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Mon avis : La fille du pêcheur de perles – Lizzie Pook

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais par Josette Chicheportiche

 

Éditions Gallmeister

 

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Quatrième de couverture :

Australie occidentale, 1886. Un bateau à vapeur en provenance de Londres fait son entrée à Bannin Bay. Depuis le pont, la petite Eliza Brightwell, dix ans, observe ce monde nouveau avec ses volutes de poussière rouge et ses inimaginables richesses tapies au fond de l'océan. Car c'est ici que sa famille espère faire fortune grâce à la pêche à la perle. Dix ans plus tard, son père Charles Brightwell, devenu le perlier le plus prolifique de la baie, disparaît subitement de son bateau en pleine mer. Qu'est-il devenu ? Le mystère est entier. Personne ne sait rien, personne ne semble vouloir parler. Seule Eliza s'entête à découvrir ce qui s'est passé. Et dans une ville où règnent la corruption, le racisme et le chantage, la vérité coûte bien plus cher que des perles. Eliza devra décider si elle est prête à en payer le prix.
Le premier roman de Lizzie Pook, teinté d'un exotisme fascinant, raconte avec fougue la quête de liberté d'une jeune femme guidée par l'amour filial.

 

 

Mon avis :
Australie occidentale, 1886. La famille Brightwell a quitté Londres pour tout recommencer. Démarrer une nouvelle vie en Australie, car le père a choisi de devenir pêcheur de perles et faire fortune. Changement total de décor, de climat, de faune, et multitude d'ethnies, tout cela dans une chaleur étouffante.
Dix ans plus tard l'affaire est prospère, mais un jour le bateau rentre au port sans le père d'Eliza. Personne ne sait où il est, tout le monde le croit mort. Sauf Eliza qui ne se résigne pas. Puisque personne ne veut réellement savoir ce qui est arrivé à son père, pas même son frère, elle décide que ce sera elle qui le trouvera. À partir de là, l'autrice nous fait faire quelques allers-retours entre le moment de la disparition du père et l'époque de leur arrivée en Australie.

Bannin Bay, lieu où sont installés nombre de perliers, est un endroit dangereux, un vrai nid de vipères, avec ses tripots, ses mafieux, ses filles de joie, ses superstitions et la magie. Totalement sordide. Et dans ces lieux crasseux, immondes et malsains, où on risque de se faire trucider à tout moment sans réel motif, où les femmes sont interdites sauf si elles font commerce de leur corps, Eliza enquête... ça, c'est l'aspect de l'histoire qui m'a laissée perplexe. Étant une femme, tout peut lui arriver, surtout le pire. Mais elle enquête dans les pires lieux.

Les descriptions de cette Australie que je n'imaginais pas m'ont réellement étonnée. Ce pays, à la fin du XIXe siècle, nous est décrit comme un mélange de toutes les nations, un genre de terre promise où tous les miséreux du monde seraient venus dans l'espoir d'une vie moins dure. Ce qui, hélas pour eux, n'a pas été le cas car les margoulins étaient là aussi pour les saigner sans vergogne. Il y a eu, comme toujours, de l'exploitation, du racisme, de la corruption, et une infinie cruauté, envers tous ces pauvres mais encore plus envers les Aborigènes. Rançonnés, pressurés, bafoués, réduits à rien, les Blancs leur ont tout fait, les Chinois aussi. À croire qu'ils voulaient rivaliser avec la faune de ce pays, la plus dangereuse du monde.

On baigne tout le long de cette histoire en plein exotisme de ce pays fascinant qu'est l'Australie, cependant c'est un peu l'anti carte postale qui donnerait envie d'y aller. Tout est repoussant et effrayant dans ce récit. Des humains cupides et cruels sans foi ni loi, jusqu'aux animaux, vivants ou morts, extrêmement dangereux que ce soit sur terre ou dans l'eau.
J'ai adoré les descriptions car on est vraiment en immersion dans cette époque et ce lieu. J'ai eu un peu de mal, pendant un certain temps, à croire à l'enquête d'Eliza car les femmes n'avaient pas de droits en ce temps-là, ce qui les rendait très vulnérables, et sans doute prudentes, ce qui n'est pas son cas. Mais peut-être qu'on est prêt à tout pour retrouver une personne qu'on aime. Et puis ce qu'on exigeait des femmes à l'époque était d'un ennui mortel. Être une épouse discrète, tenir sa cour au sein du cercle féminin, dîners, thé, tennis et bridge. Pouah !! Quel enfer !!! Donc Eliza est une rebelle qui ne reculent devant rien pour retrouver son père. En réalité, c'est une femme du futur, libre de ses choix, féministe, sans mettre le mot dessus.

