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fantasy

Mon avis : Les enfants de Koro – Nicolas Jolie

Publié le par Fanfan Do

Auto Éditions

 

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Quatrième de couverture :

Bien qu’ils aient développé les technologies nécessaires pour coloniser tout le secteur supragalactique du Rameau de Po, ceux qui se revendiquaient de l’engeance de la Terre-Mère Koro – les Korogaï – n’en conservaient pas moins un mode de vie tribal, opérant de nombreux rituels pour honorer leurs divinités et tâcher d’entrer en contact avec elles afin de connaître leur volonté.


Nicolas Jolie et son équipe de recherche mythoscientifique se consacrent à l’étude de la civilisation de nos ancêtres et à la restitution littéraire de fragments mémoriels issus de ce lointain passé. Ce recueil contient huit nouvelles offrant des regards variés sur les aventures qu’ont pu vivre les enfants de Koro au cours de leur Histoire. On découvrira, au gré de ces épisodes : une performance artistique exceptionnelle ; l’ambitieuse traversée d’un désert planétaire ; une grande détresse face à la menace d’une terrible famine ; une chasse au démon épique ; la restitution d’un mythe cocasse à des esprits innocents ; les déboires d’un guerrier rendu paraplégique ; un rite de passage qui tourne mal ; et enfin les péripéties lubriques d’un héros que le sort accable.


Découvrez au sein de cet ouvrage un univers original de « science-fiction tribale », au croisement du space opera, de la science fantasy et de la mythologie !

 

 

Mon avis :
Nicolas Jolie nous prévient, l'annonce est claire dès le début :
"Vous vous apprêtez à lire un recueil de fragments du passé restaurés par les soins de notre équipe mythoscientifique. Notre principal sujet d'étude : les Korogaï, la civilisation de nos lointains ancêtres."

Une belle écriture au service de la légende de Koro. Un recueil de nouvelles qui nous emmène découvrir la culture Korogaï, ses coutumes et ses origines à travers ses dieux et leur mythologie. C'est tout un monde que l'auteur a créé. Dans cette civilisation, les coutumes, les rites et la religions tiennent une place prépondérante. Rien ne peut se faire en dehors de ça.

Dans ce recueil, huit nouvelles qui nous offrent un éventail de l'Histoire de Koro. de nombreux thèmes sont abordés comme notamment un mariage arrangé, où une enfant doit épouser un homme pour des accords politiques alors qu'une artiste lyrique offre une sublime prestation. Une étrange prostituée qui, en dépit du protocole et de toute règle, veut devenir une duÿre car elle semble être une élue des dieux. Elle y croit dur comme fer, assez pour entreprendre la traversée de la planète par l'équateur, à pied, et ainsi obtenir ce qu'elle souhaite. Peut-on avoir une deuxième chance face à l'échec de son existence ? J'ai aimé le moment où un défunt doit assister aux grandes lignes de sa vie et traverser les Échos du Passé sur le fleuve de l'au delà et faire le bilan de ses mauvaises actions. Et la guerre, quand un État la décide et que le peuple en fait les frais… et toujours, la religion remède à toutes les peurs. La chasse aux démons tout contre la porte vers l'au-delà.

Chacune des huit nouvelles nous ouvre un pan de l'âme Korogaï, de ses croyances, et ça m'a évoqué une forme de tradition orale. Et au début de chaque nouvelle, un dessin. J'ai trouvé ces dessins incroyables ! le style m'a éblouie, même si ça paraît simple, c'est très beau et il fallait y penser ! Sans oublier la couv que je trouve très belle !
Ma nouvelle préférée : le collier d'Immar. Il y est question d'une involontaire usurpation d'identité suite à la mort d'un frère d'arme, de soldats, de guerre, d'euthanasie, de peur, d'espoir et de détermination sans faille. Mais il faut avoir le cœur bien accroché… c'est aussi l'histoire la plus émouvante je trouve.

C'est toute une société et sa culture ancestrale qui sont imaginées là dans ce recueil de Fantasy qui évoque la mythologie avec ses oracles et ses dieux multiples, dans un monde futuriste qui se tourne vers son passé.
Mais il me semble que ça parle surtout de l'humanité et de ses travers, quelle que soit le lieu ou l'époque.

À la fin de l'ouvrage se trouve les annexes de 
Nicolas Jolie et son équipe, soit : Principes de la mythoscience - Notre objet d'étude - Processus de traduction des langues et dialectes Korogaï - Cosmographie du monde Korogaï - puis une liste des principales divinités et enfin un glossaire car il y a beaucoup de mots inconnus de notre monde dans ce livre.

J'ai beaucoup aimé l'univers imaginé par 
Nicolas Jolie. C'est très visuel, fantasmagorique, et ça emmène le lecteur dans un autre monde fait de légendes multiples et de croyances très anciennes car de nombreux peuples se côtoient.

 

Citations :

Page 74 : Cela ne dura sans doute que quelques instants, mais il lui sembla qu’une éternité s’écoulait, tandis que ses yeux se refermaient sur les superfluités du monde matériel.

 

Page 234 : D’après ses dires, Shonis avait été heureuse avec Imaar, mais elle se lamentait qu’il ne lui eût jamais donné d’enfants. Elle s’étonnait qu’il eût choisi de s’enrôler dans l’armée plutôt que de mener une vie prospère en reprenant le laboratoire de son père. Pour ma part, je le comprenais. Quelle que soit notre origine clanique, nous n’en restions pas moins des Pitaka. Noïlrog était notre véritable guide. C’est sa colère qui animait nos âmes viriles.

 

Page 239 : La mort. Si beaucoup la craignent et la redoute, et seraient prêts à tout donner afin de l’éviter, d’autres, comme moi, la contemple avec une étrange impatience mêlée d’appréhension. Seuls ceux qui l’ont vécue connaissent le singulier sentiment mêlé d’horreur et de fascination qu’induit de connaître la date de sa fin ! La moindre de mes respirations revêtait une importance capitale, et je la chérissais infiniment pour maintenir ce lien intime qui m’unissait à la vie autant que je la haïssais pour faire perdurer la souffrance qu’endurait continuellement mon corps et mon âme mélangés.

 

 

 

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Mon avis : Une révolution en septe recettes – Livre 1 – Ceux qu’on mange – Ryan Rose

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais par Jonathan Oriol

 

Éditions de Saxus

 

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Quatrième de couverture :

Paprick est un boucher. Employé à l’usine royale, il passe ses journées à découper des phénons, ces bêtes gigantesques dont la viande offre à celui qui l’ingurgite des propriétés magiques. En tant que popul, Paprick n’a pas le droit de s’en procurer, sa consommation étant réservée aux plus riches, les Singuls.
Quand il vole pour la première fois un morceau de phénon, sa vie tourne au vinaigre. Sous la pression, il crée une recette supérieure qui lui confère une puissance sans pareille. Cet exploit lui permet d’entrer à l’Académie culinaire pour réaliser son rêve et devenir Chef.
Plongé au cœur de l’élite singul, les injustices n’en sont que de plus en plus amères, et Paprick pourrait bien être l’ingrédient manquant pour mettre fin au calvaire des populs. Après tout, il ne suffit que d’une pincée de sel dans la plaie déjà à vif des opprimés pour que la révolution se mette en marche.

