Dans un monde en guerre... Un monde inconnu qui pourrait être celui de la Première Guerre Mondiale, ou au contraire une guerre du futur, un escadron de 5 hommes essaie de survivre aux menaces qui les guettent dans leur traversée d'un no man's land qui semble sans fin. Les 5 hommes avaient déjà des problèmes pour s'entendre... alors, lorsque la tension monte, leur chef brutal voit son autorité contestée. Quel but poursuivent-ils ? Qui sont leurs ennemis ? Arriveront-ils à leurs fins ? Agustin Graham Nakamura nous embarque dans un récit de guerre sous haute tension pour mieux nous montrer l'horreur de tous les conflits armés.
Mon avis : Une nuit brumeuse, cinq soldats qui portent des masques à gaz. Il ressemblent à des soldats de la première guerre mais ils pourraient tout autant être d'une époque actuelle ou future dans un monde dévasté. J'ai adoré le graphisme, l'ambiance nocturne angoissante, le bruit et la silhouette monstrueuse d'un avion qui traverse le ciel à basse altitude, qu'on ne distingue qu'à travers la brume (ou la fumée ?). Allure de squale vu d'en dessous. le danger omniprésent. Très peu de texte, les images parlent d'elles-mêmes.
Ce livre met en évidence l'absurdité, le désespoir, l'angoisse, la sauvagerie qu'est la guerre. Un carnage inutile, sur les corps et sur les âmes. Des soldats qui en viennent à se demander pourquoi ils risquent de prendre une balle ou de finir déchiquetés par des bombes dans ces guerres décidées par des dirigeants orgueilleux qui se moquent de la valeur des vies humaines, bien planqués qu'ils sont, protégés par un super service d'ordre.
Le fait qu'il y ait très peu de mots est parfois déroutant, sur certaines actions, avec certains personnages, mais l'idée fait son chemin et on comprend. Et si la fin m'a quelque peu laissée dans mes réflexions "j'ai compris ou pas ?", la postface de l'auteur m'a amené une question : on dit que le rire est le propre de l'homme. Ne serait-ce pas plutôt la guerre ? Car depuis que les humains ont créé des sociétés et se sont implantés quelque part, ils se sont foutu sur la gueule. Et alors qu'on vit dans une époque hyper technologique qu'on pourrait croire plus éclairée, ça continue. En peu de mots, avec un graphisme magnifique, l'auteur nous fait un récit intemporel de la guerre, celle d'hier, d'aujourd'hui ou de demain, qui existera tant qu'il y aura des dirigeants mégalomanes et égocentriques pour aller se battre avec le corps des autres.
Merci à Babelio Masse Critique et aux Éditions Ilatina pour l'envoi de ce livre.
Citations :
Page 32 : Quel désastre...
Postface : Il y a peu, j'ai lu quelque part que le concept du Bien et du Mal n'était qu'une création intellectuelle, ce qui m'a longuement fait réfléchir. Être "Bon" ou "Mauvais" ne serait alors qu'une question de point de vue. Un peu comme le "Vainqueur" et le "Perdant" d'une guerre.
Par l’autrice du best-seller Celui qui a vu la forêt grandir
Prix du meilleur roman de l’année en Suède
Prix L’Express – Écrire la nature
Prix des libraires 10/18
1935, l’hiver suédois fait rage à Brynäs. Chez Benedikte, jeune mère de deux petits garçons, Eder et Tom, les placards sont aussi vides que les ventres et la propriétaire de leur chambre menace de les expulser. Démunie, Benedikte se résout à contrecœur à revenir vers un passé qu’elle avait fui, et prend la route du nord, vers les forêts du Hälsingland où elle a grandi. 2024, Eder se rappelle les sacrifices de sa mère et ses efforts pour les sauver, lui et son petit frère. Il se rappelle aussi cette époque miraculeuse dans la cabane de leur grand-père, une enfance rythmée par la nature, les bains de lac et de forêt, les gâteaux partagés, la chaleur, enfin. Au souvenir de ce bonheur se mêle celui du moment où tout a basculé, où les secrets du passé ont déferlé sur leur royaume. Mêlant habilement saga familiale, suspense et nature writing, Lina Nordquist offre au lecteur le récit d’une vie entière, pétrie de drames et de bonheurs fugaces, un magnifique roman d’amour et de courage.
Lina Nordquist est originaire de la province du Hälsingland en Suède. Chercheuse en biologie, elle est également membre du parlement suédois depuis 2018. Elle a conquis le cœur des lecteurs avec son premier roman, Celui qui a vu la forêt grandir, qui a été traduit dans 15 pays.
Mon avis : Eder, le narrateur, nous parle du sombre hiver 1934 à Brynäs lorsque sa mère était enceinte de son petit frère, il y a plus de quatre-vingt-dix-ans. Il avait quatre ans. Il nous raconte une petite vie de petit garçon avec une maman et bientôt un petit frère mais pas de papa et surtout, pas d'argent, mais le froid, la faim et la dureté du monde. Puis 1935... L'argent manque de plus en plus, les hommes défilent, la lumière qui habitait la maman s'éteint peu à peu dans ce monde où avoir des enfants ne vous protège pas de l'effondrement, dans cette époque où les enfants ne bouleversent personne. Extrême violence, alcool, infinie tristesse... Femme qui se débat dans un monde pas fait pour elle, fait pour aucune femme seule avec enfants. Cette mère qui lutte toute seule dans une société indifférente, hostile et cruelle, pour nourrir ses deux fils. C'est poignant de cruauté.
2024. Eder Kempe nous parle depuis sa maison de repos. Il est vieux et sait qu'il ne sortira jamais d'ici. Il nous ramène sans cesse vers son passé, avec Benedikte sa mère, Tom son petit frère tant aimé, puis Heimer son arrière-grand-père si rayonnant, Gry l'amour de sa vie. Il nous fait voyager dans les années de sa vie, de l'appartement de Brynäs d'où ils sont expulsés, au Hälsingland où a grandi Benedikte, avant, arrière, ses espérances et déceptions, ses peines, ses peurs, ses lâchetés, c'est beau, c'est triste, selon les moments, comme toute vie. Mais parfois c'est pire. Et puis il y a des moments de grâce. C'est toujours toute une ambiance, sordide ou joyeuse selon les moments ou les lieux dans lesquels le narrateur nous plonge.
À mesure que Eder nous retrace son passé dans ses va-et-vient chronologiques, on se demande ce qui s'est passé, on veut savoir. Il y a des secrets de famille, des dénis, des rancœurs et de la haine. Une mère qui devient défaillante et un petit garçon privé partiellement de l'insouciance de l'enfance. Étrange sensation que, les morts emplissent nos souvenirs avec toute la place qu'ils y occupent parce qu'à un moment, ils ont existé sous ce ciel près de nous, ont ri, ont pleuré, été là, pour peut-être aucune autre raison que d'être un phare dans la nuit, de remplir l'existence de leurs proches, qui disparaîtront à leur tour. Ça laisse un sentiment dérisoire d'irréalité. Qui se rappelle de ses arrière-grands-parents ? Pas grand monde.
