Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Mon avis : Le chant du bison – Antonio Pérez Henares

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’espagnol par Anne-Carole Grillot

 

Éditions J’ai Lu

Date de sortie : 02/03/2022

608 pages

 

Mon avis sur Insta c'est ici

 

Quatrième de couverture :

Chat-Huant est encore jeune lorsqu’il voit arriver dans sa grotte celui que l’on surnomme l’Errant, que tout le monde craint et respecte. La solitude du petit garçon et son intelligence poussent le grand homme à l’emmener avec lui dans son long périple.

Un voyage initiatique commence alors pour le jeune Homo sapiens, qui découvre de nouvelles contrées, de nouveaux horizons, de nouveaux clans, leur art, le pouvoir des femmes… Il va aussi s’approcher de la vallée des Premiers Hommes où vivent Terre d’Ombre et les Néandertaliens.

Mais alors que les Lunes de glace deviennent de plus en plus rudes, alors que chaque nuit est une occasion de mourir, Chat-Huant et Terre d’Ombre comprennent qu’ils ne vont pas avoir d’autre choix que celui de s’affronter pour tenter de survivre.

 

 

Mon avis :
Il existe en Espagne des lieux de fouilles, des gisements préhistoriques où des restes de Prénéandertaliens et Néandertaliens ont été trouvés ainsi que des preuves d'occupation ultérieures par des hommes de Cro-Magnon. C'est là que commence l'histoire, avec un enfant, seul, qui a survécu à son clan, et qui a dû sans cesse, dans un premier temps, trouver d'autres clans pour ne pas mourir de froid et de faim. Ceux du clan de la Grande Grotte, des Homo sapiens aussi appelés Peaux Sombres, l'ont nommé Chat-Huant. À quelque distance de là vivent des Néandertaliens à la peau et aux cheveux clairs, qui ont un enfant métis dans leur clan élevé et protégé par la Taiseuse qui lui fait office de mère. Il se nomme Terre d'Ombre, est brutalisé par les autres enfants qui se moquent de sa couleur. le racisme au paléolithique en somme. Mais aussi un peu plus tard il y aura l'enlèvement des Sabines version préhistorique.

Chat-Huant, maltraité par ceux du clan à part Traces de Pas le chef et Chêne le meilleur chasseur, car il n'est l'enfant de personne, se prend d'un vif intérêt pour L'Errant, un voyageur respecté et écouté qui passe sa vie à aller de clan en clan et qui, comme lui, semble ne pas avoir d'attaches. Il va finir par partir avec lui et découvrir le monde qui s'offre à eux à cette époque tout en se demandant quel secret il cache. D'ailleurs je me suis longuement demandé à quelle époque précisément se situait l'histoire et comme pendant longtemps je n'ai pas vu cette indication dans le roman, puis on apprend finalement que l'homme de Néandertal a disparu il y a environ 40 000 ans, info que j'ai aussi trouvé sur internet. Donc l'histoire se situe à peu près à cette période, lors du déclin des Néandertaliens. Époque où il y avait des rhinocéros laineux et des lions des cavernes.

Dans un premier temps j'ai été perturbée par le fait que les personnages s'expriment dans une langue construite. Je m'imaginais que les Homo sapiens avaient un langage plus que rudimentaire. Il semble que j'aie beaucoup à apprendre sur la préhistoire et de ses différentes périodes.

En tout début de livre il y a un plan avec les différentes grottes où on a trouvé de l'art pariétal et les lieux de vie des clans ainsi que le trajet effectué par L'Errant et Chat-Huant. Et puis au fil de la lecture, les nombreux renvois en bas de pages donnent de précieux renseignements archéologiques.
J'ai trouvé l'histoire assez lente, cependant on apprend énormément de choses sur l'histoire de l'humanité du paléolithique. C'est très intéressant de voir comment vivaient nos lointains ancêtres, dans la survie perpétuelle, à chercher sans cesse de la nourriture, des animaux à tuer, faire des réserves pour survivre à la saison froide. Les rites du chaman pour favoriser la chasse tout comme l'art pariétal, qui semblent avoir été comme un placebo car il mettait en confiance les chasseurs qui y croyaient. Mais pas que... la reproduction était, semble-t-il une préoccupation majeure, si trop peu d'enfants naissaient ou trop d'entre eux mourraient. Il apparaît que l'humanité s'est toujours inquiétée de la pérennité de l'espèce et peut-être que, comme raconté ici, les Néandertaliens se sont vus disparaître tout doucement. C'est ce qui amènera Terre d'Ombre et Chat-Huant à s'affronter un jour lointain, quand ils seront devenus des adultes accomplis, lorsque leurs routes se croiseront au bout de nombreuses lunes. Ce récit, écrit par un homme, fait aussi la part belle aux femmes, et ça, c'est pas tous les jours !

J'ai aimé ce roman car depuis toujours, quand je regarde la nature autour de moi, je ne peux m'empêcher de me demander comment c'était, à cet endroit précis, aux temps de l'homme des cavernes, notamment quand je regarde l'étang de Berre que je vois tous les jours. Je me demande aussi souvent comment ça sera dans cinq cents ans ou plus. Mais là, c'est une autre catégorie de roman.

 

Citations :

Page 97 : La nuit, on n’entendait pas que les ronflements dans la caverne. Il avait appris à distinguer d’autres sons : Frôlements, gémissements, petits râles. Et il savait depuis toujours ce qu’ils signifiaient. Les hommes montaient les femmes, comme il avait vu beaucoup d’animaux le faire, même les oiseaux.

 

Page 111 : Les chasseurs demeurèrent immobiles et observèrent le déplacement des bêtes jusqu’à ce qu’ils les perdent de vue, le long du ruisseau, en aval. Tous éprouvèrent en silence un sentiment d’admiration à l’égard de ces animaux si puissants. Chêne hocha la tête avec un sourire contenu exprimant l’effet que leur passage avait eu sur lui. L’Errant partageait cette émotion ; ils avançaient comme si rien sur la terre ne pouvait les arrêter.

 

Page 162 : À l’entrée de la Grotte aux Mains, il y avait tant de gens qu’il aurait fallu beaucoup de doigts aux mains et aux pieds pour les compter.

 

Page 234 : La première réaction du garçon avait été d’accepter avec humilité et une certaine timidité les éloges et les présents. Mais peut-être ce vieux ressentiment, cette rancœur nichée au cœur de son enfance orpheline, toutes ces années vécues en retrait, parce qu’il était le petit sans feu, le garçon sans clan et le chasseur sans compagnons, finirent-ils par bouillir en lui comme l’eau chargée de pierres brûlantes au point de déborder.

 

Page 242 : Il faut retarder le plus possible le moment où ils se lanceront à notre poursuite. Nous pourrons tout de même prendre un enfant pour le manger quand nous serons à l’abri, au sommet de la montagne.

 

Page 250 : Il n’eut aucun mal à convaincre les hommes d’aller bloquer le col. Ils parviendraient à tuer beaucoup de Peaux Sombres. Puis ils les mangeraient. En dévorant leur cœur et leur cervelle, ils deviendraient forts et indestructibles. Le vieux chaman leur apporta son soutien sans réserve.

