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Mon avis : Sanctuaire – James Cleary

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’américain par Laura Derajinski

 

Éditions Gallmeister

Date de sortie : 06/05/26

496 pages

 

Mon avis sur Insta c'est ici

 

Quatrième de couverture :

Les États-Unis se sont figés sous le poids des désastres climatiques. La moitié du territoire est engloutie sous les flots, l’autre s’est muée en désert stérile. Dans ces paysages dévastés, les troubles civils s’enveniment. Le milliardaire John Brandt l’avait anticipé : il avait investi son argent usé de toute son influence pour se préparer au grand effondrement. Aujourd’hui, Brandt, sa famille et son équipe de sécurité ont trouvé refuge dans le Sanctuaire, un bunker souterrain, immense manoir de luxe enfoui sous la terre aride des Grandes Plaines. Mais ils ne sont pas seuls. À la surface, un groupe mené par Grady et les siens est prêt à tout pour survivre.
Alors que la tension monte à l’intérieur comme à l’extérieur du Sanctuaire, les lignes de bataille se dessinent : entre ceux qui n’ont rien et ceux qui possèdent tout, entre la décence et l’opportunisme, entre la vie et la mort. À ce jeu, tout le monde est perdant.

 

 

Mon avis :
Quelque part aux États-Unis, le monde de demain, triste, pathétique, détruit, mortifère. Et un
sanctuaire, un bunker à soixante mètres sous terre, tel un immeuble inversé de dix-huit étages plongeant dans le sol, où sont à l'abri des gens riches avec tout leur staff, protégés du reste du monde qui crève, de la pollution, des sécheresses, des canicules, des pénuries d'eau, de nourriture et de médicaments.

Les chapitres sont ponctués par des pages d'un journal intime, plein de tristesse, sans ordre chronologique, du jour 844 au 844, en passant par le 481 ou le 371 puis le 739, teinté de colère et de l'amertume de ce que nous avons tous fait, collectivement, qui racontent la vie dans ce
sanctuaire et comment l'humanité est tombée si bas.
Certains, dégueulasses, sont prêts à sacrifier la majeure partie de l'humanité pour sauver leur sale petite peau indigne. Des mercenaires stupides, mus par l'appât du gain, sans jamais imaginer que l'argent n'aura sûrement plus cours quand ils sortiront du bunker.
À la surface c'est la guerre civile, la loi du plus fort, à cause d'un état totalitaire, qui ne défendait plus le peuple mais uniquement les riches.
Et alors que les nantis vivent égoïstement dans leur bunker souterrain, d'autres survivent au froid, à la faim et au manque de tout en surface. Mais quand on n'a plus rien à perdre, on est capable de tout.

C'est l'histoire du combat pour la survie. D'un côté les salauds, de l'autre les victimes, sachant que le côté dans lequel on se trouve ne dépend peut-être bien souvent que des moyens que l'on a, de la classe sociale d'où on vient, du monde dans lequel on a évolué depuis longtemps ou toujours.
J'y ai vu, sans aucun faux-semblant, l'Amérique de Trump, corrompue, où les milliardaires contrôlent tout, les tribunaux, la Justice, le Congrès, le Sénat, TOUT, et piétinent tous les autres.

Et bien sûr, en lisant ça, j'avais l'impression d'assister au récit de notre monde qui s'effondre, à la catastrophe annoncée depuis des décennies, que ceux qui décident se sont efforcés d'ignorer, en continuant de faire comme si...
J'ai bien aimé, ça soulève des questions intéressantes qu'on se pose depuis très longtemps. Et si ça n'amène pas vraiment quelque-chose de nouveau, à part la cible évidente du pouvoir en place outre-Atlantique, j'ai passé un très bon moment de lecture avec des gros moments d'angoisses et une forte solidarité avec ceux de la surface qui se voient traiter comme quantité négligeable, qui ne méritent pas de vivre.
Une lecture très plaisante pour moi qui adore les dystopies qui me laissent espérer qu'on a encore la possibilité d'inverser le cours des choses avant d'en arriver là.

 

Citations :

Page 73 : Cooper était un idéaliste, évidemment. Un homme qui avait passé trente ans à défendre une constitution sur laquelle le président de son pays chiait virtuellement presque tous les jours, trente à défendre les droits civiques d’une nation qui ne lui avait jamais accordé ces droits.

 

Page 128 : Ce qui est pitoyable, c’est qu’on savait tous que ça finirait par arriver. Les prémices sont restées plus ou moins discrètes pendant des décennies, voire des siècles, sous la surface boueuse du pays. Une boîte de Pandore contenant le pire de l’humanité. Les individus sans cœur et sans âme qui accédèrent au pouvoir firent tourner la clé dans la serrure, puis ils flattèrent les ignorants, en appelèrent à leur plus vile nature et réveillèrent leur malveillance — mais ce ne sont pas eux qui libèrent les démons.

 

Page 150 : Les Brandt utilisaient de l’eau pour arroser l’herbe de prairie ornementale dehors. Pendant que tant de monde mourait de soif ailleurs. Cette avidité absolue, ce gâchis étaient sidérants.

 

Page 184 : C’était si déroutant de ne plus voir sa mère vivante. Quelque part. Quelque part, n’importe où sur cette planète.

 

Page 425 : Jeremy n’était plus un bébé. Il avait presque dix ans. Il était trop grand pour qu’on l’envoie dans sa chambre. Il détestait quand sa mère faisait ça. Il avait l’impression d’être petit et débile.

 

 

 

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Mon avis : Les semeuses – Diane Wilson

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Nino S. Dufour

 

Éditions Rue de l’échiquier fiction

Date de sortie : 22/03/2024

384 pages

 

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Quatrième de couverture :

Minnesota, années 1970. Rosalie Iron Wing grandit dans les bois avec son père, qui lui raconte des histoires de plantes et d’étoiles issues de leurs origines dakhóta. Mais un jour, il ne rentre pas à la maison. Âgée de douze ans, Rosalie est confiée à une famille d’accueil blanche.
Bien des années plus tard, Rosalie retourne sur les lieux de son enfance et renoue avec un passé enfoui et des traditions oubliées. Au fil des pages, son destin s’entremêle à celui de trois autres femmes dakhóta : Gaby, son amie d’adolescence ; Darlene Kills Deer, sa grand-tante ; et Mary Blackbird, chassée de ses terres dans les années 1860. Descendantes de lignées brisées par le colonialisme, ces quatre femmes à l’âme d’acier se révèlent liées par la culture des graines – un savoir-faire transmis de génération en génération. Car ces graines sont autant de promesses d’espoir et de vie renouvelées, malgré la misère, l’injustice et les deuils.
Diane Wilson puise dans la mémoire blessée de ses ancêtres pour livrer le portrait sensible de personnages puissants et d’un peuple qui n’a jamais cessé de résister.

 

Diane Wilson est une écrivaine d’origine autochtone, de la tribu sioux Mdewakanton dans le Minnesota. Les semeuses est son premier roman. Best-seller aux États-Unis, il a reçu le Minnesota Book Award for Fiction en 2022.
 

 

 

Mon avis :
"Nous sommes un peuple civilisé qui a compris que, pour survivre, il faut savoir se comporter comme un membre de la famille, surtout avec Iná Maka, la Terre mère."
C'est ce que lui disait son père. Rosalie Iron Wings est seule. Sa mère est morte quand elle était très jeune, puis son père un jour n'est pas rentré. Crise cardiaque on lui a dit. Elle a été confiée à une famille d'accueil blanche qui la méprise pour ses origines dakhóta.

Mais alors que son mari meurt, dans les années 2000, elle est prise, sans réellement savoir pourquoi, d'une irrépressible envie de retourner chez elle, dans la cabane où elle vivait avec son père, au plus près de la nature. Et elle se souvient...
Le récit nous fait voyager entre les années 70, 2000, 1880, 1920, dans ce qu'à été la vie de Marie Blackbird dans la deuxième moitié du XIXe siècle et le début du XXe, entre acculturation et évangélisation après le massacre de son peuple, dans la vie de Rosie et de son amie Gaby Makespeace, les années lycée où elles étaient surnommées avec méchanceté Bigfoot et Pocahontas, puis tout le reste, la difficulté d'être autochtone dans ce monde colonisé par les Blancs qui ont volé leur terre. le mépris et l'injustice à perte de vue. La douleur de la destruction de tout ce qu'ils étaient. L'arrivée des semences douteuses créées par des grandes firmes qui les imposent aux fermiers, sans aucun respect pour la terre et tout ce qui vit.

Marie Blackbird qui transmet à sa fille les graines que sa mère lui a transmises, garantie de toujours pouvoir faire pousser de quoi manger.
Rosie Iron Wings qui découvre le plaisir de planter des graines et récolter ses propres legumes.
Gaby Makespeace qui se bat pour préserver la culture de son peuple et dénoncer les dangers des semences de l'agro-industrie.
C'est toute une page d'histoire des Dakhóta, racontée par trois femmes de ce peuple supplicié. C'est un morceau tragique de la mémoire des premières nations, spoliées, flouées, de leurs terres, de leur culture, de leur dignité, de la pérennité de leur ethnie, de leur mode de vie ancestral. Ils ont vu disparaître ce qui faisait leur vie, l'harmonie avec la Terre, ils ont vu arriver les pesticides et la mort, dans les cultures et les cours d'eau. le progrès, industrie mortifère pour l'agriculture
Les enfants enlevés à leurs familles pour être envoyés dans des pensionnats où des prêtres laissaient libre cours à leur perversité. Des familles détruites, des enfants anéantis pour toujours.