C'est un roman totalement immersif dans lequel j'ai adoré me faire absorber. Beaucoup de dureté, mais aussi infiniment d'amour, notamment celui que se portent les deux frères, petits naufragés sur leur île, mais pas que, et des grands moments de joie et de rires, une nature superbe et envoûtante, Un roman magnifique et profond, qui nous raconte la vie tout simplement, dans ce qu'elle peut avoir d'odieux mais aussi de beau, qui nous dit aussi que c'est tellement dur d'être un enfant. J'ai tant aimé cette histoire et ces personnages qu'une fois le livre refermé je me suis demandé "Que vais-je faire maintenant ?"
Merci beaucoup aux Éditions Buchet Chastel pour l'envoi de ce livre.
Citations :
Page 10 : Dire que maman avait eu un grand-père. C’était incompréhensible.
Page 13 : Notre mère était un monde. Elle sentait le savon, le gras de viande et la bouillie de seigle. Auprès d’elle, nous n’avions besoin de rien.
Page 34 : Mais la veuve est partie sans répondre ni poser de questions sur Tom et moi. À l’époque, les enfants ne bouleversaient personne.
Page 90 : Ma Gry, elle, n’était jamais froide. Elle voulait ouvrir une librairie parce qu’elle aimait la vie : « Un livre, c’est une existence en accéléré. La vie est un gros livre. » Je me demande si elle avait raison.
Page 213 : Je me souviens de mon grand-père, de ses yeux rieurs au début du siècle précédent. Il n’était pas vieux. Pas comme je le suis aujourd’hui.
La terre reprend son bien, mais pourquoi ? Voilà une question à laquelle la chimie ne sait pas répondre. Pas d’après mes souvenirs, en tout cas. Traître de cerveau. Certaines images s’estompent quand d’autres persistent, comme fixées à la colle.
Page 298 : Un être humain ne pouvait pas vivre avec le cœur glacé, j’en avais eu la preuve lors d’un cours à l’université : on nous avait apporté un petit cœur plongé dans de l’azote à moins deux cents degrés, et quand l’un de nous y avait glissé sa pince, l’organe s’était brisé en mille fragments microscopiques impossibles à reconstituer.
Page 436 : — Mon arrière-grand-père aimait les oiseaux et les gens, ai-je dit. Après, Tom et moi n’avions plus que notre mère, et c’était une fée des bois. Au fond d’elle s’est creusé un trou dans lequel nous sommes tombés.
Page 461 : Le chemin de mon petit frère zigzaguait droit en enfer.
Page 492 : Il ne se rappellera pas ce moment. Et si ce que l’on oubliait laissait tout de même une trace au fond de soi ?
Mon avis : Dans son introduction, Coco nous dit qu'elle aurait pu être naturaliste et arpenterait les forêts d'Amérique du sud, où plongerait à la rencontre d'un céphalopode. Mais elle est journaliste et dessinatrice et à eu envie de montrer la maltraitance, mais aussi le dévouement de ceux qui oeuvrent pour le bien-être animal. Car les animaux ont dû attendre le 15 avril 2014 pour passer du statut de "Biens-meubles" à celui de "Êtres vivants doués de sensibilité".
Ainsi on visite le refuge Groin-Groin qui recueille toutes sortes de cochons, mais pas que... les animaux de ferme rescapés des abattoirs de l'élevage intensif ou maltraités dans des fermes. Tout y passe, tout est listé, jusqu'aux animaleries exotiques et leurs serpents, iguanes, araignées. Puis la corrida... "Comment parler de souffrance animale sans évoquer la tauromachie, cette escroquerie qui voudrait faire passer la cruauté pour un art patrimonial et culturel ?" La SPA, ce lieu de réparation de toutes les maltraitances, témoignages de l'ignominie de certains, pour d'autres c'est l'inconscience, à cause du syndrome de Noé. Le Marineland à Antibes : les orques, les phoques, les dauphins, "De l'infini océan à la chambre de bonne de Marineland." On assiste à la nécropsie d'un dauphin échoué. Tribunal où sont jugés des faits de braconnage, de négligences et commerce illicite de chiens. Interception par la douane de dizaines de tonnes de produits illégaux issus d'espèces sauvages. La Ligue de Protection des Oiseaux s'occupe de soigner des animaux sauvages blessés, dans leurs refuges. Et puis Christian !!! Éleveur d'aigles et de busards, qui récupère les oeufs, quand les parents se font couiquer par les moissonneuses car ils pondent dans les champs, et les "couve" puis nourrit les petits jusqu'à ce qu'ils soient capables de s'envoler.
On se rend compte à quel point on peut s'insurger face à une sorte d'exploitation animale pour en accepter une autre sans avoir conscience qu'elle ne vaut pas mieux. Cette BD m'a été offerte par quelqu'un qui me connaît bien, qui sait à quel point j'aime les animaux, pour lesquels on ne fait pas assez. Pas même moi. Et à travers ce livre et les témoignages qu'il recense sur le bien que certains font pour nos amis à poils ou à plumes, on se rend compte à quel point cela peut être enrichissant psychologiquement et source d'équilibre de choisir cette voie qui contribue au bien-être animal. Comme écrit sur la quatrième de couverture : Si vous aimez les animaux, Si vous défendez leur cause, Si vous êtes sensible à leur bien-être, ce livre est pour vous !
Et vous pouvez aussi aller visiter le site www.groingroin.org pour parrainer un animal ou encore www.laspa.fr pour don ou adoption.
Citations :
Page 12 : Ici, c’est un refuge antispéciste.
Le spécisme est à l’espèce ce que le racisme est à la race.
C’est une discrimination basée sur l’idée que les animaux sont des êtres inférieurs, mis à notre disposition.
Or les animaux sont conscients et doués de sensibilité.
Dans les bois des environs de Zurich, la petite Gretl Moser vient d’être assassinée à coups de rasoir. Confronté au terrible regard d’une mère, le commissaire Matthias promet de trouver le meurtrier. La police arrête un potentiel coupable, qui avoue avant de se suicider, mais Matthias est persuadé que le véritable tueur court toujours. Hanté par cette affaire, il décide de la traquer seul, en lui tendant un piège aux conséquences tragiques. Une promesse est une promesse, mais la fin justifie-t-elle toujours les moyens ?
Mon avis : Un homme fait une conférence sur l'art d'écrire des romans policiers, qui semble n'intéresser personne. Après cela, un ancien commandant de la police l'aborde et propose de le ramener à Zurich le lendemain. Pendant le trajet lui raconte l'histoire difficile d'un de ses hommes qui était pourtant l'un des meilleurs, un génie dans son domaine. Eh bien moi, j'ai vraiment eu du mal à accrocher à ce début de roman. Impossible de rester concentrée sur la manière dont c'est amené. Peut-être quelques digressions de trop à mon goût. Mais il faut parfois s'accrocher, n'est-ce pas ? Eh puis, rapidement j'ai été absorbée par ce meurtre d'une petite fille aux abords d'un village de la campagne zurichoise.
En se rendant sur place, les policiers ont un coupable tout trouvé... qu'ils finissent par faire avouer et qui se suicide. le commissaire Matthias, persuadé que l'homme n'était pas coupable, décide de reprendre l'enquête, mais il est lâché par ses collègues qui ne veulent plus entendre parler de cette histoire.
