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Mon avis : Rambo – David Morell

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’américain par Eric Diacon

 

Éditions Gallmeister - Totem

Date de sortie : 06/09/2018

272 pages

 

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Quatrième de couverture :

Lorsqu'un jeune vagabond trouble l'ordre de sa petite ville, le shérif Teasle n'hésite pas à l'expulser au terme d'un interrogatoire musclé. Sauf qu'il est tombé sur un vétéran du Vietnam qui ne compte pas se laisser faire.
S'engage un duel sans merci, une chasse à l'homme mortelle à travers les forêts, les montagnes et les grottes du Kentucky. La police du comté, celle de l’État et les forces d'élite appelées en renfort ne seront pas de trop pour traquer l'ancien soldat que l'armée a transformé en une machine à survivre et à tuer.
Des millions de spectateurs ont découvert la légende de John Rambo à l'écran. Il leur reste à se plonger dans ce roman au final surprenant et impossible à lâcher.

 

 

Mon avis :
L'histoire débute avec l'arrogance d'un petit bonhomme dodu, imbus de son petit pouvoir, le shérif Teasle, qui considère Madison comme SA ville et qui va provoquer une catastrophe dont il n'a pas idée. John 
Rambo, jeune homme hirsute, barbu, chevelu, l'air d'un vagabond, ne faisait que passer. Mais une fois de trop on veut le virer, on lui demande de débarrasser le plancher, de ne pas s'attarder en ville car on ne veut pas de lui. Et cette fois, il ne veut plus obtempérer. Et alors qu'il ne faisait que passer, parce qu'on l'a traité une fois de trop en indésirable il n'a plus envie de partir. Il se dit qu'il pourrait ne faire qu'une bouchée de ce petit shérif bedonnant. Pourtant il reste calme. Dans un premier temps...

Il est présenté à un juge par ce shérif trop zélé et se voit infliger trente jours de prison pour vagabondage. le récit est entrecoupé de flash-backs, sur ce qu'il a subit pendant la guerre du Vietnam et on comprend qu'il est allé au bout de l'enfer et que rien ne peut plus le mettre à genoux. Hélas pour le shérif Teasle, il ignore que l'homme sur lequel il s'acharne est une véritable machine de guerre, qu'il est revenu du Vietnam avec de multiples traumatismes psychologiques. Il va s'échapper. S'ensuivra une effroyable chasse à l'homme dans les montagnes du Kentucky. Une horde à la poursuite d'un homme seul.

Ce roman est passionnant dès le début. Les descriptions, les personnages, les retours dans le passé des protagonistes qui nous permettent d'appréhender qui ils sont. J'ai tout aimé, de la psychologie des personnages jusqu'aux descriptions de la nature. Cette histoire est un véritable page turner. Une fois commencé on ne peut que poursuivre avec avidité. Il y a pourtant tant de souffrance physique dans cette traque mais aussi de rage de vivre. Ce que 
Rambo endure est cauchemardesque. Tant de souffrance et d'angoisses, de faune grouillante et gluante au ras du sol, dans les interstices et les endroits sombres et humides, quel enfer ! Je me suis sentie tellement solidaire de lui, cet homme qui trouve sa force notamment dans ses monologues intérieurs, dialogues entre lui et lui, qui ne demandait rien et que des minables aux petits pouvoirs sont venus persécuter jusqu'au point de non-retour. Ce genre d'individus qui vous cherchent des histoires, ne supportent pas que vous ne vous laissiez pas faire, et crient vengeance alors que tout est de leur faute. J'ai senti ce que peut éprouver un animal acculé qui se transforme en bête féroce, pour ne pas mourir. Pourtant ce n'est pas manichéen. Teasle a aussi des bon côtés. Mais je ne l'ai pas du tout aimé. Ils m'horripilent ces gens qui pense qu'un homme doit avoir les cheveux courts et être bien habillé... comme tous ces escrocs en costard sans doute !

Ce roman nous dit beaucoup sur la guerre et ceux qui vont se battre pour nous tous. Même lorsqu'il sont décorés pour des actes de bravoure, il semble qu'ils ne soient plus rien de retour à la vie civile, qu'ils soient traités comme des rebus, que personne ne veut voir, avec hostilité. Ça a été une réalité pour les vétérans du Vietnam, mais les poilus de la guerre de 14 n'ont pas été mieux traités à leur retour des tranchées. D'ailleurs le colonel Trautman le dit si bien : "[...] il faut être fou pour l'aimer (la guerre). [...] Je leur apprends à survivre. Aussi longtemps qu'on enverra des types se battre, la meilleure chose que je puisse faire c'est de m'assurer qu'au moins certains d'entre eux reviendront."
On se rend bien compte que la guerre ne laisse que des champs de ruines, y compris dans les cœurs et dans les têtes.

J'ai eu une certaine difficulté pendant une bonne partie du livre, parce que le shérif ne cesse d'appeler 
Rambo "gamin", que j'ai très bien en mémoire Stallone et, j'ai vérifié, il avait 36 ans quand il a interprété ce rôle. Et puis je me suis habituée, et Stallone a disparu derrière ce Rambo là. Ce roman est pour moi un énorme coup de cœur !

 

Citations :

Page 27 : Et voilà, songea Rambo, on y est. Un des deux allait devoir céder, sinon Teasle le regretterait. Il regarda la main qui caressait l’étui du revolver. Pauvre idiot de flic, se dit-il, avant que tu dégaines, je pourrais te faire sauter les jointures des bras et des jambes. Je pourrais t’écrabouiller la pomme d’Adam et te jeter par-dessus la rambarde. Pour le coup, les poissons auraient quelque chose à manger.

 

Page 182 : — Pour un colonel, à vous entendre, vous n’avez pas l’air d’aimer beaucoup l’armée.

Bien sûr que non. Il faut être fou pour l’aimer.

Alors, pourquoi vous y restez ? Surtout avec ce que vous y faites : apprendre à des hommes à tuer !

Ce n’est pas ce que je leur apprends. Je leur apprends à survivre. Aussi longtemps qu'on enverra des types se battre, la meilleure chose que je puisse faire c'est de m'assurer qu'au moins certains d'entre eux reviendront. Mon boulot, c’est de sauver des vies.

 

Page 184 : Je déteste la guerre, mais je crains encore plus le jour où les machines remplaceront les hommes. Au moins, pour l’instant, un homme peut encore survivre grâce à son talent.

 

 

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Mon avis : Que la mort nous frôle – Michel Bussi

Publié le par Fanfan Do

Éditions Les Presses de la Cité

 

Date de sortie : 16/04/2026

450 pages

 

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Quatrième de couverture :

Quand on frôle la mort,

ce n'est pas son passé que l'on voit défiler.
Ce sont les rêves que l'on ne pourra pas réaliser.

Près de Lausanne, Jeanne, jeune psychiatre spécialisée dans les traumatismes, rejoint le manoir des Amarantes, qui, depuis 1945, abrite des pensionnaires brisés par la guerre. Parmi eux, Charly, adolescent imprévisible et paranoïaque, et Téréza, orpheline du ghetto de Varsovie, ont noué un lien très fort.
Mais ces dernières semaines, des événements inquiétants secouent les lieux : des pensionnaires disparaissent, de mort naturelle prétend-on ; des statues changent de place ; le docteur Gruber, directeur de l'établissement, mène des expériences mystérieuses.
Tandis que les ombres et les non-dits pèsent sur ce manoir hors du temps, le danger est partout.
Derrière ce décor faussement paisible, entre les rives du Léman et les sommets alpins, le passé peut-il encore tuer ?

 

Avec Que la mort nous frôle, Michel Bussi signe un suspens psychologique haletant, où chaque révélation renverse tout ce que l’on croyait savoir, jusqu’au twist final.

 

Maître dans l’illusion et l’art de la manipulation, Michel Bussi est l’un des auteurs préférés des Français, et le plus adapté à la télévision et en bandes dessinées.