J'ai beaucoup aimé Rosie. Pourtant je n'ai pas vraiment été emportée par ce roman. Cependant il y a des moments extrêmement poignants et c'est normal... l'histoire des natifs des premières nations, leurs vies saccagées par les colons blancs en pays conquis où qu'ils aillent. C'est surtout une très belle histoire de transmission, de connexion avec ses origines, de communion avec ses ancêtres, de perpétuation des rites essentiels. Car la terre c'est la vie. Et ça nous dit aussi l'importance de la famille et de l'amitié sans oublier le rôle des femmes dans la pérennité de l'espèce, dans leur façon d'assurer la survie de leur famille, de leur peuple.

 

Citations :

Page 38 : Un jour, j’avais observé John qui examinait son visage dans un miroir de poche. Avait-il vu le garçon effrayé, incrédule à l’idée que la vie puisse tourner court, sans excuse, bien avant qu’il soit prêt à partir ? Il avait dû voir la vérité se refléter dans ses yeux caves et ses pommettes sévères.

 

Page 91 : Avant de rencontrer Gaby, je n’avais jamais eu d’amie proche. Je pense qu’aucune de nous ne savait ce que c’était d’avoir une meilleure copine, quelqu’un à qui confier ses secrets, toujours là pour te filer un coup de main, que ce soit pour refaire les devoirs de Gaby ou s’échapper de chez Shirley. On était faites l’une pour l’autre, deux jeunes coyotes qui apprenaient à chasser en meute pour survivre.

 

Page 195 : Brusquement alarmée, j’ai pris conscience que rester en vie était un choix à refaire chaque jour si je voulais survivre à l’hiver. Il fallait que je garde le feu allumé en permanence, sans quoi je mourrais de froid, tout simplement.

 

Page 209 : Je travaillais à l’institut depuis 1870, quand il avait ouvert pour former une poignée d’élèves Dakhota. Les garçons apprenaient à cultiver, à ferrer des chevaux et à fabriquer leurs propres outils. Les filles apprenaient à tenir une maison et à coudre.

 

Page 247 : Certains d’entre nous se rappelaient encore les primes offertes après la guerre pour chaque scalp dakhota. Ensuite le gouvernement avait fait passer une loi pour voler notre terre et nous avait déportés à Crow Creek, en décrétant qu’il était illégal pour les Dakhota exilés de rentrer chez eux.

 

 

 

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Mon avis : Whalefall – Daniel Kraus

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jonathan Baillehache

 

Éditions Rivages/Noir

Date de sortie : 07/01/2026

384 pages

 

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Quatrième de couverture :

Jay Gardiner s'est lancé dans une quête insensée : retrouver la dépouille de son père disparu dans l’océan Pacifique, au large de Monastery Beach. La seule façon, pour lui, de se libérer du poids de la culpabilité. La plongée commence bien, mais l'apparition d'un calmar géant le met en danger, danger aggravé par l'arrivée d'un cachalot. Soudain, Jay est entraîné dans l’estomac de la bête. Il lui reste une heure avant que ses bouteilles ne se vident, une heure pour vaincre ses démons et s'échapper du ventre du cachalot.

 

Daniel Kraus est un romancier et scénariste à succès connu pour ses collaborations avec les réalisateurs George A. Romero (The living dead) et Guillermo del Toro (La forme de l’eau, Chasseurs de Trolls). Whalefall a figuré sur la liste des best-sellers du New York Times et sera bientôt adapté au cinéma.

 

 

Mon avis :
Jay Gardiner pense à son père, Mitt, mort depuis un an, car il va partir en plongée à sa recherche. Pourtant il semble que ce père très dur ait laissé des traces douloureuses, des souvenirs cuisants, faits de mépris et d'humiliations. Les chapitres alternent entre passé et présent. Et on voit peu à peu quel genre de père c'était.
Jay décide de plonger là où son père est mort, au large de Monastery Beach, là où la mer est extrêmement dangereuse, là où la baignade est interdite. Des panneaux sont là pour avertir : DANGER, VAGUES DÉFERLANTES OU HAUTES, BAIGNADE INTERDITE. Mais comment peut-il espérer trouver le corps de son père après un an passé dans l'océan Pacifique ? Si près d'un abysse de la taille du Grand Canyon. Et surtout pourquoi ? Eh bien, sûrement pour tuer le père, cet ogre tonitruant, odieux mais grandiose, qui empêche de grandir, même mort, et montrer ce qu'on vaut.

Bouffé par la colère et les remords, c'est ainsi qu'il part plonger seul. Après une rencontre avec un calamar géant il se trouve coincé entre celui-ci et un cachalot, principal prédateur de l'Architeuthis, ce gigantesque céphalopode.
Ce géniteur détesté, méprisé, car ivrogne, instable, acerbe, l'habite jusqu'à l'obsession. Et tandis qu'il se fait avaler par le cachalot, on se demande jusqu'à quel point ce n'est pas une métaphore du père. Cependant, il s'interroge, va-t-il mourir asphyxié ou digéré ?
Et alors qu'il essaie de sortir de là, j'ai été comme hypnotisée par les descriptions, écœurée par les odeurs nauséabondes, l'évocation des différents sphincters, les tissus mous, effrayée à l'idée de tout ce qu'il fallait traverser, dans un sens ou dans l'autre, vivant ou digéré. Il lutte pour sa survie qui semble totalement hypothétique. Il refuse de mourir comme son père, "épave dans l'abysse océanique". On assiste à la déliquescence du corps pris dans l'acidité de l'estomac et détruit par la pression sous-marine de ce géant des mers qui peut descendre à des profondeurs qu'aucun humain ne peut atteindre sans voir ses organes et son corps entrer en ébullition,
autant qu'à celle de sa lucidité qui s'étiole à mesure que ses sens le quittent. Il entre en communion avec... son père ? le cachalot ?

J'ai trouvé ce roman très intéressant, voire même profond sans mauvais jeu de mots, sur la psychologie et les relations père-fils parfois toxiques ou tout simplement dans l'incompréhension mutuelle, ce qui peut laisser des blessures qui ne guérissent jamais. Et puis intéressant aussi car riche d'enseignements. Il nous instruit sur un monde particulier, celui de la plongée, de la mer, de la faune qui s'y trouve, avec des choses totalement sidérantes sur ces géants des mers que sont les cachalots mais aussi sur les calamars, les méduses qui émettent de la lumière, et puis les orques, ces cétacés prédateurs naturels des cétacés. Ce roman est une mine de connaissances. Et bien sûr j'ai beaucoup pensé à Pinocchio et Geppetto, forcément. Enfance quand tu nous tient ! Et puis je suis allée voir ce qu'était l'histoire de Jonas et la baleine, me demandant s'il fallait y voir un lien...
Je suis bien incapable de dire ce que j'ai pensé de ce roman oppressant. Je pensais que ce serait ma peur et ma fascination des océans qui parleraient alors que ça a été plutôt un côté claustrophobique qui m'a pesé ainsi que les liens familiaux parfois si difficiles à vivre mais aussi la compréhension de ces liens qui parfois fait défaut et n'arrive que trop tard. Je pense que c'est une histoire qui continue son chemin dans l'esprit du lecteur bien après avoir refermé le livre.

 

Citations :

Page 38 : La véritable merveille, ou la véritable horreur, sans doute, vient plus loin, à douze milles nautiques dans l’immensité bleue : le canyon de Monterey, un abysse de la taille du Grand Canyon, cent quarante kilomètres de long sur un kilomètre et demi de profondeur, un havre noir et glacé abritant les créatures les plus étranges de la planète.

 

Page 83 : Mitt lui a appris quelles couleurs disparaissent en premier, lorsque la lumière pénètre l’eau. Un moyen comme un autre pour déterminer intuitivement sa profondeur. On perd le rouge à six mètres, l’orange à huit mètres, le jaune à neuf, le vert à douze.

 

Page 97 : S’il faut donner foi aux sermons de Mitt, les calmars géants ne s’aventurent généralement pas au dessus des trois cents mètres de profondeur. Le fait que ce spécimen vienne si près de la surface indique que quelque chose cloche. Le calmar est malade, fou, mourant. À moins qu’il ne soit affolé par une quelconque activité humaine.

 

Page 142 : « Plus on sort de marins d’eau douce en mer, plus ça fait de bateaux. Plus y a de bateaux, plus les baleines se prennent dans les filets. Se font découper par des hélices. Plus y a de déchets qui finissent dans leurs estomacs remplis de plastique. Plus y a de bruit surtout, Jay, tous ces sonars, ça les rend folles. Elles ne chient plus où elles sont censées le faire. Si elles chient au mauvais endroit, elles ne fertilisent plus l’eau pour le plancton. Le plancton absorbe plus de CO₂ que les putains de forêts tropicales. Résultat : on va tous crever. Et qui c’est qu’a chargé le barillet ? Toi et moi ; tout ça pour qu’une paire de gros bouseux puisse poster un selfie. »

 

Page 192 : « Une baleine, quelques années de ça, en France, je crois, environ trois cents morceaux de plastique non biodégradables trouvés à l’intérieur, dit Hewey.

