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Mon avis : Viendra le temps du feu – Wendy Delorme

Publié le par Fanfan Do

Éditions Cambourakis

Date de sortie : 03/03/2021

272 pages

 

Mon avis sur Insta c'est ici

 

Quatrième de couverture :

« Elles étaient toutes brisées et pourtant incassables. Elles existaient ensemble comme un tout solidaire, un orchestre puissant, les organes noués en ordre aléatoire, un grand corps frémissant. Et j’étais l’une d’entre elles. »
Une société totalitaire aux frontières closes, bordée par un fleuve. Sur l’autre rive subsistent les vestiges d’une communauté de résistantes inspirée des Guérillères de Monique Wittig. Dans la capitale du territoire fermé, divers personnages se racontent, leurs aspirations, leurs souvenirs, comment survivre, se cacher et se faufiler dans un monde où les livres sont interdits.
Une dystopie où se reflètent les crises que nous traversons aujourd’hui. Un roman choral poétique et incandescent, où l’on parle d’émancipation des corps, d’esprit de révolte et de sororité. Un hommage à la littérature et à son potentiel émancipateur et subversif.

 

 

Mon avis :
Un futur sinistre où il est question de réarmement démographique sous peine d'être maltraité, pénalisé socialement. C'est déjà le cas dans nos sociétés quand on ne veut pas d'enfant, ou pas trop jeune. La société juge les femmes qui ne veulent pas procréer. Comme si le ventre des femmes appartenait à la collectivité. Dans ce récit c'est pareil, mais un degré au dessus dans l'odieux. Deux virgule cinq enfants par femme, c'est ce qui est exigé. Ils appellent ça contribuer.

Ève, Louise, Grâce, Rosa, Raphaël nous parlent du monde de demain, leur monde, dans lequel ceux qui ont déjà un peu vécu ont dû faire le deuil de celui qu'ils avaient connu. Dans ce futur proche, trop proche, les livres sont interdits car ils font soi-disant trop de peine. Ils rappellent tout ce qui a été perdu. Ce monde perdu c'est le nôtre. Il y ressemble tellement. Et ce futur sépulcral semble tellement probable. J'ai l'impression d'être à minuit moins une de cet effroyable avenir, ce lendemain funeste.

Ce roman chorale nous emporte chapitre après chapitre dans les tristes vies et les souvenirs de ces gens qui n'ont pas de droits, pas d'espoir et on sent la chape de plomb que représente une telle existence. Il y a les Autres, ceux qui vivent à l'abri, qui s'enferment la nuit, puis les laissés pour compte. La police qui arrête, matraque, brutalise et parfois torture, au service du pouvoir aux lieu d'être au service du peuple.
Un état où on ne veut voir qu'une tête, le petit doigt sur la couture du pantalon, et des individus en paire autrement dit en couple, résignés, qui font des enfants.

Les mécanismes de la dépossession à l'œuvre. Répression, destruction, appropriation et censure sont le mode de gouvernance.
Des termes agricoles sont utilisés : moisson (d'enfants), reproduction.
Une histoire remplie d'odeurs, de sensations, de colère, d'électricité, d'interdits, et de si peu d'espoir mais d'une forme de rage.
Les hommes n'ont plus le droit de s'aimer entre eux ni les femmes entre elles pas plus que n'ont le droit d'exister les trans. Tout ce qui n'est pas l'hétérosexualité est réprimé dans la violence et la torture, voire la mort. Et tous les hétérosexuels reçoivent l'injonction de se reproduire, travailler et vivre sans passion. L'esprit, le corps et le cœur propriété de l'État.
Heureusement, la résistance s'organise. Certains veulent reprendre possession de leur vie, de leur libre arbitre, de leur futur.

J'ai eu la sensation d'être en hypnose pendant ma lecture tant tout ce que j'y ai lu est ce qui nous attend si on ne réagit pas. Car il me semble que depuis des décennies nous sommes des grenouilles mise dans l'eau froide sous laquelle on a allumé le gaz.
J'ai dévoré ce roman qui m'a fait du bien d'un côté car je me dit que jusqu'ici tout va bien (c'est pourtant pas vrai), on n'est pas encore complètement dans la merde. Mais ça m'a fait mal aussi parce qu'on y va tout droit, la planète étant dirigée par des ultrariches égocentriques, cyniques, cupides, racistes, sexistes, homophobes, climatoseptiques, pollueurs, menteurs et on pourrait continuer longtemps comme ça. Il n'y a qu'à écouter Renaud qui, en 1985, chantait
[...] Quelques vieux malades
Imbéciles et grabataires
Se partagent l'univers [...]
Rien ne va mieux. Triste perspective. Mais tant qu'il y aura des résistances, des livres à lire et la possibilité de se cultiver...
Une très belle écriture au service d'un cri d'alarme que n'entendent pas ceux qui le devraient.

 

Citations :

Page 48 : Partir est chose facile. Il suffit de donner aux gardes postés là sa carte d’identité et tout bien qu’on possède. On ne peut emmener qu’un sac de nourriture et un de vêtements. Une fois qu’on a franchi le poste après le pont, on ne revient plus.

 

Page 50 : Le grand génie de notre époque et de ceux qui la gouvernent, c’est de nous avoir fait croire que nous vivions en paix quand ils lâchaient des bombes sur d’autres continents. Quand des bombes artisanales ont explosé ici, la surprise était générale. Comment ? On nous voulait du mal ? Mais qu’avions nous fait pour mériter cela ?

 

Page 105 : Tu nous parlais parfois, à moi et à mes frères, quand nous étions petits, de tel film ou série que tu aimais enfant, de tel lieu visité avec tes parents, et puis tu t’arrêtais au milieu de ta phrase, comme prise au dépourvu. Et je sais maintenant qu’un abîme s’ouvrait à l’intérieur de toi lorsque tu évoquais le monde qui n’est plus. Il y avait des vides, des lacunes de mémoire, des absences de possibles.

 

Page 121 : Tout me semblait pavé trop régulièrement jusqu’au bout de la route, j’avais développé une conscience aiguë de chaque borne à mon horizon. J’allais faire des enfants. Les élever comme ma mère a élevé les siens. Travailler la journée, faire à manger le soir, réviser les devoirs avec mes petits, réapprendre un par un tous les alinéas du Pacte national, qu’on nous a fait absorber chaque jour à l’école. Et mes filles allaient faire exactement pareil.

 

Page 149 : Marcia avait l’art d’éluder les questions. On supposait qu’elle fuyait l’opprobre familiale pour s’être comportée comme le font les garçons.

 

 

 

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Mon avis : L’attaque des dauphins tueurs – Julien Campredon

Publié le par Fanfan Do

 

Éditions Monsieur Toussaint Louverture

Date de sortie : 20/10/2011

128 pages

 

Quatrième de couverture :

D'une station balnéaire menacée par des dauphins obsédés et bohèmes, aux différents risques à passer un pacte avec le diable dans le milieu de la recherche bio-médicale où tout le monde se marche dessus, en passant par un livre uruguayen à faire infuser et capable de résoudre tous les problèmes de logement, Julien Campredon nous offre ici cinq nouvelles parfaitement troussées, qui attrapent le bon sens au lasso et le retournent comme un petit veau avant de le faire rôtir au barbecue. Dans la continuité de Brûlons tous ces punks pour l'amour des elfes, l'auteur, toujours armé d'une imagination et d'une langue débridées, fait souffler un vent littéraire nouveau, chaud, drôle et grinçant sur les travers de la société moderne.