Alors qu'il venait d'obtenir une affectation au Proche-Orient, il abandonne tout pour reprendre l'enquête. Matthias, seul contre tous, fait alors établir un profil psychologique et se met alors en quête du véritable assassin en lui tendant un piège, de manière obsessionnelle et dangereuse.
C'est l'histoire d'un terrible sentiment de culpabilité de n'avoir pas su aider un innocent broyé par les méthodes de la police, qui emmène un homme vers sa propre perte. La douleur et les remords du policier, qui a le sentiment d'avoir été négligent, lâche et surtout indifférent à un regard qui l'implorait de l'aider, vont l'amener beaucoup trop loin. C'est l'histoire d'une descente aux enfers que rien ne peut arrêter.
Et alors que j'étais absorbée par ce récit, la fin m'a ramenée à l'écrivain du début à qui le policier racontait l'histoire et qui nous l'a racontée à son tour. Et je dois dire que cette fin, je ne m'y attendais pas. Cependant, les digressions du début et celles de la fin m'ont bien exaspérée ! Est-ce que c'était volontaire de la part de l'auteur ?? Sans aucun doute.
Citations :
Le problème, c’est que dans toutes ces histoires policières, c’est une tricherie autrement plus grave qu’on essaie de nous servir. Et je ne parle même pas du fait que vos criminels finissent par trouver leur châtiment. Car ce joli conte doit bien avoir sa nécessité morale. Il fait partie des mensonges nécessaires au maintient de l’État, comme par exemple le bel adage, « le crime ne paie pas » — alors qu’il suffit d’observer un instant la société humaine pour connaître la vérité sur ce point — , tout ça, je vous l’accorde volontiers, ne serait-ce qu’en vertu du principe commercial, car chaque public et chaque contribuable a bien le droit d’avoir ses héros et son happy end ient autant à nous, la police, qu’à vous, les gratte-papier, de les leur donner.
Page 69 : L’interrogatoire avait duré plus de vingt heures. C’est interdit, évidemment ; mais à la police, vous imaginez bien qu’on ne peut pas toujours respecter toutes les directives.
Page 144 : Il était arrivé sur le coup des cinq heures, en voiture avec Henzi, sans s’annoncer, il débarqua sans cérémonie et vint se camper à côté de moi qui piétinais sur place depuis une heure de l’après-midi, et, rouge de fureur, il riva les yeux sur la petite, « Marie assise sur une pierre », toujours l’écho de sa voix fluette ; ça faisait déjà longtemps que je ne pouvais plus entendre cette comptine, ni voir la gamine, son horrible petite bouche édentée, ses petites tresses, sa petite robe rouge de mauvais goût ; je la trouvais repoussante, ordinaire, vulgaire, débile, j’aurais pu l’étrangler, la tuer, la déchiqueter, rien que pour ne plus devoir supporter sa comptine de petite attardée, « Marie assise sur une pierre ». C’était à se taper la tête contre les arbres.
Un certain 21 juin eut lieu en Angleterre la révolte des animaux. Les cochons dirigent le nouveau régime. Boule de Neige et Napoléon, cochons en chef, affichent un règlement :
« Tout deux pattes est un ennemi. Tout quatre pattes ou tout volatile, un ami. Nul animal ne portera de vêtements. Nul animal ne dormira dans un lit. Nul animal ne boira d’alcool. Nul animal ne tuera un autre animal. Tous les animaux sont égaux. »
Le temps passe. La pluie efface les commandements. L’âne, un cynique, arrive encore à déchiffrer :
« Tous les animaux sont égaux, mais certains le sont plus que d’autres. »
Mon avis : Alors que ce roman a été écrit en 1945 et qu'il était en réalité une critique de la Révolution Russe et du régime soviétique, je me suis tout de suite demandé s'il n'était pas tout simplement une dénonciation de tous les régimes totalitaires qui pullulent partout tout le temps. Ça commence toujours par de beaux discours qui visent à mettre le peuple en confiance et des mensonges pour lui retourner la tête, pour mieux l'asservir ensuite. Et au tout début il m'a semblé être simplement une dénonciation de toutes les dominations.
Sage l'ancien, le cochon, a convoqué tous les animaux de la ferme à assister à une réunion dans la grange dès que les propriétaires de la ferme seraient couchés. Il en a assez de ces humains inaptes à tout mais qui décident de tout, les font trimer, ne leur donnent pas assez à manger et les tuent alors qu'ils sont encore jeunes. Il appelle tous les animaux à se débarrasser de l'humain qui les maltraite. Aussitôt dit, aussitôt fait, le fermier est chassé et les animaux se prennent en main...
Les animaux vont tout faire pour protéger leurs nouveaux acquis. Jusqu'à la tyrannie. George Orwell, à l'instar De La Fontaine, utilise des animaux pour nous décrire des travers humains et c'est très réussi. On voit peu à peu les personnalités se dessiner, qui sont les dominants et qui sont les suiveurs, puis les mécanismes de l'asservissement à coups de mensonges, de menaces et de revirements. Les cochons dominent, les moutons suivent, les chiens obéissent aveuglément leur maître. Tous les animaux ont les caractéristiques propres à leur espèce et ça fonctionne.
C'est clairement un pamphlet contre l'URSS mais ça colle tellement bien à nombre de démocraties qui sont tout doucement en train de glisser, glisser, glisser... Nous observons tous les jours aux infos un gros déséquilibré orange dire et faire n'importe quoi, menacer énormément de gens, refaire l'histoire, et jusqu'ici ça passe. Et ça fonctionne dans nombre de pays...
Opprimer une certaine frange de la société en lui faisant croire que c'est pour son bien !? Il y a une certaine universalité à cette histoire de domination, qui pourrait aussi nous parler du patriarcat qui a asservi les femmes et les à mises sous tutelle, leur fermant toutes les portes autres que la maternité, à coups de mensonges tels que "Non, ça c'est pas pour les femmes, et ça non plus, ni ça... elles n'en seraient pas capables..." Sauf que nous n'avons pas fait de révolution sanglante, nous, les femmes. Et même, certaines femmes croient réellement être inférieures aux hommes. Et moi, végétarienne qui me rêve végane, au tout début j'y ai vu la démonstration de la domination cruelle de l'homme sur l'animal. Eh oui... on peut y voir beaucoup de choses.
Cette fable très bien observée m'a hautement exaspérée et stressée car, on a beau avoir souvent dit "Plus jamais ça.", on se rend compte que l'histoire est toujours prête à se répéter. C'est consternant. La fin m'a rappelé une comptine, assez malsaine mais qu'on chantait innocemment au centre aéré, et qui ne parlait pas du tout de la même chose : "La morale de cette histoire c'est que les hommes sont des cochons" Ah oui, vraiment, certains humains sont plus égaux que d'autres ! Enfin... qu'ils disent !
Citations :
Page 12 : L’homme est la seule créature qui consomme sans produire. Il ne donne pas de lait, il ne pond pas d’œufs, il est trop débile pour pousser la charrue, bien trop lent pour attraper un lapin. Pourtant le voici le suzerain de tous les animaux. Il distribue les tâches entre eux, mais ne leur donne en retour que la maigre pitance qui les maintient en vie. Puis il garde pour lui le surplus.