— Ça ne devrait pas la tuer ?

— Ça prend du temps, mais ouais. Les baleines se mettent à imaginer qu’elles sont pleines, alors elles cessent de manger. Elle meurent rapidement de faim, après ça. La seule chose qui pourrait arrêter leur extinction, dans l’état, serait que notre espèce périsse la première. Réfléchis-y fiston. Les gens avec leurs déchets vont réussir là où des générations de baleiniers ont échoué.

 

Page 230 : Jay repense à la sculpture de baleine taille réelle de l’aquarium de Monterey. Aux photos qu’ils a vues de celles de San Francisco, Santa Fe, Hawaï, Paris. À celle du musée américain d’Histoire naturelle, haute de vingt-huit mètres. À la baleine empaillée de Malm, en Suède, qui a jadis été meublée de chaises pour que les visiteurs puissent s’y asseoir et contempler les secrets de l’existence. Même la sonde spatiale Voyager I, lancée dans les années soixante-dix dans l’espoir de localiser une vie extraterrestre, renferme un disque d’or sur lequel sont gravés des chants de baleines.

 

 

 

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Mon avis : 11H02, le vent se lève – Sacha Bertrand

Publié le par Fanfan Do

Éditions Paulsen

Date de sortie : 07/05/2025

352 pages

 

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Quatrième de couverture :

Une cabane surplombant d’immenses parois de granit, deux masques à gaz, une horloge figée sur 11h02. Du monde d’avant, il ne reste que Myriam. À intervalles réguliers, un brume toxique s’élève de l’abîme où gisent les vestiges de la civilisation et dévaste tout sur son passage. Voilà sept ans que Myriam lutte seule pour sa survie.

Et puis elle le trouve, lui, le petit être de la tanière, un enfant sauvage. Elle l’appellera Jonas, ce sera son rempart contre la solitude. De la vie, du langage, des livres, de la survie en milieu hostile, elle lui apprendra tout. Elle sera tout pour lui. Mais à une condition : il ne doit appartenir qu’à elle.

Un roman féroce sur l’emprise et un ode à la vie sauvage.

 

Né en 1995, Sacha Bertrand a grandi dans la vallée du Champsaur. Arpenteur attentif et observateur assidu de la nature, ses paysages intérieurs ressemblent à ceux des massifs du Vercors, du Dévoluy et des Écrins, qu’il connaît intimement, mais aussi à ceux de ses auteurs favoris, parmi lesquels Jean Giono, Herman Melville et Ursula K. Le Guin. Diplômé des Beaux-Arts de Grenoble où il développe sa pratique de l’écriture en lien avec le paysage, il travaille à la cinémathèque de Montagne de Gap. 11H02, le vent se lève est son premier roman.

 

 

Mon avis :
Myriam est la dernière, seule au monde, seule sur cette Terre qui a sombré, que nous avons détruite. Dès la première page j'ai revu les incendies qui on ravagé les forêts cet été et nos dirigeants qui semblent ne pas prendre la mesure de ce qui nous attend. le monde se meurt, le monde est mort, et Myriam se souvient. Ils avaient tout prévu tous les deux. Partis tout préparer sur les hauteurs pour échapper au effluves mortels d'en bas, en mode survivalisme, une cabane, du bois pour l'hiver, des bougies, des fusils, des animaux, des graines, deux masques à gaz, un poêle à bois, tout pour pouvoir tenir un demi siècle dans ce monde qui ne serait plus jamais le même. Ils avaient tout prévu, sauf la sauvagerie qui s'empare de l'humanité quand tout est désespéré. Maintenant elle est seule. Depuis sept ans. Sorte de Robinson Crusoé post-apocalypse. Une solitude absolue qui fait que tous les jours elle doit trouver une raison de continuer à vivre. Et puis un jour, des empreintes dans la boue.

Un autre survivant, enfant sauvage, maigre, sale, grognant, mordant, éructant, hargneux et affamé. Elle l'appellera Jonas. Elle veut de lui pour mettre fin à cette solitude qui la ronge. Il ne veut pas d'elle. Mais peut-on réellement apprivoiser un être sauvage ? Un mini homme des bois ? Myriam veut de la compagnie. Jonas veut sa liberté. Elle va le contraindre à accepter cette vie, avec brutalité souvent, comme on dresse un animal. C'est l'apprentissage de son humanité par la peur. Et alors qu'elle lui a sans doute sauvé la vie en le séquestrant au chaud, du moins c'est ce qu'elle lui martèle, ce qu'elle veut qu'il croie, elle semble beaucoup plus dépendante de sa présence que lui de la sienne. Il y a entre eux une espèce de besoin vital un peu malsain et désespéré. Elle semble se prendre pour Dieu, cruelle et impitoyable : "Contre le vent mauvais, contre cette terre hostile, eux deux, seuls survivants d'une catastrophe où tous leurs semblables ont péri. Ce n'est pas elle qui est méchante, c'est le monde."

Pourtant, Myriam, la grande prédatrice comme l'appelle intérieurement Jonas, est une espèce d'autocrate qui semble s'ignorer, régnant sur un tout petit peuple d'un seul individu qu'elle terrorise, psychologiquement et physiquement, brutale, toujours cassante et abusivement autoritaire. Et alors qu'au début sa solitude me la rendait émouvante, elle finit par m'être totalement odieuse. Elle est tout ce qui rend les adultes détestables : "[...] ils sont solides, les murs de la forteresse dans laquelle elle a enfermé leurs cœurs. Dans ce monde où il ne reste personne, nul ne pourra les détruire. Jonas peut bien lui tenir tête, oui, tant qu'il n'appartient qu'à elle." C'est une histoire d'emprise, et sur un enfant c'est facile. Mais plus que tout, il y a un bel hommage à la littérature, à son pouvoir et au bien-être qu'elle apporte en faisant s'évader loin des misères du monde, en élargissant l'horizon, en ouvrant le champ des possibles, en offrant des nouveaux amis. Quand on aime lire, on n'est jamais seul.

Le temps qui s'écoule se compte en bougies, le temps qu'elles durent, le nombre qu'ils utilisent, quand l'amer, ce vent létal que les souffles ascendants font parfois remonter de la vallée, leur imposant d'éprouvants confinements, impérieux pour la survie.
Le temps passe. Jonas grandit... et le danger, quel est-il ?

Une écriture absolument magnifique, poétique et éthérée pour nous raconter ce monde d'après, mais aussi les pensées, la colère, l'incompréhension, l'amertume, la rage qui habitent ces deux seuls au monde. J'ai été touchée jusqu'aux tréfonds de mon âme car j'ai déjà pensé à l'idée de me retrouver totalement seule au monde, - à cause d'un vieux film avec Harry Belafonte où toute l'humanité sauf lui avait disparue -, dernière humaine sur terre donc, et même dans l'univers (eh oui, tant qu'à se faire peur j'y vais à fond XD), et j'ai trouvé ça vertigineux, terrifiant, bien plus que la mort ou l'idée de l'immortalité, qui m'épouvantent l'une comme l'autre.
Des chapitres courts, scindés en deux façons de raconter. Les uns par un narrateur extérieur, les autres par Jonas.
C'est un premier roman, à la construction originale, qui bouleverse et invite à l'introspection. Je l'ai dévoré !!!

 

Citations :

Page 36 : — Recoudre les rangers, repriser la couverture, planter les choux… Bêcher, tailler les rhubarbes, cueillir les argouses et les cynorhodons de la clairière aux mûriers, les baies d’aubépine en contrebas du potager, le plantain à l’orée du bois.

Dissiper le silence est vital. Myriam n’a jamais su apprendre le langage des oiseaux, alors elle s’entête à penser tout haut, articuler, dresser des listes, réciter des fragments de textes. Sans cela, son esprit se rétracte et son envie de vivre aussi.

 

Page 48 : C’est à peine si Myriam se doute que la vie retient son souffle partout où elle va. Deux univers se côtoient, se chevauchent, s’épousent et se heurtent sans même le savoir. Jusqu’à ce qu’un pas incertain s’avance, jusqu’à ce qu’une main timide se tende. Jusqu’à cet instant précis.

 

Page 77 : J’ai maintenant le droit de faire quelques pas à l’extérieur de la tanière — cabane est le mot juste — si je porte le manteau. Je n’aime pas la sensation sur ma peau, mais il me tient chaud. J’apprends que c’est un mouton qui l’a donné à Myriam, une des bêtes de son troupeau. Elle me l’a montré. Ces animaux ressemblent à ceux qui dévalent les versants des montagnes, à ceci près que les moutons ont un poil plus épais et pas de cornes pour se défendre. Comme moi, ils ne sont pas libres. Comme moi, ils sont à elle. Elle nous possède sans nous manger.

 

Page 95 : Dans sa main, le seul remède à la nuit. Tous les livres ont la même odeur. Pourtant, chacun d’eux cache un monde différent. Quand Myriam lit, la tempête s’éloigne, les murs s’écartent, l’espace s’agrandit. Les recoins se peuplent de créatures étranges, de narvals, de navires, de nénuphars et de nymphes. Les mots donnent faim, mais la sensation vient du cœur, pas du ventre.

