Mon avis : Sanctuaire – James Cleary
Traduit de l’américain par Laura Derajinski
Éditions Gallmeister
Date de sortie : 06/05/26
496 pages
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Quatrième de couverture :
Les États-Unis se sont figés sous le poids des désastres climatiques. La moitié du territoire est engloutie sous les flots, l’autre s’est muée en désert stérile. Dans ces paysages dévastés, les troubles civils s’enveniment. Le milliardaire John Brandt l’avait anticipé : il avait investi son argent usé de toute son influence pour se préparer au grand effondrement. Aujourd’hui, Brandt, sa famille et son équipe de sécurité ont trouvé refuge dans le Sanctuaire, un bunker souterrain, immense manoir de luxe enfoui sous la terre aride des Grandes Plaines. Mais ils ne sont pas seuls. À la surface, un groupe mené par Grady et les siens est prêt à tout pour survivre.
Alors que la tension monte à l’intérieur comme à l’extérieur du Sanctuaire, les lignes de bataille se dessinent : entre ceux qui n’ont rien et ceux qui possèdent tout, entre la décence et l’opportunisme, entre la vie et la mort. À ce jeu, tout le monde est perdant.
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Mon avis :
Quelque part aux États-Unis, le monde de demain, triste, pathétique, détruit, mortifère. Et un sanctuaire, un bunker à soixante mètres sous terre, tel un immeuble inversé de dix-huit étages plongeant dans le sol, où sont à l'abri des gens riches avec tout leur staff, protégés du reste du monde qui crève, de la pollution, des sécheresses, des canicules, des pénuries d'eau, de nourriture et de médicaments.
Les chapitres sont ponctués par des pages d'un journal intime, plein de tristesse, sans ordre chronologique, du jour 844 au 844, en passant par le 481 ou le 371 puis le 739, teinté de colère et de l'amertume de ce que nous avons tous fait, collectivement, qui racontent la vie dans ce sanctuaire et comment l'humanité est tombée si bas.
Certains, dégueulasses, sont prêts à sacrifier la majeure partie de l'humanité pour sauver leur sale petite peau indigne. Des mercenaires stupides, mus par l'appât du gain, sans jamais imaginer que l'argent n'aura sûrement plus cours quand ils sortiront du bunker.
À la surface c'est la guerre civile, la loi du plus fort, à cause d'un état totalitaire, qui ne défendait plus le peuple mais uniquement les riches.
Et alors que les nantis vivent égoïstement dans leur bunker souterrain, d'autres survivent au froid, à la faim et au manque de tout en surface. Mais quand on n'a plus rien à perdre, on est capable de tout.
C'est l'histoire du combat pour la survie. D'un côté les salauds, de l'autre les victimes, sachant que le côté dans lequel on se trouve ne dépend peut-être bien souvent que des moyens que l'on a, de la classe sociale d'où on vient, du monde dans lequel on a évolué depuis longtemps ou toujours.
J'y ai vu, sans aucun faux-semblant, l'Amérique de Trump, corrompue, où les milliardaires contrôlent tout, les tribunaux, la Justice, le Congrès, le Sénat, TOUT, et piétinent tous les autres.
Et bien sûr, en lisant ça, j'avais l'impression d'assister au récit de notre monde qui s'effondre, à la catastrophe annoncée depuis des décennies, que ceux qui décident se sont efforcés d'ignorer, en continuant de faire comme si...
J'ai bien aimé, ça soulève des questions intéressantes qu'on se pose depuis très longtemps. Et si ça n'amène pas vraiment quelque-chose de nouveau, à part la cible évidente du pouvoir en place outre-Atlantique, j'ai passé un très bon moment de lecture avec des gros moments d'angoisses et une forte solidarité avec ceux de la surface qui se voient traiter comme quantité négligeable, qui ne méritent pas de vivre.
Une lecture très plaisante pour moi qui adore les dystopies qui me laissent espérer qu'on a encore la possibilité d'inverser le cours des choses avant d'en arriver là.
Citations :
Page 73 : Cooper était un idéaliste, évidemment. Un homme qui avait passé trente ans à défendre une constitution sur laquelle le président de son pays chiait virtuellement presque tous les jours, trente à défendre les droits civiques d’une nation qui ne lui avait jamais accordé ces droits.
Page 128 : Ce qui est pitoyable, c’est qu’on savait tous que ça finirait par arriver. Les prémices sont restées plus ou moins discrètes pendant des décennies, voire des siècles, sous la surface boueuse du pays. Une boîte de Pandore contenant le pire de l’humanité. Les individus sans cœur et sans âme qui accédèrent au pouvoir firent tourner la clé dans la serrure, puis ils flattèrent les ignorants, en appelèrent à leur plus vile nature et réveillèrent leur malveillance — mais ce ne sont pas eux qui libèrent les démons.
Page 150 : Les Brandt utilisaient de l’eau pour arroser l’herbe de prairie ornementale dehors. Pendant que tant de monde mourait de soif ailleurs. Cette avidité absolue, ce gâchis étaient sidérants.
Page 184 : C’était si déroutant de ne plus voir sa mère vivante. Quelque part. Quelque part, n’importe où sur cette planète.
Page 425 : Jeremy n’était plus un bébé. Il avait presque dix ans. Il était trop grand pour qu’on l’envoie dans sa chambre. Il détestait quand sa mère faisait ça. Il avait l’impression d’être petit et débile.
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