Page 50 : — Pas de sentimentalité, camarade ! S’écria Boule de Neige dont les blessures saignaient toujours. La guerre, c’est la guerre. L’homme n’est à prendre en considération que changé en cadavre.
Page 74 : « Êtes-vous tout à fait sûrs, camarades, que vous n’avez pas rêvé ? Pouvez-vous faire état d’un document, d’un texte consigné sur un registre ou l’autre ? » Et comme assurément il n’existait aucun écrit consigné, les animaux furent convaincus de leur erreur.
2224. Depuis le Grand Effondrement de la civilisation fossile et les crises qui ont suivi, l'humanité s'est adaptée. Économiser les ressources, se protéger du soleil, modifier son habitat, ses besoins, et adhérer au tout-recyclage. Y compris celui des femmes. Afin d'enrayer le déclin de la population, toute femme de cinquante ans est retirée de son foyer pour laisser la place à une autre, plus jeune et encore fertile. L'heure a sonné pour Rachel. Solide et sereine, elle est prête. Mais qu'en est-il de son mari et de ses enfants ? Car personne n'est jamais revenu du Grand Recyclage. Et Rachel sent bien que le Domaine des Hautes-Plaines n'est pas ce lieu de rêve que promet la Gouvernance territoriale aux futures Retirées...
Convoquant tout autant le roman d'anticipation que la littérature de suspense, Sophie Loubière nous offre une plongée fascinante et terrifiante dans un monde rétrofuturiste visionnaire. Une œuvre totale par une grande voix du roman noir français.
Mon avis : Une société en 2224 où, à cinquante ans, les femmes sont sorties du circuit. On les "déplace" et leurs maris et enfants doivent apprendre à vivre sans elles, au profit de femmes plus jeunes car fertiles. Dans ce futur, l'humanité est en danger d'extinction : "Notre présence relevait du miracle, elle était connectée à la survie de notre planète et inversement. Nous portions en nous l'espoir d'une humanité sous perfusion, la femme était l'humus, l'homme le fertilisant."
Un monde où la fertilité est devenue problématique. du fait de la pollution, beaucoup de stérilité masculine ou féminine, de grossesses avortées car des fœtus avec malformations. Personne ne remet en cause la façon dont on est obligé de choisir un ou une conjointe, ni d'accepter l'insémination pour les couples homosexuels hommes ou femmes, ni l'éviction des femmes à cinquante ans au profit de femmes en âge de procréer. Et si par hasard une angoisse se fait sentir à l'idée de voir sa mère partir ou d'être une mère qui s'en va, le Bracelet Modérateur d'Humeur se charge de calmer les émotions. Donc une société qui règle absolument tout, dans laquelle les femmes sont sacrifiées. En réalité c'est toute la famille qui est sacrifiée. L'homme à qui on enlève la compagne de toute une vie, les enfants qu'on prive de leur mère et ces femmes obligées de laisser la place et partir dans un endroit dont tout le monde ignore tout, jusqu'aux pères qui devront vivre privés de leur fille. Une sorte de deuil, une énorme injustice. Un effondrement familial.
En alternance avec le récit de cette société, Rachel nous emmène dans cette vie-là, dans son quotidien et dans ses souvenirs. Elle vient d'avoir cinquante ans et son tour de partir au Domaine des Hautes-Plaines va arriver. Cependant il existe une "chouette" alternative à l'exil, plus économe en empreinte carbone : le suicide assisté que la Gouvernance préfère appeler euthanasie raisonnée. Voilà, un avenir "radieux" que sa mère a choisi en son temps. Pourtant, dans ce futur, finis les énergies fossiles, les deuils douloureux, les religions qui n'amenaient que des conflits, et plus du tout de grandes villes et encore moins de mégalopoles. La montée des eaux a englouti de nombreux lieux. L'écologie a triomphé, moins par choix que par nécessité absolue. L'humanité est retournée à un mode de vie éthique. Une société de villages autosuffisants, de respect, de partage et sans violence. Pourtant, un jour trois corps sont découverts et la thèse de l'accident ne tient pas la route.
L'autrice part ici du postulat que les femmes seraient essentiellement des ventres dédiés à la pérennité de l'espèce, donc qu'à cinquante ans elles n'auraient plus d'utilité. Et là, elle ne fait que reprendre la pensée de certains hommes... et la développe. Et ça donne une histoire passionnante, révoltante et glaçante, pleine de suspense. le jour du départ arrive pour Rachel, Odette et Hasna, ses amies d'enfance et on va enfin savoir ce que réserve le Domaine des Hautes-Plaines.
Ce roman raconte quelque chose de terrible, pourtant c'est plein de poésie, c'est tellement beau. Je l'ai trouvé émouvant, comme lorsqu'on réalise la fragilité et l'éphémérité de la vie et qu'on veut s'y accrocher désespérément, surtout quand il s'agit de ceux qu'on aime et qu'on voudrait arrêter le cours du temps pour les garder près de nous. Car là, c'est pire que tout. Ce n'est pas une maladie incurable en phase terminale qui décide que c'est la fin, l'heure de la séparation définitive, mais ceux qui gouvernent. J'ai été énormément touchée car cette dystopie nous parle de deuils multiples, ceux qu'on est amenés à vivre au cours d'une vie, qui ne sont pas tous liés à la mort directement, pourtant très douloureux. C'est la résignation, le fatalisme, comprendre que plus rien ne sera jamais pareil, toutes ces choses qui font tellement mal avant le grand saut. Mais quand tout est encore possible, pourquoi accepter ?
Ce récit m'a emportée dans ce futur étrange et déposée dedans comme si j'y étais. Il m'a beaucoup émue, voire bouleversée par moments. Et à part le Grand Recyclage des femmes et le BMH, j'ai plutôt bien aimé ce monde où l'humanité est revenue à l'essentiel. C'est un roman captivant et terriblement addictif, d'une vision très lucide sur notre époque mortifère à tous points de vue, à la prose poétique, qui offre un futur plein d'idées innovantes.
J'ai tellement aimé ce roman que je l'ai dévoré et, bien sûr et hélas, je l'ai fini très vite alors que j'aurais tant aimé rester dedans encore et encore.
Citations :
Page 44 : Les ingrédients d’une inégalité structurelle avaient été mis en place bien avant notre ère. Là se trouvait le nœud du problème. Il était crucial d’adosser les politiques climatiques à des mesures de justice sociale si on ne voulait pas tous crever.
Page 68 : Le ton de la soirée était donné. Elle serait plaisante, tiède, joyeuse, étouffante, ponctuées par les facéties des demi-frères de Rachel. Plus de quarante ans d’écart. Des jumeaux mâles bien portants issus de la semence d’un vieux bonhomme.
Page 150 : Une consommation d’images supérieure à quatre-vingt-quinze minutes par jour. Les jeunes, cible majeure, dans l’œil du cyclone. Les répercussions sur leur santé psychique et mentale étaient proportionnelles à l’ampleur du phénomène, qui relevait d’une pathologie de l’addiction.
— Rendez-vous compte, les enfants : à cette époque, en une minute, dans le monde, les utilisateurs de cette application consommaient 167 millions de vidéos.