 

 

Mon avis :
Corsier-sur-Vevey, sur les hauteurs du lac Léman.
Un institut pour enfants traumatisés par la guerre, et les camps de la mort pour certains, en Suisse, après 1945. On comprends tout de suite qu'il y a quelque-chose de malsain dans ce lieu. Des adultes qui semblent dangereux, des enfants dont on se demande s'ils n'ont pas quasiment tous des troubles mentaux. L'ombre de Dorian Gray qui plane. Les trois types de temps, Chronos, Kairos et Aiôn... Des morts d'enfants suspectes. Un gendarme vaudois que ça intéresse. Une étrange maladie orpheline. La Suisse, neutre, mais peut-être pas les mains propres.

Entre mensonges et manipulations, on en vient à se demander où est la vérité. Car malheureusement, l'histoire se passe à une époque, qui a perduré jusqu'à récemment, où ce qui se passait derrière des hauts murs restait derrière ces hauts murs. Un temps où les adultes étaient tout puissants, où la parole des enfants ne valait rien, où l'honorabilité apparente avait valeur de probité, de respectabilité. C'est inquiétant comme j'ai l'impression de parler de l'époque actuelle...
Mais comme 
Michel Bussi est un illusionniste qui aime se jouer de nous, on ne peut jamais être sûr d'avoir précisément subodoré ce que l'on croit avoir compris, XD. Toujours est-il qu'il y a des moments très angoissants.
Et alors que j'avançais dans le roman en me faisant ma petite idée, je n'ai jamais perdu de vue que tout ce que je pourrai imaginer serait balayé à la fin, car 
Michel Bussi est aussi le roi du twist final !

La fin !!!??? Totalement incroyable ! Je n'imaginais pas ça. Je ne peux pas en parler, parce que ce serait spoiler. Mais j'ai adoré, car c'est, entre autre, une chose en laquelle je crois profondément, en laquelle j'espère tellement fort. Enfin... avec des nuances.

 

Citations :

Page 96 : L’Œuvre d’entraide pour les enfants de la Grande-Route a été créée en 1926 par la fondation suisse Pro Juventute. Son but était officiellement de protéger les enfants tsiganes. À cette époque, les gens du voyage étaient recensés de façon systématique. Ils étaient considérés comme des criminels ou des fainéants, en grande partie dégénérés. Leur mode de vie nomade devait disparaître, il n’avait plus de place dans un état moderne tel que la Suisse.

 

Page 138 : Té et Jude n’étaient ni dangereuses, ni détraquées. Les deux adolescentes étaient si belles. Té la souris brune mariée avec la nuit, et Jude la blonde poids plume fiancée de la lune.

 

Page 337 : J’ai mis trois ans à l’accepter. Trois ans à lire la liste des raflés. À chercher qui ils étaient et à découvrir des artistes singuliers, des sportifs médaillés, des fonctionnaires zélés, des industriels expérimentés, des parents dévoués, des hommes et des femmes tous et toutes uniques et aimés. Il fallait bien finir par regarder la vérité droit dans les yeux : les nazis n’avaient pas fait le tri. Aussi implacables que la mort ou la maladie, qui n’a rien à faire de l’amour et du génie.

 

Page 445 : Cela passe si vite une vie.

 

 

 

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Mon avis : La requine – Sigolène Vinson

Publié le par Fanfan Do

Éditions Le Tripode

 

Date de sortie : 04/06/2026

176 pages

 

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Quatrième de couverture :

Sur les rives de l’étang de Berre, une femme découvre une dent de requin incrustée dans un rocher. Lorsqu’elle l’en extrait, c’est tout un flot de souvenirs qu’elle libère. Suivant les traces du requin, elle nous entraîne dans un voyage à travers sa mémoire, de son enfance sous le soleil de Djibouti au 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo.
Autrice d’une œuvre romanesque, Sigolène Vinson signe avec La Requine son premier récit. Dans ce texte à la fois intime et universel, elle retrace le chemin d’une existence, celle d’une femme qui, après avoir affronté la mort, fait le choix de la vie, et nous rappelle l’incroyable fragilité et la beauté du vivant.


 

 

Mon avis :
Sigolène Vinson vit sur le pourtour de l'étang de Berre, dans les Bouches-du-Rhône, comme moi. En face de moi, de l'autre côté de l'étang. Et elle parle de l'étang... je le vois tous les jours en passant sur l'autoroute qui le surplombe, je l'aperçois de la chambre de ma fille, comment ne pas avoir envie de lire son livre ?
L'autrice m'a prévenue, son écriture est particulière. Eh bien... on va voir !
J'ai rapidement compris qu'elle et moi avions un point de vue similaire sur au moins un sujet, à savoir que l'humain n'est pas le centre de l'univers contrairement à ce qu'il pense.

Alors oui, l'écriture est particulière, quasi-onirique, très poétique. L'autrice nous emmène avec elle de l'étang de Berre à Djibouti ou elle a vécu enfant, aux dents de requins fossilisées d'un rocher de l'étang à un petit requin mourant dans une flaque d'eau à Djibouti, de Martigues à 
Saint-Chamas, de la centrale hydroélectrique qui rejette de l'eau douce dans cet étang d'eau de mer modifiant ainsi la salinité, cette pollution qui ne dit pas son nom, elle nous parle des emballages flottant en tout genre que les gens laissent derrière eux puis revient à Djibouti pour nous parler des animaux des légionnaires qui y vivaient, des hyènes entre autre, de l'énorme tortue du voisin... puis le 7 janvier 2015, dans la salle de rédaction de Charlie Hebdo ou douze des ses amis sont morts alors qu'elle a été épargnée par un des terroristes. Puis retour à ici et maintenant avec Basell Polyolefines, Infineum, Lyondelbasell, Covestro, Petroineos, Ineos, Naphtachimie, TotalEnergies Raffinage sur le pourtour de l'étang de Berre, ArcelorMittal un peu plus loin à Fos-sur-Mer, toutes ces entreprises qui nous "veulent du bien" et qui font de notre lieu de vie une zone Sevezo. Puis de nouveau Djibouti, la mer rouge, l'Afrique, l'Asie, une errance romanesque entre passé et présent, entre ici et là-bas. C'est aussi une balade dans les vestiges du passé que d'autres êtres vivants, humains ou animaux, ont laissé bien avant nous, fossiles ou gravures rupestres. Jusqu'à la légende du mégalodon qui vivrait dans une faille sous-marine du Ghoubbet-El-Kharab... ou peut-être est-ce autre chose !? Et ce n'est pas tout ! Elle nous parle de tant de choses dans ce livre !
Et puis j'apprends avec effarement que l'étang de Berre est beaucoup plus pollué que ce que je pensais. Il est pourtant si beau ! Les humains ne sauraient-ils qu’abîmer ?

Alors oui, la narration est assez singulière dans l'impression qu'elle donne de passer du coq à l'âne mais je m'y suis faite sans difficulté. Je dois même dire que ça m'a plu. Ça m'a fait l'effet d'être dans une sorte de ronde, un grand tout dans lequel tout est interdépendant.
Ce que j'ai ressenti à travers ce récit en zigzag ? Un attachement viscéral de l'autrice à tout ce que la vie peut avoir d'essentiel, après avoir échappé de justesse à une mort injuste et violente. Mais surtout que tout ce qui existe est intrinsèquement beau, du plus petit grain de sable à bien plus grand, et que nous nous acharnons à vouloir modifier ce que la nature a parfaitement réussi alors qu'il suffirait de regarder la beauté du monde pour s'émouvoir encore.

 

Citations :

Page 12 : L’étang de Berre est une lagune méditerranéenne à l’équilibre précaire, deuxième plus grande mer fermée d’Europe et premier pôle pétrochimique de France.

 

Page 34 : Aujourd’hui, je demeure dans un village au bord de l’étang de Berre.

Tout le monde raconte que cette masse d’eau est morte.

Je sais, moi, ce qui y a survécu.

Muges, daurades, hippocampes, poulpes, loups, anguilles, palourdes…

Sans compter les oiseaux.

Tous les soirs à l’heure de la chasse, je m’assieds sur un rocher.

Les poissons sautent de partout.

Je scrute la surface avec l’espoir de voir soudain un aileron.

 

Page 55 : Mais quelle occupation peut s’accomplir et durer sans violence ? La qualifier de « pacifique » relève l’obscénité. Quant à imaginer que les protectorats et les mandats constituent une colonisation douce, c’est se leurrer et tromper les autres.