Bon, alors autant dire que mes réserves du début se sont envolées. J'ai fini par être captivée par ce roman qui vous met en immersion totale dans ce coin d'Australie de la fin du XIXe siècle. C'est le dépaysement absolu ! Entre les blattes qui pullulent, les puces de sable, les crocodiles de mer, les méduses mortelles, les wallabies, les lieux à nuls autres pareils, les éléments, la nature déchaînée… on est en terre inconnue. C'est tout une ambiance, un milieu et des mœurs qui nous sont racontés ici. J'ai profondément ressenti la beauté et la puissance de l'océan, et de la nature en général, qui nous dit que nous ne sommes que des grains de poussière, infiniment petits et dérisoires. On se rend compte au fil de cette lecture que l'autrice s'est énormément documentée sur cette époque et ce milieu des perliers.
Et on en parle de la couverture !? Je pourrais passer des heures à la regarder tellement elle est belle et me fait déjà voyager. Mais ça, c'est tout le talent des éditions Gallmeister !

 

Citations :

Page 25 : Les chemins de terre lui sont aussi familiers à présent que les rue de Londres l’étaient autrefois. Mais à la place d’un épais brouillard et des eaux sales des caniveaux, une poussière rouge orangé s’élève en volutes vers le ciel à chacun de ses pas. Des cacatoès rosalbins crient furieusement dans les fleurs et des mangues trop mûres jubilent comme des reines dodues dans les arbres.

 

Page 40 : En ces temps reculés, Bannin paradait comme un animal, décharnée et grouillant de toute sortes d’hommes — des Britanniques, des Allemands, des Américains et des Hollandais ; des habitants des zones-frontières, des pêcheurs de baleines, des colons et des forçats, tous attirés par la ville comme des asticots par la viande.

 

Page 101 : L’odeur suffit à faire pleurer les yeux. Oignon frit, curcuma, chili à la pâte de crevettes et gingembre, mêlés à celle musqué du bois de santal et à la puanteur de plusieurs centaines d’hommes. Les constructions qui constituent la ville basse s’appuient les unes contre les autres comme des ivrognes à la nuit tombée, chacune élevée sur pilotis pour les protéger des grandes marées de printemps.

 

Page 113 : Ce n’est un secret pour personne que les membres d’équipage dérobent parfois les perles, se coulant sans bruit sur les ponts la nuit pour glisser une cale en bois dans les coquilles qui béent dans l’obscurité. Cela empêche les huîtres de se refermer, et en l’espace de quelques rapides secondes, le voleur agite un crochet métallique dans la chair pour sentir la présence d’une perle qui se cacherait à l’intérieur. Le crochet ne laisse aucune trace et le matin les coquilles paraissent intactes.

 

Page 149 : Eliza n’avait jamais vraiment réfléchi à ce qu’on pouvait trouver dans une maison de passe. Peut-être s’attendait-elle à un lieu bondé de catins et d’hommes portant des favoris et vidant d’un trait des verres d’alcool frelaté. Elle se dit qu’elle s’attendait à de la danse. À des spectacles. Du racolage, peut-être. Mais cet endroit n’est que murmure. Tranquille comme un secret aux yeux d’un observateur extérieur.

 

Page 215 : Eliza a déjà vu des hommes souffrant le martyre. Les tympans déchirés ; les poumons gonflés d’infection ; les mains attaquées par des serpents de mer et couvertes de plaies suppurantes. Elle a vu des vestiges d’hommes que les requins et les crocodiles ont dépouillés de leurs tissus mous. Elle a vu des hommes si affaiblis par le scorbut qu’il fallait les porter à terre pour qu’ils meurent.

 

 

 

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Mon avis : Un océan, deux mers, trois continents – Wilfried N’Sondé

Publié le par Fanfan Do

Éditions Actes Sud

 

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Quatrième de couverture :

Il s'appelle Nsaku Ne Vunda, il est né vers 1583 sur les rives du fleuve Kongo. Orphelin élevé dans le respect des ancêtres et des traditions, éduqué par les missionnaires, baptisé Dom Antonio Manuel le jour de son ordination, le voici, au tout début du XVIIe siècle, chargé par le roi des Bakongos de devenir son ambassadeur auprès du pape. En faisant ses adieux à son Kongo natal, le jeune prêtre ignore que le long voyage censé le mener à Rome va passer par le Nouveau Monde, et que le bateau sur lequel il s'apprête à embarquer est chargé d'esclaves...
Roman d'aventures et récit de formation, Un océan, deux mers, trois continents plonge ce personnage méconnu de l'Histoire, véritable Candide africain armé d'une inépuisable compassion, dans une série de péripéties qui vont mettre à mal sa foi en Dieu et en l'homme. Tout d'ardeur poétique et de sincérité généreuse, Wilfried N'Sondé signe un ébouriffant plaidoyer pour la tolérance qui exalte les nécessaires vertus de l'égalité, de la fraternité et de l'espérance.