 

Page 276 : Les chasseurs durent aller chercher du bois pour faire un grand feu, car ici il n’y en avait pas. Pendant ce temps, les chamans commencèrent leurs préparatifs. Ils formèrent un cercle de pierres et sélectionnèrent des rochers sur lesquels monter pour convoquer les esprits. En utilisant des galets comme les points qu’ils faisaient avec le doigt dans les grottes, ils tracèrent des lignes croisées semblables aux treillages recouvrant les pièges creusés dans la terre.

 

Page 306 : La Gardienne de la Déesse sortit la statuette de sa niche et la posa sur une pierre au milieu de l’herbe fraîche d’un petit pré. De la verdure, de la viande, toutes sortes d’offrandes et, bien sûr, le plus gros des saumons pêchés furent déposés tout autour. La Gardienne offrit le tout à la Mère en lui demandant la fertilité pour tous les êtres, ceux de l’air, ceux de l’eau, ceux de la terre, pour les arbres, les plantes, les bêtes et les êtres humains. Pour toutes les femmes dont les ventres devaient permettre à la vie de compenser ses pertes. Afin que les hardes, les troupeaux et les clans puissent croître.

 

 

 

Voir les commentaires

Mon avis : Les dents de la mer – Peter Benchley

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’américain par Alexis Nolent

 

Éditions Gallmeister - Collector

Date de sortie : 07/11/2024

431 pages

 

Mon avis sur Insta c'est ici

 

Quatrième de couverture :

« Pour la première fois, la femme eut peur, sans savoir pourquoi. Une décharge d’adrénaline lui parcourut le torse et les membres, lui donnant une sensation de chaleur et l’incitant à nager plus vite. »

 

Amity, petite cité balnéaire du Massachusetts. Une nuit, une jeune fille disparaît. Son corps mutilé s’échoue le lendemain : une attaque de grand requin blanc, évènement rarissime tant les squales évitent habituellement de s’approcher des humains. Le chef de la police, Martin Brody, veut interdire les plages au public, mais il se heurte à une forte opposition car la survie économique de la ville dépend de la saison estivale. Brody cède, voulant croire à un accident isolé, mais deux nouvelles victimes viennent lui ouvrir les yeux. Brody doit se rendre à l’évidence : c’est un véritable monstre qui a élu domicile dans les eaux d’Amity, et il a pris goût à la chair humaine.

 

 

Mon avis :
Le doux frisson de la thalassophobie... Depuis presque toujours, je suis fascinée autant que terrifiée par la mer. Ce qui se passe sous la surface m'angoisse, surtout depuis que, enfant, j'ai vu
le loup des mers à la télé, série tirée d'un roman de Jack London. Autant dire que je n'ai jamais vu Les dents de la mer en entier. Je ne veux pas. Je ne peux pas. Mais un roman, c'est différent !

Je pense que quasiment personne n'a pu passer à côté de cette histoire de requin mangeur d'homme étant donné que ça a été énorme au moment de sa sortie au cinéma.
Amity, côte est des États-Unis, est une citée balnéaire dont la survit repose entièrement sur les deux mois d'été et les neuf mille estivants qui y viennent. C'est dire s'il faut absolument que ça soit attrayant ! Mais voilà qu'une saleté de requin morfal se met à dévorer les vacanciers qui barbotent dans la mer. Les autorités de la ville tentent de ne pas ébruiter l'affaire, pour des raisons financières bien entendu. Erreur fatale évidemment !

Des personnages intéressants, leurs vies distillées au compte-gouttes, le danger, les cas de conscience, la quête du requin, une narration dynamique, tout ça donne un roman très agréable à lire, bien loin de l'esbroufe hollywoodienne qui prend des livres pour en faire du grand spectacle tonitruant. Ici, il y a quelque chose d'intimiste, ou la psychologie des protagonistes est mise en avant. Cela dit, dans le film aussi peut-être. Je ne le saurai jamais car je refuse de le voir mais je sais que les films hollywoodien ne font pas dans la dentelle en général. Et puis il y a le suspense, avec ce squale, merveille de l'évolution, le parfait prédateur. Qui plus est, aquatique, ce que nous ne sommes pas, rend le tout tellement flippant ! En revanche et bien que je n'ai pas la moindre affection pour les requins, certains passages m'ont vraiment choquée. Car le pire prédateur reste l'être humain, qui tue pour s'amuser, avec parfois une infinie cruauté.

J'ai trouvé certain moments très oppressants alors qu'il n'était question que de la profondeur de l'eau, entrecoupée de bancs de sable, qui prend de l'ampleur peu à peu vers le large mais suffisamment près de la plage pour faire dresser les cheveux sur la tête. C'est là que l'imagination fait le travail et que l'estomac noué et les sueurs froides arrivent. J'en étais pourtant à attendre, avec masochisme, l'apparition du squale. Il y a cependant quelques inepties, un requin n'est pas un acrobate comme le dauphin... Mais l'auteur s'en explique en postface.

Et sinon, bonjour les sexisme qui s'ignore... Ah les années 70 ! Et celles d'avant tout comme les suivantes d'ailleurs, jusqu'à récemment :
"Fierté parce que, puisqu'elle était belle et jeune et qu'elle était mariée avec lui, elle lui donnait l'air d'un homme de goût et d'un séducteur ; tracas parce qu'elle avait réussi à rester belle en dépit de ses trois grossesses [...]. Aie !!!
On se doute, d'autres dingueries peuvent arriver. Et elles arrivent, heureusement de loin en loin. Mais cette vision des femmes m'a gonflée !

Ça ne m'a pas empêché d'aimer ce roman et le doux frisson de la terreur qu'il a su instiller en moi, malgré les quelques âneries distillées sur les requins et les femmes XD.

 

Citations :

Page 63 : — On a un atout dans notre manche. Mlle Watkins, c’était personne. Une vagabonde. Pas de famille, pas d’amis proches. Elle est venue en stop de l’Idaho. Elle ne manquera à personne.

 

Page 76 : Il était comme vidé, presque fiévreux. La peur, la culpabilité et la fureur se mélangeaient dans un accès de douleur aiguë. Il se sentait en même temps trahi et traître, tricheur et dupé. Un criminel forcé à commettre un crime, une prostituée non consentante. Il fallait que la faute retombe sur lui, alors qu’elle ne lui incombait pas. Elle revenait à Larry Vaughan et ses associés, quels qu’ils soient. Il avait voulu faire ce qu’il fallait, ils l’en avaient empêché. Mais qui étaient-ils pour l’y contraindre ? Et s’il ne pouvait pas tenir tête à Vaughan, quel genre de flic était-il ? Il aurait dû interdire les plages.

 

Page 146 : Les requins ont tout ce dont rêvent les scientifiques. Ils sont magnifiques — Dieu, ce qu’ils sont beaux ! Ils sont comme une machine incroyablement parfaite. Ils sont aussi gracieux que n’importe quel oiseau, et aussi mystérieux que n’importe quel animal sur la terre ferme. Personne ne sait vraiment combien de temps ils vivent ni à quelles impulsions — autres que la faim — ils répondent. Il y en a plus de deux cent cinquante espèces, et chacune est différente de l’autre.

 

 

 

Voir les commentaires

Mon avis : Le serment écarlate – Camille De Decker

Publié le par Fanfan Do

Éditions Beta Publisher

Date de sortie : 24/07/2026

456 pages

 

Mon avis sur Insta c'est ici

 

Quatrième de couverture :

Elle n'aurait jamais dû se retrouver à bord du Dragon Rouge.