 

Page 71 : Fos-Berre est désormais le monde que j’habite, fait d’énergies fossiles et de fossiles, d’images remontées de l’enfance. L’étang malade à qui je livre mon chagrin, à qui je dérobe des dents de requin pour avoir moins mal, me murmure : « Fie-toi à moi, à mon message : si tu t’en remets aux temps géologiques, tu auras moins peur. De mon côté, en tout cas, c’est ce que je fais. »

 

 

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Mon avis : Cap sur la liberté – Voldemar Veedam – Carl B. Wall

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais par Anne de Cambiasy

Postface de Kersti Kaljulaid, présidente de la république d’Estonie

 

Éditions de La Table Ronde

 

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Quatrième de couverture :

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, Staline exige le retour de dizaines de milliers d’exilés qui ont fui l’occupation nazie.
Parmi eux deux Estoniens, Harry Paalberg et Voldemar Veedam, craignent que la Suède où ils se sont réfugiés ne doive renoncer à sa neutralité et ne les renvoie dans leur pays devenu territoire soviétique. Rassemblant leurs maigres ressources, ils achètent un vieux voilier de travail pour s’enfuir clandestinement vers les États-Unis. Le 10 août 1945, seize hommes, femmes et enfants appareillent à bord de l’Erma, un sloop de 11,30 mètres qui n’a jamais navigué en haute mer. Ils mettront soixante-douze jours pour atteindre Norfolk, en Virginie.
Cap sur la liberté est le récit de leur improbable traversée de l’Atlantique. Voies d’eau, champs de mines en mer du Nord, patrouilles de gardes-côtes, escales en Écosse, en Irlande, à Madère, alizés puis tempêtes, rien n’arrête ces hommes déterminés à prendre tous les risques pour recouvrer la liberté. Exaltant par sa forme de récit maritime, ce voyage est néanmoins une tragédie poignante, et sa réussite est l’intense témoignage d’un accomplissement collectif.

 

 

Mon avis :
Saviez-vous que les Russes ont causé en Estonie beaucoup plus de morts que les Allemands ? D'ailleurs, que savez-vous sur L'Estonie ? Quasiment rien ? Comme moi... Donc cette histoire est celle de seize hommes, femmes et enfants estoniens, de 24 à 61 ans pour les adultes, qui prirent la mer, en 1945, sur un sloop de 11,30 mètres de long pour traverser l'atlantique de peur que la Suède, pays où ils étaient réfugiés, ne les remettent aux autorités russes, l'Estonie étant devenue territoire soviétique. Car pour eux, "Plutôt périr en mer que de retourner chez les Russes". Dès la préface on comprend qu'on va lire une histoire de migrants, qui ont pris tous les risques pour sauver leurs vies. Sauf que ces migrants là étaient célébrés comme des héros à leur arrivée aux États-Unis. C'est l'un d'eux, 
Voldemar Veedam, 32 ans à l'époque, qui nous raconte cette folle épopée dans laquelle ils se sont lancés avec l'idée implicite que : Ceux qui pensent que c'est impossible sont priés de ne pas déranger ceux qui essaient. Durant cette période, nombreux ont été ceux à tenter la traversée. Tous n'ont pas réussi.

Quitter la Suède s'avère compliqué. En tant que réfugiés politiques ils n'ont pas le droit de sortir du pays. de plus, ils n'ont pas de bateau, ils n'ont pas beaucoup d'argent, ils n'ont que leur espoir et leur désir de vivre. Car la Russie de Staline ne leur réserve que le goulag ou simplement la mort puisqu'ils sont considérés comme des traîtres. Il leur faut donc élaborer un plan, réunir des fonds, donc des passagers qui eux aussi veulent fuir et qui participeraient financièrement. Ce que nous raconte ce livre est dingue ! C'est impressionnant la pugnacité qu'il leur a fallu. Car au moment du départ, discrètement de nuit, je me suis dit qu'il fallait une bonne dose de folie ou de désespoir pour aller affronter l'immensité de l'océan sur la coquille de noix fatiguée qu'ils ont fini par dénicher. C'est comme se jeter dans la gueule d'un Léviathan. En effet, avant même de traverser l'océan Atlantique et ses tempêtes et faire face aux avaries de l'Erma, ils vont devoir naviguer dans les eaux norvégienne pleines de mines flottantes, souvenirs de la guerre mais aussi échapper à la police maritime qui traque les fuyards. Sans oublier qu'ils doivent supporter une promiscuité sûrement pesante à la longue. Pourtant, c'est un voyage vers la vie et un avenir meilleur qu'ils entreprennent.

C'est une histoire pleine de lumière qui réchauffe les cœurs par la solidarité qu'ils rencontrent, lors des escales, auprès de gens qui ne parlent pas leur langue mais qui comme eux on souffert de la guerre avec les Allemands et détestent aussi les Russes et Staline.
Parmi cette équipage hétéroclite, Harry et Arvid, deux marins talentueux, un esprit de corps inébranlable de la part de tous, et beaucoup d'inventivité lorsqu'il faut faire face aux aléas de la casse et du manque d'outillage. Jusqu'aux petites filles, 9 ans, 7 ans et 3 ans, qui sont exemplaires. Jamais une plainte, toujours heureuses, malgré le manque de nourriture et d'eau. Alors que moi à leur âge je crois que j'aurais passé mon temps à demander "Quand est-ce qu'on arrive ? Quand est-ce qu'on arrive ? Quand est-ce qu'on arrive ?"

Paru en 1952 puis traduit dans de nombreux pays, c'est captivant car écrit comme un roman, ponctué de photos, dessins, schémas, on ne s'ennuie jamais. Il y a aussi des moments d'intenses émotions. L'Erma, ce bateau pas fait pour l'océan, est quasiment un personnage à part entière. Tempête après tempête, leur odyssée évoque le rocher de Sisyphe et parfois Ulysse et la malédiction de Poséidon, mais jamais ils ne renoncent bien qu'ils n'aient pas eu la certitude que les États-Unis ne les refouleraient pas. J'ai dévoré ce récit de voyage qui nous raconte aussi les différentes escales emplies d'un petit côté touristique plein d'humanité, avec une certaine fascination. Pour moi, l'océan est grandiose, sépulcral, envoûtant, il me terrifie par sa densité et tout ce qu'il recèle de violence, de profondeur, de puissance et d'inconnu, comme ces moments de grâce lors de la rencontre avec le cachalot ou encore les baleines, et ces nuits sur le pont à se repaître de l'ineffable beauté du ciel étoilé. Oui, vraiment un récit incroyable où on a le sentiment d'éteindre l'infini.

 

Citations :

Page 21 : Personne, pas même un agent du N.K.V.D., n’aurait pu soupçonner en voyant l’Erma s’éloigner du petit port suédois de Smedslatten qu’elle partait pour un long voyage à travers l’Atlantique. Je ne pouvais moi-même y croire. Ce départ avait tout d’un pique-nique familial improvisé. L’Erma elle-même ne mesurait que 11,30 de long et son pont n’était qu’à 0,60 mètre au dessus de l’eau. Elle avait l’air d’une bonne vieille dame replète, incapable de traverser en chaloupant la baie de Stockholm, pour ne rien dire de l’Atlantique.

 

Page 106 : Accroupis à l’abri dans la cabine principale, Lembit, Rommy et moi essayons d’imiter Paul. C’est moins facile que cela en a l’air. Enfiler une aiguille n’est pas chose aisée dans ce vent déchaîné alors que l’Erma tosse durement d’un bord sur l’autre. Ensuite, passer l’aiguille à travers le chanvre du cordage et la toile épaisse du prélart requiert des doigts endurcis et une âme de martyr. Notre travail achevé, la toile est maculée de taches de sang, et nous avons épuisé notre répertoire de jurons.

 

Page 111 : L’officier des douanes n’en croit pas ses oreilles. Vivant dans une contrée libre et accueillante, il a du mal à comprendre notre terreur des ramifications lointaines de la police soviétique. J’essaie de lui expliquer :

C’est que les gouvernements français et russe ont signé un accord qui permet aux Soviets de rapatrier tout citoyen balte réfugié en France. Avant de quitter la Suède, nous avons reçu des nouvelles d’un ami de Marseille. Il nous prévenait que la police française prête la main aux agents soviétiques pour rafler les réfugies politiques et les expédier en Russie.