 

 

 

Mon avis :
Voici un roman avec un départ assez classique : une société totalement inégalitaire avec des nantis, les Singuls, qui mangent à satiété, et des pauvres, les populs, complètement asservis, qui naissent avec une dette à rembourser et qui ont toujours faim. Mais, on est là dans un univers magique, totalement en dehors de ma zone de confort, ou devrais-je dire de mes zones, car j'aime plusieurs genres, mais la fantasy, c'est plutôt compliqué pour moi. Je n'accroche pas en général. Sauf que là, j'ai aimé tout de suite.

Les disparités essentielles de ce monde se situent autour de la nourriture, notamment la viande de phénons qui a des pouvoirs magiques, que seuls les singuls ont le droit de manger. Des animaux gigantesques, quadrupèdes avec des écailles, des plumes et des cornes, que les bouchers découpent au choix, vivants ou morts. de ce point de vue-là, pas vraiment de différence avec nos sociétés et notre époque concernant la maltraitance animale. Animaux qu'on torture et qu'on tue dans le but de les manger.

Les pouvoirs magiques de la viande de ces bovidons, qui apporte l'Endurance à qui la mange, sont décuplés en fonction des recettes et des associations culinaires qui sont faites. Ça peut se manifester de différentes façons, intellectuelles, physiques, selon les alliances d'ingrédients. Chacun espère LA RECETTE supérieure, celle qui apportera plus que les autres. Et il semble que Paprick le Popul l'ait trouvée grâce à des épices attrapées au hasard qu'il a associé à de la viande de phenon qu'il a volée. À partir de là, il devient l'espoir, pour les Singuls d'encore plus de puissance, et pour les Populs d'une révolte qui mettrait fin à toutes les injustices. Car les rebelles se préparent dans l'ombre. Mais pour Paprick l'apprenti boucher qui se rêve Chef cuisinier, la vie devient plus dangereuse qu'elle ne l'a jamais été lorsqu'il entre à l'Académie culinaire, d'ordinaire réservée aux Singuls. Il subit un harcèlement permanent et se trouve écartelé entre ses rêves de trouver la recette parfaite et les aspirations de son peuple qui en a fait son héros et compte sur lui.

Ce monde semble très ouvert, les individus se présentent par leur prénom, puis par leur pronom, il, elle, iel, certains comme Paprick vivent avec leurs deux mères. Cependant le rejet, le mépris et les insultes sont quotidiens envers ceux considérés comme inférieurs. Mais la révolte gronde, dans l'ombre où peu à peu tout est mis en œuvre pour abattre le tyran et retrouver le bien-être et l'équité de l'époque bénie d'antan. le récit de Paprick sur sa vie et les événements qui l'ont mené en prison est entrecoupé par celui d'un narrateur qui nous parle depuis la geôle, du dialogue entre le boucher et l'archiviste. On a donc deux points de vue. Et plus on avance dans l'histoire, plus des doutes sont semés comme des petits cailloux, ce qui rend l'attrait et le suspense plus intenses.

Apprendre la cuisine est, dans ce monde-là, aussi prestigieux que pourrait l'être l'apprentissage de l'astrophysique ou de la magie. de plus, on se sent au plus près de cette passion qui revêt les apparences d'un sacerdoce que représentent les métiers de bouche, avec ces gens qui ne vivent que pour ça, que par ça, comme une vocation dévorante.

C'est un roman plein d'arômes et de senteurs, exotiques ou du quotidien, qui donne l'eau à la bouche et amène du rêve quant au pouvoir de créativité. C'est aussi plein de violence.
Roman de Fantasy qu'on pourrait qualifier de gastronomique, ça doit être une première, addictif mais cruel... car je déteste qu'on fasse du mal aux animaux (et qu'on les mange), fussent-ils imaginaires. Car là, mon petit cœur a saigné pour ces pauvres phénons à qui rien n'est épargné ! Comme à nos animaux dit de boucherie. Sniffff... et forcément, j'ai adoré Cori qui est phénoniste et qui considère que l'humain tient une place insignifiante sur la planète.

Ethnocentrisme, violences, inégalités, mépris de classe, désinformation, ça ressemble furieusement à une allégorie de notre monde qui part à vau-l'eau.

Merci à Babelio Masse Critique et aux Éditions 
De Saxus pour l'envoi de ce livre, Édition collector s'il vous plaît !!! Magnifique il faut bien le dire mais aussi passionnant et inattendu.

 

Citations :

Page 20 : Cela fait, je devais prendre le relais avec ma fendescie afin de progresser jusqu’à l’os. Il ne nous resterait alors plus qu’à tailler autour de celui-ci pour retirer le muscle maigre et actif proprement, de manière à préserver au maximum la saveur des tendons.

Enfin, « proprement »… Ce serait oublier que ce processus implique de vider un être vivant de son sang.

 

Page 174 : « Je n’ouvrirai pas demain, annonça-t-il peu avant la fin de mon service. J’ai des choses à faire à l’autre bout de la ville et, même si tu es le plus flagorneur des sacs à purin, je ne peux pas te laisser les clés de la boutique. »

 

Page 275 : Pour les phénonistes, le festival n’était pas seulement un jour férié, mais aussi un jour sain. L’une des créatures qu’ils vénéraient annonçait la saison nouvelle, sans prêter attention à l’humanité ni à sa place insignifiante sur la planète.

 

Page 444 : J’enrageais devant cette habitude ridicule qu’avaient les hommes tels que le roi de toujours exposer les femmes comme preuve de leur victoire.

 

Page 461 : « Améliorer une recette supérieure, ce n’est pas si différent que d’en créer une, mais c’est plus difficile m’avait-il dit. Alors, ne fais pas le malin, petit. Tu restes une andouille de compétition. Sois prudent, surtout ! Sers-toi de ta tête, mais aussi de ta langue. »

 

 

 

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Mon avis : Neverwhere – Neil Gaiman

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais par Patrick Marcel

 

Éditions Au Diable Vauvert

 

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Quatrième de couverture :

Dans une rue de Londres, Richard trouve une jeune fille au sol, blessée. Il la prend dans ses bras, elle est d’une légèreté surprenante. Le lendemain, tout dérape : sa fiancée le quitte, on ne le reconnaît pas, certains ne le voient même plus. Le monde à l’envers, en quelque sorte.