En 1842, Hong Kong n'est encore qu'un rocher arraché à la Chine par les canons britanniques. Catherine Melville ne connaît rien à la mer, à la guerre, et encore moins à la perle qu'elle porte autour du cou. Perle qui attise, sans qu'elle le sache, des convoitises qu'elle est loin de comprendre.

Hung Faa, capitaine de la flotte rouge, protégée du Roi Dragon, elle, se doute de sa valeur, mais ignore ce qu'il lui en coûtera.

Entre ces deux femmes que tout oppose quelque chose se noue sur les eaux de la mer de Chine. Quelque chose qui n'a pas de nom dans les langues de l'Empire, d'aussi irrationnel que les jiaoren qui rôdent sous la surface. Et d'aussi inévitable.

 

 

 

Mon avis :
1842, Hong Kong n'est encore qu'une île peuplée de pêcheurs et depuis peu occupée par le Royaume Uni à qui la Chine l'a cédée et qui doit devenir une base stratégique pour le commerce avec l'Extrême-Orient. William Jardine, Taï Pan de son état, compte en faire un lieu qui dépassera Londres en beauté. Mais comme les occidentaux, partout où ils vont, n'abandonnent jamais les frivolités, Margareth Jardine et son amie Catherine Melville vont essayer leurs robes pour le bal qui doit avoir lieu prochainement. Margareth en profite pour proposer à son amie de porter sa perle en pendentif pour le bal tandis qu'elle portera quelque-chose de plus voyant. Mais voilà, cette perle est un signe de reconnaissance pour un projet funeste, et peut-être bien plus qu'une simple perle.

En réalité, les deux amies vont, un peu contre leur gré au départ, changer d'univers du tout au tout vers de nouveaux horizons, avoir un aperçu d'un avenir beaucoup plus trépidant que la vie toute tracée qu'on a décidé pour elles, et découvrir ce qu'elles n'auraient pu imaginer dans leurs plus beaux rêves : le libre arbitre, mais aussi la liberté d'aimer qui on veut sans se préoccuper des diktats des sociétés occidentales bigotes et conformistes, et surtout patriarcales.

J'ai été immédiatement embarquée dans le tourbillon de ce roman qui sent l'aventure à plein nez dès les premières lignes. Des créatures légendaires, jiaoren, dragon, wupo, Xiangliu, les embruns du large, des mangroves, une pirate aux yeux vairons, Hung Faa, femme et capitaine d'un bateau pirate, la fleur rouge des mers du Sud, tatouée, charismatique, flegmatique et fascinante, des femmes de caractère, un jeu de dupes et de la magie, le tout à Hong Kong, Macao, et en mer de Chine, lieux qui me font rêver depuis toujours.

C'est un roman envoûtant pour qui aime la Chine et ses légendes. Un roman d'aventures, qui ne laisse pas un instant de répit, car le danger vient de partout, autant des créatures surnaturelles que des Britanniques qui sont en pays conquis. Et une fin à laquelle je ne m'attendais pas du tout. J'ai énormément aimé !

 

Citations :

Page 20 : — Un corset n’est point destiné à être confortable, Miss, répondit Whitmore affublé de son éternel sourire professionnel.

Margaret retint un léger soupir de désapprobation, frustrée de ne pouvoir échapper à la règle qui régissait la mode anglaise : une femme élégante souffre en silence.

 

Page 56 : — Mesdames, Messieurs, déclara Pottinger, ce soir marque le commencement d’une ère nouvelle pour cette île. Hong Kong n’est plus un simple promontoire rocheux battu par les vents. Elle est désormais un territoire de Sa Majesté. Et nous avons le devoir d’y établir non seulement le commerce, mais l’ordre, la civilisation et la prospérité.

 

Page 200 : — On nous a dit toute notre vie que certaines choses étaient contre nature et contre Dieu. Mais Cathy, si Dieu avait voulu punir ces gens-là, ce n’est pas le temps qui lui a manqué. Et il n’a toujours rien fait.

 

 

 

Voir les commentaires

Mon avis : Habibi Beyrouth – Manal Salamé

Publié le par Fanfan Do

Éditions la tribu

Date de sortie : 04/03/2026

320 pages

 

Mon avis sur Insta c'est ici

 

Quatrième de couverture :

« Souvenez-vous d’une chose, Amal. En France comme au Liban, vous serez toujours arabe. Et musulmane. »

 

« Un matin, je me suis réveillée en rêvant que je ne parlais plus l’arabe. J’ai compris qu’il fallait rentrer. »
Après dix-sept ans en France, loin de son pays natal, Amal revient à Beyrouth pour obtenir une carte d’identité. Mais ce qui ne devait être qu’une simple formalité se révèle beaucoup plus compliqué que prévu et Amal doit prolonger son séjour.
Ses démarches administratives la conduisent des rues palpitantes de la capitale jusqu’au sud du pays, dans son village familial désormais tenu d’une main de fer par le Hezbollah. Elle devra affronter ce qu’elle avait fui : la tyrannie des apparences, les sales rumeurs réservées aux femmes non mariées et sans enfants. La traversée de ce pays aussi beau que tourmenté devient un voyage au cœur de la mémoire et des blessures de l’exil.

 

 

 

Mon avis :
Après dix-sept ans d'absence, Amal revient au Liban, à Beyrouth , ville suppliciée depuis toujours. Aussi loin que je me rappelle, Beyrouth a servi de champ de bataille. Quand j'étais enfant, dans les années 70, aux infos on voyait cette ville dévastée par la guerre. Il semble que ce soit son terrible destin. Donc un jour, Amal revient, un certain temps après l'explosion du port de Beyrouth, paraît-il pour obtenir une carte d'identité libanaise dont on apprendra plus tard la réelle motivation. Mais elle découvre un Liban différent, l'aéroport rebaptisé en hommage à l'imam Khomeiny, un portrait d'un général iranien érigé en martyr, puis en de nombreux endroits, l'étendard jaune du Hezbollah. Oui, c'est dur de revenir longtemps après... car les lieux qu'on a connus ne sont plus exactement les mêmes, c'est un crève-cœur, presque un deuil.

Au fil de ses retrouvailles avec ses proches elle égraine ses souvenirs et nous déroule sa vie un peu nomade, même au temps où ça ne dépendait pas d'elle. La petite enfance à Riyad en Arabie Saoudite, puis le Liban pays de son père, alors que celui de sa mère est l'Algérie.
On passe d'une époque à l'autre, comme dans une danse un peu folle, où elle évoque le mélange des langues, arabe, français, anglais. Et on se dit que c'est un coin du monde multiculturel où les senteurs orientales font rêver et agitent les papilles. La narratrice nous emmène chez ses grands-parents, en vacances, l'été au Liban, et nous restitue l'ambiance magique de l'enfance, quand rien n'est pareil au quotidien et que tout, même les plus petits détails comme un gâteau, une odeur, la mer, représentent le bonheur. Puis sa période estudiantine à Beyrouth, quand on a le sentiment d'entrer dans le monde adulte mais pas tout à fait, et sa rencontre avec Tino, le beau mec qui pue le mauvais parti à plein nez.