 

Page 168 : — Et si on retourne en Écosse, rugit Rommy, comment être sûr qu’on ne sera pas renvoyés en Suède, puis en Estonie, pour finir en Sibérie ? Dieu sait si j’ai horreur de la mer, mais je préfère mille fois être dévoré par une pieuvre géante que par le petit père Staline !

Chacun approuve bruyamment. Harry se tourne vers tante Juliana. Assise tranquillement, les yeux mi-clos, elle prête plus l’oreille au chant du Portugais qu’à notre discussion.

Tante Juliana, qu’en pensez-vous ? Demande-t-il. Êtes-vous prête à risquer votre vie ?

Tante Juliana répond d’un air absent :

Ma vie ? Oh, oui. Naturellement. En mettant le pied sur cet affreux bateau, je me suis préparée à mourir, alors, ça ne me choquerait pas tellement.

Elle ajoute après une silence :

De toute façon, il sera toujours plus agréable de mourir que de retourner là-bas, n’est-ce-pas ?

 

Page 188 : Aux journées éclatantes et fraîches succèdent des nuits romantiques, les bercements d’une brise douce et l’obscurité profonde où le bruit de la mer se fond en un murmure à peine perceptible. Le baudrier d’Orion brille au-dessus de nous, et Sirius brûle de tous ses feux à l’horizon. Derrière et toute proche de nous, la Grande et la Petite Ourse cheminent dans le firmament. Chaque nuit, nous suivons le mouvement de quatre planètes. Mars, rouge comme un rubis, et Saturne, plus pâle, voyagent côte à côte à travers le ciel, tels les feux arrières d’un auto invisible. Vers le matin, le couple blanc, Jupiter et Vénus, fait son apparition à l’est et monte pour s’évanouir dans la gloire du soleil levant. Parfois l’énorme pleine lune les dissimule et enveloppe le ciel et la mer d’un voile de lumière argentée.

 

Page 229 : Harry me dit quelque chose mais le vent emporte ses paroles. Comme hier, il barre pieds écartés devant la barre à roue, surveillant les lames qui viennent par bâbord. Il redresse dans les creux, puis lance l’étrave dans la vague. Une lame énorme s’avance sur nous. Harry tourne la roue. Nous sommes portés sur la crête, puis glissons sur l’autre pente d’un noir opaque comme du verre fondu, rayé de longues traînées d’écume neigeuse. Harry met la barre au vent, et l’Erma retombe dans le calme relatif du creux. La lame suivante semble à plus d’un quart de mille, mais approche très vite. Elle grandit, grandit comme la masse solidifiée d’un front de nuages orageux. Nous sommes portés toujours plus haut sur la longue pente de la lame, puis, soudain, sommes projetés en avant sur sa crête où, l’horizon s’élargissant, nous pouvons distinguer, à l’infini, des rangées de lames identiques !

 

Page 300 : Espérons que l’Amérique débarrassera le monde de l’horreur et y remettra de l’ordre, afin que la liberté ne reste pas un vain mot.

 

 

 

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Mon avis : Seules dans le Grand Nord – Velma Wallis

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais ( États-Unis) par Françoise Torchiana

 

Éditions Gallmeister

 

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Quatrième de couverture :

Longtemps avant l'arrivée des Européens, dans la haute vallée du Yukon, par un terrible hiver de famine, une petite tribu se résout à abandonner deux vieilles femmes. Considérées comme des bouches inutiles, elles sont laissées livrées à elles-mêmes. Mais plutôt que d'attendre la mort, les deux femmes décident de survivre. Elles se trouvent un abri et chassent pour se nourrir.
Progressivement, elles semblent domestiquer leur environnement impitoyable. Pourtant rien n'est gagné, car l'hiver promet d'être long. A la fois réaliste et émouvante, une singulière histoire de survie aux accents de conte enneigé riche d'un véritable enseignement.

 

 

Mon avis :
La tradition orale et les histoires qui se transmettent à travers les générations, c'est ce qui nous est narré ici avec ce récit qui vient d'un passé lointain, que la mère de l'autrice lui racontait lorsqu'elle était enfant.
Le début de cette histoire m'a évoqué une phrase que certains attribuent à 
Groucho Marx, d'autres à Terry Pratchett : Dans chaque vieux il y a un jeune qui se demande ce qui s'est passé. Et c'est vrai ! Je suis persuadée d'avoir 30 ans, et quand je croise un miroir, je me demande avec effroi... Bref, dans le Yukon en hiver par des températures extrêmement basses et une pénurie de gibier, deux vieilles femmes geignardes et totalement dépendantes de la tribu vont être abandonnées dans le froid car elles sont devenues un poids trop lourd pour leurs semblables qui parviennent à peine à se nourrir. Et elles se demandent... Elles ont vu des vieux abandonnés autrefois, sans jamais imaginer que ça pourrait leur arriver un jour. C'est comme une condamnation à mort. Mais voilà, abandonner ses vieux est quelque chose qui se fait parfois dans le grand nord, quand la survie du groupe est en jeu. Ça a un côté très animal et très pragmatique. Sacrifier les faibles au profit de la meute.

Après le moment de sidération vient la rage de s'en sortir, ou au moins de tout tenter pour cela. Elle doive réapprendre tout ce qu'elle faisaient autrefois, chasser, ramasser du bois, marcher des journées entières sans se plaindre, se nourrir, survivre.

Cette histoire de survie m'a vraiment évoqué les contes pour enfants dans la façon de raconter. Et puis il y a une morale très intéressante, sur la transmission et les liens intergénérationnels.
Lors de son discours à l'UNESCO en 1960, 
Amadou Hampâté Bâ a dit avec une grande sagesse : Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle.
Oyez oyez braves gens et prenez-en de la graine. Il ne faut pas se débarrasser des vieux !

 

Citations :

Page 22 : Bien que tassées par l'âge, les deux femmes, assises autour d'un feu de camp, gardaient la tête haute pour dissimuler leur choc. Jeunes, elles avaient parfois été témoins de l'abandon de vieillards, mais jamais elles n'avaient imaginer connaître un tel sort. Elles regardaient droit devant elles, figées, comme si elles n'avaient pas entendu le chef les condamner à une mort certaine, en les laissant se débrouiller seules dans un pays qui ne reconnaissait que la force. Deux vieilles femmes affaiblies n'avaient aucune chance de s'en sortir.

 

 

 

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Mon avis : La Mue un pèlerinage au Japon – Emilie Saitas

Publié le par Fanfan Do

Éditions Tana – Lees Nouveaux Récits

 

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Quatrième de couverture :

À l'écart du monde, mais en au plus proche de soi-même, ce pèlerinage au Japon invite à se perdre pour mieux se retrouver.
Au cœur de l'île de Shikoku se trouve le chemin des 88 temples, l'un des plus anciens lieux de pèlerinage bouddhiste du Japon. Ce périple de 1 200 km serpente à travers une végétation dense et sauvage, des montagnes escarpées et des routes interminables, longeant l'océan qui se déploie à perte de vue.

 

À l'écart du monde et au plus proche d'elle-même, Émilie Saitas se lance dans cette nouvelle aventure huit ans après avoir découvert la marche sur le chemin de Compostelle. Ce journal de bord graphique capture chaque instant de ce voyage extraordinaire, dont le décor devient le théâtre d'une mue silencieuse, où le corps et l'esprit s'allègent et se libèrent.

 

Entre rencontres imprévues, paysages à couper le souffle et instants de contemplation et d'introspection, cette marche en solitaire est bien plus qu'un simple défi physique : une ode à la lenteur et à la transformation que seul un voyage de cette ampleur peut offrir.
 

Savoir se perdre pour mieux se retrouver.
 

Emilie Saitas est une autrice et illustratrice belge résidant en France. Diplômée de l’Institut Saint-Luc et de l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles, elle a également suivi des études en communication à l’IHECS ; Reconnue pour ses récits graphiques sensibles et introspectifs, elle a publié plusieurs œuvres remarquées, dont L’Arbre de mon père (Cambourakis, 2018) et Tout un monde (Delcourt, 2022). Elle anime des ateliers d’écriture en France et à l’international.