Car il semblerait que Londres ait un envers, la « ville d’En Bas », une cité souterraine où vit un peuple d’une autre époque, invisible pour le commun des mortels. Comme plus rien ne le retient « là-haut », Richard rejoint les profondeurs…

 

Né en 1960 en Angleterre, Neil Gaiman vit aux États-Unis. Romancier, nouvelliste, scénariste surdoué traduit dans le monde entier, il est notamment l’auteur de Coraline, Stardust et des best-sellers American Gods (prix Hugo, Nebula, Bram Stoker et Locus) et Anansis Boys.

 

 

Mon avis :
Roman à l'ambiance particulière dont l'histoire se passe dans deux lieux parallèles, la Londres d'en haut moderne tel qu'on la connaît et la Londres d'en bas miséreuse et anachronique. Pour son malheur, Richard, contrairement à sa fiancée, n'est pas resté indifférent à Porte, une jeune femme en haillons, blessée, qui lui demandait de l'aide. Dès lors qu'il l'a secourue, son univers personnel a basculé dans quelque chose de cauchemardesque. Plus personne ne le reconnaît, ni même ne le voit, comme s'il était devenu invisible. Car étrangement, cette jeune femme à priori invisible pour les habitants d'en haut, Richard l'a vue, et l'a sauvée. Il part donc dans la Londres d'en bas, celle des laissés pour compte, des parias, des dépossédés, pour tenter de comprendre et récupérer sa vie d'avant en retrouvant celle par qui ses ennuis sont arrivés, qui elle-même poursuit une quête essentielle à ses lendemains.

Évidemment les choses ne vont pas du tout se passer comme il l'aurait voulu. Tout le monde en bas se fout de son sort. Tout le monde ? Peut-être pas.
J'ai adoré le côté conte d'autrefois, avec des personnages crasseux, mal fagotés, malodorants, roublards. Des rats, personnages importants qu'on écoute car leur parole compte, qui ont des traducteurs : les parle-aux-rats. Des affreux, les messieurs Croup et Vandemar, méchants à souhait qui m'ont fait penser au binôme dans Pinocchio : le chat et le renard, en moins beaux et carrément répugnants. On y trouve aussi le marquis de Carabas, fantasque et cynique. Et tant d'autres encore, visions de cauchemar, créatures hybrides ou chimères.
Ce lieu d'en bas est une espèce de cour des miracles où on fait du troc et où on s'entretue sans états d'âme, et où la magie existe. Il y a pourtant quelque chose de facétieux dans ce roman, un humour piquant. Richard ne pense-t-il pas dans son journal mental "je me promène à quelques dizaines de mètres sous les rues de Londres avec une espérance de vie comparable à celle d'un éphémère animé de pulsions suicidaires." ?
Il y a quelque chose d'absurde, complètement loufoque et néanmoins jubilatoire dans ce récit. Pourtant, je n'ai pas trouvé l'histoire addictive, tout en aimant bien, je serais bien allée lire autre chose... et puis un miracle s'est produit ! Pile à la moitié du livre j'ai été happée.

J'ai adoré les personnages, le grand délire général qui a parlé à mon âme d'enfant qui ne m'a jamais quittée, l'humour qui m'a parfois fait éclater de rire. J'adore l'intérieur du cerveau de l'homme qui a imaginé cette histoire ! Donc, malgré une première moitié un peu lente à mon goût, j'ai vraiment aimé ce roman fantasmagorique, sombre, et néanmoins très drôle, aux personnages bien barrés, dans une quête qui consiste pour certains à zigouiller le plus salement possible, pour Porte c'est la découverte de la vérité qui importe, ou retrouver sa vie d'avant pour Richard, ou encore parfaire sa réputation et atteindre le sommet pour une autre, ou encore la simple haine d'un esprit revanchard, chacun a ses raisons. Que ça se passe en grande partie dans la Londres brumeuse et envoûtante d'un temps impossible à situer créé une ambiance propice à l'ensorcellement.

 

Citations :

Page 21 : À présent, en avant. Nous avons des tâches à accomplir. Des gens à endommager.

 

Page 37 : Ses longues mèches brunes croulaient sur la poitrine de Richard ; elle lui disait à voix basse combien elle l’aimait, et il lui répondait qu’il l’aimait aussi, qu’il voulait vivre toujours à ses cotés. Et ils croyaient tous les deux que c’était la vérité.

 

Page 48 : Elle était revêtue de toute une gamme de vêtements enfilés les uns par-dessus les autres : des tenues insolites, des velours sales, des dentelles boueuses, des accrocs et des trous par lesquels on apercevait d’autres couches, d’autres modes. On aurait dit, jugea Richard, qu’elle avait effectué une razzia nocturne dans la collection Histoire de la mode du Victoria and Albert Museum, et qu’elle portait encore tout son butin sur elle.

 

Page 140 : Puis ils tournèrent à un coin et virent le pont. Il aurait pu s’agir d’un des ponts sur la Tamise, cinq cents ans auparavant, jugea Richard, un énorme pont de pierre qui enjambait un immense gouffre noir pour plonger dans la nuit. Mais il n’y avait ni ciel au-dessus, ni eau au-dessous. Il se dressait dans les ténèbres. Richard se demanda qui l’avait construit, et quand. Il se demanda comment quelque chose de ce genre pouvait exister sous la ville de Londres, sans que personne le sache.

 

Page 144 : Des bruits. Un frôlement, un frémissement. Richard cligna des yeux, aveuglé par la nuit. Les bruits devinrent plus féroces, plus affamés. Richard imagina qu’il entendait des voix : une horde de trolls énormes et contrefaits, sous le pont…

 

Page 155 : Il y avait chez ces gens un comportement profondément tribal, décida Richard. Il essaya de distinguer des groupes : il y avait ceux qui semblaient s’être échappé d’une reconstitution historique ; ceux qui lui rappelaient des hippies ; les albinos vêtus de gris, portant des lunettes noires ; les gens dangereux, tirés à quatre épingles, avec leurs costumes chic et leurs gants noirs ; les énormes femmes presque identiques qui se déplaçaient par groupes de deux ou trois, et hochaient la tête quand elles se croisaient ; ceux qui avaient les cheveux en broussaille et donnaient l’impression de vivre dans les égouts, qui empestaient de façon infernale ; et cent autres genres et espèces…

 

Page 174 : Jeune homme, dit-il. Comprenez bien une chose : il existe deux Londres. Il y a la Londres d’En Haut — c’est là que vous viviez — et puis il y a la Londres d’En Bas — l’En Dessous — qu’habitent ceux qui sont tombés dans les failles de ce monde. Vous appartenez désormais à leur monde. Bonne nuit.

