Mon avis : La fille du pêcheur de perles – Lizzie Pook
Traduit de l’anglais par Josette Chicheportiche
Éditions Gallmeister
Mon avis sur Insta c'est ici
Quatrième de couverture :
Australie occidentale, 1886. Un bateau à vapeur en provenance de Londres fait son entrée à Bannin Bay. Depuis le pont, la petite Eliza Brightwell, dix ans, observe ce monde nouveau avec ses volutes de poussière rouge et ses inimaginables richesses tapies au fond de l'océan. Car c'est ici que sa famille espère faire fortune grâce à la pêche à la perle. Dix ans plus tard, son père Charles Brightwell, devenu le perlier le plus prolifique de la baie, disparaît subitement de son bateau en pleine mer. Qu'est-il devenu ? Le mystère est entier. Personne ne sait rien, personne ne semble vouloir parler. Seule Eliza s'entête à découvrir ce qui s'est passé. Et dans une ville où règnent la corruption, le racisme et le chantage, la vérité coûte bien plus cher que des perles. Eliza devra décider si elle est prête à en payer le prix.
Le premier roman de Lizzie Pook, teinté d'un exotisme fascinant, raconte avec fougue la quête de liberté d'une jeune femme guidée par l'amour filial.
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Mon avis :
Australie occidentale, 1886. La famille Brightwell a quitté Londres pour tout recommencer. Démarrer une nouvelle vie en Australie, car le père a choisi de devenir pêcheur de perles et faire fortune. Changement total de décor, de climat, de faune, et multitude d'ethnies, tout cela dans une chaleur étouffante.
Dix ans plus tard l'affaire est prospère, mais un jour le bateau rentre au port sans le père d'Eliza. Personne ne sait où il est, tout le monde le croit mort. Sauf Eliza qui ne se résigne pas. Puisque personne ne veut réellement savoir ce qui est arrivé à son père, pas même son frère, elle décide que ce sera elle qui le trouvera. À partir de là, l'autrice nous fait faire quelques allers-retours entre le moment de la disparition du père et l'époque de leur arrivée en Australie.
Bannin Bay, lieu où sont installés nombre de perliers, est un endroit dangereux, un vrai nid de vipères, avec ses tripots, ses mafieux, ses filles de joie, ses superstitions et la magie. Totalement sordide. Et dans ces lieux crasseux, immondes et malsains, où on risque de se faire trucider à tout moment sans réel motif, où les femmes sont interdites sauf si elles font commerce de leur corps, Eliza enquête... ça, c'est l'aspect de l'histoire qui m'a laissée perplexe. Étant une femme, tout peut lui arriver, surtout le pire. Mais elle enquête dans les pires lieux.
Les descriptions de cette Australie que je n'imaginais pas m'ont réellement étonnée. Ce pays, à la fin du XIXe siècle, nous est décrit comme un mélange de toutes les nations, un genre de terre promise où tous les miséreux du monde seraient venus dans l'espoir d'une vie moins dure. Ce qui, hélas pour eux, n'a pas été le cas car les margoulins étaient là aussi pour les saigner sans vergogne. Il y a eu, comme toujours, de l'exploitation, du racisme, de la corruption, et une infinie cruauté, envers tous ces pauvres mais encore plus envers les Aborigènes. Rançonnés, pressurés, bafoués, réduits à rien, les Blancs leur ont tout fait, les Chinois aussi. À croire qu'ils voulaient rivaliser avec la faune de ce pays, la plus dangereuse du monde.
On baigne tout le long de cette histoire en plein exotisme de ce pays fascinant qu'est l'Australie, cependant c'est un peu l'anti carte postale qui donnerait envie d'y aller. Tout est repoussant et effrayant dans ce récit. Des humains cupides et cruels sans foi ni loi, jusqu'aux animaux, vivants ou morts, extrêmement dangereux que ce soit sur terre ou dans l'eau.