"Sur une carte, le Liban fait la taille d'un timbre-poste. Mais en y regardant de plus près, cette mosaïque abrite 18 confessions, toutes reconnues officiellement, même si elles ne dénombrent qu'une poignée d'adeptes. Car ici, chaque centième de décimale compte."
Tiraillement entre deux cultures, deux pays. La liberté en France de faire ce que l'on veut, et le poids des traditions au Liban, qui pèse, beaucoup plus sur les femmes, évidemment, alors que la honte rejaillit inévitablement sur toute la famille. Sans oublier les souvenirs des amis d'enfance en Arabie Saoudite, qui eux aussi étaient des expatriés, de Syrie, d'Arménie, d'Égypte... et celles et ceux du Liban, Joumana qui très tôt a su quel s'était son destin de femme libanaise : mariage, enfants, divorce puis réussite sociale et liberté, dans cet ordre là. Wissam, l'étudiant en psycho, hyper politisé qui manifeste et rêve de révolte, comme tant d'étudiants là-bas.

Il y a quelque-chose de déchirant dans ce récit comme d'être écartelé entre deux cultures, parfois même bien avant d'avoir quitté celle d'origine, vivre comme une occidentale et être jugée comme une orientale, la peur de décevoir et blesser ses parents, ne pas réellement savoir ce que l'on veut ni où on a envie d'être.
Il me semble que c'est une richesse cette pluriculturalité, même si ça ressemble à un très long chemin intérieur à effectuer.
On apprend beaucoup sur le Liban, pays que j'ai toujours vu exister à travers les actualités mais dont j'ignorais presque tout.
J'ai vraiment adoré cette histoire, qui, de toute évidence est très inspirée de celle de l'autrice.

 

Citations :

Page 39 : Deux coups de klaxon m’interpellent à chaque mètre. C’est ainsi que les chauffeurs de taxi vous invitent à grimper à l’arrière de leurs vieilles Mercedes à plaques rouges. J’ai toujours détesté cette façon qu’ils ont de serrer les trottoirs à l’affût du client. Vous pouvez les envoyer sur les roses d’un haussement de tête et de sourcils et d’un claquement de langue : »Tsk ! » Mais ils insisteront, pencheront la tête, et vous offriront une mine défaite dans l’espoir de vous faire changer d’avis. Et, derrière eux, d’autres taxis répéteront la même parade.

 

Page 48 : — Dix-sept ans… Dix-sept. C’est long.

Ces années qui nous séparent de notre dernière embrassade, j’ignore combien elles ont duré dans sa tête. Pour moi, elles ont glissé en un battement de cils. Savoir que les miens sont à l’abri et en bonne santé m’a suffi tout ce temps-là.

 

Page 70 : Il est beau, et pue le mauvais parti à plein nez. Je sais qu’en l’abordant, je ferai ce que je sais faire de pire quand un type me plaît : me perdre.

 

Page 163 : — Beyrouth est presque belle ce soir.

— Beyrouth c’est masculin, non ? Demande Théo.

— J’en sais rien. Et franchement, on s’en fout. Cette ville a tout d’une meuf.

— Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

— Parce que c’est une vieille pute que tout le monde a violée. Et malgré ça, elle tient debout. Elle explose de colère à force de se faire maltraiter, mais elle nous survivra tous.

 

Page 257 : — Tu vois Amal ? C’est ça le problème avec les étrangers. Ils aiment nos femmes, nos falafels et notre musique. Ils viennent nous civiliser et nous donner des leçons de démocratie. Et se font une renommée chez eux avec les histoires qu’ils racontent de nous.

 

 

 

Voir les commentaires

Mon avis : Les Oxenberg & les Bernstein – Catalin Mihuleac

Publié le par Fanfan Do

Traduit du roumain par Marily Le Nir

 

Éditions Noir sur Blanc

Date de sortie : 02/04/2020

302 pages

 

Mon avis sur Insta c'est ici

 

Quatrième de couverture :

« Ici repose pour l’éternité Joseph Bernstein, le rabbin des produits vintage. Si vous allez au Paradis, faites appel à lui pour une paire d’ailes bonnes et pas chères, story included. Si vous vous retrouvez en Enfer, des cornes et des sabots comme chez lui, vous n’en trouverez nulle part. »


Voici une famille de Juifs américains, les Bernstein, qui a réussi à Washington DC dans les années 1990 grâce au commerce en gros de vêtements vintage. Persuadés que tout, désormais, des habits aux idées en passant par les sentiments, est plus ou moins de « seconde main », ils s’efforcent de ne voir dans le passé qu’une valeur ajoutée.
Soixante ans plus tôt, de l’autre côté de l’Atlantique, les Oxenberg achèvent de se hisser parmi la bonne société de la ville de Iași, dans l’étrange royaume de Roumanie. Jacques Oxenberg, dont on vante « les doigts beethovéniens », est le meilleur obstétricien de la région. Il vient d’offrir une auto à son épouse, laquelle lui a donné deux beaux enfants. Un gramophone égaye les soirées de leur jolie maison, mais dehors… les voix rauques de la haine commencent à gronder.
Lorsque la riche Dora Bernstein et son fils Ben se rendront à Iași, durant l’été de 2001, les deux histoires se rejoindront, entre secrets de famille et zones d’ombre de la mémoire collective.

 

Catalin Mihuleac, né en 1960 à Iasi, dans le nord-est de la Roumanie, a travaillé une demi-douzaine d'années en tant que géologue. A la chute du régime communiste, il a entamé une carrière de journaliste, tout en publiant ses premiers textes satiriques. La parution de son roman Les Oxenberg & les Bernstein fut un événement en Roumanie, ainsi qu'en Allemagne où l'on a salué sa très grande originalité et sa force narrative imparable pour évoquer l'un des plus grands tabous de l'histoire roumaine contemporaine, le pogrom de Iasi.

 

 

Mon avis :
Dans les années 90, Sânziana Stipiuc jeune femme roumaine, épouse Ben, juif américain d'origine roumaine, séduite par la petite patate qui lui sert de nez, et devient Suzie aux États-Unis. Les Bernstein sont spécialisés dans la vente seconde main de produits vintage.
Soixante ans plus tôt en Roumanie, Jacques Oxenberg, gynécologue et adepte des césariennes car, selon lui, elles préservent la féminité des épouses, ne voit pas la dangereuse montée de l'antisémitisme. Le bon docteur "vaginard", comme les mauvaises langues le surnomment, et son épouse, n'entendent pas la haine qui monte et ne voient pas arriver cette déferlante de fanatisme anti juifs sur le pays.
On avance dans le roman sans qu'à priori il n'y ait le moindre lien entre ces deux familles, leur seul point commun étant la Roumanie.

Dès les premières lignes j'ai senti que j'allais aimer car le ton facétieux de l'auteur m'a remplie de joie !
Mais rapidement j'ai été un peu perdue quant aux lieux, époques et personnages. Bizarrement, c'est la quatrième de couverture qui m'a remise sur les rails, alors que souvent elle en dit trop, ici elle a été mon guide. J'ai été abasourdie par l'antisémitisme galopant et assumé en Roumanie, d'un niveau que je n'imaginais pas possible. J'ai adoré l'humour caustique de l'auteur sur la famille : "L'air confiné de la vie conjugale est confronté au délicat zéphyr de l'inconnu.", en me doutant qu'il n'allait pas s'arrêter là. La sexualité et la lubricité hors mariage y passent aussi avec une certaine poésie. Et je dois dire que je me suis bien marrée. Car tout y passe... le mariage, la société, l'humanité, la religion. L'auteur s'en moque avec énormément de talent.