 

Page 253 : Je te l’ai toujours dit, répondit-il avec la satisfaction de tous les vrais prophètes, on est en plein dans Le Masque de la Mort Rouge. Une élite décadente fait la fête pendant que la civilisation s’effondre autour d’elle.

 

Page 279 : J’ai toujours estimé, dit-il, que la violence était le dernier recours de l’incompétence, et les menaces vaines, le sanctuaire ultime de l’ineptie absolue.

 

Page 308 : Il existe à Londres de petites bulles de temps passé, où les choses et les lieux ne changent pas, comme des bulles prises dans l’ambre, expliqua-t-elle. Il y a beaucoup de temps dans Londres, et il faut bien qu’il aille quelque part — tout n’est pas consommé tout de suite.

Je dois encore avoir la gueule de bois, soupira Richard. J’ai trouvé ça presque cohérent.

 

 

 

 

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Mon avis : Vita – Julia Brandon

Publié le par Fanfan Do

Les éditions des auteurs des livres

 

Quatrième de couverture :

Au cœur de Vita, Julia Brandon tisse un récit d’amour et de rédemption où la lumière et les ténèbres s’entrelacent dans un ballet tragique. Automne, jeune femme brisée par la cruauté de son frère Jonas, peintre pervers et tortionnaire, tente de fuir un destin qui la poursuit sans relâche. Lors de sa fuite, elle rencontre Christ, un artiste déchu hanté par ses propres démons. Cette rencontre bouleversera sa vie à jamais.

 

Entre eux naît une relation puissante, faite d’amour, de pardon et d’espoir. Christ, rongé par son passé, offre à Automne l’unique échappatoire à son enfer : la promesse d’un amour absolu.

 

Dans un univers où la douleur est l’unique vérité, Vita explore les liens indéfectibles qui se créent dans l’ombre du désespoir. Automne et Christ, unis par un destin cruel, parviendront-ils à échapper à l’emprise de la fatalité ou seront-ils à jamais emprisonnés dans le labyrinthe de leur propre passé ?

 

La plume marseillaise nous livre ici un roman d’une beauté époustouflante… Julia Brandon, le phénomène littéraire de l’année !

 

 

Mon avis :
Automne aime passer des heures à lire 
Ovide. Elle lit le latin que son père lui a enseigné, ce qui déplaît à sa mère car elle craint que ça la détourne du chemin qu'elle se doit d'emprunter. Mais quel est-il ce chemin ?
À un moment Automne saute par la fenêtre, puis se retrouve à devoir sauter dans un puits avec Silas qu'elle vient à peine de rencontrer, ce qu'elle fait, et se retrouve sous l'eau. Mais littéralement sous l'eau, l'eau au dessus d'elle, et elle au sec. Là, c'est complètement onirique, où peut-être métaphorique, et je me suis un peu interrogée mais j'ai poursuivie mon étrange lecture car bien que très bizarre, je l'ai tout de suite trouvée addictive.

En réalité, Automne fuit Jonas, son frère, artiste fou, sadique et complètement pervers. Elle mène une quête en compagnie de Silas qui "reçoit" des objets étranges. Elle cherche quelqu'un sans savoir exactement qui au départ, ni pourquoi. Magie, ésotérisme, on est emporté dans cette étrange aventure qui attire Automne irrésistiblement. Il y a une certaine ambivalence chez ces personnages, qui font le contraire de ce qu'ils désirent réellement ou bien qui fonce vers quelque chose dont ils ignorent tout et qui est peut-être leur malheur en fait. J'ai trouvé qu'Automne faisait preuve de beaucoup d'ingratitude d'un côté et se laissait emporter aveuglément dans une histoire d'amour totalement improbable car née d'un coup de foudre.

Cette histoire se passe à une époque qui n'est pas précisée, qui m'a semblé lointaine... la magie y est omniprésente, l'ambiance, les lieux et les événements m'ont évoqué le Moyen-âge. J'ai beaucoup aimé même si l'histoire d'amour absolu qui y est raconté est totalement extrême et flirte avec la mort.

C'est un roman qui n'est pas pour tout public il me semble car il y a des faits choquants, et même malsains. Donc, pour public averti ! Ce livre m'a été proposé en service presse par l'autrice. Merci beaucoup pour cet étrange roman qui m'a fait passer un très bon moment.

 

Citations :

Page 65 : Oui, c’est vrai, Maria aimait beaucoup Eugénie bien qu’elle ne comprît pas vraiment pourquoi elle n’appréciait que sa fille apprît à lire. C’était une occasion tellement belle de s’ouvrir au monde ! À l’époque, elle aurait même beaucoup donné pour avoir cette chance.

 

 

 

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Mon avis : Fantaisies guérillères – Guillaume Lebrun

Publié le par Fanfan Do

Éditions Christian Bourgois

 

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Quatrième de couverture :

En ce début de XVe siècle, tout est chaos au Royaume de France : les Englishes imposent leur présence depuis près de cent ans, Armagnacs et Bourguignons n'en finissent pas de s'écharper. La guerre civile menace de ravager le pays. C'en est trop pour Yolande d'Aragon. Puisqu'une prophétesse est attendue pour couronner le dernier Dauphin vivant, il n'est plus temps de rester avachi dans les palais. La fulminante duchesse prend donc la décision de hâter le destin. Et la voilà reconvertie dans l'élevage de quinze petites Jehanne. En secret, elle crée une école dans le but de les former aux exigences militaires et intellectuelles de Guérillères accomplies. Mais la Douzième, de loin la plus forte et la plus féroce, n'a rien à voir avec celle que Yolande aurait voulu initier à la vraie nature de sa mission.

 

Porté par une langue inouïe d'inventivité, d'insolence et de drôlerie, ce roman iconoclaste en diable réinvente l'un des plus illustres épisodes de l'histoire de France avec panache.

Guillaume Lebrun élève des insectes dans le sud de la France.

Fantaisies guérillères est son premier roman.

 

 

Mon avis :
L'histoire commence avec Yolande from 
Aragon qui nous conte ici son histoire, dans un langage fleuri mâtiné de néologismes, de mots hors d'âge, d'anglicismes pas très nets et même d'anachronismes, d'argot et d'on ne sait pas trop quoi, un peu ancêtre spirituelle de Douglas Adams, saupoudré d'un soupçon de Frédéric Dard et d'un zeste de Michel Audiard, tout ceci en mode médiéval. Dès le départ ça m'a paru complètement loufoque, mais pourquoi pas ? Restait à savoir si j'allais tenir sur la longueur. Donc, Yolande's husband is Louis II d'Anjou, dit Loulou. Elle est liée par le sang au Grand bastard de France avec qui elle se montre si douce qu'il la nomme tantine. Ben ouais.
Elle joue les devineresses auprès des cocues, juste de quoi gagner quelques deniers pour se payer des robes sans avoir à ouvrir une ligne de crédit auprès de Loulou.

