ses fiançailles avec Roy.

Nous sommes très heureux, a-t-elle déclaré avec un petit sourire entendu.

Je lui ai demandé si Roy avait abusé d’elle, mais elle a secoué la tête, et son petit sourire s’est élargi.

 

Page 60 : Je me suis lancé un petit défi : étais-je capable de ne pas regarder vers le Palace Pier ? Je savais qu’il allait arriver par là. Les yeux rivés sur l’océan, je l’imaginais sortir des flots tel Neptune, drapé dans du varech, le cou orné de bernacles, un crabe pendant de ses cheveux ; il enlèverait la créature et la remettrait à l’eau, rejetant les vagues d’un coup d’épaule. Il avancerait sur la berge jusqu’à moi sans faire un bruit, malgré les galets, et me prendrait dans ses bras pour m’emporter là d’où il venait.

 

Page 74 : J’ai songé à la bouche de Roy, béante et pleine de gâteau, à son irrépressible envie de pousser Sylvie devant lui sur la piste de patin à roulettes, à son incapacité à faire la différence entre un sujet de conversation valable et un autre dénué d’intérêt. C’était un véritable crétin.

 

Page 104 : J’ignore exactement quand arrive le moment fatidique, celui où une femme est considérée comme une vieille fille. Chaque fois que j’y pensais, je visualisais une vieille horloge, dont le tic-tac marquait le passage des jours. Beaucoup des filles que j’avais connues à l’école étaient déjà mariées. Je savais que j’avais encore quelques années, mais si je n’y prenais pas garde, les autres professeurs me regarderaient comme ils regardaient Julia, une femme seule ; une femme obligée de travailler pour gagner sa vie, qui lit trop de livres, qui a été vue en train de faire ses courses un samedi avec un chariot au lieu d’une poussette ou d’un bambin qu’elle tiendrait par la main, qui porte des pantalons et ne semble jamais pressée de rentrer chez elle. Jamais pressée d’aller où que ce soit en fait.

 

Page 189 : Quelqu’un a sifflé : « Saleté de pédéraste » et quelques femmes ont gloussé depuis le trottoir d’en face.

 

Page 329 : Les hommes ont tellement de liberté ! Même ceux qui sont mariés.

 

Page 369 : C'est d'une injustice criante, mais c'est comme ça. Je crois qu'il y a des comités, des pétitions, des lobbyistes et ce genre de choses qui essaient de faire changer la législation. Mais, dans l'esprit britannique, l'intimité entre deux hommes est aussi inacceptable que l'agression physique, le vol à main armée et l'escroquerie.

 

 

 

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