 

Page 165 : L’amer, indolent, dort au pied du massif. Parfois, Jonas s’imagine le monde d’avant. Comme des centaines de cabanes côte à côte, lui a expliqué Myriam. Cette vision le terrifie. Ce qu’il regrette, ce sont les passants dans la rue, les promeneurs qui vont et viennent librement entre les maisons. Il aurait voulu voir leurs yeux, leurs visages, leurs démarches, leurs allures. Sentir leurs odeurs. Quand il se représente cette foule qui appartient au passé, elle semble sortir d’un livre d’histoires merveilleuses. Un mirage auquel seule l’imagination donne accès.

 

Page 295 : Si je pleure, Myriam me forcera à venir dans ses bras. Je n’ai pas envie de son étreinte empoisonnée, de ses dents qui grincent, de ses mains qui tremblent, de son regard qui ne croit en rien et qui voit le monde en noir. Je n’ai pas envie qu’elle me dise qu’elle sera toujours là pour moi. Je préférerais dormir dans la bergerie, à la place de la brebis qui ne reviendra pas. Je préférerais le sol de la forêt, le froid de la nuit à ses bras serrés, toujours plus fort, autour de moi.

 

 

 

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Mon avis : La méthode – David Djaïz

Publié le par Fanfan Do

Éditions Stock

Date de sortie : 19/08/2026

252 pages

 

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Quatrième de couverture :

« Le ministre de l’Intérieur est heureux de constater que tout le monde s’entend : la capitale doit être débarrassée des chiens errants. Sur la nécessité d’agir, il n’y a pas l’ombre d’un désaccord. La question qui les divise est celle de la méthode. »


Constantinople, 1910. Le médecin français Paul Remlinger, formé au laboratoire de Louis Pasteur à Paris, dirige l’institut antirabique de la ville. Quand le directeur du Département municipal de l’hygiène publique lui propose de participer à un projet de « décanisation », soit l’extermination de cent mille chiens, il y voit, malgré ses réticences éthiques, l’occasion d’apporter sa contribution à la recherche médicale et au progrès. Mais à quel prix ?
Dans ce premier roman saisissant, David Djaïz raconte un événement méconnu de l’Histoire, qui fut le laboratoire des pires drames du XXe siècle.

 

 

Mon avis :
Constantinople 1910.
Paul Remlinger descend d'une lignée de médecin, commencée par son arrière-grand-père rebouteux. Mais il n'a pas le goût du sang ni des séances de dissection. Un jour il rencontre Pasteur, le grand homme, et trouve sa vocation grâce à lui. Il se tourne vers le silence des éprouvettes plutôt que vers la chirurgie car l'idée de la douleur le révulse. Il se spécialise dans la recherche antirabique Pourtant, il va accepter un poste de directeur du centre antirabique à Constantinople en vue d'une coopération scientifique et va finir par prendre part à un projet d'extermination de cent mille chiens. Ce n'était pourtant pas à cela qu'il avait accepté de participer en allant là-bas. Il partait faire de la recherche dans ce pays qui s'éveillait à la science, il va se retrouver à devoir collaborer à une ignominie.

Des retours en arrière nous racontent lorsqu'il n'était qu'un préparateur stagiaire dans le laboratoire de Louis Pasteur, au moment de la réalisation du vaccin antirabique. L'humilité de l'homme, la reconnaissance dans les regards de ceux qu'il a sauvés, la bêtise d'un évêque qui n'y comprend rien et crie à la pratique diabolique. Et lui Paul n'est qu'un obscure petit stagiaire dont sans doute personne ne se rappellera, tout comme l'effroyable quantité d'animaux sacrifiés sans le moindre scrupule sur l'autel de la science.
L'auteur nous plonge dans l'ambiance orientale de Constantinople, sa langueur, sa torpeur, le calme et la patience des Turcs, les senteurs des différents quartiers et du port, puis nous ramène auprès de Louis Pasteur, fondateur de la microbiologie et qui a tant aidé ses contemporains dans bien des domaines. C'est passionnant d'apprendre les combats qu'il a menés pour imposer l'hygiène indispensable à la bonne santé, que ce soit dans la chirurgie ou l'alimentation et de se rendre compte des murs d'incrédulité que lui a opposé le corps médical dans un total manque d'humilité.

Il se passe une dizaine d'années avant que Paul Remlinger ne soit confronté à l'impératif de l'éradication des chiens à Constantinople. Selon les autorités ils seraient plus de cent mille à errer dans la ville, se reproduire, chaparder de la nourriture, se battre, mordre, déféquer partout, et la Turquie qui veut entrer dans la modernité doit absolument régler ce problème. Lorsque le colonel Abdallah Bey lui expose sa solution, il est terrifié par la cruauté que cela implique et dit qu'il y a sûrement un autre moyen et qu'il va y réfléchir. Quand il en parle au Belge de Meesemaeker rencontré dix ans plus tôt et devenu son ami, celui-ci a aussi une solution efficace, hélas aussi cruelle que celle du colonel. Il revient donc à Paul de trouver une méthode.

Et cette méthode ! Elle est d'une horreur absolue. Pas tant dans la façon de faire que dans sa mise en place, sa logistique. On n'a pas du tout l'impression qu'il est question d'êtres vivants qu'on va occire, mais de matériel encombrant à dégager, ni plus ni moins. le projet est carré, millimétré, c'est glaçant. Ces chiens deviennent des "unités canines" à retirer de la voie publique. C'est d'une brutalité dans l'idée même, un manque total de cœur, comme si des vies de chiens ne valaient rien. Et c'est malheureusement le cas. Pendant longtemps les vies animales n'avaient de valeur que par les services qu'elles rendaient à l'homme. C'est d'ailleurs toujours le cas pour ce qu'on appelle vulgairement les animaux de boucherie. Pas d'empathie, pas de compassion. Pour certains, tout cela n'est qu'une histoire de chiffres, un tableau à deux colonnes : recettes et charges. Car rien ne se perd, tout se récupère. Et les choses vont prendre une sale tournure pour les chiens de Constantinople.

J'ai ressenti l'exaltation des scientifiques lorsque l'auteur décrit leur fascination pour leurs domaines d'activités, comme s'ils transformaient ce que la nature a créé rien qu'en en découvrant les secrets pour s'en servir et l'offrir au monde sous une forme différente. Hélas parfois ça ne sert pas à faire le bien. "Le siècle n'a pas dix ans et on fabrique déjà des substances capables d'être tour à tour des couleurs, des engrais, des matériaux, des instruments de mort."

Une très belle écriture pleine de poésie qui nous immerge dans ces lieux autant que dans la noirceur de l'anthropocentrisme. Car moi qui préfère les chats, je pense que les chiens sont les animaux les plus gentils et les plus fidèles qui soient. Je pense surtout que toutes les vies méritent le respect.
Cette histoire est malheureusement vraie. Et Paul Remlinger a réellement existé.
Malheureusement, en cherchant des infos sur internet j'ai découvert que d'autre pays avaient pratiqué le canicide au cours des siècles précédents.
Les dirigeants turcs recommenceront un peu plus tard avec le génocide du peuple arménien, sans états d'âme. Triste humanité.

 

Citations :

Page 15 : Il ne s’intéresse pas à la médecine générale. Son père parlait d’art médical. Ce n’est pas assez scientifique pour lui. Le côté artisanal de la médecine le rebute. Les séances de dissection du professeur Caumes au Val-de-Grâce étaient une souffrance. Il fallait le voir découper les chairs mortes de ces cadavres difformes avec l’insouciance d’un boucher qui attendrit la viande.

 

Page 34 : Des chiens errants roulés en boule, il y en a des dizaines à chaque coin de rue. On dirait de grosses pierres lisses posées sur la chaussée, parfois des grappes de chiens allongés font comme des cairns. Ils font partie du décor, ils sont le décor. Son âme de microbiologiste vétérinaire s’anime, il a bien choisi sa destination.

 

Page 75 : Il s’adosse un instant au marbre frais de la fontaine, ferme les yeux et reprend son souffle. Il se remémore les paroles du Belge : « Surtout, ne vous laissez pas aller à l’impatience ou à la colère. Ce sont des faiblesses d’Occidental. Ici, on teste votre capacité de résistance aux lenteurs et aux absurdités. Soyez impassible, prenez exemple sur ces Turcs impénétrables sous leur fez ! »

 

Page 108 : Paul n’est pas versé dans la métaphysique, il s’est toujours refusé à avoir des théories morales trop prononcées, mais des années de pratique vétérinaire l’ont convaincu que l’animal ignore le mal, qu’il n’est ni dans le bien ni dans le mal, mais dans la conservation pure de son organisme, tout entier occupé à se maintenir, à respirer, à éviter la chaleur et la faim et à satisfaire ses besoins les plus élémentaires, bref à persévérer dans son être par-delà la question et la morale.

 

Page 121 : Les Allemands sont excellents en chimie, ils inventent ou industrialisent presque tous les gaz que nous utilisons. Le monoxyde de carbone, bien sûr, mais aussi le chlore, l’acide cyanhydrique, l’ammoniac, le carbonyle de nickel, le formaldéhyde, le gaz moutarde, le sulfure d’hydrogène, le phosgène, l’argon, le brome et même le néon !