 

 

Mon avis :
Des dauphins tueurs, ce n'est vraiment pas l'idée qu'on se fait de ces animaux, que l'on aime énormément, grâce à Flipper il faut bien le reconnaître et c'est ce qui m'a attirée dans ce livre. Mais le titre n'est que celui d'une des nouvelles. Ce court recueil de nouvelles panachées de fantastique, mâtiné d'humour, m'a appelée parce que c'est un mélange que j'aime énormément, tout comme SF et humour.
Je trouve toujours hasardeux et difficile de tenter un avis sur un recueil de nouvelles. J'ai commencé ma lecture en ignorant si j'y parviendrais.

Un médecin vaniteux et méprisant à l'haleine fétide affirme soigner les mouches du vieillissement.

Un homme dans les difficultés financières et qui semble aimer les livres fantasme sur la supposée richesse des écrivains et de ce fait les jalouse, achète un livre très spécial.

Un fantôme bétonneur fou qui recouvre toutes les surfaces végétales.

Une tempête, la loi martiale et l'interdiction de manger des poissons sans traçabilité donc de manger autre chose que de la nourriture industrielle. Jean-Kevin qui danse, danse, danse quand des dauphins altermondialistes arrivent.

Un homme critique les cons mais se rend compte qu'il en est un aussi, lorsqu'un retraité débarque dans son jardin pour le cultiver.

L'ensemble me dit qu'il n'est jamais bon de prendre des vessies pour des lanternes (oups mais quelle vieille expression) ni de vouloir l'impossible au risque de se fourvoyer, mais surtout ne jamais se croire plus malin que ce qu'on est. Mais en réalité je n'ai pas compris le sens de toutes les nouvelles. Certaines me sont restées obscures car sans queue ni tête m'a-t-il semblé. À moins qu'il ne soit question d'excès de zèle et d'autoritarisme de la part des "élites" (je déteste ce mot si méprisant pour le peuple, comme si nous étions des crétins et eux des génies). Quant à la dernière...

 

Citations :

Page 29 : J’adorais la Librairie Dubreuil, Dubreuil & Dubreuil où même les vieux bois étaient arrogants, et le silence qui régnait dans ce havre de superbe vous donnait la certitude d’être plus malin que les mortels défilant de l’autre côté de la vitrine, dans cette rue à l’image d’une vie jonchée de crottes de chiens.

 

Page 82 : Tu vois, à ce que dit mon père, les dauphins, c’est comme les hippies et les gauchistes.

 

 

 

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Mon avis : Heureux comme jamais – Guillaume Chamanadjian

Publié le par Fanfan Do

Éditions Aux Forges de Vulcain

Date de sortie : 13/03/2026

190 pages

 

Mon avis sur Insta c'est ici

 

Quatrième de couverture :

à bord du Space Dragon, vaisseau spatial contenant le dernier espoir de l’humanité, les places sont chères. Seuls les ultrariches ont pu embarquer pour fuir une Terre au bord de l’extinction. Noah a grandi sur le vaisseau en compagnie de son père, seul ingénieur de maintenance autorisé à embarquer. Formée pour prendre sa relève, elle occupe ses journées à travailler et à écouter la musique d’un monde passé avec BINS-42, son IA de compagnie.

Un jour, alors qu’elle assiste malgré elle à une réunion top-secrète avec les quatre têtes pensantes du Space Dragon, Noah apprend l’existence d’un message en provenance de la Terre. L’humanité est loin d’être aussi éteinte qu’on le croyait et cette nouvelle provoque au sein du vaisseau une guerre de pouvoir sans pitié.

 

 

Mon avis :
Le Space Dragon a quitté la Terre qui n'était plus vivable, emportant à son bord uniquement les ultrariches, et juste un ingénieur de maintenance et sa fille. Là je me demande, pourquoi les plus riches ? Les pires humains sont destinés à survivre, ailleurs... pour aller détruire une autre planète ? Mais c'est vrai que les ultrariches peuvent tout se permettre. Et ceux-là se sont tellement tout permis qu'ils sont devenus des criminels climatiques. Ça rappelle furieusement certains individus, suivez mon regard outre-Atlantique surtout un certain Mickey, qui pique des colères oranges, MDR ! Évidemment, ces ultrariches qui ont fui la Terre après l'avoir saccagée n'ont pas oublié de conserver leur arrogance et sont restés les pires connards de la galaxie. N'est-ce pas Elon ! Car ils ont prévu d'aller terraformer un petit satellite, un bout de caillou mort dans l'univers pour s'y installer.

Donc, Jonathan Simmons, le seul ingénieur du vaisseau a enseigné le métier à sa fille Noah. Elle a pour unique ami BINS-42, une IA, qui n'est pas réellement comme un ami mais le seul, à part son père, avec qui elle a des conversations. Et cette IA est très spéciale ! Et très drôle. Je l'ai adorée !!
Mais quand des milliardaires qui se haïssent en viennent à vouloir s'entretuer dans un vaisseau spatial, qui est évidemment infiniment plus petit et confiné que la Terre, Noah et BINS-42 ont toutes les raisons de s'inquiéter. Enfin, pas BINS-42, c'est une IA. Mais...
La satire de ces riches connards m'a ravie et m'a fait beaucoup rire. Après tout, on les voit sans arrêt aux infos où ils nous consternent, c'est très bien qu'on nous fasse rire sur leurs épouvantables travers qui sont quand même d'un très haut niveau, comme l'égocentrisme, la manipulation, le mensonge, le narcissisme, la méchanceté, le mépris envers le reste de l'humanité, mais surtout une incommensurable bêtise et un pouvoir de nuisance illimité auquel s'ajoute une extrême cupidité, car hélas ils n'en ont jamais assez.

Alors là j'ai eu la délicieuse impression d'être dans une ambiance à la Guide du routard galactique (eh oui, c'était ce titre quand je l'ai lu au début des années 80) avec cette IA complètement barrée qui m'a beaucoup amusée. J'ai adoré cette histoire ! J'avais besoin de m'amuser pour me changer les idées et j'avais envie de science fiction. J'ai eu ce que je voulais. J'ai vraiment passé un excellent moment. Et pourquoi ce besoin d'une dystopie alors que la Terre brûle ? Parce que ça m'aide à penser qu'on a encore une petite marge avant le point de non-retour et ça me rassure un tout petit peu.

 

Citations :

Page 79 : Et j’ai eu beau assister à la chute de millions et de millions de civilisations à travers l’espace-temps, c’est bien la première fois que j’observe une espèce qui a eu l’occasion de s’anéantir elle-même des dizaines de milliers de fois, et qui choisit la voie la plus lente et la plus douloureuse : l’asphyxie de son propre habitat.

 

 

 

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Mon avis : La Malédiction du Grand-Saint-Antoine – Patrick Mouton

Publié le par Fanfan Do

25 mai 1720 : la peste entre à Marseille

 

Éditions Autres Temps

Date de sortie : 22/11/2001

128 pages

 

Mon avis sur Insta c'est ici

 

Quatrième de couverture :

Le 25 mai 1720, un navire marchand, le Grand-Saint-Antoine, apparaît à l’horizon du port de Marseille. Il termine un long périple en Méditerranée orientale. Il est très attendu pour sa cargaison. Mais dans cette dernière, les germes de la peste attendent patiemment leur heure !

La population marseillaise va être brutalement dévastée par le mal imparable et incurable. Ce sera ensuite le tour de la Provence. Cette dernière grande épidémie du monde occidental fera au total près de cent mille victimes !

Écrit comme un roman mais sans rien perdre de la réalité historique, ce livre retrace jour après jour, l’ultime voyage de Grand-Saint-Antoine. Il explique comment, par la simple cupidité humaine, la peste a pu s’introduire si facilement dans un grand port comme Marseille, se jouant de tous ses systèmes de défense, considérés pourtant, dans un XVIIIe siècle rayonnant, comme les plus sûrs de la Méditerranée !