Pourtant lorsqu'on arrive à la troisième partie l'envie de rire disparaît. On découvre, un fait dont personnellement j'ignorais l'existence, le pogrom de Iaşi perpétré par des Roumains sur des Roumains en 1941. De la haine à l'état pur doublée d'une convoitise crasse qui me fait m'interroger sur l'inhumanité ou bien est-ce précisément ce qui fait de nous ce que nous sommes : des humains ! Capables du pire, et surtout d'une cruauté doublée d'une perversion extrêmes, induites par une aversion que rien ne justifie. L'auteur rend hommage aux femmes, profanées, souillées, avilies, pourfendues, en ces temps agités, auxquelles jamais aucun monument n'est consacré, pas plus que le moindre témoignage national n'est rendu. Victimes des "besoins" et de l'avidité des hommes, oubliées volontairement, par je ne sais quel mépris de genre.

Pour résumer, j'ai trouvé ce livre incroyablement bien écrit, avec un humour qui m'a infiniment plu, une page d'histoire que je ne connaissais pas qui m'a glacé le sang. Malgré cela je n'ai pas vraiment accroché. J'ai l'impression d'être restée à la porte. Alors que beaucoup de choses m'ont bouleversée dans cette histoire.

Mais pourquoi dit-on homo homini lupus ? Aucun loup ne mérite une telle insulte.

Ah mais quelle belle écriture pour nous raconter cette histoire de deux familles, tantôt drôle, tantôt effroyable !
Quand j'ai refermé ce livre, je me suis dit que j'allais devoir laisser décanter un peu. Ça a été un ascenseur émotionnel. Il y a eu des moments un peu longs à mon goût, mais aussi de grandes émotions et des douleur extrêmes. Et cette fin !.. Magnifique, bouleversante et inattendue qui rachète amplement ces moments de monotonie que j'ai pu ressentir.

 

Citations :

Page 30 : La jeune femme riait comme une star, la gorge bombée, la tête en arrière, permettant aux dents en or d’envoyer des signaux au soleil d’avril.

 

Page 61 : L’effervescence de ces années-là donne naissance, dans la Roumanie masculine, à une intuition respectable et durable : celle de la Maîtresse. Sur ce point aussi, le pays doit bien s’aligner sur les normes internationales. Rois, ministres, écrivains, professeurs d’université, banquiers, industriels, mettent en lumière la distinction entre la femme pondeuse à la maison, à la mamelle desséchée au fil des ans, et la femme d’à côté, au sein bombé comme l’aile d’une auto. L’air confiné de la vie conjugale est confronté au délicat zéphyr de l’inconnu.

 

Page 111 : Les applaudissements parcourent la salle comme des essaims de machines à coudre Singer. Jacques est le seul spectateur à ne pas rire ni taper dans ses mains. La pièce ne lui plaît pas. Des répliques mathématiquement calculées, le rire comme résolution d’équations simples ou plus complexe… Des paradoxes fabriqués sous licence, comme on produit des automobiles Ford à Bucarest.

 

Page 124 : Jacques entend dire que de plus en plus de Juifs sont retenus auprès des organes supérieurs de la police, au motif qu’ils seraient communistes ou collaborateurs des Soviétiques. Il apprend aussi que certains sont pris par le colback et sont jetés du train en marche. Ça fait quoi, d’être balancé d’un train ?

 

Page 172 : Ça fait toute une vie que je pense à ce Hitler. Il ressort maintenant des dires de son médecin qu’il souffrait d’abominables flatulences. Enfin, je dois dire que c’était surtout son entourage qui souffrait. Il mitraillait du derrière sans arrêt. Pour l’apaiser un peu, on lui prescrivait une poudre à base de mort-aux-rats.

 

Page 269 : Un adage sans bien-fondé prétendrait que Dieu a des projets pour elle. Quelle idiotie ! Dieu — quel Dieu ? — n’a de projets pour personne. C’est un joueur de roulette, un bohème, un violoniste qui se produit dans les bistrots, payé en vin et en eau-de-vie pour sa musique confuse.

 

 

 

Voir les commentaires

Mon avis : Quand on eut mangé le dernier chien – Justine Niogret

Publié le par Fanfan Do

Éditions J’ai Lu

Date de sortie : 21/08/2024

192 pages

 

Mon avis sur Insta c'est ici

 

Quatrième de couverture :

"Ninnis n'avait jamais mis les pieds sur la glace. Mertz non plus n'avait jamais arpenté le Sud. Mawson les avait vus découvrir les détails dont lui-même s'était nourri quelques années avant : le hoosh, les sastrugi, les finnesko, la tente de bambou, la vilaine flamme verte du Primus. Il savait à quel point les mots ne servaient à rien pour comprendre puisqu'ils étaient une façon de communiquer entre les Hommes et que le Sud était par essence totalement inhumain".

En 1911, l'explorateur anglais Douglas Mawson et ses deux compagnons partent en traîneau pour une longue mission de cartographie des confins de l'Antarctique. Dès le début, les conditions atmosphériques sont épouvantables, forçant l'équipage à déployer des efforts surhumains pour progresser. A la fois désastre et prouesse, l'histoire de l'expédition de l'Est lointain restera dans les mémoires comme l'une des survies en milieu hostile les plus inouïes qui soient.

 

Née en 1979, Justine Niogret est romancière et traductrice. Elle a notamment reçu le Grand Prix de l'Imaginaire pour Chien du Heaume, disponible aux Éditions J'ai lu.

 

 

Mon avis :
Au moment de commencer ce livre je me suis demandé si je n'allait pas le regretter. Manger ses chiens... quelle horreur !
1911. Trois hommes : Mawson, Ninnis et Mertz en expédition dans les confins de l'Antarctique avec dix-sept chiens et deux traîneaux.
Depuis toujours je me demande ce qui pousse des humains à parcourir des distances énormes dans des lieux épouvantablement froid, absolument pas fait pour la vie. Une telle expédition ne peut être que souffrance et angoisse, entre les ponts de neige qui s'effondrent, les crevasses cachées par la neige, les blizzard qui envoie des minuscules morceaux de glace qui piquent la peau comme des aiguilles, les engelures, la cécité des neiges, les chiens qui se blessent gravement... un chien blessé est un chien perdu et sans les chiens pas de survie possible pour les explorateurs. Et moi qui, depuis toujours, vois les chiens comme les animaux les plus gentils du monde, ils nous sont présentés ici comme des brutes sanguinaires, prêtes à s'entredévorer.

À mesure que j'avançais dans l'histoire, le sentiment de folie pure ne m'a pas lâchée. L'Antarctique, c'est la mort, la négation de toute vie, l'endroit sur terre absolument pas fait pour les vivants. J'ai pensé que ces explorateurs étaient fous et masochistes. Aller vers autant de souffrance est au delà de ma compréhension. Car c'est précisément la descente aux enfers de ces hommes et de leur attelage à laquelle on assiste et c'est effroyable.