Qui pour entendre ce que la Terre murmure, ce qui se dit dans les profondeurs des océans ? Têtes baissées sur leur smartphone, à la verticale de leur nombril, beaucoup de gens oubliaient qu’ils pouvaient encore agir. Nos ancêtres, pour la plupart, étaient les témoins aveugles de leur propre déchéance.
Page 165 : Terroriser la population restait le meilleur moyen de l’empêcher de réfléchir au bien-fondé des raisons qui la pousse à se calfeutrer.
Page 211 : Peut-être aurait-il dû accomplir ces voyages dont il rêvait tout gosse, partir dans des lieux où la vie n’est plus possible mais où la beauté du monde s’incarne soudain en un bouton de rose fossilisé en plein désert des Bardenas Reales, loin des femmes et de ce qu’elles font battre en lui, de mère en fille, de ce qu’elles sont capables d’ordonner sans heurt, de lui faire croire d’une seule phrase. Je guérirai de toi comme tu guériras de moi. D’exiger de lui l’impossible.
Page 289 : Au début du XXIe siècle, l’argent concentrait tous les pouvoirs : il donnait la vie, l’illusion de la beauté, le luxe délectable du superflu, la mort si nécessaire, et garantissait une certaine durabilité. L’argent pouvait tout, nourrir la démence des uns autant qu’affamer les autres.
Page 292 : Il y aura toujours des professeurs, quelque part, pour faire germer du brouillard poisseux de leur cerveau, et sans regrets, un rêve d’immortalité, même dans un monde réduit comme peau de chagrin. Revenir voleter sur les branches des pins et jouer avec le feu du soleil est tellement irrésistible.
Page 432 : Les rides sont le privilège de la vieillesse, et la vieillesse le privilège des hommes.
Page 467 : Les croyances, quelles qu’elles soient, sont toujours une source de fragilité, une faille dans laquelle on s’engouffre au premier coup de mou, et qui a tendance à nous donner une vision erronée des choses. Comme si c’était mieux avant.
Page 495 : — Au XVIIIe siècle, dans la première édition de l’Encyclopédie, on définie l’homme comme un être sentant, réfléchissant et pensant, qui se promène librement sur la surface de la Terre, domine le monde animal et vit en société. Un être capable de bonté et de méchanceté, qui a inventé des sciences et des arts, qui s’est donné des maîtres et s’est fait des lois. La femme, elle, est définie comme la femelle de l’homme. Ça en dit long, non ?
2032. L'Humanité est prise au piège : la Pénurie Noire sévit et dans son sillage naît un profond chaos. Douglas McMullick, un pétrolier écossais zélé et dénué de morale, est lancé dans la course à l'or noir qui agite le monde. Ce matin-là, il vient de forer le trou de trop, qui va changer le destin de notre civilisation.
Au même moment, mille mètres plus bas dans la croûte terrestre, un rat de roche nommé Kedder Warp est appelé pour une intervention d'urgence : les anciens dépôts de Dirh Lobbus, au fin fond de son secteur, viennent d'être percutés par un engin non-identifié. Sans prendre le temps de finir sa dernière cuillère de pentules fraiches, il charge ses jumelles et son masque à gaz dans son side-car, avant de sauter sur sa bécane. Il ne va pas rentrer de sitôt.
Véritable fable oil-punk (ou cheese-punk, selon le point de vue), le premier roman de Charles R. Spessardy raconte comment un peuple de rongeurs, vivant à mille mètres sous terre et dotés d'un don certain pour la plomberie, va faire trembler notre civilisation afin de lui extorquer du fromage.
Mon avis : Il y a sept cent mille ans, des petits rongeurs avancent dans une tempête de neige, pétrifiés de froid et se mettent à creuser. Et c'est mignon. SAUF QUE LES RATS NE SONT PAS DES PETITS ÊTRES MIGNONS !!! Ils sont pragmatiques, n'hésitent pas à sacrifier leurs semblables, voire à les bouffer. Un peu comme des humains finalement. J'ai eu des rats, j'ai vu comment ils se comportent, on dirait nous XD. Non, en fait contrairement aux humains, chez les rats c'est l'intérêt commun qui prime.
2032, les humains ont puisé tout le pétrole que contenait la Terre. Tout !? Pas sûr... Douglas McMullick, pétrolier écossais, vient d'inventer une machine qui saura détecter les poches de pétrole restant. Mais est-ce vraiment une bonne idée d'aller fouiller au plus profond ? Clyde, le fils McMullick, dont les parents ont pourri l'enfance à coups de connaissances totales sur l'exploitation du pétrole pour qu'il prenne la suite, n'a que faire de l'entreprise familiale. Pire, il voudrait la voir s'effondrer.
Et alors qu'ils ont réussi à forer à mille mètres pour quelques pauvres cent gallons, un rat apparaît, aspiré par la foreuse. Mais pas un rat ordinaire ! Un gros rat gris habillé avec sac à dos, masque à gaz et de drôles de jumelles en acier. Et là, c'est mignon, oui, oui ! Et drôle. Car pour ce pauvre rat nommé Kedder, un Ummien qui vit à 1000 mètres de profondeur, c'est la première fois qu'il voit des aldiens, nous, ou même un rat de la surface, à poil et muet. Malheureusement pour lui, alors qu'il tente de rejoindre son peuple, il est capturé par des Miniens, rats ennemis.
Donc, nous les Aldiens sommes au bord de la pénurie de pétrole. Les Ummiens, rats de roche, vivent à mille mètres sous terre et n'ont aucune envie de nous rencontrer. Les Miniens eux, vivent un peu moins profondément et montent une expédition vers la surface car nous avons une ressource qui les intéresse : l'Ultime ressource, dont ils ont trouvé un morceau en possession de Kedder et eux ont à foison ce qui commence à dangereusement nous manquer : le pétrole. de là, le Département des Opérations Musclées envoie à la surface ses quatre meilleurs agents : un colosse, un érudit qui parle trois langues aldiennes, une technicienne hors-pair, une super négociatrice, et ce pauvre Kedder, otage des précédents, qui voudrait juste rentrer chez lui.
J'ai été ferrée dès les premières pages dans cette histoire d'humains crétins et de rats hyper évolués, de kath dangereux, de pénurie de pétrole, de quête du Graal : le miamium. C'est drôle et très visuel. Voir notre monde à hauteur de rat, et de fait tous nos travers, la cupidité, qui rime avec stupidité... un vrai plaisir ! Et puis il y a des moments très drôles, notamment avec le Kath mais aussi les bastons entre rats. J'ai beaucoup ri. On apprend aussi beaucoup sur l'histoire des rats d'en dessous, les Ummiens de tout en bas, et les Miniens de plus haut, la Prophétie de Redarios que les Miniens vont tout faire pour la voir se réaliser. Une civilisation de rats divisée en deux sociétés, qui observent les humains pour leur soutirer l'Ultime ressource, c'est désopilant. Ils sont rusés, parfois ivrognes, égocentriques, organisés, fêtards... comme nous.