Une Grande Prophétie annonce depuis des années qu'une vierge guérillère viendra sauver le royaume des envahisseurs Englishes. Yolande, n'en pouvant plus d'attendre que ça se réalise, décide, en bonne devineresse, de prendre les choses en main et de former quinze donzelles, potentielles pucelles d'Orléans, pour en avoir une qui soit la bonne. Car passer des annonces ne fonctionne pas. Ne se présentent que ribaudes et devergoigneuses. Donc elle va créer un centre de formation de "Jehanne", une espèce de Starac pour trouver LA bonne Jehanne, une guérillère accomplie, celle qui saura bouter les Englishes hors de France.

Qu'est-ce que je me suis régalée avec Yo et Jehanne d'Arc version pop culture ! J'adore l'irrevérence et je dois dire que j'ai été servie. du plaisir, de la joie, des sourires et des éclats de rire. Mais que c'est bon ! Et puis Yolande (Yo) qui explique aux filles qu'elles ne subiront ni mariement, ni travaux des champs, ni vêlage et donc aucun risque de mourir en couches... Est-ce "Moyen-âge" ce féminisme version XVe siècle ?... qui m'a rappelé, dans mes souvenirs lointains, la princesse Cellulite de 
Claire Brétécher, BD impertinente et drôle.

Lorsque la parole est donnée à Jehanne la douzième en de longs chapitres, en alternance avec Yo, la loufoquerie n'est point absente, bien au contraire. Étrange petit animal sauvage mutique, dodu et malodorant aux comportements erratiques, elle semble être l'élue.

Mais diantre que ce roman est ébourifique et époustourifant ! Voire même épastrouillant. Ventrebleu, le diable m'élingue, je me suis souventefois esbaudie à la lisance de cet opuscule truffé de hardiesses langagières et spirituelles.
Quel talent il faut pour écrire un tel livre ! C'est drôle, imaginatif, fou, instructif, délicieusement blasphématoire, joyeusement iconoclaste, d'une telle drôlerie !!!
J'ai indubitablement kiffé cette histoire exquisément déjantée où la pucelle d'Orléans est une espèce de punk queer. Quant à quarante-deux, ça m'a longuement esbardaillée avant que je ne trouve pourquoi ça me parlait. C'est que, il y a tant de réf tout le long de ce récit !!!
Je crois bien que 
Guillaume Lebrun est un génie et son roman une petite merveille d'intelligence et de drôlerie d'une impertinence folle. Un énorme coup de cœur pour moi !!!

 

Citations :

Page 52 : Par ailleurs, et ce même avant que de pouvoir formuler pensées bien claires en bouche déclose, j’ai toujours senti une différence en moi, qui rendait mol et malléable mon cœur et me faisait ne point estre comme les jeunettes de mon âge et de ma condition. C’est pourquoi j’évitais autant que possible les enfants et les adultes, préférant m’esbaudir en jeux avec les gorets, les chats ou les chevaux, me roulant dans la fange avec délectation.

 

Page 172 : Ainsi je devins bergère. Élevée à Domrémy, duché du Bar, appartenant à l’évêché de Toul. Moi qui te parle, ne sais point encore au jour d’hui à quoi correspondent ces noms et, contrairement aux autres animaux, approcher tout mouton me dégoûte l’âme. On m’inventa une famille aimante et une enfance bien pieuse, prétendant même que j’aimais me rendre en procession et apprendre par cœur des passages de biblerie. Puis on me fit entendre des voix issues du Ciel qui me commandaient de sauver le royaume.

 

Page 174 : Nous répétions inlassablement l’histoire Jehannesque afin de pouvoir la mythomanier à quiconque nous la demanderait et plusieurs fois d’affilée, sans nous tromper ni nous contredire.

 

Page 238 : Une ombre passa derrière lui, qui, en se révélant, me laissa interdite : le roy Charles VI se tenait tout à côté. Il souriait de son visage fantomine et ne semblait plus à l’agonie de ses douleurs passées : il avait retrouvé l’éclat et la beauté de sa jeunesse, ci-près bien avant que le bal Ardent ne vienne lui prendre ses amis les plus proches et la moitié de sa peau en guise de dot, ne lui laissant pour vivre qu’une chair martyrisée et la nutjoberie qui lui cuisait le cervelet.

 

 

 

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Mon avis : Les voleurs de curiosités – Jess Kidd

Publié le par Fanfan Do

Traduit par Laurent Philibert-Caillat

 

Éditions Les Presses de la Cité

 

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Quatrième de couverture :

Londres, 1863. Bridie Devine, détective spécialisée dans les affaires délicates, s’attaque au cas le plus insolite de toute sa carrière. Christabel Berwick, l’héritière d’un baronnet, a été kidnappée. Mais la fillette n’est pas une enfant ordinaire. Son existence a été cachée aux yeux de tous et ses étranges talents semblent autant effrayer son entourage qu’ils attirent l’attention des collectionneurs de curiosités. Aidée dans sa quête par le fantôme tatoué d’un boxeur mélancolique, Bridie suit pas à pas les traces laissées par les ravisseurs, replongeant malgré elle dans un passé qu’elle a tenté d’oublier.
Résurrectionnistes, saltimbanques mercenaires, créature aquatique légendaire : autant de personnages qui hantent les pages de ce roman où le spectacle est roi, et qui fait la part belle à une enquête digne des plus grandes énigmes policières.

 

 

Mon avis :
Une étrange créature kidnappée de nuit dans un château…
Londres 1863. La nuit, la brume, un corbeau, des gargouilles, le porche d'une chapelle abandonnée, un cimetière, une femme détective qui marche, un homme quasiment nu et transparent étendu sur une tombe... Il s'avère que Ruby Doyle, l'homme transparent, est un fantôme recouvert de tatouages mouvants, et qu'il est prêt à aider Bridie Devine dans son enquête si elle a besoin…

Je me suis tout de suite sentie bien dans cette atmosphère étrange… J'adore l'idée d'un monde où tout est possible, où errent des êtres fabuleux, sirènes et amphibiens en tout genre, tout droit sortis du folklore irlandais. On se promène dans le Londres de Dickens, avec une ambiance à la Harry Potter, où une femme détective investigue, autopsie, et fume des substances qui font planer. Et elle aime aussi boire un coup, voire deux ou trois et même plus, et à l'occasion se grimer en homme pour être totalement libre d'aller où elle veut et surtout dans les lieux interdits aux femmes. Et elle est veuve, mais de qui ?

Bridie, irlandaise de naissance mais londonienne par la force des choses, est chargée de retrouver Christabel qui a été enlevée et que les domestiques considèrent comme une abomination que sir Edmund Berwick dissimulait dans l'aile ouest du château.