 

 

Mon avis :
Émilie Saitas nous convie à son pèlerinage à pied, sous forme de récit de voyage en bande dessinée, au coeur de l'île de Shikoku et ses 88 temples répartis sur tout le pourtour ce qui représente un circuit de 1200 km. Et, bien que dès le début j'ai trouvé les couleurs trop ternes pour m'enchanter, je me suis pourtant laissé embarquer rapidement.

Ce périple s'accompagne de nombreux rituels, notamment de faire calligraphier son nōkyō-chō (carnet de voyage) dans chacun des 88 temples. Il y a aussi les coutumes comme celle du o-settai, l'offrande faite aux pèlerins.

De gîte en rencontres éphémères avec des hôtes ou d'autres pèlerins ou encore quelques serpents dans les sous-bois, et même une guêpe pot de colle, l'autrice nous emmène de temple en temple, en musées notamment celui unique consacré au pèlerinage des 88 temples de Shikoku, en boutiques, et s'allège au fil du chemin parcouru des choses qu'elle juge inutile de conserver dans son sac.

Mais évidemment, pour l'autrice, ce voyage solitaire est aussi très introspectif. Elle s'interroge souvent sur le bien fondé de ce qu'elle fait, est-ce sportif ou spirituel ? Mais qu'elle satisfaction ce sera de l'avoir fait ! Elle est parfois happée par ses souvenirs et c'est bien normal quand on marche seul.

J'ai bien aimé les côté méditatif de cette démarche, dans ce pays réputé pour son calme et sa spiritualité. Pourtant il me semble avoir lu récemment que les Japonais sont très peu croyants. Néanmoins ils ont su préserver leur nombreux temples et statues.

Je persiste à regretter la tristesse des couleurs qui, à mon avis, ne correspondent pas à l'idée qu'on se fait du Japon. J'ai trouvé ces dessins un peu dépressifs. Ou alors c'était vraiment comme ça, nuageux et sombre et Émilie Saitas l'a retranscrit au plus près de ce qu'elle a vécu là-bas.

Je n'ai pas pu m'empêcher de penser aux cerisiers en fleurs, les sakuras et leurs magnifiques couleurs vives, aussi aux estampes japonaises beaucoup plus contrastées, qui respirent la beauté. J'aurais tellement aimé des dessins à l'encre plutôt qu'aux crayons de couleurs. Mais bon, ce n'est pas moi l'artiste et je respecte son travail, d'autant qu'elle m'a quand même donné envie d'aller visiter cette île aux 88 temples. Et éventuellement tout le reste du Japon.

Merci à Babelio Masse Critique et aux Éditions Tana pour l'envoi de cette bande dessinée.

 

Citations :

Page 17 : La nuit, je n’arrive pas à dormir. Le futon posé à même le sol me fait mal au dos. Le décalage horaire et l’excitation des premiers jours me font lever dix fois de mon lit. Alors, pour tromper mon insomnie, je traîne sur les réseaux sociaux, puis dans la demi-obscurité du long couloir de l’hôtel, enveloppée dans mon yukata, je me prends en selfie dans le miroir.

 

Page 92 : Pour commencer, j’achète une grosse bougie avec une inscription dessus.

Ne sachant pas lire le japonais, je ne sais pas à quoi est destinée cette bougie.

Est-ce un message de paix, d’amour, d’amitié, ou de bonne santé ?

Ne pas savoir me renvoie à ma condition d’analphabète au Japon. Ce la me handicape et en même temps rend cette expérience ludique et mystérieuse, voire même mystique.

 

 

 

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Mon avis : Rainbow warriors - Ayerdhal

Publié le par Fanfan Do

Éditions Au Diable Vauvert

 

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Quatrième de couverture :

Mis à la retraite sur requête du bureau ovale, le général de division Geoff Tyler se voit proposer par l'ancien secrétaire général des Nations Unies de prendre la tête d’une armée privée financée par des célébrités de toutes obédiences.
Objectif : renverser le dictateur d’un État africain et permettre la tenue d’élections en bonne et due forme. Ses moyens : l’argent n’est pas un problème. Son effectif : un encadrement d’une centaine de professionnels et 10 000 soldats dont il faut parfaire la formation.
Jusqu’ici tout va bien. Il y a toutefois un détail.
Cette armée est presque exclusivement constituée de LGBT. Lesbian, Gay, Bi, Trans.
Un thriller passionnant par un Ayerdhal maniant comme jamais humour et impertinence politique.

 

 

 

Mon avis :
Imaginez une armée composée de dix mille LGBT ! C'est ce qui est proposé au Général Geoffrey Tyler qui a été mis à la retraite par la Maison Blanche car forte tête. On vient le chercher en vue d'une mission dans un pays d'Afrique. Et la mission... secrète évidemment ! Car il s'agit de destituer un dirigeant, ou plutôt un dictateur et permettre des élections conformes à la démocratie. Donc la question de Geoff est : pourquoi le Mambesi alors que d'autres dictatures existent dans ce coin du monde ?
Eh bien, ce pays maltraite les LGBTQIA+. Pire, ils sont emprisonnés, on les agresse sexuellement, on les mutile, et on les laisse crever d'infections. On ne peut s'empêcher de se demander pourquoi ce pays-là particulièrement car ça se passe aussi dans de nombreux autres pays d'Afrique et pas que. Toujours est-il que la mission s'organise, avec le recrutement de dix mille mercenaires bénévoles, presque tous LGBT, pour constituer une armée privée. C'est peut-être parce qu'il faut faire un exemple et montrer à la face du monde que MERDE ! Ça suffit les discriminations !!!

J'ai beaucoup aimé certains personnages, Pilar, ma préférée je crois, mais aussi Andrea et Jean-No ainsi que Geoff. Ils m'ont amusée quelques fois. Pourtant ce sont de véritables machines de guerre, hyper entraîné(e)s à tuer. C'est sauvage, comme peut l'être une bande de mercenaires, mais c'est aussi bourré d'humour ! J'ai aimé le parti pris de nous raconter une histoire de guerre dont le gros du contingent est composé de femmes trans ex-militaires, de lesbiennes virées de l'armée, de gays anciens militaires ou non, contre à peine dix pour cent d'hétéros, sans que quiconque s'en soucie, le but étant avant tout l'opération militaire et les compétences de chacun, qui ne sont plus à prouver. D'ailleurs cette armée arc-en-ciel est composée d'un certain nombre de civils. Mais qui est qui, je n'ai pas réussi à tout retenir car beaucoup trop de personnages, venus d'horizons divers.

Ce roman pointe du doigt, en passant, les souffrances et les difficultés professionnelles dues à la LGBTphobie, notamment au sein de l'armée. Mais aussi un tout petit peu la misogynie qu'on trouve chez certains gays, sans doute liée au sentiment patriarcal profondément ancré chez trop de mâles humains, persuadés qu'ils sont le sexe fort. On n'oublie pas la dénonciation des consortiums pétroliers mais aussi les multinationales qui s'enrichissent dans le diamant, l'uranium, le café, cacao, banane et tant de ressources qui leur font piller l'Afrique, laissant des pollutions mortelles derrière elles. Et puis les magouilles politico-financières écoeurantes dont je n'ai pas compris grand-chose car ça me dépasse complètement. Pas plus que je n'ai compris les stratégies de combat. Alors on pourrait penser que je n'ai rien compris, Hi Hi !!! Eh bien si ! J'ai compris que les charognards de la finance sont partout, prêts à fondre sur une proie, en l'occurrence un pays en voie de développement, sans scrupules ni états d'âme. Et puis j'ai compris l'énorme dose d'humanisme que l'auteur a mis dans son roman, et de féminisme s'il vous plaît, c'est colossal et très beau, d'autant qu'il a créé des personnages hyper attachants et souvent furieusement drôles, jamais caricaturaux. Il y a des moments de profonde générosité d'une extrême beauté. Pourtant on a souvent l'impression de nager dans un bocal avec des piranhas. Un roman pareil, il fallait le faire !!! Il fait du bien et l'idée qu'il pourrait provoquer une descente d'organes à tous les intolérants de la Terre me plaît infiniment.
Cette histoire est hélas un peu trop militaire pour ne pas m'avoir perdue de temps à autre, et tous les aspects politico-économiques m'ont affreusement ennuyée. Pourtant, je n'ai pas eu envie de le lâcher. Mais je n'ai pas dit mon dernier mot quant à cet auteur, je vais poursuivre ma découverte.