— Les Allemands trichent avec les statistiques ! Ce sont des menteurs, des truqueurs, des gonfleurs de chiffres ! Ils n’ont qu’une idée en tête, plaire au parti. Ils instrumentalisent la vérité expérimentale. C’est du détournement de science ! Ces gens n’aiment que le pouvoir et la violence ! La vérité ne les intéresse pas.

 

Page 176 : Il dit que la technique ne l’intéresse qu’à proportion de l’idée.

Il dit qu’une capitale n’est pas un inventaire d’objets et de bêtes, que c’est une volonté vivante.

Il dit qu’il veut une ville saine, une ville purifiée de ses parasites visibles.

Les dignitaires prennent des notes.

Il dit qu’on lui parle régulièrement du « pittoresque » des chiens errants, il l’a encore lu hier sous la plume de l’écrivain voyageur Pierre Loti.Il dit qu’il déteste ce mot de pittoresque, que ça lui donne envie de vomir. Il dit aussi que le pittoresque est le prix dérisoire, la « verroterie » que les colons servent aux perdants de l’histoire. Il dit qu’il déteste les écrivains voyageurs de toute façon, que ça n’est pas un métier, pas plus que ravaudeur, cartomancienne, derviche tourneur ou veilleur de nuit.

Il dit que ces chiens enseignent à la population l’inertie et la mendicité. Qu’ils importunent, salissent, aboient contre le futur.

Il dit qu’ils sont la pédagogie de la paresse.

 

Page 205 : Au centre, un figuier centenaire trône, ou plutôt une masse obscure, stable, comme si l’arbre avait pris sur lui d’absorber les tremblements des êtres qui l’entourent. À côté se trouve une vasque ou l’eau tombe fil à fil, sans empressement, avec cette obstination modeste des choses qui continuent alors que tout, dehors, s’est mis à dévier. L’air sent la menthe sauvage écrasée sous le pied, la pierre humide et une odeur de chien.

 

 

 

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Mon avis : Le Calamity Club – Kathryn Stockett

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Laura Satz

 

Éditions Robert Laffont - Pavillon

Date de sortie : 28/05/2026

682 pages

 

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Quatrième de couverture :

Mississippi, 1933.

 

Meg n’a que onze ans, mais elle a déjà appris à ne compter sur personne. Enfermée dans un orphelinat, elle se bat chaque jour contre la cruelle directrice des lieux.

Birdie est chargée par sa famille, ruinée, d’aller retrouver sa sœur récemment mariée à un riche banquier. Mais l’innocente jeune femme découvre que ce foyer, parfait en apparence, repose en réalité sur un tissu de mensonge et d’illusions.

Charlie, elle, est déjà bien cabossée par la vie. Internée de force dans un asile, elle semble prête à tout pour récupérer l’honneur et la fille qu’on lui a enlevés.

 

Trois vies qui vont s’unir. Trois destins qui rencontrent celui de femmes hors la loi, décidées à refuser la misère. Mais en ces temps de prohibition où règne l’hypocrisie, tout écart peut avoir des conséquences dangereuses… Quel sera le prix à payer pour leur révolte ?

Vous le découvrirez en lisant Le Calamity Club, une histoire d’amitié entre des femmes que tout oppose, où la solidarité n’a d’égale que la soif de justice et de liberté.

 

Kathryn Stockett est née et a grandi à Jackson dans le Mississippi. Après avoir obtenu son diplôme à l’université d’Alabama, elle s’est installée à New York, où elle a travaillé pendant neuf ans dans l’édition de magazines et dans le marketing. Son premier roman, La Couleur des sentiments, est un best-seller mondial.

 

 

Mon avis :
1933. Parce que sa mère, Charlie, un jour n'est pas revenue la chercher après le travail chez Ophelia, la dame noire qui la gardait, Meg se retrouve à L'orphelinat de jeunes filles du Comté de Lafayette tenu par une horrible femme acariâtre et sadique, immonde grenouille de bénitier qui ignore ce qu'est la charité chrétienne.
Birdie est envoyée par sa mère et sa grand-mère chez sa sœur cadette Frances, qui un jour n'a plus donné de nouvelles après s'être mariée avec un banquier. La relation des deux sœurs est particulière. Elles s'aiment mais chacune a honte de l'autre. Frances a honte de Birdie car elle est trop cash et Birdie a honte de Frances car trop servile.
Quant à Charlie, mère célibataire, on ne sait pas où elle est.
Tout semble oppressant dans le sort réservé aux femmes et aux orphelines. Aux femmes, on réserve un avenir de bonne épouse et de mère, sinon, à quoi peuvent-elles bien servir ? Quant aux orphelines...
Et les mères célibataires ? Des démones lubriques et dépravées, sans doute demeurées de surcroît. On n'aime pas ce qui dépasse, celles qui ne marchent pas au pas.
Il fut un temps où on disait que les femmes devaient être convenables. Ma grand-mère aimait beaucoup dire ça. Ça sous-entend tellement de privations de liberté, d'expression notamment, et d'infériorité par rapport aux hommes. Et justement, Meg et Birdie ne sont pas convenables aux yeux des bien-pensant de l'époque. Elles ont la langue trop bien pendue.
Mais il n'y a pas que les femmes... des lois intrusives et injustes dictaient les comportements jusqu'à gâcher des vies.

Des personnages qu'on découvre peu à peu avec un plaisir infini tant certains sont jubilatoires. Birdie, Meg, Mme Tartt, Charlie, rock'n roll pour leur époque, elles m'ont éclatée. Pourtant, la vie des années 30 n'est pas un long fleuve tranquille, elle est même très cruelle parfois.
Et donc, bien que cette histoire m'ait parfois fait rire, je suis passée par de long moments d'angoisses à cause de ce que certains humains font subir à d'autres humains.

Alors que Birdie ne devait rester que quelques jours chez sa sœur, ou plutôt chez Mme Tartt, le temps d'obtenir un prêt, elle va finalement devoir prolonger son séjour à cause d'événements douloureux. Et puis, comment abandonner Frances qui n'a absolument pas le sens des réalités et qui n'est en fait qu'une enfant gâtée un peu stupide malgré ses 22 ans ?

Ce roman à deux voix, celle de Meg qui alterne avec celle de Birdie, nous entraîne dans ce Mississippi pauvre et puritain à l'époque de la prohibition, où les sans voix que sont les femmes vont se serrer les coudes contre les abus en tous genres qu'on leur inflige.
J'ai adoré cette histoire qui nous parle des injustices de ce grand pays qu'est les États-Unis. La plus grande démocratie du monde paraît-il, qui n'a fait que piétiner, écraser, anéantir ceux qui ne pouvaient pas suivre et museler les femmes. Heureusement, il existe des personnes intrinsèquement bonnes, et puis le système D pour celles que l'hypocrite société puritaine s'acharne à détruire, et la sororité qui met du baume au cœur quand l'absence de sororité se manifeste avec violence, qu'elle soit morale ou physique. Cette histoire est un ascenseur émotionnel, fait de douleurs, d'angoisses, et de moments de grâce, puis de rires, et on recommence ! Des vrais beaux personnages où même les affreux sont passionnants. Cette histoire nous montre le gouffre entre ce qu'on croit savoir et ce qu'on comprend finalement de la vie quand l'esprit et le cœur sont grands ouverts.
Un grand roman de la sororité, féministe, humaniste, comme l'est
La couleur des sentiments. Magnifique, sublime, grandiose, jubilatoire, révoltant, joyeux, brutal, réjouissant, subtil, intelligent, drôle, hilarant, et je pourrais continuer longtemps, tant il existe de mots pour dire à quel point je l'ai aimé !!!

 

Citations :

Page 17 :

Bienvenue à

 

L’ORPHELINAT DE JEUNES FILLES

DU COMTE DE LAFAYETTE

 

FONDE EN 1927

 

Nous n’acceptons pas :

Les enfants de couleur, indiens, juifs, mexicains, de type oriental, les jumeaux,

tout enfant ayant ou ayant eu la lèpre ou souffrant de consomption,

avec un bec de lièvre ou des membres manquants.

Pas de garçons. Pas d’enfants malades

ou de nature attardée.

Pas de filles au-dessous de douze ans.

Pas de femmes dans un état intéressant.

Ici, nous ne mettons pas au monde des enfants.

 

Que Dieu vous bénisse tous.

 

Page 36 : Lors d’une de mes premières journées d’école, Miss Pettybone nous a donné une leçon sur Adam et Eve. Elle était tout excitée de nous raconter que Dieu avait créé le ciel et la terre et les animaux, et qu’il avait terminé en fabriquant l’homme à son image. À la fin, c’est tout juste si elle n’attendait pas qu’on applaudisse.

J’ai levé le doigt. Ma maman a entendu dire qu’on descendrait peut-être du singe.

Toute la classe s’est mise à rire et à pousser des cris de singe. Miss Pettybone a porté la main à sa poitrine et a déclaré qu’on devait avoir une petite conversation toutes les deux.