Trafics d'étrangetés de la nature, tout un monde de voleurs et d'assassins, de collectionneurs de créatures, d'odeurs, d'humidité, de moisissures, les clapotis de l'eau qu'on entend sans la voir, de smog d'où on perçoit des sons étouffés en s'attendant à voir des chimères passer furtivement, amitié amoureuse avec un fantôme. Tout était là pour me faire rêver et susciter ma curiosité. Hélas, j'ai trouvé la narration plutôt décousue et j'ai eu du mal à accrocher. Enfin… mon intérêt a suivi une courbe sinusoïdale.

Néanmoins j'ai aimé l'aspect féministe, car Bridie fait ce qu'elle veut, entre pratique de la chirurgie, alcool et fumette, et le propos m'a convenu "[…] que les femmes devraient avoir le droit plein et entier d'exercer la médecine, étant en règle générale, notablement moins stupides que les hommes." C'est ce qu'affirme haut et fort Rumold Fortitude Prudhoe.
Car Bridie a eu des mentors qui croyaient en elle, qui lui ont tout appris des sciences généralement réservées aux hommes, et qui la portent en haute estime.

On fait des allers-retours entre le présent et le passé de Bridie, découvrant peu à peu ce qu'a été sa vie. Il y a des choses en suspens, des terreurs d'enfance jamais guéries, des doutes qui nous sont distillés et qui laissent présager des événements glaçants via une menace diffuse, une ombre qui rode.

Pour moi, cette histoire a été "Je t'aime moi non plus." Ça aurait pu me plaire énormément, mais je me suis traînée comme une âme en peine jusqu'à l'épilogue. Il a manqué quelque chose d'indéfinissable pour que je l'aime et que j'y trouve un réel intérêt. Peut-être que trop de digressions m'ont perdue, entre le présent de Bridie et ses souvenirs d'enfance. Par moments je ne savais plus à quelle époque on se trouvait. Dommage. Pourtant c'est bien écrit, mais les tournures de phrases sont étranges… et des détails un peu beurk ne m'ont pas aidée. L'autrice nous laisse sur une fin ouverte à priori.

 

Citations :

Page 20 : Ses bottes noires, de bonne facture, sont soigneusement cirées. La crinoline n’est pas sa tasse de thé : ses jupes ne sont pas gonflées et son corset est aussi négligemment serré que le permet la bienséance. Sa cape, grise à bordure violette, est courte. C’est une femme dotée de sens pratique, ou du moins une femme qui estime pratique de pouvoir franchir une porte, monter un escalier ou simplement respirer sans encombre.

 

Page 36 : L’odeur de la merde est la principale émission olfactive des divers habitants du secteur où vit Bridie Devine. Tout le monde y contribue : les Russes, les Polonais, les Allemands, les Écossais, et particulièrement les Irlandais. Chacun y apporte sa touche personnelle. Depuis le nourrisson de Mme Neary, qui défèque dans des chiffons, jusqu’au père Duncan, soigneusement accroupi sur son pot de chambre. Leur produit est jeté dans les fosses d’aisance, les remises et les cours, où il participe à l’arôme périlleux de Londres.

 

Page 74 : Cette femme est faite de cirage, de fumée de pipe, de vêtements propres et de vent du nord. Quant au mort qui marche derrière elle, eh bien, il est inoffensif. Il n’a qu’un vague parfum d’au-delà, froid et minéral, comme de la neige fraîche.

 

Page 178 : Prudhoe fournit aussi des preuves lors des enquêtes, quand il n’expédie pas des brûlots et des lettres au vitriol aux revues médicales ; il adore du reste que ces mêmes revues médicales lui consacrent des articles trempés dans la même encre. Car certaines vérités lui tiennent à cœur. À savoir que la plupart des membres de la profession médicale sont des ânes bâtés ; que les femmes devraient avoir le droit plein et entier d’exercer la médecine, étant, en règle générale, notablement moins stupides que les hommes. Qu’en outre un médecin de campagne met en moyenne trois mois pour diagnostiquer que son patient a été empoisonné, tandis qu’un médecin de ville sera plus probablement l’empoisonneur en question.

 

Page 201 : Si elle avait été un garçon, son avenir dans la médecine aurait été assuré, mais le docteur Eames se félicitait de pouvoir faire d’elle une assistante de laboratoire douée. Elle ferait l’épouse idéale pour un jeune médecin. Lorsque le moment viendrait, il superviserait son mariage (un époux adéquat, issu d’une bonne famille, qui pourrait être persuadé de fermer l’œil sur les débuts peu glorieux de sa promise).

 

 

 

 

 

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Mon avis : La passe-miroir Livre 4 – La tempête des échos – Christelle Dabos

Publié le par Fanfan Do

Éditions Gallimard Jeunesse

 

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Quatrième de couverture :

Les effondrements se multiplient, de plus en plus impressionnants: Babel, le Pôle, Anima... aucune arche n'est épargnée. Pour éviter l'anéantissement total il faut trouver le responsable. Trouver l'Autre. Mais comment faire sans même savoir à quoi il ressemble ? Plus unis que jamais, Ophélie et Thorn s'engagent sur des chemins inconnus où les échos du passé et du présent les mèneront vers la clef de toutes les énigmes.


 

 

Mon avis :
Voilà le Tome 4, la dernière ligne droite… enfin, droite non ! Car tout est mouvementé dans cette saga et rien ne va en ligne droite !

Les arches perdent des pans entiers dans le vide et une évacuation des non-natifs de Babel est organisée, ou plutôt une expulsion qui tourne à l'émeute. Ophélie doit absolument trouver "l'autre" car sans doute est-il responsable de ce qui est en train d'arriver. Ou bien est-ce Eulalie ? Et pour ce faire, elle pense devoir intégrer l'observatoire des Déviations, cet endroit terrible où il semble se passer des choses affreuses.

Je me suis beaucoup demandé qui était en réalité Ophélie. À mesure qu'elle avance dans sa quête de la vérité, tout devient de plus en plus étrange, voire métaphysique, autant pour elle que pour le lecteur. Je dois dire que par moments j'ai été perdue. On découvre peu à peu sur elle des choses qu'elle-même ne sait pas. Elle navigue à vue dans de constantes distorsions de temps et de lieux.

Ophélie qui pensait juste être une petite conservatrice de musée insignifiante s'avère au fil des pages une personne forte, volontaire, pugnace, résistante, intuitive, généreuse, altruiste, un très beau personnage féminin.

Le final de cette saga est totalement ébouriffant. Cependant, quelques pages de moins ne m'auraient pas déplu. J'ai parfois trouvé trop long les nombreuses descriptions de cette espèce d'apocalypse contre laquelle Ophélie lutte avec l'énergie du désespoir mais surtout une force incroyable.
J'avoue que cette fin ouverte n'est pas celle que j'espérais. Elle donne la possibilité d'une suite que j'aimerais tellement mais qui n'a pas été écrite…
En tout cas, une saga totalement addictive dont le tome 2 a été mon préféré.