Un couple de cinglés cupides enivrés par l'amour du fric et une certaine mégalomanie, un fils rebelle, des rats souterrains arrivés à la surface par hasard et qui décident de faire un deal avec les humains, une guerre commerciale, des émeutes, des problèmes géopolitiques, une guerre de rats, des conflits familiaux, un genre de putsch un peu spécial dans une ferme, de l'agitation extrême, chez les rats comme chez les humains, une histoire hyper rythmée où on s'amuse follement.
Plus on avance, plus l'histoire nous réserve des surprises. J'ai adoré cette lecture, je suis un peu retombée en enfance car je n'ai eu aucun mal à me plonger dans cet univers et imaginer ces rats gourmands et un peu allumés intriguer et s'organiser pour arriver à leurs fins. Lorsque ce roman m'a été proposé, j'ai eu le coup de foudre pour la couv ! J'adore son côté steampunk. Puis le titre, qui laisse présager ce que j'aime : du délire. Et quand je l'ai reçu !.... Waouhhh la présentation !! Une boîte noire, comme un écrin, numérotée. Je dois dire que l'auteur a mis le paquet pour la présentation, j'étais aux anges ! Alors merci beaucoup pour ce roman délirant, qui est un tome 1 et se termine sur des points de suspension. J'ai vraiment adoré ! J'attends avec impatience la suite de cette aventure humano-ratounesque en forme de fable facétieuse qui nous décrit si bien.
Citations :
Page 122 : Ofos saisit la queue de l’Ummien agonisant qu’il venait de mettre à terre. Il tira de toutes ses forces et fit tournoyer le combattant inconscient autour de lui. Sous l’effet de la force centrifuge, son corps quitta le sol pour flotter au rythme des rotations. Ofos accéléra le mouvement, étirant de plus en plus la carcasse de sa victime vers l’extérieur. À l’issue d’un précis calcul de physique newtonienne, il lâcha la queue, libérant l’Ummien vers son destin. Celui-ci s’éleva à presque deux mètres d’altitude, ce qui lui offrit une vue imprenable sur l’immense table à manger. S’il avait été en meilleur état, il aurait pu admirer des couverts en argent disposés avec une parfaite régularité, présentant une infinité de gravures décoratives, ainsi que de grandes assiettes blanches ornées de subtiles lignes bleutées.
La traversée fut brève. Le rat s’écrasa au milieu du pack formé par ses collègues qui venaient d’entrer. Parmi eux, celui qui eut l’honneur de faire la réception se retrouva instantanément sur le carreau, inconscient. Le combattant catapulté poursuivit sa route, percutant et expulsant d’autres de ses frères d’armes qui se trouvaient sur sa trajectoire. Ofos l’ignorait, mais ce tir aurait fait pâlir n’importe quel joueur de bowling aldien.
Page 222 : Douglas songea à la tournure que prenaient les choses : « Militairement »… j’imagine qu’il va y avoir des victimes dans cette affaire. Mais après tout, ce ne sont que des rats. La dératisation, ça n’a rien d’illégal, c’est même préconisé dans certains cas. La McMullick Oil a beaucoup à y gagner. Nous pourrions devenir les rois du pétrole, bon sang !
Mon avis : Ce roman, j'en rêvais ! Babelio Masse Critique privilégiée et les Éditions du Seuil m'ont permis de le remporter. Ô joie ! J'avais tellement envie de le lire, même si je savais qu'il risquait de me faire énormément de peine. Car il parle de bêtise et de cruauté, envers un peuple et envers ses chiens. Il nous dit aussi la beauté de la nature...
J'aime l'écriture de Michel Jean ! Dès la première page, le décor est planté, glacial, âpre et sauvage, l'ambiance suit. C'est beau, on se croirait aux temps où rien n'était encore abîmé... par nous. C'est le Nunavik, un lieu hors du temps, où les humains vivent avec leurs qimmiit, leurs chiens. Ou, devrait-on dire vivaient ?
Des terres au bord de l'océan arctique à Montréal, on suit Saullu, jeune femme d'un village d'Inuit qui va rencontrer Ulaajuk, d'un village plus au nord qui vient vendre des peaux, et Eve, jeune avocate montréalaise qui vit avec son chien nommé Qimmik, et doit se rendre à Sept-Îles pour défendre un Inuk nommé Uqittuq Ainalik, accusé du meurtre de deux anciens policiers.
Deux lieux, deux époques. Saullu et Ulaajuk vivent leur vie de nomades en parfaite osmose, faite de chasse et de pêches en compagnie de leurs chiens à l'époque où le gouvernement s'est mis à construire des villages pour les Inuit dans le but de les sédentariser de force. Eux, n'avaient rien demandé. La vie que mènent Saullu et Ulaajuk donne un incroyable sentiment de liberté absolue au milieu de cette nature grandiose où ils sont en harmonie avec un grand tout. Et de nos jours, Eve qui doit défendre ce vieil Inuk qui refuse de parler, tenter de savoir s'il est coupable, et si oui, pourquoi ? Et ici, on se retrouve avec un terrible sentiment de nostalgie de tout ce qui fut beau et ne l'est plus.
"En vérité, malgré tout notre savoir, disait mon grand-père, sans son chien l'Inuk marche aveugle et sourd." Car les chiens entendent et sente tout tellement mieux que les humains et ont une endurance bien supérieure, que pour Saullu et Ulaajuk et tous les nomades du Grand Nord ils sont indispensables. "Un attelage est une entité vivante. Chaque chien a sa personnalité et n'est efficace que quand tous collaborent. Ainsi va la vie dans le Nord." La traque, les descriptions du frisson de la poursuite des caribous me ferait presque croire que la chasse est quelque chose de beau alors que je déteste ça. Mais il est vrai que pour ce peuple c'est le seul moyen de subsistance. D'ailleurs Saullu remercie les animaux qu'ils tuent d'avoir donné leur vie pour qu'eux puissent poursuivre la leur.
À travers les descriptions de Michel Jean on finit par sentir les affres de la faim et du froid, de la mort qui rode dans ce long et terrible hiver au milieu de la nature, au bord d'un lac, entre les montagnes, entourés des chiens qui souffrent aussi, en silence, la faim au ventre. Malheureusement, les Qallunaat extermineront les chiens sans aucun état d'âme, dans le seul but d'anéantir le mode de vie des Inuit. Ce que Michel Jean raconte est toujours bouleversant, car il parle de son peuple et du mal qu'on lui a fait. Ici, quelque chose qu'on commençait à pressentir se révèle et ça n'en est que plus poignant.
Quand Michel Jean vous raconte une histoire, ici il en raconte deux qui se rejoignent, il vous invite à y entrer, presque comme si vous y étiez. Il vous rappelle ici que la vie est une quête perpétuelle de nourriture et que c'est ça l'essentiel, que la vie est un combat et la famille précieuse. "La faim dessine les limites de ta vie et on n'est jamais prêt pour cela […]" Ce roman est une histoire cruelle mais réelle. Et ça ne fait qu'empirer, il n'y a qu'à regarder l'état du monde. Mais pourquoi l'homme blanc se croit le meilleur alors qu'il est le pire de tous ? La prose de Michel Jean est belle est pleine de poésie. Cette histoire très documentée m'a terriblement émue. Mais je m'y attendais. Après Kukum et Tiohtiá:ke je poursuis ma découverte de cet auteur avec stupeur et fascination, sans jamais me lasser.