Partant d'une expédition qui a réellement existé,
Justine Niogret nous décrit cette lutte pour la survie, et cette agonie, avec réalisme et minutie, c'est glaçant. J'ai pensé à l'odeur de la mort, sans doute présente bien avant la fin qui semblait se profiler... on assiste en effet tout doucement à la déliquescence des corps jusqu'à l'effondrement de l'esprit, c'est bouleversant. J'ai repensé à une photo que j'avais vue quand j'étais petite et qui m'avait secouée, les mains sans doigts de Maurice Herzog à son retour de l'Annapurna. Faut-il aimer l'aventure pour payer un tel prix !

 

Citations :

Page 12 : Mawson tenait des journaux avec une régularité de moine et il y avait écrit que la banquise ressemblait à un crépuscule de fin du monde. Il avait rayé ces mots presque rageusement, les trouvant justes, mais minuscules. Ils ne contenaient rien. Ils ne disaient pas la vérité.

 

Page 14 : On aurait eu du mal à le deviner, mais ici, la sueur était un ennemi acharné. Tout se détrempait en permanence, et les matières pourrissaient. La laine restait relativement indemne, mais le cuir, les fourrures et les peaux, au contact de la moiteur et de l’humidité des chairs, reprenaient leur cycle naturel de pourrissement cadavérique : les sacs de couchage étaient vite changés en charogne, ainsi que les bottes et les pantalons de phoque.

 

Page 77 : Lorsqu’ils sortirent enfin, la tente était enterrée sous la neige. Il leur fallut trois heures pour dégager les chiens et lorsqu’ils eurent fini, ils virent que l’un d’eux avait tout simplement disparu. Ils cherchèrent un sentiment quelconque sur le museau des douze qui restaient : une honte, une gêne, un aveu. Mais il n’y avait rien : que leur faim et leur nature de brute. Un silence parfait, noyé de secrets inaccessibles aux trois hommes.

 

 

 

Voir les commentaires

Mon avis : Viendra le temps du feu – Wendy Delorme

Publié le par Fanfan Do

Éditions Cambourakis

Date de sortie : 03/03/2021

272 pages

 

Mon avis sur Insta c'est ici

 

Quatrième de couverture :

« Elles étaient toutes brisées et pourtant incassables. Elles existaient ensemble comme un tout solidaire, un orchestre puissant, les organes noués en ordre aléatoire, un grand corps frémissant. Et j’étais l’une d’entre elles. »
Une société totalitaire aux frontières closes, bordée par un fleuve. Sur l’autre rive subsistent les vestiges d’une communauté de résistantes inspirée des Guérillères de Monique Wittig. Dans la capitale du territoire fermé, divers personnages se racontent, leurs aspirations, leurs souvenirs, comment survivre, se cacher et se faufiler dans un monde où les livres sont interdits.
Une dystopie où se reflètent les crises que nous traversons aujourd’hui. Un roman choral poétique et incandescent, où l’on parle d’émancipation des corps, d’esprit de révolte et de sororité. Un hommage à la littérature et à son potentiel émancipateur et subversif.

 

 

Mon avis :
Un futur sinistre où il est question de réarmement démographique sous peine d'être maltraité, pénalisé socialement. C'est déjà le cas dans nos sociétés quand on ne veut pas d'enfant, ou pas trop jeune. La société juge les femmes qui ne veulent pas procréer. Comme si le ventre des femmes appartenait à la collectivité. Dans ce récit c'est pareil, mais un degré au dessus dans l'odieux. Deux virgule cinq enfants par femme, c'est ce qui est exigé. Ils appellent ça contribuer.

Ève, Louise, Grâce, Rosa, Raphaël nous parlent du monde de demain, leur monde, dans lequel ceux qui ont déjà un peu vécu ont dû faire le deuil de celui qu'ils avaient connu. Dans ce futur proche, trop proche, les livres sont interdits car ils font soi-disant trop de peine. Ils rappellent tout ce qui a été perdu. Ce monde perdu c'est le nôtre. Il y ressemble tellement. Et ce futur sépulcral semble tellement probable. J'ai l'impression d'être à minuit moins une de cet effroyable avenir, ce lendemain funeste.

Ce roman chorale nous emporte chapitre après chapitre dans les tristes vies et les souvenirs de ces gens qui n'ont pas de droits, pas d'espoir et on sent la chape de plomb que représente une telle existence. Il y a les Autres, ceux qui vivent à l'abri, qui s'enferment la nuit, puis les laissés pour compte. La police qui arrête, matraque, brutalise et parfois torture, au service du pouvoir aux lieu d'être au service du peuple.
Un état où on ne veut voir qu'une tête, le petit doigt sur la couture du pantalon, et des individus en paire autrement dit en couple, résignés, qui font des enfants.

Les mécanismes de la dépossession à l'œuvre. Répression, destruction, appropriation et censure sont le mode de gouvernance.
Des termes agricoles sont utilisés : moisson (d'enfants), reproduction.
Une histoire remplie d'odeurs, de sensations, de colère, d'électricité, d'interdits, et de si peu d'espoir mais d'une forme de rage.
Les hommes n'ont plus le droit de s'aimer entre eux ni les femmes entre elles pas plus que n'ont le droit d'exister les trans. Tout ce qui n'est pas l'hétérosexualité est réprimé dans la violence et la torture, voire la mort. Et tous les hétérosexuels reçoivent l'injonction de se reproduire, travailler et vivre sans passion. L'esprit, le corps et le cœur propriété de l'État.
Heureusement, la résistance s'organise. Certains veulent reprendre possession de leur vie, de leur libre arbitre, de leur futur.

J'ai eu la sensation d'être en hypnose pendant ma lecture tant tout ce que j'y ai lu est ce qui nous attend si on ne réagit pas. Car il me semble que depuis des décennies nous sommes des grenouilles mise dans l'eau froide sous laquelle on a allumé le gaz.
J'ai dévoré ce roman qui m'a fait du bien d'un côté car je me dit que jusqu'ici tout va bien (c'est pourtant pas vrai), on n'est pas encore complètement dans la merde. Mais ça m'a fait mal aussi parce qu'on y va tout droit, la planète étant dirigée par des ultrariches égocentriques, cyniques, cupides, racistes, sexistes, homophobes, climatoseptiques, pollueurs, menteurs et on pourrait continuer longtemps comme ça. Il n'y a qu'à écouter Renaud qui, en 1985, chantait
[...] Quelques vieux malades
Imbéciles et grabataires
Se partagent l'univers [...]
Rien ne va mieux. Triste perspective. Mais tant qu'il y aura des résistances, des livres à lire et la possibilité de se cultiver...
Une très belle écriture au service d'un cri d'alarme que n'entendent pas ceux qui le devraient.

 

Citations :

Page 48 : Partir est chose facile. Il suffit de donner aux gardes postés là sa carte d’identité et tout bien qu’on possède. On ne peut emmener qu’un sac de nourriture et un de vêtements. Une fois qu’on a franchi le poste après le pont, on ne revient plus.

 

Page 50 : Le grand génie de notre époque et de ceux qui la gouvernent, c’est de nous avoir fait croire que nous vivions en paix quand ils lâchaient des bombes sur d’autres continents. Quand des bombes artisanales ont explosé ici, la surprise était générale. Comment ? On nous voulait du mal ? Mais qu’avions nous fait pour mériter cela ?

 

Page 105 : Tu nous parlais parfois, à moi et à mes frères, quand nous étions petits, de tel film ou série que tu aimais enfant, de tel lieu visité avec tes parents, et puis tu t’arrêtais au milieu de ta phrase, comme prise au dépourvu. Et je sais maintenant qu’un abîme s’ouvrait à l’intérieur de toi lorsque tu évoquais le monde qui n’est plus. Il y avait des vides, des lacunes de mémoire, des absences de possibles.