 

Citations :

Page 233 : Ophélie eut soudain l’impression de mieux respirer. Thorn avait parfois des manières de coupe-papier, mais son absence de doutes balayait les siens.

 

Page 294 : À sa vive surprise, Thorn acquiesça sans seulement essayer de la décourager. Elle ressentit à cet instant pour lui une infinie gratitude. Elle lui était reconnaissante d’être si stable devant elle, si présent parmi les absents, si vivant surtout.

 

Page 346 : Chaque choix comportait la promesse d’une récompense et le risque d’une condamnation.

 

Page 538 : Il la couvrait de baisers, elle le couvrait d’insultes. Une bulle de bonheur dans un océan de chaos.

 

 

 

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Mon avis : La passe-miroir Livre 3 – La mémoire de Babel – Christelle Dabos

Publié le par Fanfan Do

Éditions Gallimard Jeunesse

 

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Quatrième de couverture :

Deux ans et sept mois qu’Ophélie se morfond sur son arche d’Anima. Aujourd’hui il lui faut agir, exploiter ce qu’elle a appris à la lecture du Livre de Farouk et les bribes d’informations divulguées par Dieu. Sous une fausse identité, Ophélie rejoint Babel, arche cosmopolite et joyau de modernité. Ses talents de liseuse suffiront-ils à déjouer les pièges d’adversaires toujours plus redoutables ? A-t-elle la moindre chance de retrouver la trace de Thorn ?


 


 

Mon avis :
À peine le tome 2 refermé que je me jetais avec avidité sur le 3 avec comme seul rêve de pouvoir m'extraire du monde le temps de le lire d'une traite. Hélas, ça c'est pas possible.

Ophélie est retournée sur Anima et elle se morfond depuis plus de deux ans tant l'ennui, le doute et l'incertitude sont profonds. Par chance, elle réussit à échapper à la vigilance de la Rapporteuse et sa girouette et décide d'aller à Babel.
Et là, force est de constater que l'autrice n'est jamais à court d'imagination, une imagination débordante, délirante, où chaque nouveau monde nous réserve de nouvelles fantasmagories toutes plus folles les unes que les autres. C'est chaque fois un plaisir incommensurable de découvrir ces lieux féeriques qui nous éloignent de notre quotidien pour nous ramener à notre âme de gosse qui croyait que tout était possible.

À Babel, Ophélie, qui s'y trouve incognito, se lance un défi énorme qui devrait lui permettre d'atteindre son but, qui consisterait presque à décrocher la lune.
"Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer" semble être le mantra d'Ophélie.

Babel, sous ses airs bien propre, pacifique et disciplinée est en réalité une société totalitaire. Tous ces interdits, c'est vraiment glaçant. Tout le monde est surveillé, tout le monde doit dénoncer le moindre écart au règlement qui est régi par des codes très stricts, qui vont de la tenue vestimentaire jusqu'au langage. La violence est prohibée, il est interdit d'utiliser le mot guerre, de crier, de dire des grossièretés, de mentir. Les sanctions sont sans violences physiques et pourtant terribles. Dans cette arche où le mensonge est un crime très grave, Ophélie vit sous une fausse identité.

On rencontre de nouveaux personnages, Ambroise qui est étrangement inversé, Blasius le maladroit, Octavio si magnétique, Mediana la peste ambitieuse, Pollux et Hélène les esprits de famille jumeaux, et un univers d'une richesse incroyable. Parallèlement on suit les pérégrinations d'Archibald accompagné de Renard et Gaëlle à travers les roses des sables. Il y a aussi une petite Victoire qui a un pouvoir étonnant dont on se demande à quoi il va être utile. Et bien sûr, une fin qui donne furieusement envie de poursuivre cette saga.
Et donc, EN ROUTE POUR LE TOME 4 !!!

 

Citations :

Page 133 : Alors qu’Ophélie cherchait le verre de ses lunettes, qui avait lâchement profité de l’occasion pour reprendre la fuite, la colère explosa dans son ventre. Une mioche ! Même loin de chez elle, même après toutes ces années, on la traitait encore et toujours comme une mioche.

 

 

 

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Mon avis : La passe-miroir Livre 2 – Les disparus du Clairedelune – Christelle Dabos

Publié le par Fanfan Do

Éditions Gallimard Jeunesse

 

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Quatrième de couverture :

Fraîchement promue vice-conteuse, Ophélie découvre à ses dépens les haines et les complots qui couvent sous les plafonds dorés de la Citacielle. Dans cette situation toujours plus périlleuse, peut-elle seulement compter sur Thorn, son énigmatique fiancé ? Et que signifient les mystérieuses disparitions de personnalités influentes à la cour ? Sont-elles liées aux secrets qui entourent l’esprit de famille Farouk et son Livre ? Ophélie se retrouve impliquée malgré elle dans une enquête qui l’entraînera au-delà des illusions du Pôle, au cœur d’une redoutable vérité.

 

 

Mon avis :
Voilà que j'ai enchaîné le deuxième tome, car l'essayer c'est l'adopter. En effet, on a envie de savoir où tout ça va mener Ophélie mais aussi Thorn, son futur époux, dans ce monde cruel et menteur. Car si lui y a toujours vécu, Ophélie vient d'une arche où il n'y a pas de jeux de pouvoir ni de duplicité. C'est comme si elle avait été plongée dans un bain d'acide et qu'elle devait apprendre à y survivre et même à y vivre pleinement.

Ophélie est amenée à rencontrer Farouk, l'esprit de famille de cette arche et donc l'être le plus vieux et le plus puissant de ce lieu ainsi que l'ancêtre de tous. Il est décrit comme étant d'une beauté fascinante, pourtant il paraît totalement évaporé, a une mémoire défaillante et semble s'ennuyer au delà de tout. En fait il a l'air carrément gâteux. Ce personnage si puissant qui a l'air de ne rien comprendre ni retenir m'a beaucoup amusée.

Ce deuxième tome et ses descriptions des personnages et des décors extrêmement baroques ainsi que les situations extravagantes m'ont parfois fait penser à un film des années 80 tiré d'un livre, Les aventures du Baron de Munchausen. Une espèce de folie qui donne l'impression d'être dans un univers onirique règne en permanence. Des paysages fous, des événements abracadabrants et des individus tous plus fantasques les uns que les autres donnent la sensation de voyager dans un rêve totalement délirant et féerique.