 

Citations :

Page 12 : — Excuses acceptées, ironise-t-il.

Alors il se souvient de qui et de ce qu’elle est vraiment. Actrice, oui, un petit peu, après avoir été mannequin et avant d’avoir épousé une idole du rock, et sa quarantaine resplendissante a déjà bien entamé la cinquantaine.

Veuillez accepter les miennes, ajoute-t-il un peu gêné.

Elle plisse les yeux puis hausse les épaules.

Pourquoi ? Parce que vous ne m’aviez pas reconnue ?

Parce que vous n’êtes pas une p’tite dame.

Aucune femme ne l’est, général. C’est un sobriquet aussi phallocrate que poupée ou poulette.

 

Page 21 : — Pour ce qui concerne les viols, enchaîne Koffane, les rapports ONG sont effrayants. L’armée, puisqu’il n’y a pas de police proprement dite, pratique effectivement et de manière courante le viol punitif, entre autres, mais elle n’est pas la seule. N’Mguiba règne par la division et encourage les dissensions ethniques. Comme il veille à ce que seuls ses soldats soient armés, les différentes ethnies recourent au viol pour imposer la prévalence de leurs gènes ou souiller ceux de leurs ennemis afin qu’ils bannissent eux-mêmes leurs femmes.

 

Page 46 : Il est évidemment interdit d’aller se soulager dans la nature et, même si ça ne l’était pas, Jean-No connaît suffisamment la jungle pour savoir qu’on ne s’y aventure pas seul, même de quelques dizaines de mètres, et que, outre les bébêtes pleines de dents, de crochets ou de mandibules, on y trouve une nuée de parasites capables de s’infiltrer par tous les orifices.

 

Page 59 : Et oui, Pilar, tout ce que j’ai reconstitué de votre parcours démontre que vous pratiquez la manipulation et le contrôle du renseignement mieux que quiconque. Or j’ai dis mille zozos sur lesquels je ne sais que ce qui traîne dans les archives de la DIA et d’une poignée de services spéciaux amis, et sur lesquels ce foutu Échelon et d’autres outils de la NSA ne m’ont permis que quelques recoupements vaseux… tellement vaseux que c’est un hacker à moitié dingue qui m’a dégoté les infos les plus fiables.

 

Page 141 : — Andrea, capitaine par inadvertance, transgenre par choix, lesbienne par habitude.

Angie, actrice par la naissance, bisexuelle par gourmandise et monogame pour la troisième fois.

 

Page 162 : — Je connais toutes les épouses qu’on a mariées sans leur consentement et qui n’ont pas eu la chance de s’entendre avec leurs conjoints. Je connais toutes celles pour lesquelles chaque copulation est un viol. Je connais toutes les mères et les sœurs de celles qu’on a châtiées pour leur orientation sexuelle, pour adultère, pour infertilité. Je connais toutes celles qui ont une excellente raison de tromper leur époux autrement que par le sexe ou par le coeur.

 

Page 238 : En Irak, il a appris à fuir, à se cacher et à regarder tomber les braves comme les pleutres. Les braves tombent au ralenti pour faire joli. Les pleutres tombent par hasard, comme des cons. Quelle différence cela fait ? Tous sont coupables de suicide. Sauf les innocents, ces putains de victimes collatérales qu’on ne prend pas la peine de compter, pour cacher qu’elles sont beaucoup plus nombreuses que les braves et les pleutres qui peuplent les cimetières militaires.

 

Page 442 : Le Brigadier n’est pas raciste — il adore les jeunes négresses, par exemple — mais il aime que chacun reste à sa place. Dans son lit pour les unes, dans les vignes pour les autres. Les vignes, les mines, les baraquements militaires, les ghettos, qu’importe, l’essentiel étant que ses nègres gardent le rang pendant que lui tient le sien, ainsi que Dieu a conçu le monde. Le Brigadier est très croyant. C’est sa foi dans les Saintes Écritures qui lui a permis de ne jamais prendre femme, eu égard à sa passion pour les négresses. Ce sont aussi ses convictions religieuses qui le poussent à refuser certaines missions pour ne livrer bataille qu’à ceux qui renient, dévoient, souillent les Évangiles. Il répugne même à casser du juif par respect pour la Bible hébraïque sans laquelle, il faut bien le reconnaître, l’Ancien Testament manquerait notablement de substance. Par contre, les mécréants, les infidèles, les pervers, les invertis, les sous-hommes et les succubes, c’est presque par devoir qu’il les châtierait.

 

Page 487 : Il ferme son communicateur, se redresse et hurle :

Soldats ! Qu’il vous reste ou non des couilles, c’est le moment de montrer à ces légionnaires du pognon ce que valent les p’tits pédés du général Tyler !

Sergent je crois que je vous aime, dit Jean-No.

À quelques mètres d’eux, une femme se redresse et crie :

Vous acceptez aussi les gouines, sergent ?

Plutôt deux fois qu’une, soldat !

 

 

 

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Mon avis : La couleur du lait – Nell Leyshon

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais par Karine Lalechère

 

Éditions 10-18

 

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Quatrième de couverture :

1831. Mary une jeune fille de 15 ans mène une vie de misère dans la campagne anglaise du Dorset. Simple et franche, mais lucide et entêtée, elle raconte comment, un été, sa vie a basculé lorsqu'on l'a envoyée chez le pasteur Graham, pour servir et tenir compagnie à son épouse, une femme fragile et pleine de douceur. Avec elle, elle apprend la bienveillance. Avec lui, elle découvre les richesses de la lecture et de l'écriture... mais aussi obéissance, avilissement et humiliation. Un apprentissage qui lui servira à coucher noir sur blanc le récit tragique de sa destinée. Et son implacable confession. Nell Leyshon réalise un travail d'orfèvre avec ce portrait inoubliable, où vibre la voix lucide et magnifique de son héroïne.

" La Couleur du lait se déroule en quatre temps, celui du rythme de la nature. Et c'est très modestement un grand moment de poésie. "
Libération

 

 

Mon avis :
Ce récit est découpé en quatre parties qui sont les quatre saisons.
Mary nous raconte sa vie à la ferme dans le Dorset, en mille huit cent trente, avec son père, sa mère, son grand-père infirme donc bouche inutile, et ses trois sœurs,Violette, Beatrice et Hope. Elle a quinze ans. Elle est la plus jeune de la famille. Elle raconte leur dure vie de labeur, aux aurores à traire les vaches, creuser des sillons avec la charrue, jour après jour, sans oublier les gifles qui pleuvent, assénées par ce père brutal qui se trouve malchanceux de n'avoir que des filles. La mère ne dit jamais rien, car elle ne possède rien et puis c'est lui l'homme. Tout puissant sous son toit. Mais elle n'est pas malheureuse Mary. Loin de là. Elle aime bien sa vie et ne garde que le meilleur pour oublier rapidement tout ce qui est négatif.

Un jour où le père s'est défoulé sur elle avec plus de violence que d'habitude, elle sent que quelque chose vient de changer et décide qu'elle dira toujours la vérité. Même quand il s'agit de choses qu'elle n'aime pas raconter. Et c'est ainsi qu'on apprend que son père l'envoie travailler au presbytère au service du pasteur et de son épouse, remplacer la bonne qui est partie, car de toute façon, avec sa patte folle, le père considère qu'elle n'est pas très utile dans les champs et que là, au moins, elle va lui rapporter un peu d'argent. Elle est totalement sans filtre et dit tout ce qui lui passe par la tête, y compris à ses employeurs. Et alors qu'elle est bien traitée, elle voudrait pourtant rentrer à la ferme. Et c'est cependant cette nouvelle vie dont elle ne voulait pas qui va changer tout le reste de son existence, en bien dans un premier temps.

La narration est étrange. Mary n'a pas l'air très maligne mais il ne faut pas s'y tromper, elle a l'esprit très affûté. C'est sa condition et l'époque qui veulent ça. de plus, sa prose comporte bien des points à chaque fin de phrase, mais jamais de majuscule en début, et pas aux prénoms non plus. Car c'est elle qui écrit, et elle ne sait pas très bien.