Pendant que les autres allaient jouer sur le tourniquet à la récré, elle m’a fait venir à son bureau. Elle m’a dit que cette idée de singe, c’étaient des idées païennes qui avaient été interdites par l’État du Mississippi, qu’elle voulait savoir à quelle église allait ma famille et que si je voyais des livres avec ce genre d’idées chez moi, il fallait vite les déchirer.

 

Page 65 : Quand maman avait fini de travailler, elle passait me chercher chez Ophelia. Toutes les semaines, elle lui donnait une pièce de vingt-cinq cents qu’Ophelia glissait dans sa grosse poitrine. Comme je ne l’ai jamais vu en ressortir une seule, je ne peux pas préciser combien elle en avait là-dedans. C’était comme une banque.

 

Page 151 : Dorella restait là à me regarder, toute seule dans mon œuf bleu. Elle a ouvert la bouche comme si elle était sur le point de me demander quelque chose de gentil, mais rien n’est sorti.

Tout ce bruit qu’il y a entre nous, et on ne réussit pas à sortir un son.

 

Page 198 : Mais Frances n’avait pas fini. Elle consulta une liste qu’elle avait dressée à la maison, intitulée : « Tenues à la mode dans lesquelles être vue », inspirée d’idées chipées dans un de ses magazines Photoplay. Une si belle écriture pour des mots aussi bêtes.

 

Page 237 : Sur la porte vitrée, il était peint : Tout le monde mange au Buffaloe ! Et en dessous, un panonceau écrit à la main précisait : Réservé aux Blancs. J’entrai en songeant : Mon Dieu, toutes ces contradictions que personne ne voit, et je choisis une table au fond, à côté du comptoir en marbre.

 

Page 300 : Je tournai la tête pour la regarder, un filet de lotion me dégoulinant sur la tempe. « Tu n’as jamais embrassé Rory avec la langue, Frances ?

— Bien sûr que non, c’est dégoûtant. C’est comme ça que la grippe espagnole s’est propagée. Comme ça qu’on tombe malade. »

Je pensai au petit monde terne auquel Frances m’avait assignée, mais moi je savais une chose qu’elle ignorait. Les baisers avaient un goût de bonbons à la cannelle. Un goût qu’une fois découvert, on n’avait de cesse de retrouver.

 

Page 529 : Alors que les oies passaient au-dessus de nous en faisant un potin d’enfer, je me souvins que mon père m’avait expliqué qu’elles volaient en V pour réduire la résistance de l’air et économiser leur énergie. Celles de l’arrière criaient pour encourager l’oie de tête, alors que la première de la formation volait en silence, concentrée sur sa tâche de meneuse. Après pas loin de dix danses, je vis Esmeralda entraîner son volumineux cavalier vers la maison, puis les trois autres couples prendre vite le même chemin. Notre jeune première menait le vol et permettait aux autres de suivre plus aisément.

 

 

 

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Mon avis : Le chant du bison – Antonio Pérez Henares

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’espagnol par Anne-Carole Grillot

 

Éditions J’ai Lu

Date de sortie : 02/03/2022

608 pages

 

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Quatrième de couverture :

Chat-Huant est encore jeune lorsqu’il voit arriver dans sa grotte celui que l’on surnomme l’Errant, que tout le monde craint et respecte. La solitude du petit garçon et son intelligence poussent le grand homme à l’emmener avec lui dans son long périple.

Un voyage initiatique commence alors pour le jeune Homo sapiens, qui découvre de nouvelles contrées, de nouveaux horizons, de nouveaux clans, leur art, le pouvoir des femmes… Il va aussi s’approcher de la vallée des Premiers Hommes où vivent Terre d’Ombre et les Néandertaliens.

Mais alors que les Lunes de glace deviennent de plus en plus rudes, alors que chaque nuit est une occasion de mourir, Chat-Huant et Terre d’Ombre comprennent qu’ils ne vont pas avoir d’autre choix que celui de s’affronter pour tenter de survivre.

 

 

Mon avis :
Il existe en Espagne des lieux de fouilles, des gisements préhistoriques où des restes de Prénéandertaliens et Néandertaliens ont été trouvés ainsi que des preuves d'occupation ultérieures par des hommes de Cro-Magnon. C'est là que commence l'histoire, avec un enfant, seul, qui a survécu à son clan, et qui a dû sans cesse, dans un premier temps, trouver d'autres clans pour ne pas mourir de froid et de faim. Ceux du clan de la Grande Grotte, des Homo sapiens aussi appelés Peaux Sombres, l'ont nommé Chat-Huant. À quelque distance de là vivent des Néandertaliens à la peau et aux cheveux clairs, qui ont un enfant métis dans leur clan élevé et protégé par la Taiseuse qui lui fait office de mère. Il se nomme Terre d'Ombre, est brutalisé par les autres enfants qui se moquent de sa couleur. le racisme au paléolithique en somme. Mais aussi un peu plus tard il y aura l'enlèvement des Sabines version préhistorique.

Chat-Huant, maltraité par ceux du clan à part Traces de Pas le chef et Chêne le meilleur chasseur, car il n'est l'enfant de personne, se prend d'un vif intérêt pour L'Errant, un voyageur respecté et écouté qui passe sa vie à aller de clan en clan et qui, comme lui, semble ne pas avoir d'attaches. Il va finir par partir avec lui et découvrir le monde qui s'offre à eux à cette époque tout en se demandant quel secret il cache. D'ailleurs je me suis longuement demandé à quelle époque précisément se situait l'histoire et comme pendant longtemps je n'ai pas vu cette indication dans le roman, puis on apprend finalement que l'homme de Néandertal a disparu il y a environ 40 000 ans, info que j'ai aussi trouvé sur internet. Donc l'histoire se situe à peu près à cette période, lors du déclin des Néandertaliens. Époque où il y avait des rhinocéros laineux et des lions des cavernes.

Dans un premier temps j'ai été perturbée par le fait que les personnages s'expriment dans une langue construite. Je m'imaginais que les Homo sapiens avaient un langage plus que rudimentaire. Il semble que j'aie beaucoup à apprendre sur la préhistoire et de ses différentes périodes.

En tout début de livre il y a un plan avec les différentes grottes où on a trouvé de l'art pariétal et les lieux de vie des clans ainsi que le trajet effectué par L'Errant et Chat-Huant. Et puis au fil de la lecture, les nombreux renvois en bas de pages donnent de précieux renseignements archéologiques.
J'ai trouvé l'histoire assez lente, cependant on apprend énormément de choses sur l'histoire de l'humanité du paléolithique. C'est très intéressant de voir comment vivaient nos lointains ancêtres, dans la survie perpétuelle, à chercher sans cesse de la nourriture, des animaux à tuer, faire des réserves pour survivre à la saison froide. Les rites du chaman pour favoriser la chasse tout comme l'art pariétal, qui semblent avoir été comme un placebo car il mettait en confiance les chasseurs qui y croyaient. Mais pas que... la reproduction était, semble-t-il une préoccupation majeure, si trop peu d'enfants naissaient ou trop d'entre eux mourraient. Il apparaît que l'humanité s'est toujours inquiétée de la pérennité de l'espèce et peut-être que, comme raconté ici, les Néandertaliens se sont vus disparaître tout doucement. C'est ce qui amènera Terre d'Ombre et Chat-Huant à s'affronter un jour lointain, quand ils seront devenus des adultes accomplis, lorsque leurs routes se croiseront au bout de nombreuses lunes. Ce récit, écrit par un homme, fait aussi la part belle aux femmes, et ça, c'est pas tous les jours !

J'ai aimé ce roman car depuis toujours, quand je regarde la nature autour de moi, je ne peux m'empêcher de me demander comment c'était, à cet endroit précis, aux temps de l'homme des cavernes, notamment quand je regarde l'étang de Berre que je vois tous les jours. Je me demande aussi souvent comment ça sera dans cinq cents ans ou plus. Mais là, c'est une autre catégorie de roman.

 

Citations :

Page 97 : La nuit, on n’entendait pas que les ronflements dans la caverne. Il avait appris à distinguer d’autres sons : Frôlements, gémissements, petits râles. Et il savait depuis toujours ce qu’ils signifiaient. Les hommes montaient les femmes, comme il avait vu beaucoup d’animaux le faire, même les oiseaux.

 

Page 111 : Les chasseurs demeurèrent immobiles et observèrent le déplacement des bêtes jusqu’à ce qu’ils les perdent de vue, le long du ruisseau, en aval. Tous éprouvèrent en silence un sentiment d’admiration à l’égard de ces animaux si puissants. Chêne hocha la tête avec un sourire contenu exprimant l’effet que leur passage avait eu sur lui. L’Errant partageait cette émotion ; ils avançaient comme si rien sur la terre ne pouvait les arrêter.

 

Page 162 : À l’entrée de la Grotte aux Mains, il y avait tant de gens qu’il aurait fallu beaucoup de doigts aux mains et aux pieds pour les compter.

 

Page 234 : La première réaction du garçon avait été d’accepter avec humilité et une certaine timidité les éloges et les présents. Mais peut-être ce vieux ressentiment, cette rancœur nichée au cœur de son enfance orpheline, toutes ces années vécues en retrait, parce qu’il était le petit sans feu, le garçon sans clan et le chasseur sans compagnons, finirent-ils par bouillir en lui comme l’eau chargée de pierres brûlantes au point de déborder.