 

Né en 1968 à Brazzaville, wilfried N’Sondé a grandi en Île-de-France et étudié les sciences politiques avant de partir à Berlin, où il est resté vingt-cinq ans. Il vit désormais à Paris.

Musicien et écrivain, il a aussi enseigné la littérature à l’université de Berne (Suisse). Il publie ses romans chez Actes Sud : Le cœur des enfants léopards (2007, prix des Cinq continents de la francophonie et prix Senghor de la création littéraire), Le silence des esprits (2010), Fleur de béton (2012) et Berlinoise (2015).

 

 

Mon avis :
Le Bakongo Nsaku Ne Vunda, né vers 1583 au Kongo, fut baptisé Dom Antonio Manuel le jour où il fut ordonné prêtre. Érudit et polyglotte, il nous raconte la naissance du Kongo il y a fort longtemps et nous dit que son peuple pratiqua l'esclavage. Nsaku, né orphelin dans le village de Boko, une contrée de mystères et de magie, eut des parents adoptifs qui l'amenèrent, à l'adolescence, à l'école des missionnaires de Mbanza Kongo. Pour lui, l'appel du Christ fut irrépressible et immédiat. Mais que c'est beau la foi ! La vraie, faite d'humilité ! Celle qui fait aimer son prochain comme un frère, une sœur, un parent, un mendiant... quelqu'un dans le besoin. Néanmoins, des similitudes entre foi chrétienne et croyances locales font que christianisme et pratiques ancestrales se mêlèrent aisément.

Investi d'une mission auprès du pape par son roi Álvaro II, Nsaku Ne Vunda Dom Antonio Manuel, qui ignore jusqu'au jour de l'embarquement qu'il va voyager sur un navire négrier, découvre l'horreur de ce que subit son peuple, ses semblables, capturés, humiliés, marqués au fer, brisés, entassés nus à fond de cale pour une traversée vers le Brésil. Il n'était absolument pas préparé à ça. La souffrance des esclaves, la marchandise comme ils disent, le voyage abominable, la pestilence, le désespoir, les abus, tout nous est décrit sans fard, jusqu'à la tempête, la terreur, la mort d'esclaves mais aussi de marins.

Ce qui ne change pas, quelle que soit l'époque, c'est que la cupidité et les enjeux financiers d'un petit nombre passent toujours avant l'intérêt de l'humanité. Car parallèlement on en apprend sur les intrigues de cour, les jalousies, les ambitions démesurées qui n'épargnent d'ailleurs pas nombre d'ecclésiastiques, prêts à toutes les bassesses pour arriver à leurs fins et se débarrasser de ceux qui pourraient être gênants. L'angélisme de Dom Antonio Manuel est considéré comme un danger dans certaines cours. La politique dans toute sa perversité. Nulle bonté dans les hautes sphères du pouvoir.

La grande douleur de cet homme candide et sincère, profondément altruiste et qui croit en la bonté de l'Homme va être de se rendre compte de la terrible réalité de la noirceur de l'âme humaine. de plus, il est noir, dans un monde qui considère les africains, au mieux comme des êtres inférieurs, au pire comme même pas humains, il sent en permanence le mépris des Blancs dans leurs regards.

Ce récit nous parle malgré tout de main tendue, il nous dit aussi que les pires ne sont pas toujours ceux qu'on croit, nous parle du vœux de chasteté et de la difficulté parfois de ne pas succomber, car l'humain a besoin de contact. L'auteur nous offre un panorama macabre de cette époque : trafic d'êtres humains, pirates, Inquisition...
Il y a tout ce que j'aime dans ce roman : une page d'histoire très instructive sur un sujet révoltant, le commerce triangulaire entre le Portugal, le Kongo et le Brésil. L'esclavagisme m'a toujours fascinée avec horreur, avec ce besoin d'essayer de comprendre comment ça a pu être possible. La narration m'a énormément plu car elle m'a emportée immédiatement au cœur de l'histoire. C'est un livre captivant, avec un très beau personnage plein d'idéaux humanistes, comme on aimerais en rencontrer dans la vraie vie. Mais je suis née trop tard pour ça, car cet homme a réellement existé. Wilfried N'Sondé nous offre ici un roman historique absolument magnifique, chargé de la douleur de certains peuples, nourri de personnages réels.