Citations :
Page 18 : Depuis des millénaires, l’eau et le roc se livrent ici une bataille sans fin. Les flots chargent avec fureur les rochers, qui finissent par s’éroder et disparaître, mais quand l’eau pense avoir gagné, de nouveaux blocs émergent du sol. Bien sûr, ce combat se déroule sur des centaines d’années et les humains ne voient que l’eau qui coule.
Page 32 : La Côte-Nord du Québec est une vaste forêt dressée face à un océan taciturne. Le vent vient de tous les côtés, mais le plus obstiné est celui qui descend du nord. Son souffle glacé trace peu à peu des brèches dans la muraille de conifères et, à mesure qu’on monte, la forêt boréale s’épuise, ses arbres rapetissent, se décharnent, disparaissent. Il ne reste que la lande arctique et ses rochers gris.
Au contraire de la forêt, le vent galvanise l’océan. Il s’anime et son eau se pare de couleurs plus vives, plus intenses. Des bleus sombres ou lumineux, miroirs d’un ciel royal.
Page 34 : On dit « un Inuk », « deux Inuuk ». « Inuit » est le pluriel pour trois et plus.
Page 86 : Parfois, je me demande comment ça va au village. Le monde change. Notre monde change même si nous ne l’avons pas souhaité. Certains disent qu’il faut l’accepter. C’est difficile de renoncer à une part de soi-même.
Page 111 : Tous les Inuit connaissent la faim un jour ou l’autre. Et tous connaissent la morsure du froid. Quand elles vous tenaillent, elles occupent tout l’espace. L’une et l’autre nous montrent les limites de nos existences.
Les récits anciens sont emplis d’histoires de ventres douloureux, d’enfants affamés et de ces disettes qui se répandent comme le vent. La fin a dicté les déplacements de villages entiers. Elle a obligé humains et chiens à trouver de nouveaux territoires de chasse.
Page 112 : Petite, je me faisais une idée romantique de la chasse. Je m’imaginais courir sur la banquise à la poursuite d’un ours ou poursuivant sur l’océan une grosse baleine. En réalité, chasser, la plupart du temps c’est ne rien faire, patienter, gelée dans la neige ou sous la pluie. Chasser, en fait, est un aveu de vulnérabilité, la preuve que nous avons besoin des autres êtres vivants pour exister. Le meilleur des chasseurs est le plus humble.
Page 117 : Une mer, vivante et grouillante. Cinq mille ? Huit mille ? Dix mille caribous les bois au vent ? Combien de cœurs battent au même rythme devant moi ? Aucun autre animal sur terre, à part les humains peut-être, ne ressent le besoin de vivre en communauté nombreuse au sein d’une nature austère. Ce troupeau parcourt la toundra depuis la nuit des temps. Ce territoire est le sien.
« Bien sûr. Bien sûr qu’avec un minimum d’attention, il aurait pu percevoir les cris étouffés de la foule s’agglomérant peu à peu en une masse dense et mouvante, jusqu’à constituer un petit groupe. Pourtant, lui parvenait du bas de la tour, une sorte de rumeur ouatée, un lointain brouhaha, une alerte... » Bien sûr, la probabilité que leurs destins se croisent demeurait infime. A fortiori que des drames s’y nouent jusqu’à l’insupportable. Bien sûr. Et pourtant...
Mon avis : Un homme, totalement focalisé sur la réussite de son projet, ne voit pas ce qui est en train de se dérouler neuf étages plus bas. Puis retour en arrière. Roman chorale qui nous offre les points de vue de plusieurs personnages, j'ai trouvé étrange d'avancer dans cette histoire dont j'ignorais tout. Dès le départ on se fait embarquer dans un récit dont la quatrième de couverture ne dit rien sur la trame. J'ai beaucoup aimé la sensation d'être une petite souris qui observe des gens à leur insu pour tout connaître d'eux. Des tranches de vies multiples. Ou plutôt, le déroulé de plusieurs vies dont on se dit qu'elles vont toutes avoir un lien entre elles, et sans doute se percuter.
Le sérieux, la fantaisie, des attirances pas toujours réciproques, la douleur, la cruauté, les addictions, le coup de foudre, des rêves ou au contraire un esprit très carré, chapitre après chapitre on fait connaissance avec des personnages très divers, tous dans la vingtaine, certains étudiants mais pas tous. Julie, Charly, Théo, Sven, Naomi, Tom, et le mystérieux Numéro 5, tous se dirigent vers quelque chose qui pourrait être terrible.
Il est question ici d'amitié, de réussite sociale, de choix, de croisée des chemins, mais c'est le couple qui est en fait au centre de ce roman. Différents couples, dont aucun ne donne envie de convoler. Il semble que l'amour est décevant car l'invisibilité finit par s'installer, de même que la surdité. le quotidien étiole les sentiments, à force on ne se voit plus, on ne se parle plus. C'est, hélas, souvent le parcours du combattant. Ça c'est dans le meilleur des cas car parfois l'enfer se trouve au sein du foyer.
J'ai été agréablement surprise à la lecture de ce roman qui porte la voix des femmes. C'est, d'une certaine manière, un roman féministe... écrit par un homme. J'aime énormément car le féminisme ne devrait pas être genré. le féminisme, c'est vouloir pour les femmes l'égalité, en droits et en dignité. Et cela, les hommes ont toutes les raisons de le vouloir. Après tout, ils ont une mère, parfois une compagne, des amies, des sœurs, des filles. Et ce roman nous parle de comportements masculins parfois lamentables, ou mauvais, voire parfois ignobles. Il y a des moments d'une tension extrême. Car il arrive parfois qu'on se perde, jusqu'à l'irréparable. Il y a cependant des éléments qui paraissent un peu gros par moments, voire caricaturaux. Malgré cela ce livre est un véritable page turner. C'est rythmé, ça donne envie de poursuivre pour savoir la suite d'autant que les chapitres sont assez courts, denses, avec de multiples points de vue et des petits suspens à chaque fin. Un bon moment de lecture qui nous parle de la difficulté d'exister, qu'on soit femme ou homme. Et puis, une fin immorale au regard de la société, qui pourtant fait plaisir.
Merci infiniment à Babelio Masse Critique et MVO Éditions.
Citations :
Il réfléchit à une justification crédible, se tortura les méninges, en vain. Hormis annoncer aux curieux qu'il avait filé une sacrée raclée à sa femme, il n'entrevoyait aucune autre explication plausible.
Djamilia était vraiment très belle. Élancée, bien faite avec des cheveux raides tombant droit, de lourdes nattes drues, elle tortillait habilement son foulard blanc, le faisant descendre sur le front un rien de biais, et cela lui allait fort bien et mettait joliment en valeur la peau bronzée de son visage lisse. Quand Djamilia riait, ses yeux d'un noir tirant sur le bleu, en forme d'amande, s'allumaient... Et j'étais jaloux d'elle, comme les jeunes frères sont jaloux de leurs sœurs...
«Alors, sur le point de dire de Djamilia ce que j’en pense, j’hésite et pourtant, oui, pour moi, c’est la plus belle histoire d’amour du monde […].