 

Page 121 : Tout me semblait pavé trop régulièrement jusqu’au bout de la route, j’avais développé une conscience aiguë de chaque borne à mon horizon. J’allais faire des enfants. Les élever comme ma mère a élevé les siens. Travailler la journée, faire à manger le soir, réviser les devoirs avec mes petits, réapprendre un par un tous les alinéas du Pacte national, qu’on nous a fait absorber chaque jour à l’école. Et mes filles allaient faire exactement pareil.

 

Page 149 : Marcia avait l’art d’éluder les questions. On supposait qu’elle fuyait l’opprobre familiale pour s’être comportée comme le font les garçons.

 

 

 

Voir les commentaires

Mon avis : L’attaque des dauphins tueurs – Julien Campredon

Publié le par Fanfan Do

 

Éditions Monsieur Toussaint Louverture

Date de sortie : 20/10/2011

128 pages

 

Quatrième de couverture :

D'une station balnéaire menacée par des dauphins obsédés et bohèmes, aux différents risques à passer un pacte avec le diable dans le milieu de la recherche bio-médicale où tout le monde se marche dessus, en passant par un livre uruguayen à faire infuser et capable de résoudre tous les problèmes de logement, Julien Campredon nous offre ici cinq nouvelles parfaitement troussées, qui attrapent le bon sens au lasso et le retournent comme un petit veau avant de le faire rôtir au barbecue. Dans la continuité de Brûlons tous ces punks pour l'amour des elfes, l'auteur, toujours armé d'une imagination et d'une langue débridées, fait souffler un vent littéraire nouveau, chaud, drôle et grinçant sur les travers de la société moderne.

 

 

Mon avis :
Des dauphins tueurs, ce n'est vraiment pas l'idée qu'on se fait de ces animaux, que l'on aime énormément, grâce à Flipper il faut bien le reconnaître et c'est ce qui m'a attirée dans ce livre. Mais le titre n'est que celui d'une des nouvelles. Ce court recueil de nouvelles panachées de fantastique, mâtiné d'humour, m'a appelée parce que c'est un mélange que j'aime énormément, tout comme SF et humour.
Je trouve toujours hasardeux et difficile de tenter un avis sur un recueil de nouvelles. J'ai commencé ma lecture en ignorant si j'y parviendrais.

Un médecin vaniteux et méprisant à l'haleine fétide affirme soigner les mouches du vieillissement.

Un homme dans les difficultés financières et qui semble aimer les livres fantasme sur la supposée richesse des écrivains et de ce fait les jalouse, achète un livre très spécial.

Un fantôme bétonneur fou qui recouvre toutes les surfaces végétales.

Une tempête, la loi martiale et l'interdiction de manger des poissons sans traçabilité donc de manger autre chose que de la nourriture industrielle. Jean-Kevin qui danse, danse, danse quand des dauphins altermondialistes arrivent.

Un homme critique les cons mais se rend compte qu'il en est un aussi, lorsqu'un retraité débarque dans son jardin pour le cultiver.

L'ensemble me dit qu'il n'est jamais bon de prendre des vessies pour des lanternes (oups mais quelle vieille expression) ni de vouloir l'impossible au risque de se fourvoyer, mais surtout ne jamais se croire plus malin que ce qu'on est. Mais en réalité je n'ai pas compris le sens de toutes les nouvelles. Certaines me sont restées obscures car sans queue ni tête m'a-t-il semblé. À moins qu'il ne soit question d'excès de zèle et d'autoritarisme de la part des "élites" (je déteste ce mot si méprisant pour le peuple, comme si nous étions des crétins et eux des génies). Quant à la dernière...

 

Citations :

Page 29 : J’adorais la Librairie Dubreuil, Dubreuil & Dubreuil où même les vieux bois étaient arrogants, et le silence qui régnait dans ce havre de superbe vous donnait la certitude d’être plus malin que les mortels défilant de l’autre côté de la vitrine, dans cette rue à l’image d’une vie jonchée de crottes de chiens.

 

Page 82 : Tu vois, à ce que dit mon père, les dauphins, c’est comme les hippies et les gauchistes.

 

 

 

Voir les commentaires

Mon avis : Heureux comme jamais – Guillaume Chamanadjian

Publié le par Fanfan Do

Éditions Aux Forges de Vulcain

Date de sortie : 13/03/2026

190 pages

 

Mon avis sur Insta c'est ici

 

Quatrième de couverture :

à bord du Space Dragon, vaisseau spatial contenant le dernier espoir de l’humanité, les places sont chères. Seuls les ultrariches ont pu embarquer pour fuir une Terre au bord de l’extinction. Noah a grandi sur le vaisseau en compagnie de son père, seul ingénieur de maintenance autorisé à embarquer. Formée pour prendre sa relève, elle occupe ses journées à travailler et à écouter la musique d’un monde passé avec BINS-42, son IA de compagnie.

Un jour, alors qu’elle assiste malgré elle à une réunion top-secrète avec les quatre têtes pensantes du Space Dragon, Noah apprend l’existence d’un message en provenance de la Terre. L’humanité est loin d’être aussi éteinte qu’on le croyait et cette nouvelle provoque au sein du vaisseau une guerre de pouvoir sans pitié.

 

 

Mon avis :
Le Space Dragon a quitté la Terre qui n'était plus vivable, emportant à son bord uniquement les ultrariches, et juste un ingénieur de maintenance et sa fille. Là je me demande, pourquoi les plus riches ? Les pires humains sont destinés à survivre, ailleurs... pour aller détruire une autre planète ? Mais c'est vrai que les ultrariches peuvent tout se permettre. Et ceux-là se sont tellement tout permis qu'ils sont devenus des criminels climatiques. Ça rappelle furieusement certains individus, suivez mon regard outre-Atlantique surtout un certain Mickey, qui pique des colères oranges, MDR ! Évidemment, ces ultrariches qui ont fui la Terre après l'avoir saccagée n'ont pas oublié de conserver leur arrogance et sont restés les pires connards de la galaxie. N'est-ce pas Elon ! Car ils ont prévu d'aller terraformer un petit satellite, un bout de caillou mort dans l'univers pour s'y installer.

Donc, Jonathan Simmons, le seul ingénieur du vaisseau a enseigné le métier à sa fille Noah. Elle a pour unique ami BINS-42, une IA, qui n'est pas réellement comme un ami mais le seul, à part son père, avec qui elle a des conversations. Et cette IA est très spéciale ! Et très drôle. Je l'ai adorée !!
Mais quand des milliardaires qui se haïssent en viennent à vouloir s'entretuer dans un vaisseau spatial, qui est évidemment infiniment plus petit et confiné que la Terre, Noah et BINS-42 ont toutes les raisons de s'inquiéter. Enfin, pas BINS-42, c'est une IA. Mais...
La satire de ces riches connards m'a ravie et m'a fait beaucoup rire. Après tout, on les voit sans arrêt aux infos où ils nous consternent, c'est très bien qu'on nous fasse rire sur leurs épouvantables travers qui sont quand même d'un très haut niveau, comme l'égocentrisme, la manipulation, le mensonge, le narcissisme, la méchanceté, le mépris envers le reste de l'humanité, mais surtout une incommensurable bêtise et un pouvoir de nuisance illimité auquel s'ajoute une extrême cupidité, car hélas ils n'en ont jamais assez.