Quant aux océans, je suis toujours partagée entre admiration et perplexité quand je pense à ceux qui s'embarquaient sur des bateaux pour des traversées au long cours dans des temps où le monde était si grand qu'on n'en connaissait pas grand-chose. Quel courage, ou folie, ou désespoir fallait-il pour s'embarquer sur ces mers immenses aux profondeurs insondables, remplies de légendes terrifiantes.

Avec ce roman, c'est embarquement immédiat pour un voyage sur les océans au cœur même de la cruauté des hommes, raconté avec un réalisme d'une beauté infiniment brutale. Oui, car l'auteur nous raconte l'effroyable avec un souffle poétique déchirant.
Énorme coup de cœur !!!

 

Citations :

Page 17 : Un matin de juillet 1509, le roi du Kongo conclut le premier contrat qui l’engageait à vendre un millier de ses esclaves à son homologue portugais.

 

Page 24 : Pour les Bakongos, jamais il n’y eut d’incompatibilité entre leur spiritualité ancestrale et leur foi catholique. Et puis le but de la présence des ecclésiastiques envoyés par le Saint-Siège consistait à se prévaloir du plus grand nombre de conversions possible, nul ne venait du Vatican pour contrôler l’authenticité des dévotions.

 

Page 56 : Ce fut la première fois que je vis des êtres humains enchaînés. La confrontation avec l’âpre réalité de la servitude me bouleversa, sans doute m’étais-je toujours aveuglé. Jusqu’à cet instant, mes yeux avaient discerné uniquement ce que ma conscience et ma morale étaient en mesure d’accepter, et puis l’idée que je me faisais de mon peuple était si haute que j’occultais tout élément qui aurait pu la flétrir. Cette image et ces mélodies de souffrance font partie de moi, elles m’ont accompagné à travers l’océan, les mers et les siècles.

 

Page 82 : Nus, enchaînés, des colliers d’acier très étroits scellés sous leurs pommes d’Adam, la flétrissure à l’épaule, leurs yeux fous roulant, à la fois révoltés et surpris de se retrouver sur cette gigantesque construction d’un autre monde, leurs poings se serrant tandis que leurs pieds entravés peinaient à trouver un équilibre précaire.

 

Page 116 : Portées par le vent, elles planèrent au-dessus de l’absurde et de la cruauté en une trajectoire élégante. Se soustraire à l’arbitraire, se prouver que l’on vit encore. Elles disparurent à jamais, couchées au fond de l’Atlantique. Longtemps leur passage laissa des traces circulaires à la surface de l’océan comme un ultime hommage. Enfin leur linceul d’écume s’enfonça dans les flots.

 

Page 146 : Les lendemains de tête trop lourde ne leur laissaient que de vagues souvenirs de plaisirs éphémères et l’écho lointain d’orgasmes simulés que leur vantardise forçait à transformer en exploits virils sur le chemin du retour vers Le Vent Paraclet.

 

Page 214 : Mais il m’apparaissait qu’en Europe, beaucoup d’hommes se réclamant du Seigneur entendaient imposer une certaine manière de prier, debout pour l’un, à genou pour l’autre, chacun dans une langue différente. Chaque dogme prescrivait une manière de se laver ou de s’alimenter et, si l’on n’y prenait pas garde, on se rendait coupable de la pire des offenses.

 

Page 217 : Depuis 1480 et la fin de la reconquête des territoires espagnols occupés par les musulmans, les membres de l’Inquisition, intransigeants et prêts à mourir en martyrs, avaient confisqué Dieu à leur profit et s’étaient donné pour mission d’affirmer l’orthodoxie catholique dans leur pays en éliminant les étrangers et les gens au sang impur qualifiés de mauvaise race.

 

Page 239 : Mes prières, je les dédiais au salut des filles accusées de sorcellerie et exposées aux viols des ecclésiastiques et des gardiens, avant d’être abandonnées à la mort à petit feu, de soif et de faim.