Il y a dans cette histoire une infinité de personnages passionnants, je crois même qu'ils le sont tous. Certains restent insondables dans ce mélange d'(in)humanité en tous genres, du moins pour l'instant… tel l'ambassadeur, l'anticonformiste de service, qui est un vrai tombeur et qui dépasse sans doute parfois les limites. Pourtant j'ai du mal à croire qu'il ne soit que cela. Et le chevalier, cet enfant infect au pouvoir trop grand pour lui et qui en use à mauvais escient. Thorn, le fiancé d'Ophélie, grand dadais maussade et dur, en apparence en tout cas… mais il faut dire que tout bébé on a tenté de le zigouiller ! Je l'aime énormément et assez rapidement on sent des failles, comme si sa personnalité était surtout une carapace.
Et puis des intrigues, des mystères, des menaces, des disparitions… on ne s'ennuie pas un seul instant dans cette histoire totalement prenante.

J'ai tout aimé et j'ai adoré la fin, qui apporte des réponses mais aussi des nouvelles questions. Surtout, chaque révélation semble apporter de nouveaux mystères…

Et bien entendu, À L'ASSAUT DU TOME 3 !!!

 

Citations :

Page 34 : Ophélie était consciente qu’ils jouaient ensemble sur les planches d’un théâtre, devant un public qui n’attendait qu’une fausse note pour les huer. Chaque mot, chaque intonation, chaque expression corporelle avait son importance. Mais sur cette scène, Thorn restait son plus grand adversaire. À cause de lui, on ne retiendrait d’elle que l’image d’une femme tapie dans l’ombre de son mari.

 

Page 119 : La vieillarde semblait dans l’expectative, comme si elle attendait de voir la jeunette faire ses preuves. Ophélie s’aperçut qu’elle avait elle-même envie de gagner l’estime de cette femme brillante, de cette personnalité insoumise, de cette étrangère qui s’était accomplie à travers sa profession.

 

Page 326 : Je suis la maman d’Ophélie. J’admets être sensible à l’intérêt évident que vous portez à ma fille, mais j’aurais quelques observations à vous faire. Pour commencer, je ne suis pas certaine d’apprécier la façon dont les femmes sont considérées dans votre petite réunion, dit-elle avec un geste significatif pour l’assemblée exclusivement masculine qui la jaugeait du regard. Ensuite, je vous trouve excessivement sévère avec vos plus jeunes descendants. Et enfin, conclut-elle, à l’intention cette fois des favorites, vous devriez apprendre à vous habiller convenablement, mesdames. À votre âge, on ne cache pas ses parties intimes derrière des diamants. Quel exemple déplorable vous donnez à ma fille !

 

 

 

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Mon avis : La passe-miroir Livre 1 – Les fiancés de l’hiver – Christelle Dabos

Publié le par Fanfan Do

Éditions Gallimard Jeunesse

 

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Quatrième de couverture :

Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs.
Elle vit paisiblement sur l'arche d'Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons.
La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle.
À quelle fin a-t-elle été choisie ?
Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ?
Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d'un complot mortel.

 

Une héroïne inoubliable, un univers riche et foisonnant, une intrigue implacable. Découvrez le premier livre d’une grande saga fantastique et le talent d’un nouvel auteur à l’imaginaire saisissant.

 

Lauréat du Concours du premier roman

organisé par Gallimard Jeunesse, RTL, et Télérama.

Grand prix de l’imaginaire 2016

 


 

Mon avis :
Comme promis à ma fille qui y tenait énormément, j'attaque 2023 avec La passe-miroir. Et c'est Gallimard jeunesse ! Ce qui veut dire que, soit je suis complètement immature, soit j'ai gardé ma capacité de rêver et je n'ai pas tué l'enfant qui sommeille en moi. Je vais opter pour la deuxième solution !

Dès le début il est question de mariage arrangé, d'une impossibilité de dire non pour Ophélie qui doit se résigner à épouser Thorn, un homme dont elle ne sait rien. le moins qu'on puisse dire c'est que dès le premier regard, l'aversion est réciproque. Aucun des deux ne souhaite ce mariage, mais le choix ne leur appartient pas.

Ce roman est un univers de magie où, en touchant les objets Ophélie peut connaître l'histoire des propriétaires successifs, où les choses ont une vie propre et ça m'a beaucoup plu. Elle sait aussi traverser les miroirs. Ça m'a un peu évoqué Harry Potter mâtiné du Merlin l'enchanteur de Disney. Eh oui, mon âme d'enfant s'est réveillée à cette lecture. Mais La passe-miroir n'est pas une copie des deux que je viens de citer. C'est juste quelques petites choses comme ça en rapport avec mes propres références, la magie tout simplement telle l'écharpe d'Ophélie qui a sa vie propre…

Les descriptions des différentes arches, les pays, m'ont plongée dans ces mondes tant c'est visuel et immersif, ainsi que les personnages tous étonnants, parfois exubérants. Ça fourmille d'idées, d'imagination, de féerie mais aussi de suspense car le monde dans lequel Ophélie doit aller vivre avec son mari est le Pôle, glacial, extrêmement dangereux, plein de faux-semblants, de perfidie, aux antipodes du sien à tous points de vue, auxquels elle va devoir se frotter et se faire malmener. Cette société est beaucoup trop compliquée pour elle, vanités, ambitions, manipulations, complots, hypocrisies, jalousies, tout n'est que danger pour Ophélie.

En fait, je ne veux pas rentrer dans les détails de l'histoire de peur de spoiler… Il faut lire cette saga si on n'a pas tué l'enfant tapi en nous, car il n'y a pas d'âge pour se laisser aller à rêver d'un univers magique, et celui-ci est tout simplement foisonnant !
J'y ai toutefois trouvé un côté patriarcal désuet un peu pesant, mais peut-être n'est-ce qu'une impression intentionnelle de la part de l'autrice et possiblement Ophélie réussira-t-elle à s'en affranchir. Je l'espère !!!

Et, bien évidemment, SUS AU TOME 2 !!!

 

Citations :

Page 61 : Clouée sur place, Ophélie était incapable de bouger. Il était là. L’homme qui était sur le point de déstructurer sa vie était là.

 

Page 161 : Sa mère avait une personnalité envahissante qui ne laissait de place à rien d’autre qu’elle-même ; elle parlait, elle exigeait, elle gesticulait, elle n’écoutait pas. Quant à son père, il n’était que l’écho faiblard de sa femme, toujours à l’approuver du bout des lèvres sans lever le nez de ses souliers.

 

Page 312 : Dans ce monde, les domestiques avaient bien peu de valeur. Ils n’appartenaient pas à la descendance de Farouk et venaient du peuple des sans-pouvoirs, ils devaient donc compenser avec leurs mains ce qu’ils ne pouvaient apporter avec leurs dons. Il y avait effectivement de quoi rester pensif. Un Mirage qui tricote des illusions vaut donc mieux que ceux qui nettoient son linge et préparent ses repas ?

 

 

 

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