« Le récit de Djamilia, je l’ai dit, c’est un enfant qui nous le fait et pour lui la découverte de ce qui se passe dans l’âme du couple qui s’ignore encore, c’est aussi la découverte du sentiment même, c’est l’oaristys de l’esprit, tout est pour cet enfant à réinventer et voilà pourquoi il nous montre l’amour, comme un métal très pur, à l’état naissant. » Louis Aragon
Tchinguiz Aïtmatov est né au Kirghiztan en 1928. Après des études à l’Institut agricole, il change d’orientation et se à la traduction en russe d’écrivains kirghiz, puis à son œuvre propre, quelques années à peine après qu’un alphabet eut été composé pour transcrire la langue de son peuple. La réédition de Djamilia, son chef-d’œuvre qui bouleversa Aragon, était très attendue.
Mon avis : Parce que j'aime l'idée de faire un tour du monde littéraire, en lisant de loin en loin des romans venus de pays lointains et méconnus, je suis tombée sur ce roman kirghiz.
La préface d'Aragon écrite en 1959 m'a emportée, à travers une subtile et délicate prose poétique, dans des contrées lointaines et une époque où un petit pays était vraiment un petit pays, à l'écart et protégé des ambitions dévorante des ogres de toutes nationalités. C'est l'impression que j'ai eue : "Mon Dieu, comme le monde est encore jeune et beau ! Comme rien n'est épuisé, comme tout peut encore faire battre le coeur des hommes !" Pourtant, le Kirghizistan, que Aragon appelle la Kirghizie, est périodiquement tombé sous la domination de plus grande puissances de par sa place sur la route de la soie. Dans ce pays qui s'enfonce entre la Chine, le Tadjikistan et le Kazakhstan, il y a Djamilia. Et Aragon nous dit que de toutes les histoires d'amour, celle-ci est de loin la plus belle. Cette magnifique entrée en matière m'a furieusement donné envie de me jeter à corps perdu dans cette histoire, dans ce coin enclavé du monde, où le XXIe siècle et ses dérives ne sont encore qu'un lointain futur désolant.
Une fois dans le roman j'ai eu un peu de mal à m'y retrouver avec les personnages. Car nous sommes là avec un peuple qui pratique la polygamie, ou peut-être juste la bigamie et où la mère cadette est la deuxième épouse et donc la mère aînée la première. Seït, le narrateur et fils de la mère cadette, aime sa soeur Djamilia qui est en réalité la femme de Sadyk, son frère aîné, à moins que ça ne soit son demi-frère. Il a la chance d'être traité comme un homme fait malgré son jeune âge, car les aînés sont partis faire la guerre. Quant à Djamilia, elle sait mener les chevaux, et dans son caractère se manifestent quelques traits masculins. Elle a aussi une nature joyeuse, toujours à étreindre ses deux belles-mères, totalement à l'encontre de ce qui se fait.
Leur aïl (village en kirghiz), qui se trouve le long de la berge du Kourkouréou, porte le nom de la rivière et s'étend sur les pentes des Hauts-Monts. C'est un village de yourtes qui vit sur le système du kolkhoze. Quand Danïiar, soldat blessé, arrive un jour à l'aïl il est accueilli par tout le monde. Dans cette société là, lorsqu'on intègre un village, on devient de la famille. C'est un homme blessé revenu de la guerre avec un passé d'orphelin. Cet homme étrange semble ne pas appartenir à ce monde-ci.
Et Djamilia dans tout ça ? Comme je l'ai dit plus haut, c'est une femme de caractère, très belle de surcroît et de fait, elle fascine les hommes. Mais bien qu'elle soit omniprésente même quand elle n'est pas là, j'ai eu le sentiment que c'était la nature environnante qui prenait la première place avec une infinie poésie : "Quand, semblait-il, le dernier écho de la chanson s'éteignait, le nouvel élan palpitant qu'elle prenait semblait réveiller la steppe somnolente. Et celle-ci écoutait avec gratitude le chanteur qui la couvrait des caresses d'un chant familier. Dans un ample courant de rêverie, les blés mûrs, bleus, ondulaient dans l'attente de la moisson, et des tâches de lumière d'avant l'aube traversaient les champs en courant." Car lorsque Daniïar chante, sa mélopée envoûtante emplit tout l'espace et semble faire un tout avec les montagnes environnantes.
Plus qu'une simple histoire d'amour, qui met du temps à s'installer, on assiste à la naissance d'un amour interdit. L'amour est multiple dans cette histoire. Il est fraternel, il est pour cette terre, la vie, et même et surtout pour le chant de Daniïar qui transporte les cœurs.
Et alors que longtemps, dans ce court roman de 132 pages, je me suis demandé si Aragon avait raison de dire que de toutes les histoires d'amour, celle-ci est de loin la plus belle, j'ai fini par penser que oui, elle est vraiment très belle. Djamilia est une femme libre et forte qui choisit son destin.
Citations :
Page 40 : — Grâce à Allah, ma fille — enseignait la mère à Djamilia — tu es entrée dans une maison solide, une maison bénie… C’est là ton bonheur. Le bonheur d’une femme, c’est de mettre des enfants au monde et qu’il y ait ce qu’il faut dans la maison.
Page 68 : Tout près, derrière des clôtures basses, manœuvrait une locomotive qui, lâchant des tourbillons serrés de vapeur brûlante, dégageait un mâchefer entêtant. Devant, avec un rugissement assourdissant passaient des trains. Déchirant les pâtes baveuses, avec haine et désespoir, des dromadaires hurlaient, se refusant à s’arracher du sol.
Page 81 : Nous rentrâmes tard de la gare. Danïiar allait devant. Et la nuit était une splendeur. Qui ne connaît les nuits d’août avec leurs étoiles lointaines à la fois, et proches, extraordinairement brillantes ! Chaque petite étoile est en vue. En voilà une, comme engivrée sur les bords, qui n’est que scintillations de petits rayons glacés, du ciel sombre elle regarde notre terre avec un naïf étonnement. Nous roulions dans le défilé, et moi je la regardais là-haut longuement. C’était avec plaisir que les chevaux trottaient vers l’écurie, sous les roues le cailloutis grinçait. Le vent, de la steppe, apportait un amer pollen d’absinthes en fleur, un à peine perceptible aromate d’orge mûre, refroidi ; et tout cela, se mêlant à l’odeur du goudron et des harnais des chevaux en sueur, vous faisait un peu tourner la tête.
J'ai plaisir à chroniquer les romans que j'ai aimés, sur Instagram et Babelio, en toute modestie bien sûr. J'aime l'idée que je pourrais donner envie à d'autres de lire les romans qui m'ont plu, mais aussi partager mes bonheurs de lectures.
Ceux que je n'ai pas aimés, je n'en parle pas, par respect pour le travail de l'auteur. Je me dis que je peux me tromper...
J'aime les livres qui me transportent, qui me font rêver, qui me tiennent en haleine, qui m'apprennent quelque chose sur l'histoire de quelqu'un, du monde, d'un peuple, qui m'emmènent loin de ma réalité, qui me font croire que tout est possible, qui me tirent une larme, qui me font rire, qui me font espérer, qui me font trembler... J'aime plein de styles, plein de sujets, mais avant tout un livre doit me faire vibrer.