 

 

 

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Mon avis : L’histoire de Pi – Yann Martel

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais (Canada) par Nicole et Émile Martel

 

Éditions Folio

 

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Quatrième de couverture :

Piscine Molitor Patel, dit Pi, est le fils du directeur du zoo de Pondichéry. Lorsque son père décide de quitter l'Inde, la famille liquide ses affaires et embarque, accompagnée d'une étonnante ménagerie, sur un cargo japonais : direction le Canada. Le navire fait naufrage, et Pi se retrouve seul survivant à bord d'un canot de sauvetage. Seul, ou presque... Richard Parker, splendide tigre du Bengale, est aussi du voyage. Comment survit-on pendant deux cent vingt-sept jours jours en tête à tête avec un fauve de trois cents kilos ? C'est l'incroyable histoire de Pi Patel.

 

 

Mon avis :
Pi, qui a été affublé d'un prénom grotesque à sa naissance, à grandi à Pondichéry dans un zoo dont son père était le directeur. Il nous raconte les réveils matinaux au chant des lions et des singes hurleurs et ce serait beau s'il n'était question de captivité. Il y a un passage que j'ai trouvé assez difficile à croire où il est question de sévices abominables perpétrés sur les animaux par des visiteurs des zoos. Pourtant, l'humain est capable d'être tellement malfaisant que j'y ai cru tout en étant effarée par tant de bêtise et de cruauté.

Pi nous parle d’énormément de choses, des réflexions qu'il se fait, des questions qu'il se pose. Outre le zoomorphisme auquel je n'avais jamais pensé et qui m'a beaucoup amusée, Il nous parle de sa religion qu'il aime tant, l'hindouisme, nous l'explique, puis nous fait part de ses observations et de son incompréhension face à la religion catholique qui comporte très peu de dieux, dont un, un peu trop humain et qui, en plus, est mort sous les quolibets de ceux pour qui il se sacrifiait. J'ai appris de l'hindouisme et de l'islam, et me suis amusée avec sa vision de la religion catholique. Car il discute avec un prêtre puis avec un soufi, cherchant à comprendre d'autres religions que la sienne, allant jusqu'à prier à l'église et à la mosquée. Il se dit profondément hindou mais se passionne pour les autres cultes, lui qui a la foi ancrée en lui. La rencontre entre le pandit, le prêtre et l'imam, un régal !

Et puis un jour arrive l'embarquement pour le Canada, l'adieu à l'Inde, la tristesse qui va avec mais aussi l'excitation. Partis sur le Tsimtsum, un cargo japonais enregistré à Panama, avec des animaux du zoo à bord. On passe directement au naufrage, en pleine tempête, de nuit. Pi se retrouve seul au milieu de l'océan, sur une embarcation de fortune, avec un zèbre, un orang-outan, une hyène et un tigre. La description qu'il nous fait de ce qu'est réellement une hyène fait froid dans le dos. Ce n'est pas le charognard que l'on croit, c'est pire. Un genre de psychopathe velu et quadrupède bien plus effrayant que le tigre.

Commence pour Pi une longue angoisse. La mer infinie pour seul horizon, seul humain au monde, embarqué avec quatre animaux dont deux super prédateurs. Nous sont décrits une peur intense et des moments de cruauté incommensurables. Et puis la soif, la faim, le désespoir, toute cette eau en dessous peuplée de tant d'espèces, parfois terrifiantes, l'espérance, l'instinct de survie plus fort que tout. Comment subsister au milieu du Pacifique sur un frêle esquif, en tête à tête avec un tigre du Bengale forcément affamé ? D'autant plus si vous êtes végétarien et que l'idée de tuer pour manger vous révulse.

Survivre 227 jours, soit sept mois, en plein océan Pacifique sur un canot de sauvetage avec pour compagnon un tigre, voilà un exploit ! La survie devient l'obsession de tous les instants. L'histoire est belle et vraiment j'ai eu autant peur pour Richard Parker, le tigre, que pour Pi. Les descriptions de la vie marine trépidante et lumineuse la nuit sous les étoiles sont éblouissantes. J'ai cependant trouvé que le titre du film "L'odyssée de Pi" était plus empreint de lyrisme et plus approprié à la folle aventure de ce Robinson Crusoé flanqué de son Vendredi poilus à rayures. Car Pi craint Richard Parker autant qu'il veut le garder en vie. Il est son seul rempart contre la folie d'une terrifiante solitude au milieu de ce monstrueux nulle part liquide. On assiste au fil des pages au combat pour la survie puis à la lente dégradation des corps et de la détermination.