 

Page 242 : Il faut retarder le plus possible le moment où ils se lanceront à notre poursuite. Nous pourrons tout de même prendre un enfant pour le manger quand nous serons à l’abri, au sommet de la montagne.

 

Page 250 : Il n’eut aucun mal à convaincre les hommes d’aller bloquer le col. Ils parviendraient à tuer beaucoup de Peaux Sombres. Puis ils les mangeraient. En dévorant leur cœur et leur cervelle, ils deviendraient forts et indestructibles. Le vieux chaman leur apporta son soutien sans réserve.

 

Page 276 : Les chasseurs durent aller chercher du bois pour faire un grand feu, car ici il n’y en avait pas. Pendant ce temps, les chamans commencèrent leurs préparatifs. Ils formèrent un cercle de pierres et sélectionnèrent des rochers sur lesquels monter pour convoquer les esprits. En utilisant des galets comme les points qu’ils faisaient avec le doigt dans les grottes, ils tracèrent des lignes croisées semblables aux treillages recouvrant les pièges creusés dans la terre.

 

Page 306 : La Gardienne de la Déesse sortit la statuette de sa niche et la posa sur une pierre au milieu de l’herbe fraîche d’un petit pré. De la verdure, de la viande, toutes sortes d’offrandes et, bien sûr, le plus gros des saumons pêchés furent déposés tout autour. La Gardienne offrit le tout à la Mère en lui demandant la fertilité pour tous les êtres, ceux de l’air, ceux de l’eau, ceux de la terre, pour les arbres, les plantes, les bêtes et les êtres humains. Pour toutes les femmes dont les ventres devaient permettre à la vie de compenser ses pertes. Afin que les hardes, les troupeaux et les clans puissent croître.

 

 

 

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Mon avis : Les dents de la mer – Peter Benchley

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’américain par Alexis Nolent

 

Éditions Gallmeister - Collector

Date de sortie : 07/11/2024

431 pages

 

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Quatrième de couverture :

« Pour la première fois, la femme eut peur, sans savoir pourquoi. Une décharge d’adrénaline lui parcourut le torse et les membres, lui donnant une sensation de chaleur et l’incitant à nager plus vite. »

 

Amity, petite cité balnéaire du Massachusetts. Une nuit, une jeune fille disparaît. Son corps mutilé s’échoue le lendemain : une attaque de grand requin blanc, évènement rarissime tant les squales évitent habituellement de s’approcher des humains. Le chef de la police, Martin Brody, veut interdire les plages au public, mais il se heurte à une forte opposition car la survie économique de la ville dépend de la saison estivale. Brody cède, voulant croire à un accident isolé, mais deux nouvelles victimes viennent lui ouvrir les yeux. Brody doit se rendre à l’évidence : c’est un véritable monstre qui a élu domicile dans les eaux d’Amity, et il a pris goût à la chair humaine.

 

 

Mon avis :
Le doux frisson de la thalassophobie... Depuis presque toujours, je suis fascinée autant que terrifiée par la mer. Ce qui se passe sous la surface m'angoisse, surtout depuis que, enfant, j'ai vu
le loup des mers à la télé, série tirée d'un roman de Jack London. Autant dire que je n'ai jamais vu Les dents de la mer en entier. Je ne veux pas. Je ne peux pas. Mais un roman, c'est différent !

Je pense que quasiment personne n'a pu passer à côté de cette histoire de requin mangeur d'homme étant donné que ça a été énorme au moment de sa sortie au cinéma.
Amity, côte est des États-Unis, est une citée balnéaire dont la survit repose entièrement sur les deux mois d'été et les neuf mille estivants qui y viennent. C'est dire s'il faut absolument que ça soit attrayant ! Mais voilà qu'une saleté de requin morfal se met à dévorer les vacanciers qui barbotent dans la mer. Les autorités de la ville tentent de ne pas ébruiter l'affaire, pour des raisons financières bien entendu. Erreur fatale évidemment !

Des personnages intéressants, leurs vies distillées au compte-gouttes, le danger, les cas de conscience, la quête du requin, une narration dynamique, tout ça donne un roman très agréable à lire, bien loin de l'esbroufe hollywoodienne qui prend des livres pour en faire du grand spectacle tonitruant. Ici, il y a quelque chose d'intimiste, ou la psychologie des protagonistes est mise en avant. Cela dit, dans le film aussi peut-être. Je ne le saurai jamais car je refuse de le voir mais je sais que les films hollywoodien ne font pas dans la dentelle en général. Et puis il y a le suspense, avec ce squale, merveille de l'évolution, le parfait prédateur. Qui plus est, aquatique, ce que nous ne sommes pas, rend le tout tellement flippant ! En revanche et bien que je n'ai pas la moindre affection pour les requins, certains passages m'ont vraiment choquée. Car le pire prédateur reste l'être humain, qui tue pour s'amuser, avec parfois une infinie cruauté.

J'ai trouvé certain moments très oppressants alors qu'il n'était question que de la profondeur de l'eau, entrecoupée de bancs de sable, qui prend de l'ampleur peu à peu vers le large mais suffisamment près de la plage pour faire dresser les cheveux sur la tête. C'est là que l'imagination fait le travail et que l'estomac noué et les sueurs froides arrivent. J'en étais pourtant à attendre, avec masochisme, l'apparition du squale. Il y a cependant quelques inepties, un requin n'est pas un acrobate comme le dauphin... Mais l'auteur s'en explique en postface.

Et sinon, bonjour les sexisme qui s'ignore... Ah les années 70 ! Et celles d'avant tout comme les suivantes d'ailleurs, jusqu'à récemment :
"Fierté parce que, puisqu'elle était belle et jeune et qu'elle était mariée avec lui, elle lui donnait l'air d'un homme de goût et d'un séducteur ; tracas parce qu'elle avait réussi à rester belle en dépit de ses trois grossesses [...]. Aie !!!
On se doute, d'autres dingueries peuvent arriver. Et elles arrivent, heureusement de loin en loin. Mais cette vision des femmes m'a gonflée !

Ça ne m'a pas empêché d'aimer ce roman et le doux frisson de la terreur qu'il a su instiller en moi, malgré les quelques âneries distillées sur les requins et les femmes XD.

 

Citations :

Page 63 : — On a un atout dans notre manche. Mlle Watkins, c’était personne. Une vagabonde. Pas de famille, pas d’amis proches. Elle est venue en stop de l’Idaho. Elle ne manquera à personne.

 

Page 76 : Il était comme vidé, presque fiévreux. La peur, la culpabilité et la fureur se mélangeaient dans un accès de douleur aiguë. Il se sentait en même temps trahi et traître, tricheur et dupé. Un criminel forcé à commettre un crime, une prostituée non consentante. Il fallait que la faute retombe sur lui, alors qu’elle ne lui incombait pas. Elle revenait à Larry Vaughan et ses associés, quels qu’ils soient. Il avait voulu faire ce qu’il fallait, ils l’en avaient empêché. Mais qui étaient-ils pour l’y contraindre ? Et s’il ne pouvait pas tenir tête à Vaughan, quel genre de flic était-il ? Il aurait dû interdire les plages.

 

Page 146 : Les requins ont tout ce dont rêvent les scientifiques. Ils sont magnifiques — Dieu, ce qu’ils sont beaux ! Ils sont comme une machine incroyablement parfaite. Ils sont aussi gracieux que n’importe quel oiseau, et aussi mystérieux que n’importe quel animal sur la terre ferme. Personne ne sait vraiment combien de temps ils vivent ni à quelles impulsions — autres que la faim — ils répondent. Il y en a plus de deux cent cinquante espèces, et chacune est différente de l’autre.

 

 

 

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Mon avis : Le serment écarlate – Camille De Decker

Publié le par Fanfan Do

Éditions Beta Publisher

Date de sortie : 24/07/2026

456 pages

 

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Quatrième de couverture :

Elle n'aurait jamais dû se retrouver à bord du Dragon Rouge.

En 1842, Hong Kong n'est encore qu'un rocher arraché à la Chine par les canons britanniques. Catherine Melville ne connaît rien à la mer, à la guerre, et encore moins à la perle qu'elle porte autour du cou. Perle qui attise, sans qu'elle le sache, des convoitises qu'elle est loin de comprendre.

Hung Faa, capitaine de la flotte rouge, protégée du Roi Dragon, elle, se doute de sa valeur, mais ignore ce qu'il lui en coûtera.

Entre ces deux femmes que tout oppose quelque chose se noue sur les eaux de la mer de Chine. Quelque chose qui n'a pas de nom dans les langues de l'Empire, d'aussi irrationnel que les jiaoren qui rôdent sous la surface. Et d'aussi inévitable.

 

 

 

Mon avis :
1842, Hong Kong n'est encore qu'une île peuplée de pêcheurs et depuis peu occupée par le Royaume Uni à qui la Chine l'a cédée et qui doit devenir une base stratégique pour le commerce avec l'Extrême-Orient. William Jardine, Taï Pan de son état, compte en faire un lieu qui dépassera Londres en beauté. Mais comme les occidentaux, partout où ils vont, n'abandonnent jamais les frivolités, Margareth Jardine et son amie Catherine Melville vont essayer leurs robes pour le bal qui doit avoir lieu prochainement. Margareth en profite pour proposer à son amie de porter sa perle en pendentif pour le bal tandis qu'elle portera quelque-chose de plus voyant. Mais voilà, cette perle est un signe de reconnaissance pour un projet funeste, et peut-être bien plus qu'une simple perle.