Avec ce livre, le lecteur revit au présent l’une des périodes les plus tragiques de l’histoire de Marseille.

 

 

Mon avis :
Dès les premières pages on constate une chose avec certitude : 1720 ou aujourd'hui, l'appât du gain a toujours primé sur la santé du plus grand nombre. La peste est arrivé à Marseille pour des raisons financières. Ceux qui l'ont importée savaient. Ou bien étaient-ils dans le déni ?
Pourtant, le maximum était fait pour limiter les risques. Dans chaque port, au moment du départ, une patente est remise au capitaine sur laquelle est indiqué le niveau de risque quant à la peste en fonction de cas déclarés ou non. Cette patente doit être montrée dans chaque port où le bateau accoste. Donc, le capitaine sait. Et les autorités aussi. Seyde, Tripoli, Chypre, Larnaca, les patentes sont nettes. Pourtant un Turc est mort à bord, mais sans que personne ne sache de quoi.

Avant l'arrivée du navire à Marseille, l'auteur nous raconte la ville à l'époque et nous donne des repères pour aujourd'hui, mais cite aussi Cassis, les calanques, la Côte Bleue, Carry, l'Estaque qui n'étaient que des hameaux...
Et on voyage dans l'histoire de Marseille et de toute la côte, à l'est et a l'ouest.
Lorsque l'auteur nous décrit la peste et ses ravages successifs au cours des siècles, l'absence totale de connaissance et de compréhension de cette maladie, on comprend aisément la terreur absolue qu'elle provoquait au sein des populations. Puisqu'on ne sait pas la guérir, il fallait l'empêcher d'arriver.
"Au début du XVIIIe siècle, donc, Marseille est considérée dans toute l'Europe méridionale comme le nec plus ultra en matière de défense passive contre la peste. Plus qu'une réputation, un exemple à suivre, bâti sur plusieurs siècles d'efforts, menés dans ce domaine par les responsables de la bonne ville."
Malgré tout cela, une série de manquements, que l'auteur nous détaille, va permettre à la peste d'entrer dans Marseille et provoquer une hécatombe qui se répand dans toute la Provence.

Très intéressant bien qu'un peu rébarbatif car assez technique dans un premier temps, j'ai fini par voyager dans ce récit avec plaisir. En effet on apprend beaucoup sur l'époque et sur Marseille et ses habitants.

 

Citations :

Page 21 : En 1720, ces pirates sont essentiellement des musulmans, des barbaresques comme on dit alors, à la solde de l’Empire ottoman et faisant de villes comme Alger, Bougie ou Tunis, les bases de départ de leurs chebecs. Des bateaux élancés, rapides et remontant correctement au vent, parfaitement adaptés aux actes de brigandage menés par ceux qui les manœuvrent.

 

Page 22 : La peste ! La voilà, la hideuse qui a déjà frappé Marseille pas moins de seize fois depuis le début de l’ère chrétienne. Les trois dernières explosions sont relativement récentes : 1630, 1649, 1650, avec huit mille morts pour cette dernière date, soixante-dix ans avant le voyage du Grand-Saint-Antoine.

 

Page 46 : Généralement, leurs maisons sont regroupées face aux grandes madragues, ces filets longs de plusieurs centaines de mètres, calés à poste fixe de juin à octobre pour capturer les poissons de passage : daurades, loups et, surtout, thons rouges, dont les migrations regroupent plusieurs milliers d’individus, certains dépassant les trois-cents kilos. Instauré dès l’Antiquité, le système des madragues se termine dans un vaste rectangle appelé la « chambre de la mort » et donne lieu à des scènes de pêche particulièrement spectaculaires et… sanglantes, dans une atmosphère de fête barbare.

 

Page 50 : Flotte de combat à double visage que ces galères ! D’un côté, voici l’aristocratie des officiers, capitaines, lieutenants, sous-lieutenants et enseignes, presque tous recrutés dans la haute noblesse provençale. Faire carrière dans cette arme, y gagner du galon au combat constitue un honneur de privilégié. De l’autre, c’est la chiourme, faite de galériens de tout poil, qui en constitue le moteur humain : 260 hommes par galère, enchaînés à leur banc, Turcs reconnaissables à leur crâne rasé surmonté d’un toupet en forme de chignon, assassins, voleurs, « sales gueules » tout simplement ; ne dit-on pas alors « avoir physionomie de galère. Sans oublier les protestants et, d’une manière générale, tous les maladroits qui ont fait un mauvais choix politique ou religieux.

 

Page 55 : Peste ! Épouvantable peste ! Quel fléau au cours des âges a frappé plus durement les hommes, leur laissant, outre de grands vides démographiques, une véritable psychose, gravée dans l’esprit depuis la nuit des temps ?

 

Page 93 : Le port est recouvert d’un immense tapis de chiens et de chats tués à la hâte, le bruit s’étant répandu que ce sont eux qui véhiculent le mal.

 

 

 

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Mon avis : La soustraction des possibles – Joseph Incardona

Publié le par Fanfan Do

Éditions Finitude

Date de sortie : 02/01/2020

387 pages

 

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Quatrième de couverture :

On est à la fin des années 80, la période bénie des winners. Le capitalisme et ses champions, les Golden Boys de la finance, ont gagné : le bloc de l’Est explose, les flux d’argent sont mondialisés. Tout devient marchandise, les corps, les femmes, les privilèges, le bonheur même. Un monde nouveau s’invente, on parle d’algorithmes et d’OGM.
À Genève, Svetlana, une jeune financière prometteuse, rencontre Aldo, un prof de tennis vaguement gigolo. Ils s’aiment mais veulent plus. Plus d’argent, plus de pouvoir, plus de reconnaissance. Leur chance, ce pourrait être ces fortunes en transit. Il suffit d’être assez malin pour se servir. Mais en amour comme en matière d’argent, il y a toujours plus avide et plus féroce que soi.
De la Suisse au Mexique, en passant par la Corse, Joseph Incardona brosse une fresque ambitieuse, à la mécanique aussi brillante qu’implacable.
Pour le monde de la finance, l’amour n’a jamais été une valeur refuge.

 

 

Mon avis :
Pour moi, ce roman démarre sur quelque chose d’écœurant. Les années 80, leur côté superficiel, hyper rapace, où l'ultra individualisme est prôné comme clé de la réussite, où la réussite c'est le fric et rien d'autre. Ah si, écraser les autres au passage pour ne pas être écrasé soi-même. Sans oublier le mépris des classe de la part des riches et des parvenus. On cire les pompes aux winners. J'ai détesté cette décennie que j'ai trouvée manichéenne et sans cœur. C'était "manger ou être mangé" ou encore "chacun sa merde". le cynisme dans toute son horreur. le début du sida. Les années Tapie. À côté de ça, il y avait Chanteurs sans frontières et Touche pas à mon pote. Quand j'y repense je ne comprends pas tout. C'est ce qui m'a donné envie de lire ce livre, comme une catharsis pour me décrasser de cette époque qui m'a parue si difficile à traverser tant les modes de pensée étaient choquants. C'était le mépris des faibles et l'adoration de la richesse assumés. Mais dans ce roman, c'est la Suisse, pas la France. Là où les riches français sans âme planquent leur pognon, pour ne pas trop participer à la solidarité nationale. Pas grand-chose n'a changé finalement. Feue taxe Zucman si tu m'entends...