J'ai adoré que Pi, par ses incessantes questions sur tout, amène à des réflexions profondes sur la nature humaine mais aussi animale ainsi que l'énumération de tous les sentiments contradictoires qui peuvent alternativement traverser un être humain en situation extrême. J'avais partiellement vu le film qui m'avait complètement subjuguée. Ce roman est totalement incroyable en tout point. La fin est surprenante. Et pourtant, j'ai parfois trouvé le temps long.

 

Citations :

Page 24 : Les scientifiques sont des types chaleureux, athées, gros travailleurs et buveurs de bière dont l’esprit est occupé par le sexe, les échecs et le baseball quand ils ne sont pas captivés par la science.

 

Page 80 : Nous sommes tous nés comme chez les catholiques, n’est-ce pas — dans les limbes, sans religion, jusqu’à ce que quelqu’un nous fasse connaître Dieu ? Après cette rencontre, l’affaire est réglée pour la plupart d’entre nous. S’il y a un changement, c’est habituellement à la baisse plutôt qu’à la hausse ; bien des gens semblent perdre Dieu sur le chemin de la vie.

 

Page 93 : On est le matin à Béthanie et Dieu a faim ; Dieu veut son petit déjeuner. Il s’approche d’un figuier. Ce n’est pas la saison des figues, le figuier ne porte donc pas de fruits. Dieu est en rogne. Le Fils marmonne « Fasse que tu ne portes plus jamais de fruits », et immédiatement le figuier se flétrit. C’est ce que Matthieu a écrit et que Marc a confirmé.

Je vous le demande : est-ce la faute du figuier si la saison des figues est passée ? Qu’est-ce que ce geste contre un innocent figuier, de le flétrir instantanément ?

 

Page 111 : Il y en a toujours pour assumer le rôle de défenseur de Dieu, comme si la Réalité Ultime, comme si ce qui soutient le cadre même de l’existence était faible et vulnérable. Ces gens passent à côté d’une veuve lépreuse qui quête quelques sous, ils marchent près d’enfants de la rue vêtus de lambeaux, et ils pensent « tout est normal ». Mais s’ils sentent un affront à Dieu, c’est une tout autre histoire. Leur visage s’empourpre, leur poitrine se soulève de colère, ils crachent des mots méchants. Le niveau de leur indignation est étonnant. Leur détermination est effrayante.

 

Page 155 : Je vis à quatre mètres un triangle qui fendait l’eau. C’était l’aileron d’un requin. Un frisson épouvantable, liquide et froid, me parcourut la colonne vertébrale de haut en bas.

 

Page 156 : J’étais seul, orphelin au milieu du Pacifique, suspendu à une rame, un tigre adulte devant moi, des requins sous moi, au centre d’une violente tempête. Si j’avais appliqué ma raison à juger de mes chances de survie, j’aurais sûrement abandonné et détaché mes bras de la rame, dans l’espoir de me noyer avant d’être dévoré.

 

Page 226 : Mon compagnon de naufrage apparut. Il se dressa sur le plat-bord et regarda dans ma direction. L’apparition soudaine d’un tigre est saisissante dans n’importe quelles circonstances, mais elle l’était davantage ici. L’étrange contraste entre la vive couleur orange, rayée, de son pelage et le blanc inerte de la coque du bateau était incroyablement fascinant. Mes sens à bout de nerf furent saisis.

 

Page 260 : J’exultais d’avoir une daurade au bout de ma ligne — j’aurais été moins enthousiaste si cela avait été un tigre.

 

Page 291 : Mon plus grand désir — à part celui d’être sauvé — était d’avoir un livre. Un long livre avec une histoire qui ne se termine jamais. Un livre que je pourrais lire et relire, avec un nouveau regard et une nouvelle compréhension renouvelée chaque fois.

 

Page 293 : La désespérance était une profonde noirceur qui ne laissait ni entrer ni sortir la lumière. C’était un enfer indescriptible.

 

Page 321 : Et ainsi, de bouche à oreille, toutes les baleines du Pacifique entendaient parler de moi et j’aurais été sauvé depuis longtemps si Pimphoo n’avait pas appelé à l’aide un navire japonais dont l’équipage l’avait ignominieusement harponnée, le même traitement réservé à Lamphoo par un navire norvégien. La chasse à la baleine est un crime odieux.

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Mon avis : Neverwhere – Neil Gaiman

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais par Patrick Marcel

 

Éditions Au Diable Vauvert

 

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Quatrième de couverture :

Dans une rue de Londres, Richard trouve une jeune fille au sol, blessée. Il la prend dans ses bras, elle est d’une légèreté surprenante. Le lendemain, tout dérape : sa fiancée le quitte, on ne le reconnaît pas, certains ne le voient même plus. Le monde à l’envers, en quelque sorte.