En réalité, les deux amies vont, un peu contre leur gré au départ, changer d'univers du tout au tout vers de nouveaux horizons, avoir un aperçu d'un avenir beaucoup plus trépidant que la vie toute tracée qu'on a décidé pour elles, et découvrir ce qu'elles n'auraient pu imaginer dans leurs plus beaux rêves : le libre arbitre, mais aussi la liberté d'aimer qui on veut sans se préoccuper des diktats des sociétés occidentales bigotes et conformistes, et surtout patriarcales.

J'ai été immédiatement embarquée dans le tourbillon de ce roman qui sent l'aventure à plein nez dès les premières lignes. Des créatures légendaires, jiaoren, dragon, wupo, Xiangliu, les embruns du large, des mangroves, une pirate aux yeux vairons, Hung Faa, femme et capitaine d'un bateau pirate, la fleur rouge des mers du Sud, tatouée, charismatique, flegmatique et fascinante, des femmes de caractère, un jeu de dupes et de la magie, le tout à Hong Kong, Macao, et en mer de Chine, lieux qui me font rêver depuis toujours.

C'est un roman envoûtant pour qui aime la Chine et ses légendes. Un roman d'aventures, qui ne laisse pas un instant de répit, car le danger vient de partout, autant des créatures surnaturelles que des Britanniques qui sont en pays conquis. Et une fin à laquelle je ne m'attendais pas du tout. J'ai énormément aimé !

 

Citations :

Page 20 : — Un corset n’est point destiné à être confortable, Miss, répondit Whitmore affublé de son éternel sourire professionnel.

Margaret retint un léger soupir de désapprobation, frustrée de ne pouvoir échapper à la règle qui régissait la mode anglaise : une femme élégante souffre en silence.

 

Page 56 : — Mesdames, Messieurs, déclara Pottinger, ce soir marque le commencement d’une ère nouvelle pour cette île. Hong Kong n’est plus un simple promontoire rocheux battu par les vents. Elle est désormais un territoire de Sa Majesté. Et nous avons le devoir d’y établir non seulement le commerce, mais l’ordre, la civilisation et la prospérité.

 

Page 200 : — On nous a dit toute notre vie que certaines choses étaient contre nature et contre Dieu. Mais Cathy, si Dieu avait voulu punir ces gens-là, ce n’est pas le temps qui lui a manqué. Et il n’a toujours rien fait.

 

 

 

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Mon avis : Habibi Beyrouth – Manal Salamé

Publié le par Fanfan Do

Éditions la tribu

Date de sortie : 04/03/2026

320 pages

 

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Quatrième de couverture :

« Souvenez-vous d’une chose, Amal. En France comme au Liban, vous serez toujours arabe. Et musulmane. »

 

« Un matin, je me suis réveillée en rêvant que je ne parlais plus l’arabe. J’ai compris qu’il fallait rentrer. »
Après dix-sept ans en France, loin de son pays natal, Amal revient à Beyrouth pour obtenir une carte d’identité. Mais ce qui ne devait être qu’une simple formalité se révèle beaucoup plus compliqué que prévu et Amal doit prolonger son séjour.
Ses démarches administratives la conduisent des rues palpitantes de la capitale jusqu’au sud du pays, dans son village familial désormais tenu d’une main de fer par le Hezbollah. Elle devra affronter ce qu’elle avait fui : la tyrannie des apparences, les sales rumeurs réservées aux femmes non mariées et sans enfants. La traversée de ce pays aussi beau que tourmenté devient un voyage au cœur de la mémoire et des blessures de l’exil.

 

 

 

Mon avis :
Après dix-sept ans d'absence, Amal revient au Liban, à Beyrouth , ville suppliciée depuis toujours. Aussi loin que je me rappelle, Beyrouth a servi de champ de bataille. Quand j'étais enfant, dans les années 70, aux infos on voyait cette ville dévastée par la guerre. Il semble que ce soit son terrible destin. Donc un jour, Amal revient, un certain temps après l'explosion du port de Beyrouth, paraît-il pour obtenir une carte d'identité libanaise dont on apprendra plus tard la réelle motivation. Mais elle découvre un Liban différent, l'aéroport rebaptisé en hommage à l'imam Khomeiny, un portrait d'un général iranien érigé en martyr, puis en de nombreux endroits, l'étendard jaune du Hezbollah. Oui, c'est dur de revenir longtemps après... car les lieux qu'on a connus ne sont plus exactement les mêmes, c'est un crève-cœur, presque un deuil.

Au fil de ses retrouvailles avec ses proches elle égraine ses souvenirs et nous déroule sa vie un peu nomade, même au temps où ça ne dépendait pas d'elle. La petite enfance à Riyad en Arabie Saoudite, puis le Liban pays de son père, alors que celui de sa mère est l'Algérie.
On passe d'une époque à l'autre, comme dans une danse un peu folle, où elle évoque le mélange des langues, arabe, français, anglais. Et on se dit que c'est un coin du monde multiculturel où les senteurs orientales font rêver et agitent les papilles. La narratrice nous emmène chez ses grands-parents, en vacances, l'été au Liban, et nous restitue l'ambiance magique de l'enfance, quand rien n'est pareil au quotidien et que tout, même les plus petits détails comme un gâteau, une odeur, la mer, représentent le bonheur. Puis sa période estudiantine à Beyrouth, quand on a le sentiment d'entrer dans le monde adulte mais pas tout à fait, et sa rencontre avec Tino, le beau mec qui pue le mauvais parti à plein nez.

"Sur une carte, le Liban fait la taille d'un timbre-poste. Mais en y regardant de plus près, cette mosaïque abrite 18 confessions, toutes reconnues officiellement, même si elles ne dénombrent qu'une poignée d'adeptes. Car ici, chaque centième de décimale compte."
Tiraillement entre deux cultures, deux pays. La liberté en France de faire ce que l'on veut, et le poids des traditions au Liban, qui pèse, beaucoup plus sur les femmes, évidemment, alors que la honte rejaillit inévitablement sur toute la famille. Sans oublier les souvenirs des amis d'enfance en Arabie Saoudite, qui eux aussi étaient des expatriés, de Syrie, d'Arménie, d'Égypte... et celles et ceux du Liban, Joumana qui très tôt a su quel s'était son destin de femme libanaise : mariage, enfants, divorce puis réussite sociale et liberté, dans cet ordre là. Wissam, l'étudiant en psycho, hyper politisé qui manifeste et rêve de révolte, comme tant d'étudiants là-bas.

Il y a quelque-chose de déchirant dans ce récit comme d'être écartelé entre deux cultures, parfois même bien avant d'avoir quitté celle d'origine, vivre comme une occidentale et être jugée comme une orientale, la peur de décevoir et blesser ses parents, ne pas réellement savoir ce que l'on veut ni où on a envie d'être.
Il me semble que c'est une richesse cette pluriculturalité, même si ça ressemble à un très long chemin intérieur à effectuer.
On apprend beaucoup sur le Liban, pays que j'ai toujours vu exister à travers les actualités mais dont j'ignorais presque tout.
J'ai vraiment adoré cette histoire, qui, de toute évidence est très inspirée de celle de l'autrice.

 

Citations :

Page 39 : Deux coups de klaxon m’interpellent à chaque mètre. C’est ainsi que les chauffeurs de taxi vous invitent à grimper à l’arrière de leurs vieilles Mercedes à plaques rouges. J’ai toujours détesté cette façon qu’ils ont de serrer les trottoirs à l’affût du client. Vous pouvez les envoyer sur les roses d’un haussement de tête et de sourcils et d’un claquement de langue : »Tsk ! » Mais ils insisteront, pencheront la tête, et vous offriront une mine défaite dans l’espoir de vous faire changer d’avis. Et, derrière eux, d’autres taxis répéteront la même parade.

 

Page 48 : — Dix-sept ans… Dix-sept. C’est long.

Ces années qui nous séparent de notre dernière embrassade, j’ignore combien elles ont duré dans sa tête. Pour moi, elles ont glissé en un battement de cils. Savoir que les miens sont à l’abri et en bonne santé m’a suffi tout ce temps-là.

 

Page 70 : Il est beau, et pue le mauvais parti à plein nez. Je sais qu’en l’abordant, je ferai ce que je sais faire de pire quand un type me plaît : me perdre.

 

Page 163 : — Beyrouth est presque belle ce soir.

— Beyrouth c’est masculin, non ? Demande Théo.

— J’en sais rien. Et franchement, on s’en fout. Cette ville a tout d’une meuf.

— Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

— Parce que c’est une vieille pute que tout le monde a violée. Et malgré ça, elle tient debout. Elle explose de colère à force de se faire maltraiter, mais elle nous survivra tous.

 

Page 257 : — Tu vois Amal ? C’est ça le problème avec les étrangers. Ils aiment nos femmes, nos falafels et notre musique. Ils viennent nous civiliser et nous donner des leçons de démocratie. Et se font une renommée chez eux avec les histoires qu’ils racontent de nous.

 

 

 

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