J'ai beaucoup aimé cette histoire simple, qui raconte une époque révolue, celle où les petites gens étaient au service des autres ou alors trimaient du matin au soir dans les champs dans une vie de misère, et qui nous parle de la douleur des femmes d'antan, qui n'avaient rien, qui n'étaient rien d'autre que des reproductrices, bonnes à tout faire, et dont on pouvait abuser, les laissant seules avec leur désarroi. Ce temps où les hommes avaient tous les droits et les femmes, éternelles asservies, tous les devoirs.

J'ai trouvé Mary très attachante avec son caractère effronté. Je ne sais pas à quoi je m'attendais au fil du récit, mais en tout cas pas à cet épilogue qui m'a terriblement remuée. Pourtant elle avait bien prévenu qu'elle dirait tout !
J'ai adoré cette histoire douce-amère qui nous parle d'une enfant de quinze qui avait une aptitude à la joie de vivre, malgré les aléas de son époque et de sa condition.
Ce court roman se lit comme un journal intime qui dénoncerait l'injuste condition des paysannes du XIXe siècle et la toute puissance des hommes. Pourtant, tous les hommes de cette époque n'étaient pas mauvais, mais quasiment tous étaient pétris d'un esprit patriarcal que rien ne justifie.

 

Citations :

Page 109 : quand on a un bébé on a l’impression qu’il est toute notre vie et on n’imagine pas que l’enfant grandira, qu’un jour il n’aura plus besoin de nous et qu’il voudra partir.

 

Page 121 : tu es vive. Je ne parlerais pas d’intelligence parce que tu n’es pas instruite, mais tu as quelque chose.

quoi donc ?

une astuce innée peut-être, de l’esprit.

et ce n’est pas comme un cerveau instruit ?

non, je ne crois pas. c’est informe, plus animal, plus primitif.

 

Page 151 : nous allons réciter le bénédicité.

il a fermé les yeux et joint les mains et dit que nous devions remercier le seigneur pour la nourriture qu’il nous donnait.

je l’ai écouté et j’ai pensé à la journée que j’avais passée et aux poireaux que j’avais ramassés sous la pluie.

pourquoi est-ce qu’il faut remercier dieu quand c’est moi qui ai cherché les légumes et qui les ai préparés ?

mary, il a tendu le bras pour me faire taire.

et c’est moi qui nettoierai après manger.

il a ri. tu n’es qu’une mécréante.

 

 

 

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Mon avis : L’épicerie du Paradis sur Terre – James McBride

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’américain par François Happe

 

Éditions Gallmeister - Totem

 

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Quatrième de couverture :

En 1972, des ouvriers de Pottstown, Pennsylvanie, découvrent des restes humains au fond d’un puits. À Chicken Hill, quartier pauvre où se côtoient Juifs et noirs américains, l’identité du squelette et la manière dont il est arrivé là sont deux secrets bien gardés. Moshe et Chona vivent là depuis des lustres. Ils en sont, en quelque sorte, la mémoire et l’âme. Moshe s’occupe du théâtre et Chona, de la petite épicerie du Paradis sur Terre. Depuis leur position privilégiée, rien n’échappe à leur attention. Alors, quand les autorités commencent à s’intéresser à un gamin sourd, Chona se met en tête de le protéger. Pour éviter qu’il soit placé en institution, elle met tout en œuvre, aidée dans sa tâche par Nate Timblin, le concierge du théâtre et leader informel de la communauté noire.

 

 

Mon avis :
Ahhh 
James McBride et son écriture facétieuse, enfin… pas tout le temps, mais presque, avec cette façon intelligente et tellement fine de se moquer des petits ou gros travers des gens, comme le racisme, le sectarisme, le suprémacisme parfois. Dès le début il m'a amusée.
Chicken Hill, quartier juif et noir, très peu de Blancs, dont les Juifs s'en vont peu à peu, le laissant aux Noirs. Il reste toutefois Moshe et Chona. Moshe partirait bien, comme les autres Juifs, pour acheter une belle maison et quitter ce quartier pauvre. Mais Chona ne veut pas. Chicken Hill, c'est chez elle, c'est là qu'elle a toujours vécu et c'est là qu'elle tient L'épicerie du Paradis sur Terre. Et comme Moshe l'aime plus que tout, il se résigne à chaque fois. Et puis il a son petit business de soirées dansantes qui fonctionne bien, alors…

Et nous voilà aspirés dans une histoire qui sent bon l'amitié, l'amour, la bienveillance et le vivre ensemble, avec des personnages hyper attachants. Car Moshe est ami avec Nate, un Noir, même s'il considère que cette amitié n'est pas pareille qu'avec un Juif. Doc Robert, le seul médecin du coin, Blanc, raciste et antisémite, défile régulièrement avec le Ku Kux Klan. Malgré la tunique et la cagoule, il est reconnaissable à sa claudication. Pourtant, en dépit de ses lâches convictions, il accepte de soigner tout le monde. Sauf Chona qui ne veut pas de lui comme médecin. Chona la généreuse que tout le monde aime. Fatty qui en veut à Chona car à cause d'elle il ne peut pas détester tous les blancs. Addie, la femme de Nate, qui travaille pour Chona et se comporte en véritable amie. Paper, la commère du coin qui sait tout sur tout, beauté noire qui fascine les hommes. Dodo l'enfant sourd suite à une explosion. Son ami Monkey Pants, difforme et flippant, et pourtant... Toute une galerie de personnages étonnants.

Pourtant, dans cette étrange et joyeuse histoire il y a des événements tristes, injustes et révoltants. Et même dans ces moments là, je n'ai pas perdu espoir que les choses redeviennent belles et remettent du baume au cœur.

Le point de départ est la découverte de restes humains dans un puits en 1972. Alors l'auteur nous emmène dans les années trente pour retracer l'histoire jusqu'à cette découverte, des histoires d'êtres humains, Juifs, Noirs, Blancs, qui vivaient là, certains en harmonie, d'autres avec mépris pour tout ceux qui n'était pas blancs. Beaucoup de personnages hauts en couleur.

Mais qu'est-ce que j'aime 
James McBride ! Il réussit à envelopper l'ignoble de beauté. Il arriverait presque à nous faire croire que le monde est beau et que les humains sont bons et altruistes !! Car lui, il nous parle de personnes généreuses en tous points. Et un peu aussi de sales types mesquins. Mais ça… le monde est ainsi fait. Je l'imagine bien en train d'écrire avec un petit sourire en coin, car il fait toujours montre d'une ironie désopilante très subtile, surtout avec les piètres individus. Et il enveloppe tout ça de luminosité dans une écriture superbe. Il raconte tout simplement la vie et les êtres, avec un supplément d'âme qui lui fait mettre la lumière sur ceux qui brillent mais rend dérisoires et quantité négligeable les minables, fussent-ils riches et en vue.
J'ai vraiment adoré !

 

Citations :

Page 65 : Nate Timblin était un homme qui, sur le papier, ne possédait pas grand-chose. Comme la plupart des Noirs en Amérique, il vivait dans un pays doté de statuts et de décrets qui faisaient de lui l’égal de tous, mais qui n’était pas égal, sa vie étant limitée par un ensemble de règles et de normes en matière d’égalité qui, pour une bonne part, ne s’appliquaient pas à lui. Son monde, ses désirs, ses besoins n’avaient que peu de valeur pour tout autre que lui-même.

 

Page 85 : Moshe avait peu d’amis. La plupart des Juifs de Pottstown avaient quitté Chicken Hill à présent. Nate était un ami, mais c’était un Noir, alors il y avait cette distance entre eux. Mais avec Malachi, cette distance n’existait pas. Ils étaient tous deux des évadés qui, après avoir enduré l’arrivée à Ellis Island, puis échappé au bagne des ateliers clandestins et à la violence du Lower East Side de New York infesté de racaille, étaient parvenus à gagner, coûte que coûte, le pays de toutes les possibilités qu’était la Pennsylvanie, la patrie des quakers, des mormons et des presbytériens.