Car il semblerait que Londres ait un envers, la « ville d’En Bas », une cité souterraine où vit un peuple d’une autre époque, invisible pour le commun des mortels. Comme plus rien ne le retient « là-haut », Richard rejoint les profondeurs…

 

Né en 1960 en Angleterre, Neil Gaiman vit aux États-Unis. Romancier, nouvelliste, scénariste surdoué traduit dans le monde entier, il est notamment l’auteur de Coraline, Stardust et des best-sellers American Gods (prix Hugo, Nebula, Bram Stoker et Locus) et Anansis Boys.

 

 

Mon avis :
Roman à l'ambiance particulière dont l'histoire se passe dans deux lieux parallèles, la Londres d'en haut moderne tel qu'on la connaît et la Londres d'en bas miséreuse et anachronique. Pour son malheur, Richard, contrairement à sa fiancée, n'est pas resté indifférent à Porte, une jeune femme en haillons, blessée, qui lui demandait de l'aide. Dès lors qu'il l'a secourue, son univers personnel a basculé dans quelque chose de cauchemardesque. Plus personne ne le reconnaît, ni même ne le voit, comme s'il était devenu invisible. Car étrangement, cette jeune femme à priori invisible pour les habitants d'en haut, Richard l'a vue, et l'a sauvée. Il part donc dans la Londres d'en bas, celle des laissés pour compte, des parias, des dépossédés, pour tenter de comprendre et récupérer sa vie d'avant en retrouvant celle par qui ses ennuis sont arrivés, qui elle-même poursuit une quête essentielle à ses lendemains.

Évidemment les choses ne vont pas du tout se passer comme il l'aurait voulu. Tout le monde en bas se fout de son sort. Tout le monde ? Peut-être pas.
J'ai adoré le côté conte d'autrefois, avec des personnages crasseux, mal fagotés, malodorants, roublards. Des rats, personnages importants qu'on écoute car leur parole compte, qui ont des traducteurs : les parle-aux-rats. Des affreux, les messieurs Croup et Vandemar, méchants à souhait qui m'ont fait penser au binôme dans Pinocchio : le chat et le renard, en moins beaux et carrément répugnants. On y trouve aussi le marquis de Carabas, fantasque et cynique. Et tant d'autres encore, visions de cauchemar, créatures hybrides ou chimères.
Ce lieu d'en bas est une espèce de cour des miracles où on fait du troc et où on s'entretue sans états d'âme, et où la magie existe. Il y a pourtant quelque chose de facétieux dans ce roman, un humour piquant. Richard ne pense-t-il pas dans son journal mental "je me promène à quelques dizaines de mètres sous les rues de Londres avec une espérance de vie comparable à celle d'un éphémère animé de pulsions suicidaires." ?
Il y a quelque chose d'absurde, complètement loufoque et néanmoins jubilatoire dans ce récit. Pourtant, je n'ai pas trouvé l'histoire addictive, tout en aimant bien, je serais bien allée lire autre chose... et puis un miracle s'est produit ! Pile à la moitié du livre j'ai été happée.

J'ai adoré les personnages, le grand délire général qui a parlé à mon âme d'enfant qui ne m'a jamais quittée, l'humour qui m'a parfois fait éclater de rire. J'adore l'intérieur du cerveau de l'homme qui a imaginé cette histoire ! Donc, malgré une première moitié un peu lente à mon goût, j'ai vraiment aimé ce roman fantasmagorique, sombre, et néanmoins très drôle, aux personnages bien barrés, dans une quête qui consiste pour certains à zigouiller le plus salement possible, pour Porte c'est la découverte de la vérité qui importe, ou retrouver sa vie d'avant pour Richard, ou encore parfaire sa réputation et atteindre le sommet pour une autre, ou encore la simple haine d'un esprit revanchard, chacun a ses raisons. Que ça se passe en grande partie dans la Londres brumeuse et envoûtante d'un temps impossible à situer créé une ambiance propice à l'ensorcellement.

 

Citations :

Page 21 : À présent, en avant. Nous avons des tâches à accomplir. Des gens à endommager.

 

Page 37 : Ses longues mèches brunes croulaient sur la poitrine de Richard ; elle lui disait à voix basse combien elle l’aimait, et il lui répondait qu’il l’aimait aussi, qu’il voulait vivre toujours à ses cotés. Et ils croyaient tous les deux que c’était la vérité.