L'auteur nous emmène à Genève, dans le monde insupportable du fric, des obsédés de la réussite à tout prix, de ces hommes constamment en voyages d'affaires, de leurs épouses délaissées et oisives qui s'ennuient et rêvent du retour du grand frisson avec ces jeunes profs de tennis option gigolo. L'argent facile et forcément sale dont certains rêvent mais qui risque de les emmener en enfer, à la merci de gens pas fréquentables du tout. Il nous parle de fraude fiscale, de blanchiment. Faux semblants, jeux de dupes, hypocrisie et trahisons. Ils se cachent tous derrière l'image qu'ils veulent donner, qui n'est pas ce qu'ils sont réellement.

Dans ce roman, impossible d'avoir la moindre empathie pour les personnages, à part pour René Langlois peut-être. Mais lui c'est un couillon qui bosse trop, offre tout à sa femme sauf hélas un peu d'attention et qui préfère fermer les yeux plutôt que de la perdre. Odile Langlois, la cinquantaine, fière de plaire au jeune Aldo Bianchi même si elle sait au fond que son moteur à lui c'est le fric et non pas le sex-appeal qu'elle pense dégager. Svetlana Novák, mère solo, dont la fille passe après son intérêt pour les affaires. Max, Horst, et tous les autres en fait, qui ne veulent que le prestige que la richesse apporte. Des coquilles vides. On baigne ici au milieu des requins de la finance mais aussi des pigeons. Sacré bestiaire ! Rapidement on sait que ça va mal finir, mais pour qui ? Ou plutôt pour combien de personnes ?

De Genève à Lyon, en passant par la Corse, c'est pas vraiment la Carte du Tendre.
Le narrateur nous raconte tout ça en s'adressant à nous, un peu comme il nous ferait une visite guidée de cet étrange microcosme en mettant le doigt sur l'absurdité de nos vie dans ce monde moderne. Il décrit aussi tellement bien tous les sentiments, des pires aux plus nobles, la cupidité, la rapacité, mais aussi l'amour. Et le destin des femmes souvent bridé par l'arrogance des hommes. Oui, mais qui est-il ? Lui qui nous parle de tant de choses terribles, de cet argent roi qui piétine les faibles. Se demandent-ils, ces hommes qui ont recours à "l'amour" tarifé, la destruction qu'il y a derrière tout ça ? Sans doute pas.
Au passage, petit cours sur la Suisse, État bancaire, et ses méfaits sur le monde.

Je n'ai pas été emportée, pourtant j'ai aimé ce récit et surtout je l'ai trouvé très intéressant. le regard que porte 
Joseph Incardona sur ce milieu, j'ai adoré. C'est sans fard, sans concessions, ironique et sarcastique, et surtout, tellement intelligent. Et puis magnifiquement écrit !
Mon avis sur les années 80 après ça ? Même si l'humanité reste ce qu'elle est, je préfère maintenant. Car tous les maux d'aujourd'hui découlent des décennies précédentes.

 

Citations :

Page 17 : Il a compris très tôt l’impact que pouvait avoir son apparence quand, à quinze ans, il s’était fait dépuceler par la mère d’un camarade dans l’abri de jardin près de la piscine. Il y avait ce petit bouton sur lequel il suffisait d’appuyer et un monde s’offrait à lui. Entre toutes, les femmes proches de la quarantaine remportaient habituellement la mise, car plus téméraires et cyniques dans la recherche et l’assouvissement de leur plaisir.

 

Page 20 : Ainsi, dans la nouvelle configuration de la modernité : les riches (nobles et aristocrates) n’aiment pas les nouveaux riches (bourgeois) qui n’aiment pas les pauvres (ouvriers).

 

Page 41 : Heureusement, il y a le golf.

Le golf contribue à l’équilibre de nombreux couples.

Retarde leur chute.

Odile va à la fenêtre, elle veut en être sûre. Sûre qu’il parte.

La Jaguar s’éloigne.

Elle aperçoit la carrosserie rouge de l’Alfa Romeo stationnée un peu plus bas : le golf lui donne Aldo en échange de René.

Les hommes, les voitures.

La vie donne, la vie reprend.

 

Page 57 : Après le deuxième gin-tonic, Aldo s’adoucit. Odile est déjà enveloppée dans la ouate d’une demi-bouteille de Sancerre. Elle se dit qu’elle est un peu comme Sue Ellen Ewing dans la série Dallas, souvent ivre depuis quelque temps, le soutien de l’alcool comme antidote à l’humiliation, elle laisse échapper un rire idiot à cette pensée… Aldo, pas moins con, l’imite par mimétisme.

 

Page 99 : Au pied du lit, les deux préservatifs utilisés enroulés dans un kleenex. Cette forme de tristesse caoutchouteuse que peut engendrer l’usage de la capote. Car le sida rôde, voilà huit ans que la maladie est officiellement déclarée épidémique. 1981 a marqué la fin définitive des Trente Glorieuses et d’une sexualité sans repentance. Soyez raisonnables pour ne pas mourir. L’odeur du plastique mêlée de lubrifiant du condom Ceylor Gold reste sur vos doigts longtemps après l’amour.

 

Page 114 : Depuis huit ans qu’elle porte son veuvage, Mimi n’a plus que la peau sur les os. Et les muscles. Elle est en parfaite santé, justement, parce qu’elle est devenue une ascète. Ses menstruations ont cessé après la naissance de Carlotta. Plus aucun homme ne l’a pénétrée après Gabriel. Elle est, et restera, la femme d’un seul homme. Ça fait beaucoup de douleur pour une seule femme. Mais chez les Pattucci, le sens du devoir côtoie un stoïcisme couplé d’une hystérie froide et déterminée.

 

Page 121 : Son visage est celui d’un gamin, celui qu’il a été un moment, avant de dégringoler dans les abysses scélérats de l’âge adulte, le compromis, l’hypocrisie, la frustration.

 

Page 186 : Vous savez de quoi je parle. Et si ce n’est pas le cas, je vous la conseille, la souffrance liée à la jalousie, juste une fois, histoire de faire un tout en enfer. Ne plus se suffire, n plus exister. Équation insoluble de l’amour et de la folie. Supposition de trahison, paranoïa avec des caméras et des micros partout. C’est une dépersonnalisation, la voie ouverte à l’humiliation, à la mésestime de soi, à la dissolution de son identité.

 

Page 204 : Elle ne pense pas aux hommes qui se transforment en obstacles, les hommes qui sont des obstacles pour les femmes quand les femmes réussissent ou veulent réussir.

 

Page 311 : Parfois le jeu est ainsi fait : des hommes laids ou malveillants abusent de leur pouvoir en s’octroyant des femmes qui ne les regarderaient pas dans une réalité différente ; en échange, des femmes profitent de leur beauté et accèdent à des situations professionnelles qu’elles n’obtiendraient pas autrement. Qui est le vainqueur de l’histoire ? Quelle dignité perdue ? À quel prix ?

 

 

 

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Mon avis : Rambo – David Morell

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’américain par Eric Diacon

 

Éditions Gallmeister - Totem

Date de sortie : 06/09/2018

272 pages

 

Mon avis sur Insta c'est ici

 

Quatrième de couverture :

Lorsqu'un jeune vagabond trouble l'ordre de sa petite ville, le shérif Teasle n'hésite pas à l'expulser au terme d'un interrogatoire musclé. Sauf qu'il est tombé sur un vétéran du Vietnam qui ne compte pas se laisser faire.
S'engage un duel sans merci, une chasse à l'homme mortelle à travers les forêts, les montagnes et les grottes du Kentucky. La police du comté, celle de l’État et les forces d'élite appelées en renfort ne seront pas de trop pour traquer l'ancien soldat que l'armée a transformé en une machine à survivre et à tuer.
Des millions de spectateurs ont découvert la légende de John Rambo à l'écran. Il leur reste à se plonger dans ce roman au final surprenant et impossible à lâcher.