Alors là j'ai eu la délicieuse impression d'être dans une ambiance à la Guide du routard galactique (eh oui, c'était ce titre quand je l'ai lu au début des années 80) avec cette IA complètement barrée qui m'a beaucoup amusée. J'ai adoré cette histoire ! J'avais besoin de m'amuser pour me changer les idées et j'avais envie de science fiction. J'ai eu ce que je voulais. J'ai vraiment passé un excellent moment. Et pourquoi ce besoin d'une dystopie alors que la Terre brûle ? Parce que ça m'aide à penser qu'on a encore une petite marge avant le point de non-retour et ça me rassure un tout petit peu.

 

Citations :

Page 79 : Et j’ai eu beau assister à la chute de millions et de millions de civilisations à travers l’espace-temps, c’est bien la première fois que j’observe une espèce qui a eu l’occasion de s’anéantir elle-même des dizaines de milliers de fois, et qui choisit la voie la plus lente et la plus douloureuse : l’asphyxie de son propre habitat.

 

 

 

Voir les commentaires

Mon avis : La Malédiction du Grand-Saint-Antoine – Patrick Mouton

Publié le par Fanfan Do

25 mai 1720 : la peste entre à Marseille

 

Éditions Autres Temps

Date de sortie : 22/11/2001

128 pages

 

Mon avis sur Insta c'est ici

 

Quatrième de couverture :

Le 25 mai 1720, un navire marchand, le Grand-Saint-Antoine, apparaît à l’horizon du port de Marseille. Il termine un long périple en Méditerranée orientale. Il est très attendu pour sa cargaison. Mais dans cette dernière, les germes de la peste attendent patiemment leur heure !

La population marseillaise va être brutalement dévastée par le mal imparable et incurable. Ce sera ensuite le tour de la Provence. Cette dernière grande épidémie du monde occidental fera au total près de cent mille victimes !

Écrit comme un roman mais sans rien perdre de la réalité historique, ce livre retrace jour après jour, l’ultime voyage de Grand-Saint-Antoine. Il explique comment, par la simple cupidité humaine, la peste a pu s’introduire si facilement dans un grand port comme Marseille, se jouant de tous ses systèmes de défense, considérés pourtant, dans un XVIIIe siècle rayonnant, comme les plus sûrs de la Méditerranée !

Avec ce livre, le lecteur revit au présent l’une des périodes les plus tragiques de l’histoire de Marseille.

 

 

Mon avis :
Dès les premières pages on constate une chose avec certitude : 1720 ou aujourd'hui, l'appât du gain a toujours primé sur la santé du plus grand nombre. La peste est arrivé à Marseille pour des raisons financières. Ceux qui l'ont importée savaient. Ou bien étaient-ils dans le déni ?
Pourtant, le maximum était fait pour limiter les risques. Dans chaque port, au moment du départ, une patente est remise au capitaine sur laquelle est indiqué le niveau de risque quant à la peste en fonction de cas déclarés ou non. Cette patente doit être montrée dans chaque port où le bateau accoste. Donc, le capitaine sait. Et les autorités aussi. Seyde, Tripoli, Chypre, Larnaca, les patentes sont nettes. Pourtant un Turc est mort à bord, mais sans que personne ne sache de quoi.

Avant l'arrivée du navire à Marseille, l'auteur nous raconte la ville à l'époque et nous donne des repères pour aujourd'hui, mais cite aussi Cassis, les calanques, la Côte Bleue, Carry, l'Estaque qui n'étaient que des hameaux...
Et on voyage dans l'histoire de Marseille et de toute la côte, à l'est et a l'ouest.
Lorsque l'auteur nous décrit la peste et ses ravages successifs au cours des siècles, l'absence totale de connaissance et de compréhension de cette maladie, on comprend aisément la terreur absolue qu'elle provoquait au sein des populations. Puisqu'on ne sait pas la guérir, il fallait l'empêcher d'arriver.
"Au début du XVIIIe siècle, donc, Marseille est considérée dans toute l'Europe méridionale comme le nec plus ultra en matière de défense passive contre la peste. Plus qu'une réputation, un exemple à suivre, bâti sur plusieurs siècles d'efforts, menés dans ce domaine par les responsables de la bonne ville."
Malgré tout cela, une série de manquements, que l'auteur nous détaille, va permettre à la peste d'entrer dans Marseille et provoquer une hécatombe qui se répand dans toute la Provence.

Très intéressant bien qu'un peu rébarbatif car assez technique dans un premier temps, j'ai fini par voyager dans ce récit avec plaisir. En effet on apprend beaucoup sur l'époque et sur Marseille et ses habitants.

 

Citations :

Page 21 : En 1720, ces pirates sont essentiellement des musulmans, des barbaresques comme on dit alors, à la solde de l’Empire ottoman et faisant de villes comme Alger, Bougie ou Tunis, les bases de départ de leurs chebecs. Des bateaux élancés, rapides et remontant correctement au vent, parfaitement adaptés aux actes de brigandage menés par ceux qui les manœuvrent.

 

Page 22 : La peste ! La voilà, la hideuse qui a déjà frappé Marseille pas moins de seize fois depuis le début de l’ère chrétienne. Les trois dernières explosions sont relativement récentes : 1630, 1649, 1650, avec huit mille morts pour cette dernière date, soixante-dix ans avant le voyage du Grand-Saint-Antoine.

 

Page 46 : Généralement, leurs maisons sont regroupées face aux grandes madragues, ces filets longs de plusieurs centaines de mètres, calés à poste fixe de juin à octobre pour capturer les poissons de passage : daurades, loups et, surtout, thons rouges, dont les migrations regroupent plusieurs milliers d’individus, certains dépassant les trois-cents kilos. Instauré dès l’Antiquité, le système des madragues se termine dans un vaste rectangle appelé la « chambre de la mort » et donne lieu à des scènes de pêche particulièrement spectaculaires et… sanglantes, dans une atmosphère de fête barbare.

 

Page 50 : Flotte de combat à double visage que ces galères ! D’un côté, voici l’aristocratie des officiers, capitaines, lieutenants, sous-lieutenants et enseignes, presque tous recrutés dans la haute noblesse provençale. Faire carrière dans cette arme, y gagner du galon au combat constitue un honneur de privilégié. De l’autre, c’est la chiourme, faite de galériens de tout poil, qui en constitue le moteur humain : 260 hommes par galère, enchaînés à leur banc, Turcs reconnaissables à leur crâne rasé surmonté d’un toupet en forme de chignon, assassins, voleurs, « sales gueules » tout simplement ; ne dit-on pas alors « avoir physionomie de galère. Sans oublier les protestants et, d’une manière générale, tous les maladroits qui ont fait un mauvais choix politique ou religieux.

 

Page 55 : Peste ! Épouvantable peste ! Quel fléau au cours des âges a frappé plus durement les hommes, leur laissant, outre de grands vides démographiques, une véritable psychose, gravée dans l’esprit depuis la nuit des temps ?

 

Page 93 : Le port est recouvert d’un immense tapis de chiens et de chats tués à la hâte, le bruit s’étant répandu que ce sont eux qui véhiculent le mal.

 

 

 

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 > >>