 

Page 146 : Bernice avait tous ces enfants — huit d’après le dernier décompte. Ils étaient de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, du teint le plus clair au plus sombre, et de toutes les tailles, du plus grand au plus petit. Comment elle les avait eus et qui étaient les pères, ce n’était pas l’affaire de Chona. Mais aucun des enfants de Bernice ne ressemblait à un autre — ils avaient tous l’air de Noirs, et c’était suffisant.

 

 

 

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Mon avis : Kaya – Lily H. Tuzroyluke

Publié le par Fanfan Do

Traduit de par l’anglais (États-Unis par Claire Desserrey

 

Éditions du Seuil

 

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Quatrième de couverture :

Alaska, printemps 1893. Une épidémie de variole décime les populations autochtones. La sœur de Kaya vient de succomber à son tour, et la jeune Inupiaq et ses trois enfants sont désormais les seuls survivants de leur village. Alors qu’ils campent près de la banquise, sa petite fille de cinq ans, Samaruna, est enlevée par des baleiniers américains.
Kaya et ses fils se lancent dans une poursuite désespérée à travers les immensités glacées, affrontant la faim, les tempêtes et la débâcle des fleuves, à la recherche de ce baleinier maudit. Leur quête les mènera jusqu’au port de Herschel où se rassemblent tous les équipages.


Puissant cri de révolte mais aussi formidable déclaration d’amour à l’Alaska, à ses peuples et à leurs mythologies, ce roman est le premier récit inupiaq à s’inscrire, enfin, dans la mythique littérature du Grand Nord.

 

Lily H. Tuzroyluke a fait ses études à l’Université de l’Alaska, à Fairbanks, et a travaillé au sein du gouvernement tribal de sa communauté. Elle vit aujourd’hui à Anchorage. Kaya est son premier roman.

 

 

Mon avis :
Alaska, printemps 1893.

Kayaliruk, aidée de Ebrulik, Nauraq et Samaruna, ses enfants, doit brûler les corps rongés par la variole de son mari, sa sœur, sa mère, son père, sa tante, et son oncle. Alors qu'avec ses deux fils et sa fille de cinq ans ils décident de rejoindre l'oncle de Kaya, Sam, sa fille est enlevée par les Blancs d'un baleinier. Bien que blessée, Kaya les prend en chasse avec ses fils encore si jeunes, les Blancs sur mer, eux sur la banquise. Une femme rencontrée en cours de route, Nasauyaaq, sera un phare dans la nuit pour ce trio mère-fils. Elle les prendra sous son aile pour leur permettre d'aller au bout de leur quête.

Ibai, un jeune afro-américain, embarqué à bord d'un baleinier, qui rêve d'avoir un jour son lopin de terre où cultiver tout ce qui ferait de lui un homme indépendant.
Du côté des baleiniers, la chasse à la baleine et aux morses est cruelle et cupide. Ibai croyait que c'était une chasse noble, un don de Dieu, lui qui a chassé l'orignal avec les indiens. Il découvre que c'est une monstrueuse boucherie, sauvage et barbare : "Chasser la baleine revient en vérité à garnir les coffres en banque des riches Blancs qui possèdent le monde." Chez les autochtones cette chasse n'a comme but que la survie, avec des rites de partage et de générosité de ce vieux monde qui est en train de disparaître.

Le Révérend John Beach Driggs, docteur en médecine et chirurgien, a renoncé au faste d'une vie sociale plus que confortable pour aller instruire les autochtones, les évangéliser bien sûr, et surtout défendre leurs droits face aux envahisseurs blancs qui pillent leur ressources naturelles, violent leurs femmes, et enlèvent leurs enfants.
Trois échantillons d'humanité aux désirs et aux besoins aux antipodes les uns des autres.
On observe réellement deux mondes différents où les vrais sauvages sont ceux prétendument civilisés mais dont certains néanmoins ont choisi de faire le bien.

La traque est passionnante et révoltante. Mon cœur de mère a vibré de sororité avec la rage de cette mère à qui on a volé son enfant et qui est prête à tout pour la retrouver, capable de soulever des montagnes et d'anéantir quiconque se mettrait en travers de son chemin.
On assiste à cet affrontement entre les "sauvages" qui vivent en harmonie avec la nature et ne prennent que ce dont ils ont besoin pour subsister, et les "bons" civilisés imbus d'eux-mêmes qui pillent absolument tout. Mais aucun manichéisme ici, il y a des bonnes personnes dans les deux camps. D'ailleurs la fin m'a bouleversée.

L'autrice, autochtone d'Alaska, nous emmène à travers les terres de ses ancêtres, à qui elle rend un très bel hommage, en nous faisant découvrir les vraies valeurs de bonté, générosité, partage et respect de toute vie qui les anime dans une communion avec la nature que la civilisation leur a arrachée. Car dans des contrées au climat aussi extrême, pas de salut sans esprit de corps ni fraternité.

 

Citations :

Page 16 : La variole est venue de la côte. Les chasseurs de baleine soufflent la maladie comme des dragons. Les Yankees veulent leur huile, alors ils ont envoyé la mort se repaître de notre chair. Seront-ils un jour rassasiés ?

 

Page 17 : Nos chamanes ont déclaré que la maladie avait touché notre peuple parce qu’un tabou avait été brisé. Un chasseur avait-il écorché un animal à fourrure blanche au printemps ? Une femme avait-elle parlé à quelqu’un pendant ses menstruations, ou accouché en présence de quelqu’un ? Une personne était-elle morte chez elle, et sa famille n’avait pas détruit son logis ? Mon père disait qu’il valait mieux ne pas s’appesantir sur son origine.

 

Page 30 : Nous jetons l’ancre en fin d’après-midi. Le jour tombe déjà. On se passe la main dans les cheveux, on enfile notre plus belle chemise en flanelle, on se rince la bouche pour éliminer la puanteur des dents pourries et de la langue chargée, on essuie sur notre entrejambe la pisse qui empeste le vinaigre et on remplit nos poches de tout ce qu’on a à troquer.

 

Page : Je baisse les yeux vers l’océan profond. J’aime les dessins de Charles Darwin représentant les fonds marins. Lui aussi est allé dans les Galápagos. Lorsque je j’aurai ma maison, j’achèterai des crayons noirs et du papier, je dessinerai des crabes, des palourdes, des mollusques rampant dans les ténèbres, des phoques nageant avec des bancs de truites. J’ajouterai des colonnes de glace hérissées comme des toiles d’araignées.

 

Page 132 : Un canot est mis à l’eau. Quatre hommes rament vers la banquise. J’aimerais qu’ils se noient, qu’ils se débattent dans l’océan. Je les vois. Tous. Distinctement. Des figurines. Des voleurs d’enfants qui apportent la maladie, des pillards qui s’emparent de ce qui leur fait envie.

 

Page 140 : Les rapports avec les Esquimaux sont complexes. Ils ont été horriblement maltraités par les explorateurs, les trappeurs et maintenant les chasseurs de baleine, qui dénaturent les liens que nous tissons avec eux en les volant, en leur vendant de l’alcool à des prix prohibitifs et en violant leurs femmes.

 

Page 161 : Dans leur traversée de l’Arctique, un périple de plus de mille kilomètres, ils devront affronter la nature sauvage et ses dangers imprévisibles, mais aussi l’industrie baleinière, qui a introduit la cruauté des hommes dans une belle contrée jusqu’alors inviolée.

 

Page 188 : — Toi, mon petit ange de merde, tu vas avoir une nouvelle mère, qui t’aimera. Quelle femme ne t’aimerait pas ? Elle te fera des robes multicolores. En soie, en taffetas avec des volants ou je ne sais quel tissus à la con.

 

Page 253 : Ces cabanes ne sont pas considérées de la même façon que nos bidonvilles : les capitaines vénèrent ces « modestes » créations. Un Blanc qui construit une bicoque est ingénieux et plein d’imagination ; si c’est un Noir ou un immigrant, il est paresseux ou criminel. Le monde dans lequel nous vivons est biaisé.

 

Page 288 : Au moins une fois par jour, un navire sort une baleine de l’eau. Quel triste spectacle. Nous n’aimons pas voir les baleines sacrées hissées au bout de chaînes, couchées sur le flanc. Ces vaisseaux font penser à des mouches qui survolent un cadavre, le sucent, le dévorent, s’en délectent, déposent leurs œufs et laissent des larves qui se tortillent et disséminent l’infection.

 

 

 

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