Mon avis : Les impatientes - Djaïli Amadou Amal
Éditions Emmanuelle Colas
Mon avis sur Insta c'est ici
Quatrième de couverture :
Trois femmes, trois histoires, trois destins liés. Ce roman polyphonique retrace le destin de la jeune Ramla, arrachée à son amour pour être mariée à l’époux de Safira, tandis que Hindou, sa sœur, est contrainte d’épouser son cousin. Patience !
C’est le seul et unique conseil qui leur est donné par leur entourage, puisqu’il est impensable d’aller contre la volonté d’Allah. Comme le dit le proverbe peul : « Au bout de la patience, il y a le ciel. » Mais le ciel peut devenir un enfer. Comment ces trois femmes impatientes parviendront-elles à se libérer ?
Mariage forcé, viol conjugal, consensus et polygamie : ce roman de Djaïli Amadou Amal brise les tabous en dénonçant la condition féminine au Sahel et nous livre un roman bouleversant sur la question universelle des violences faites aux femmes.
Née dans l’extrême nord du Cameroun, Djaïli Amadou Amal est peule et musulmane. Mariée à 17 ans, elle a connu tout ce qui fait la difficulté de la vie des femmes au Sahel. Conteuse hors pair, elle a été lauréate du Prix de la meilleure auteure africaine 2019 et du Prix Orange du livre en Afrique 2019. Publiée pour la première fois en France, c’est une des valeurs sûres de la littérature africaine.
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Pourquoi j'ai voulu lire ce livre :
Cadeau de Noël de la part de ma fille ; histoire de femmes, de la conditions des femmes en Afrique, le genre de sujet qui me passionne et me révolte depuis toujours.
Mon avis :
Djaïli Amadou Amal nous prend par la main pour nous emmener dans les vies sans joie de Ramla, Hindou et Safira à travers leurs propres voix, au Sahel.
Dans cette société totalement patriarcale, les femmes doivent s'accommoder d'une vie faite de compromis. S'écraser pour rester, pour ne pas être répudiée de ces foyers polygames. Être patientes ; quel euphémisme en regard du sacrifice qu'on leur impose !
Elles ont des vies terribles, faites de soumission, et pourtant c'est ce que souhaitent la plupart d'entre elles, car c'est le poids de la tradition.
On suit l'histoire et le désespoir de Ramla, la narratrice, qui rêvait d'un autre destin que le mariage forcé comme les femmes de son peuple, notamment faire des études pour être pharmacienne et épouser Aminou qu'elle avait choisi et qui l'avait choisie, mais aussi l'histoire de Hindou sa demi-sœur, narratrice à son tour de son propre malheur. Puis Safira nous raconte sa vie de douleur.
Elles n'ont pas voie au chapitre dans ce monde où les hommes décident de tout. Ils soumettent les femmes par l'intimidation, le chantage, la culpabilité, la religion.
C'est un roman dur, pour les femmes mais peut-être aussi pour tout homme qui se respecte, tout homme qui aime et respecte sa mère, sa sœur, sa femme, sa fille.
Je compatis tellement avec ces femmes, moi qui ai grandi dans une famille majoritairement masculine dans laquelle il n'y a jamais eu de machisme, de sexisme ou d'injustice. J'avais les mêmes droits que mes frères et droit aux mêmes rêves, ma mère était l'égale de mon père.
Dans cette société là, les femmes ne comptent pas. Pire, elles se détestent. Au sein des foyers polygames, les femmes sont dans des luttes de pouvoirs. Arnaquées jusqu'au bout par cette société faite par les hommes et pour les hommes. Mais qu'elle doit être triste et vide la vie de ces hommes aussi, sans sentiments, sans amour, sans empathie.
Quel en est le sens finalement ?
Un livre qui se dévore et vous prend à la gorge du début à la fin, pour ces femmes, petites sœurs de misère, victimes des hommes et qui pourtant s'entre-déchirent.
Citations :
Page 17 : « Craignez votre Dieu.
« Soyez soumises à votre époux.
« Épargnez vos esprits de la diversion.
« Soyez pour lui une esclave et il vous sera captif.
Page 50 : Le mariage n'est pas qu'une question de sentiment. Au contraire. C'est d'abord, et avant tout, l'alliance de deux familles. C'est aussi une question d'honneur, de responsabilité, de religion – et j'en passe.
Page 73 : Ô mon père ! Tu dis connaître l'islam sur le bout des doigts. Tu nous obliges à être voilées, à accomplir nos prières, à respecter nos traditions, alors pourquoi ignores-tu délibérément ce précepte du Prophète qui stipule que le consentement d'une fille à son mariage est obligatoire ?
Page 75 : Ô ma mère ! Que c'est dur d'être une fille, de toujours donner le bon exemple, de toujours obéir, de toujours se maîtriser, de toujours patienter !
Page 121 : J'ai piétiné mes rêves pour mieux embrasser mes devoirs.
Page 172 : Ouvre les yeux, Safira ! M'a-t-il dit. La polygamie est normale et même indispensable pour le bon équilibre du foyer conjugal. Tous les hommes importants ont plusieurs épouses. Même les plus pauvres en ont.
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