 

 

Mon avis :
L'histoire débute avec l'arrogance d'un petit bonhomme dodu, imbus de son petit pouvoir, le shérif Teasle, qui considère Madison comme SA ville et qui va provoquer une catastrophe dont il n'a pas idée. John 
Rambo, jeune homme hirsute, barbu, chevelu, l'air d'un vagabond, ne faisait que passer. Mais une fois de trop on veut le virer, on lui demande de débarrasser le plancher, de ne pas s'attarder en ville car on ne veut pas de lui. Et cette fois, il ne veut plus obtempérer. Et alors qu'il ne faisait que passer, parce qu'on l'a traité une fois de trop en indésirable il n'a plus envie de partir. Il se dit qu'il pourrait ne faire qu'une bouchée de ce petit shérif bedonnant. Pourtant il reste calme. Dans un premier temps...

Il est présenté à un juge par ce shérif trop zélé et se voit infliger trente jours de prison pour vagabondage. le récit est entrecoupé de flash-backs, sur ce qu'il a subit pendant la guerre du Vietnam et on comprend qu'il est allé au bout de l'enfer et que rien ne peut plus le mettre à genoux. Hélas pour le shérif Teasle, il ignore que l'homme sur lequel il s'acharne est une véritable machine de guerre, qu'il est revenu du Vietnam avec de multiples traumatismes psychologiques. Il va s'échapper. S'ensuivra une effroyable chasse à l'homme dans les montagnes du Kentucky. Une horde à la poursuite d'un homme seul.

Ce roman est passionnant dès le début. Les descriptions, les personnages, les retours dans le passé des protagonistes qui nous permettent d'appréhender qui ils sont. J'ai tout aimé, de la psychologie des personnages jusqu'aux descriptions de la nature. Cette histoire est un véritable page turner. Une fois commencé on ne peut que poursuivre avec avidité. Il y a pourtant tant de souffrance physique dans cette traque mais aussi de rage de vivre. Ce que 
Rambo endure est cauchemardesque. Tant de souffrance et d'angoisses, de faune grouillante et gluante au ras du sol, dans les interstices et les endroits sombres et humides, quel enfer ! Je me suis sentie tellement solidaire de lui, cet homme qui trouve sa force notamment dans ses monologues intérieurs, dialogues entre lui et lui, qui ne demandait rien et que des minables aux petits pouvoirs sont venus persécuter jusqu'au point de non-retour. Ce genre d'individus qui vous cherchent des histoires, ne supportent pas que vous ne vous laissiez pas faire, et crient vengeance alors que tout est de leur faute. J'ai senti ce que peut éprouver un animal acculé qui se transforme en bête féroce, pour ne pas mourir. Pourtant ce n'est pas manichéen. Teasle a aussi des bon côtés. Mais je ne l'ai pas du tout aimé. Ils m'horripilent ces gens qui pense qu'un homme doit avoir les cheveux courts et être bien habillé... comme tous ces escrocs en costard sans doute !

Ce roman nous dit beaucoup sur la guerre et ceux qui vont se battre pour nous tous. Même lorsqu'il sont décorés pour des actes de bravoure, il semble qu'ils ne soient plus rien de retour à la vie civile, qu'ils soient traités comme des rebus, que personne ne veut voir, avec hostilité. Ça a été une réalité pour les vétérans du Vietnam, mais les poilus de la guerre de 14 n'ont pas été mieux traités à leur retour des tranchées. D'ailleurs le colonel Trautman le dit si bien : "[...] il faut être fou pour l'aimer (la guerre). [...] Je leur apprends à survivre. Aussi longtemps qu'on enverra des types se battre, la meilleure chose que je puisse faire c'est de m'assurer qu'au moins certains d'entre eux reviendront."
On se rend bien compte que la guerre ne laisse que des champs de ruines, y compris dans les cœurs et dans les têtes.

J'ai eu une certaine difficulté pendant une bonne partie du livre, parce que le shérif ne cesse d'appeler 
Rambo "gamin", que j'ai très bien en mémoire Stallone et, j'ai vérifié, il avait 36 ans quand il a interprété ce rôle. Et puis je me suis habituée, et Stallone a disparu derrière ce Rambo là. Ce roman est pour moi un énorme coup de cœur !

 

Citations :

Page 27 : Et voilà, songea Rambo, on y est. Un des deux allait devoir céder, sinon Teasle le regretterait. Il regarda la main qui caressait l’étui du revolver. Pauvre idiot de flic, se dit-il, avant que tu dégaines, je pourrais te faire sauter les jointures des bras et des jambes. Je pourrais t’écrabouiller la pomme d’Adam et te jeter par-dessus la rambarde. Pour le coup, les poissons auraient quelque chose à manger.

 

Page 182 : — Pour un colonel, à vous entendre, vous n’avez pas l’air d’aimer beaucoup l’armée.

— Bien sûr que non. Il faut être fou pour l’aimer.

— Alors, pourquoi vous y restez ? Surtout avec ce que vous y faites : apprendre à des hommes à tuer !

— Ce n’est pas ce que je leur apprends. Je leur apprends à survivre. Aussi longtemps qu'on enverra des types se battre, la meilleure chose que je puisse faire c'est de m'assurer qu'au moins certains d'entre eux reviendront. Mon boulot, c’est de sauver des vies.

 

Page 184 : Je déteste la guerre, mais je crains encore plus le jour où les machines remplaceront les hommes. Au moins, pour l’instant, un homme peut encore survivre grâce à son talent.

 

 

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Mon avis : Que la mort nous frôle – Michel Bussi

Publié le par Fanfan Do

Éditions Les Presses de la Cité

 

Date de sortie : 16/04/2026

450 pages

 

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Quatrième de couverture :

Quand on frôle la mort,

ce n'est pas son passé que l'on voit défiler.
Ce sont les rêves que l'on ne pourra pas réaliser.

Près de Lausanne, Jeanne, jeune psychiatre spécialisée dans les traumatismes, rejoint le manoir des Amarantes, qui, depuis 1945, abrite des pensionnaires brisés par la guerre. Parmi eux, Charly, adolescent imprévisible et paranoïaque, et Téréza, orpheline du ghetto de Varsovie, ont noué un lien très fort.
Mais ces dernières semaines, des événements inquiétants secouent les lieux : des pensionnaires disparaissent, de mort naturelle prétend-on ; des statues changent de place ; le docteur Gruber, directeur de l'établissement, mène des expériences mystérieuses.
Tandis que les ombres et les non-dits pèsent sur ce manoir hors du temps, le danger est partout.
Derrière ce décor faussement paisible, entre les rives du Léman et les sommets alpins, le passé peut-il encore tuer ?

 

Avec Que la mort nous frôle, Michel Bussi signe un suspens psychologique haletant, où chaque révélation renverse tout ce que l’on croyait savoir, jusqu’au twist final.

 

Maître dans l’illusion et l’art de la manipulation, Michel Bussi est l’un des auteurs préférés des Français, et le plus adapté à la télévision et en bandes dessinées.

 

 

Mon avis :
Corsier-sur-Vevey, sur les hauteurs du lac Léman.
Un institut pour enfants traumatisés par la guerre, et les camps de la mort pour certains, en Suisse, après 1945. On comprends tout de suite qu'il y a quelque-chose de malsain dans ce lieu. Des adultes qui semblent dangereux, des enfants dont on se demande s'ils n'ont pas quasiment tous des troubles mentaux. L'ombre de Dorian Gray qui plane. Les trois types de temps, Chronos, Kairos et Aiôn... Des morts d'enfants suspectes. Un gendarme vaudois que ça intéresse. Une étrange maladie orpheline. La Suisse, neutre, mais peut-être pas les mains propres.