J'ai adoré les descriptions car on est vraiment en immersion dans cette époque et ce lieu. J'ai eu un peu de mal, pendant un certain temps, à croire à l'enquête d'Eliza car les femmes n'avaient pas de droits en ce temps-là, ce qui les rendait très vulnérables, et sans doute prudentes, ce qui n'est pas son cas. Mais peut-être qu'on est prêt à tout pour retrouver une personne qu'on aime. Et puis ce qu'on exigeait des femmes à l'époque était d'un ennui mortel. Être une épouse discrète, tenir sa cour au sein du cercle féminin, dîners, thé, tennis et bridge. Pouah !! Quel enfer !!! Donc Eliza est une rebelle qui ne reculent devant rien pour retrouver son père. En réalité, c'est une femme du futur, libre de ses choix, féministe, sans mettre le mot dessus.
Bon, alors autant dire que mes réserves du début se sont envolées. J'ai fini par être captivée par ce roman qui vous met en immersion totale dans ce coin d'Australie de la fin du XIXe siècle. C'est le dépaysement absolu ! Entre les blattes qui pullulent, les puces de sable, les crocodiles de mer, les méduses mortelles, les wallabies, les lieux à nuls autres pareils, les éléments, la nature déchaînée… on est en terre inconnue. C'est tout une ambiance, un milieu et des mœurs qui nous sont racontés ici. J'ai profondément ressenti la beauté et la puissance de l'océan, et de la nature en général, qui nous dit que nous ne sommes que des grains de poussière, infiniment petits et dérisoires. On se rend compte au fil de cette lecture que l'autrice s'est énormément documentée sur cette époque et ce milieu des perliers.
Et on en parle de la couverture !? Je pourrais passer des heures à la regarder tellement elle est belle et me fait déjà voyager. Mais ça, c'est tout le talent des éditions Gallmeister !
Citations :
Page 25 : Les chemins de terre lui sont aussi familiers à présent que les rue de Londres l’étaient autrefois. Mais à la place d’un épais brouillard et des eaux sales des caniveaux, une poussière rouge orangé s’élève en volutes vers le ciel à chacun de ses pas. Des cacatoès rosalbins crient furieusement dans les fleurs et des mangues trop mûres jubilent comme des reines dodues dans les arbres.
Page 40 : En ces temps reculés, Bannin paradait comme un animal, décharnée et grouillant de toute sortes d’hommes — des Britanniques, des Allemands, des Américains et des Hollandais ; des habitants des zones-frontières, des pêcheurs de baleines, des colons et des forçats, tous attirés par la ville comme des asticots par la viande.
Page 101 : L’odeur suffit à faire pleurer les yeux. Oignon frit, curcuma, chili à la pâte de crevettes et gingembre, mêlés à celle musqué du bois de santal et à la puanteur de plusieurs centaines d’hommes. Les constructions qui constituent la ville basse s’appuient les unes contre les autres comme des ivrognes à la nuit tombée, chacune élevée sur pilotis pour les protéger des grandes marées de printemps.
Page 113 : Ce n’est un secret pour personne que les membres d’équipage dérobent parfois les perles, se coulant sans bruit sur les ponts la nuit pour glisser une cale en bois dans les coquilles qui béent dans l’obscurité. Cela empêche les huîtres de se refermer, et en l’espace de quelques rapides secondes, le voleur agite un crochet métallique dans la chair pour sentir la présence d’une perle qui se cacherait à l’intérieur. Le crochet ne laisse aucune trace et le matin les coquilles paraissent intactes.
Page 149 : Eliza n’avait jamais vraiment réfléchi à ce qu’on pouvait trouver dans une maison de passe. Peut-être s’attendait-elle à un lieu bondé de catins et d’hommes portant des favoris et vidant d’un trait des verres d’alcool frelaté. Elle se dit qu’elle s’attendait à de la danse. À des spectacles. Du racolage, peut-être. Mais cet endroit n’est que murmure. Tranquille comme un secret aux yeux d’un observateur extérieur.
Page 215 : Eliza a déjà vu des hommes souffrant le martyre. Les tympans déchirés ; les poumons gonflés d’infection ; les mains attaquées par des serpents de mer et couvertes de plaies suppurantes. Elle a vu des vestiges d’hommes que les requins et les crocodiles ont dépouillés de leurs tissus mous. Elle a vu des hommes si affaiblis par le scorbut qu’il fallait les porter à terre pour qu’ils meurent.
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