Entre mensonges et manipulations, on en vient à se demander où est la vérité. Car malheureusement, l'histoire se passe à une époque, qui a perduré jusqu'à récemment, où ce qui se passait derrière des hauts murs restait derrière ces hauts murs. Un temps où les adultes étaient tout puissants, où la parole des enfants ne valait rien, où l'honorabilité apparente avait valeur de probité, de respectabilité. C'est inquiétant comme j'ai l'impression de parler de l'époque actuelle...
Mais comme 
Michel Bussi est un illusionniste qui aime se jouer de nous, on ne peut jamais être sûr d'avoir précisément subodoré ce que l'on croit avoir compris, XD. Toujours est-il qu'il y a des moments très angoissants.
Et alors que j'avançais dans le roman en me faisant ma petite idée, je n'ai jamais perdu de vue que tout ce que je pourrai imaginer serait balayé à la fin, car 
Michel Bussi est aussi le roi du twist final !

La fin !!!??? Totalement incroyable ! Je n'imaginais pas ça. Je ne peux pas en parler, parce que ce serait spoiler. Mais j'ai adoré, car c'est, entre autre, une chose en laquelle je crois profondément, en laquelle j'espère tellement fort. Enfin... avec des nuances.

 

Citations :

Page 96 : L’Œuvre d’entraide pour les enfants de la Grande-Route a été créée en 1926 par la fondation suisse Pro Juventute. Son but était officiellement de protéger les enfants tsiganes. À cette époque, les gens du voyage étaient recensés de façon systématique. Ils étaient considérés comme des criminels ou des fainéants, en grande partie dégénérés. Leur mode de vie nomade devait disparaître, il n’avait plus de place dans un état moderne tel que la Suisse.

 

Page 138 : Té et Jude n’étaient ni dangereuses, ni détraquées. Les deux adolescentes étaient si belles. Té la souris brune mariée avec la nuit, et Jude la blonde poids plume fiancée de la lune.

 

Page 337 : J’ai mis trois ans à l’accepter. Trois ans à lire la liste des raflés. À chercher qui ils étaient et à découvrir des artistes singuliers, des sportifs médaillés, des fonctionnaires zélés, des industriels expérimentés, des parents dévoués, des hommes et des femmes tous et toutes uniques et aimés. Il fallait bien finir par regarder la vérité droit dans les yeux : les nazis n’avaient pas fait le tri. Aussi implacables que la mort ou la maladie, qui n’a rien à faire de l’amour et du génie.

 

Page 445 : Cela passe si vite une vie.

 

 

 

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Mon avis : La requine – Sigolène Vinson

Publié le par Fanfan Do

Éditions Le Tripode

 

Date de sortie : 04/06/2026

176 pages

 

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Quatrième de couverture :

Sur les rives de l’étang de Berre, une femme découvre une dent de requin incrustée dans un rocher. Lorsqu’elle l’en extrait, c’est tout un flot de souvenirs qu’elle libère. Suivant les traces du requin, elle nous entraîne dans un voyage à travers sa mémoire, de son enfance sous le soleil de Djibouti au 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo.
Autrice d’une œuvre romanesque, Sigolène Vinson signe avec La Requine son premier récit. Dans ce texte à la fois intime et universel, elle retrace le chemin d’une existence, celle d’une femme qui, après avoir affronté la mort, fait le choix de la vie, et nous rappelle l’incroyable fragilité et la beauté du vivant.


 

 

Mon avis :
Sigolène Vinson vit sur le pourtour de l'étang de Berre, dans les Bouches-du-Rhône, comme moi. En face de moi, de l'autre côté de l'étang. Et elle parle de l'étang... je le vois tous les jours en passant sur l'autoroute qui le surplombe, je l'aperçois de la chambre de ma fille, comment ne pas avoir envie de lire son livre ?
L'autrice m'a prévenue, son écriture est particulière. Eh bien... on va voir !
J'ai rapidement compris qu'elle et moi avions un point de vue similaire sur au moins un sujet, à savoir que l'humain n'est pas le centre de l'univers contrairement à ce qu'il pense.

Alors oui, l'écriture est particulière, quasi-onirique, très poétique. L'autrice nous emmène avec elle de l'étang de Berre à Djibouti ou elle a vécu enfant, aux dents de requins fossilisées d'un rocher de l'étang à un petit requin mourant dans une flaque d'eau à Djibouti, de Martigues à 
Saint-Chamas, de la centrale hydroélectrique qui rejette de l'eau douce dans cet étang d'eau de mer modifiant ainsi la salinité, cette pollution qui ne dit pas son nom, elle nous parle des emballages flottant en tout genre que les gens laissent derrière eux puis revient à Djibouti pour nous parler des animaux des légionnaires qui y vivaient, des hyènes entre autre, de l'énorme tortue du voisin... puis le 7 janvier 2015, dans la salle de rédaction de Charlie Hebdo ou douze des ses amis sont morts alors qu'elle a été épargnée par un des terroristes. Puis retour à ici et maintenant avec Basell Polyolefines, Infineum, Lyondelbasell, Covestro, Petroineos, Ineos, Naphtachimie, TotalEnergies Raffinage sur le pourtour de l'étang de Berre, ArcelorMittal un peu plus loin à Fos-sur-Mer, toutes ces entreprises qui nous "veulent du bien" et qui font de notre lieu de vie une zone Sevezo. Puis de nouveau Djibouti, la mer rouge, l'Afrique, l'Asie, une errance romanesque entre passé et présent, entre ici et là-bas. C'est aussi une balade dans les vestiges du passé que d'autres êtres vivants, humains ou animaux, ont laissé bien avant nous, fossiles ou gravures rupestres. Jusqu'à la légende du mégalodon qui vivrait dans une faille sous-marine du Ghoubbet-El-Kharab... ou peut-être est-ce autre chose !? Et ce n'est pas tout ! Elle nous parle de tant de choses dans ce livre !
Et puis j'apprends avec effarement que l'étang de Berre est beaucoup plus pollué que ce que je pensais. Il est pourtant si beau ! Les humains ne sauraient-ils qu’abîmer ?

Alors oui, la narration est assez singulière dans l'impression qu'elle donne de passer du coq à l'âne mais je m'y suis faite sans difficulté. Je dois même dire que ça m'a plu. Ça m'a fait l'effet d'être dans une sorte de ronde, un grand tout dans lequel tout est interdépendant.
Ce que j'ai ressenti à travers ce récit en zigzag ? Un attachement viscéral de l'autrice à tout ce que la vie peut avoir d'essentiel, après avoir échappé de justesse à une mort injuste et violente. Mais surtout que tout ce qui existe est intrinsèquement beau, du plus petit grain de sable à bien plus grand, et que nous nous acharnons à vouloir modifier ce que la nature a parfaitement réussi alors qu'il suffirait de regarder la beauté du monde pour s'émouvoir encore.

 

Citations :

Page 12 : L’étang de Berre est une lagune méditerranéenne à l’équilibre précaire, deuxième plus grande mer fermée d’Europe et premier pôle pétrochimique de France.

 

Page 34 : Aujourd’hui, je demeure dans un village au bord de l’étang de Berre.

Tout le monde raconte que cette masse d’eau est morte.

Je sais, moi, ce qui y a survécu.

Muges, daurades, hippocampes, poulpes, loups, anguilles, palourdes…

Sans compter les oiseaux.

Tous les soirs à l’heure de la chasse, je m’assieds sur un rocher.

Les poissons sautent de partout.

Je scrute la surface avec l’espoir de voir soudain un aileron.

 

Page 55 : Mais quelle occupation peut s’accomplir et durer sans violence ? La qualifier de « pacifique » relève l’obscénité. Quant à imaginer que les protectorats et les mandats constituent une colonisation douce, c’est se leurrer et tromper les autres.

 

Page 71 : Fos-Berre est désormais le monde que j’habite, fait d’énergies fossiles et de fossiles, d’images remontées de l’enfance. L’étang malade à qui je livre mon chagrin, à qui je dérobe des dents de requin pour avoir moins mal, me murmure : « Fie-toi à moi, à mon message : si tu t’en remets aux temps géologiques, tu auras moins peur. De mon côté, en tout cas, c’est ce que je fais. »

 

 

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Mon avis : Cap sur la liberté – Voldemar Veedam – Carl B. Wall

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais par Anne de Cambiasy

Postface de Kersti Kaljulaid, présidente de la république d’Estonie

 

Éditions de La Table Ronde

 

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Quatrième de couverture :

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, Staline exige le retour de dizaines de milliers d’exilés qui ont fui l’occupation nazie.
Parmi eux deux Estoniens, Harry Paalberg et Voldemar Veedam, craignent que la Suède où ils se sont réfugiés ne doive renoncer à sa neutralité et ne les renvoie dans leur pays devenu territoire soviétique. Rassemblant leurs maigres ressources, ils achètent un vieux voilier de travail pour s’enfuir clandestinement vers les États-Unis. Le 10 août 1945, seize hommes, femmes et enfants appareillent à bord de l’Erma, un sloop de 11,30 mètres qui n’a jamais navigué en haute mer. Ils mettront soixante-douze jours pour atteindre Norfolk, en Virginie.
Cap sur la liberté est le récit de leur improbable traversée de l’Atlantique. Voies d’eau, champs de mines en mer du Nord, patrouilles de gardes-côtes, escales en Écosse, en Irlande, à Madère, alizés puis tempêtes, rien n’arrête ces hommes déterminés à prendre tous les risques pour recouvrer la liberté. Exaltant par sa forme de récit maritime, ce voyage est néanmoins une tragédie poignante, et sa réussite est l’intense témoignage d’un accomplissement collectif.

 

 

Mon avis :
Saviez-vous que les Russes ont causé en Estonie beaucoup plus de morts que les Allemands ? D'ailleurs, que savez-vous sur L'Estonie ? Quasiment rien ? Comme moi... Donc cette histoire est celle de seize hommes, femmes et enfants estoniens, de 24 à 61 ans pour les adultes, qui prirent la mer, en 1945, sur un sloop de 11,30 mètres de long pour traverser l'atlantique de peur que la Suède, pays où ils étaient réfugiés, ne les remettent aux autorités russes, l'Estonie étant devenue territoire soviétique. Car pour eux, "Plutôt périr en mer que de retourner chez les Russes". Dès la préface on comprend qu'on va lire une histoire de migrants, qui ont pris tous les risques pour sauver leurs vies. Sauf que ces migrants là étaient célébrés comme des héros à leur arrivée aux États-Unis. C'est l'un d'eux, 
Voldemar Veedam, 32 ans à l'époque, qui nous raconte cette folle épopée dans laquelle ils se sont lancés avec l'idée implicite que : Ceux qui pensent que c'est impossible sont priés de ne pas déranger ceux qui essaient. Durant cette période, nombreux ont été ceux à tenter la traversée. Tous n'ont pas réussi.

Quitter la Suède s'avère compliqué. En tant que réfugiés politiques ils n'ont pas le droit de sortir du pays. de plus, ils n'ont pas de bateau, ils n'ont pas beaucoup d'argent, ils n'ont que leur espoir et leur désir de vivre. Car la Russie de Staline ne leur réserve que le goulag ou simplement la mort puisqu'ils sont considérés comme des traîtres. Il leur faut donc élaborer un plan, réunir des fonds, donc des passagers qui eux aussi veulent fuir et qui participeraient financièrement. Ce que nous raconte ce livre est dingue ! C'est impressionnant la pugnacité qu'il leur a fallu. Car au moment du départ, discrètement de nuit, je me suis dit qu'il fallait une bonne dose de folie ou de désespoir pour aller affronter l'immensité de l'océan sur la coquille de noix fatiguée qu'ils ont fini par dénicher. C'est comme se jeter dans la gueule d'un Léviathan. En effet, avant même de traverser l'océan Atlantique et ses tempêtes et faire face aux avaries de l'Erma, ils vont devoir naviguer dans les eaux norvégienne pleines de mines flottantes, souvenirs de la guerre mais aussi échapper à la police maritime qui traque les fuyards. Sans oublier qu'ils doivent supporter une promiscuité sûrement pesante à la longue. Pourtant, c'est un voyage vers la vie et un avenir meilleur qu'ils entreprennent.

C'est une histoire pleine de lumière qui réchauffe les cœurs par la solidarité qu'ils rencontrent, lors des escales, auprès de gens qui ne parlent pas leur langue mais qui comme eux on souffert de la guerre avec les Allemands et détestent aussi les Russes et Staline.
Parmi cette équipage hétéroclite, Harry et Arvid, deux marins talentueux, un esprit de corps inébranlable de la part de tous, et beaucoup d'inventivité lorsqu'il faut faire face aux aléas de la casse et du manque d'outillage. Jusqu'aux petites filles, 9 ans, 7 ans et 3 ans, qui sont exemplaires. Jamais une plainte, toujours heureuses, malgré le manque de nourriture et d'eau. Alors que moi à leur âge je crois que j'aurais passé mon temps à demander "Quand est-ce qu'on arrive ? Quand est-ce qu'on arrive ? Quand est-ce qu'on arrive ?"

Paru en 1952 puis traduit dans de nombreux pays, c'est captivant car écrit comme un roman, ponctué de photos, dessins, schémas, on ne s'ennuie jamais. Il y a aussi des moments d'intenses émotions. L'Erma, ce bateau pas fait pour l'océan, est quasiment un personnage à part entière. Tempête après tempête, leur odyssée évoque le rocher de Sisyphe et parfois Ulysse et la malédiction de Poséidon, mais jamais ils ne renoncent bien qu'ils n'aient pas eu la certitude que les États-Unis ne les refouleraient pas. J'ai dévoré ce récit de voyage qui nous raconte aussi les différentes escales emplies d'un petit côté touristique plein d'humanité, avec une certaine fascination. Pour moi, l'océan est grandiose, sépulcral, envoûtant, il me terrifie par sa densité et tout ce qu'il recèle de violence, de profondeur, de puissance et d'inconnu, comme ces moments de grâce lors de la rencontre avec le cachalot ou encore les baleines, et ces nuits sur le pont à se repaître de l'ineffable beauté du ciel étoilé. Oui, vraiment un récit incroyable où on a le sentiment d'éteindre l'infini.

 

Citations :

Page 21 : Personne, pas même un agent du N.K.V.D., n’aurait pu soupçonner en voyant l’Erma s’éloigner du petit port suédois de Smedslatten qu’elle partait pour un long voyage à travers l’Atlantique. Je ne pouvais moi-même y croire. Ce départ avait tout d’un pique-nique familial improvisé. L’Erma elle-même ne mesurait que 11,30 de long et son pont n’était qu’à 0,60 mètre au dessus de l’eau. Elle avait l’air d’une bonne vieille dame replète, incapable de traverser en chaloupant la baie de Stockholm, pour ne rien dire de l’Atlantique.

 

Page 106 : Accroupis à l’abri dans la cabine principale, Lembit, Rommy et moi essayons d’imiter Paul. C’est moins facile que cela en a l’air. Enfiler une aiguille n’est pas chose aisée dans ce vent déchaîné alors que l’Erma tosse durement d’un bord sur l’autre. Ensuite, passer l’aiguille à travers le chanvre du cordage et la toile épaisse du prélart requiert des doigts endurcis et une âme de martyr. Notre travail achevé, la toile est maculée de taches de sang, et nous avons épuisé notre répertoire de jurons.

 

Page 111 : L’officier des douanes n’en croit pas ses oreilles. Vivant dans une contrée libre et accueillante, il a du mal à comprendre notre terreur des ramifications lointaines de la police soviétique. J’essaie de lui expliquer :

— C’est que les gouvernements français et russe ont signé un accord qui permet aux Soviets de rapatrier tout citoyen balte réfugié en France. Avant de quitter la Suède, nous avons reçu des nouvelles d’un ami de Marseille. Il nous prévenait que la police française prête la main aux agents soviétiques pour rafler les réfugies politiques et les expédier en Russie.

 

Page 168 : — Et si on retourne en Écosse, rugit Rommy, comment être sûr qu’on ne sera pas renvoyés en Suède, puis en Estonie, pour finir en Sibérie ? Dieu sait si j’ai horreur de la mer, mais je préfère mille fois être dévoré par une pieuvre géante que par le petit père Staline !

Chacun approuve bruyamment. Harry se tourne vers tante Juliana. Assise tranquillement, les yeux mi-clos, elle prête plus l’oreille au chant du Portugais qu’à notre discussion.

— Tante Juliana, qu’en pensez-vous ? Demande-t-il. Êtes-vous prête à risquer votre vie ?

Tante Juliana répond d’un air absent :

— Ma vie ? Oh, oui. Naturellement. En mettant le pied sur cet affreux bateau, je me suis préparée à mourir, alors, ça ne me choquerait pas tellement.

Elle ajoute après une silence :

— De toute façon, il sera toujours plus agréable de mourir que de retourner là-bas, n’est-ce-pas ?

 

Page 188 : Aux journées éclatantes et fraîches succèdent des nuits romantiques, les bercements d’une brise douce et l’obscurité profonde où le bruit de la mer se fond en un murmure à peine perceptible. Le baudrier d’Orion brille au-dessus de nous, et Sirius brûle de tous ses feux à l’horizon. Derrière et toute proche de nous, la Grande et la Petite Ourse cheminent dans le firmament. Chaque nuit, nous suivons le mouvement de quatre planètes. Mars, rouge comme un rubis, et Saturne, plus pâle, voyagent côte à côte à travers le ciel, tels les feux arrières d’un auto invisible. Vers le matin, le couple blanc, Jupiter et Vénus, fait son apparition à l’est et monte pour s’évanouir dans la gloire du soleil levant. Parfois l’énorme pleine lune les dissimule et enveloppe le ciel et la mer d’un voile de lumière argentée.

 

Page 229 : Harry me dit quelque chose mais le vent emporte ses paroles. Comme hier, il barre pieds écartés devant la barre à roue, surveillant les lames qui viennent par bâbord. Il redresse dans les creux, puis lance l’étrave dans la vague. Une lame énorme s’avance sur nous. Harry tourne la roue. Nous sommes portés sur la crête, puis glissons sur l’autre pente d’un noir opaque comme du verre fondu, rayé de longues traînées d’écume neigeuse. Harry met la barre au vent, et l’Erma retombe dans le calme relatif du creux. La lame suivante semble à plus d’un quart de mille, mais approche très vite. Elle grandit, grandit comme la masse solidifiée d’un front de nuages orageux. Nous sommes portés toujours plus haut sur la longue pente de la lame, puis, soudain, sommes projetés en avant sur sa crête où, l’horizon s’élargissant, nous pouvons distinguer, à l’infini, des rangées de lames identiques !

 

Page 300 : Espérons que l’Amérique débarrassera le monde de l’horreur et y remettra de l’ordre, afin que la liberté ne reste pas un vain mot.

 

 

 

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Mon avis : Seules dans le Grand Nord – Velma Wallis

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais ( États-Unis) par Françoise Torchiana

 

Éditions Gallmeister

 

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Quatrième de couverture :

Longtemps avant l'arrivée des Européens, dans la haute vallée du Yukon, par un terrible hiver de famine, une petite tribu se résout à abandonner deux vieilles femmes. Considérées comme des bouches inutiles, elles sont laissées livrées à elles-mêmes. Mais plutôt que d'attendre la mort, les deux femmes décident de survivre. Elles se trouvent un abri et chassent pour se nourrir.
Progressivement, elles semblent domestiquer leur environnement impitoyable. Pourtant rien n'est gagné, car l'hiver promet d'être long. A la fois réaliste et émouvante, une singulière histoire de survie aux accents de conte enneigé riche d'un véritable enseignement.

 

 

Mon avis :
La tradition orale et les histoires qui se transmettent à travers les générations, c'est ce qui nous est narré ici avec ce récit qui vient d'un passé lointain, que la mère de l'autrice lui racontait lorsqu'elle était enfant.
Le début de cette histoire m'a évoqué une phrase que certains attribuent à 
Groucho Marx, d'autres à Terry Pratchett : Dans chaque vieux il y a un jeune qui se demande ce qui s'est passé. Et c'est vrai ! Je suis persuadée d'avoir 30 ans, et quand je croise un miroir, je me demande avec effroi... Bref, dans le Yukon en hiver par des températures extrêmement basses et une pénurie de gibier, deux vieilles femmes geignardes et totalement dépendantes de la tribu vont être abandonnées dans le froid car elles sont devenues un poids trop lourd pour leurs semblables qui parviennent à peine à se nourrir. Et elles se demandent... Elles ont vu des vieux abandonnés autrefois, sans jamais imaginer que ça pourrait leur arriver un jour. C'est comme une condamnation à mort. Mais voilà, abandonner ses vieux est quelque chose qui se fait parfois dans le grand nord, quand la survie du groupe est en jeu. Ça a un côté très animal et très pragmatique. Sacrifier les faibles au profit de la meute.

Après le moment de sidération vient la rage de s'en sortir, ou au moins de tout tenter pour cela. Elle doive réapprendre tout ce qu'elle faisaient autrefois, chasser, ramasser du bois, marcher des journées entières sans se plaindre, se nourrir, survivre.

Cette histoire de survie m'a vraiment évoqué les contes pour enfants dans la façon de raconter. Et puis il y a une morale très intéressante, sur la transmission et les liens intergénérationnels.
Lors de son discours à l'UNESCO en 1960, 
Amadou Hampâté Bâ a dit avec une grande sagesse : Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle.
Oyez oyez braves gens et prenez-en de la graine. Il ne faut pas se débarrasser des vieux !

 

Citations :

Page 22 : Bien que tassées par l'âge, les deux femmes, assises autour d'un feu de camp, gardaient la tête haute pour dissimuler leur choc. Jeunes, elles avaient parfois été témoins de l'abandon de vieillards, mais jamais elles n'avaient imaginer connaître un tel sort. Elles regardaient droit devant elles, figées, comme si elles n'avaient pas entendu le chef les condamner à une mort certaine, en les laissant se débrouiller seules dans un pays qui ne reconnaissait que la force. Deux vieilles femmes affaiblies n'avaient aucune chance de s'en sortir.

 

 

 

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