 

Page 48 : Elle était revêtue de toute une gamme de vêtements enfilés les uns par-dessus les autres : des tenues insolites, des velours sales, des dentelles boueuses, des accrocs et des trous par lesquels on apercevait d’autres couches, d’autres modes. On aurait dit, jugea Richard, qu’elle avait effectué une razzia nocturne dans la collection Histoire de la mode du Victoria and Albert Museum, et qu’elle portait encore tout son butin sur elle.

 

Page 140 : Puis ils tournèrent à un coin et virent le pont. Il aurait pu s’agir d’un des ponts sur la Tamise, cinq cents ans auparavant, jugea Richard, un énorme pont de pierre qui enjambait un immense gouffre noir pour plonger dans la nuit. Mais il n’y avait ni ciel au-dessus, ni eau au-dessous. Il se dressait dans les ténèbres. Richard se demanda qui l’avait construit, et quand. Il se demanda comment quelque chose de ce genre pouvait exister sous la ville de Londres, sans que personne le sache.

 

Page 144 : Des bruits. Un frôlement, un frémissement. Richard cligna des yeux, aveuglé par la nuit. Les bruits devinrent plus féroces, plus affamés. Richard imagina qu’il entendait des voix : une horde de trolls énormes et contrefaits, sous le pont…

 

Page 155 : Il y avait chez ces gens un comportement profondément tribal, décida Richard. Il essaya de distinguer des groupes : il y avait ceux qui semblaient s’être échappé d’une reconstitution historique ; ceux qui lui rappelaient des hippies ; les albinos vêtus de gris, portant des lunettes noires ; les gens dangereux, tirés à quatre épingles, avec leurs costumes chic et leurs gants noirs ; les énormes femmes presque identiques qui se déplaçaient par groupes de deux ou trois, et hochaient la tête quand elles se croisaient ; ceux qui avaient les cheveux en broussaille et donnaient l’impression de vivre dans les égouts, qui empestaient de façon infernale ; et cent autres genres et espèces…

 

Page 174 : Jeune homme, dit-il. Comprenez bien une chose : il existe deux Londres. Il y a la Londres d’En Haut — c’est là que vous viviez — et puis il y a la Londres d’En Bas — l’En Dessous — qu’habitent ceux qui sont tombés dans les failles de ce monde. Vous appartenez désormais à leur monde. Bonne nuit.

 

Page 253 : Je te l’ai toujours dit, répondit-il avec la satisfaction de tous les vrais prophètes, on est en plein dans Le Masque de la Mort Rouge. Une élite décadente fait la fête pendant que la civilisation s’effondre autour d’elle.

 

Page 279 : J’ai toujours estimé, dit-il, que la violence était le dernier recours de l’incompétence, et les menaces vaines, le sanctuaire ultime de l’ineptie absolue.

 

Page 308 : Il existe à Londres de petites bulles de temps passé, où les choses et les lieux ne changent pas, comme des bulles prises dans l’ambre, expliqua-t-elle. Il y a beaucoup de temps dans Londres, et il faut bien qu’il aille quelque part — tout n’est pas consommé tout de suite.

Je dois encore avoir la gueule de bois, soupira Richard. J’ai trouvé ça presque cohérent.

 

 

 

 

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Mon avis : Vita – Julia Brandon

Publié le par Fanfan Do

Les éditions des auteurs des livres

 

Quatrième de couverture :

Au cœur de Vita, Julia Brandon tisse un récit d’amour et de rédemption où la lumière et les ténèbres s’entrelacent dans un ballet tragique. Automne, jeune femme brisée par la cruauté de son frère Jonas, peintre pervers et tortionnaire, tente de fuir un destin qui la poursuit sans relâche. Lors de sa fuite, elle rencontre Christ, un artiste déchu hanté par ses propres démons. Cette rencontre bouleversera sa vie à jamais.

 

Entre eux naît une relation puissante, faite d’amour, de pardon et d’espoir. Christ, rongé par son passé, offre à Automne l’unique échappatoire à son enfer : la promesse d’un amour absolu.

 

Dans un univers où la douleur est l’unique vérité, Vita explore les liens indéfectibles qui se créent dans l’ombre du désespoir. Automne et Christ, unis par un destin cruel, parviendront-ils à échapper à l’emprise de la fatalité ou seront-ils à jamais emprisonnés dans le labyrinthe de leur propre passé ?

 

La plume marseillaise nous livre ici un roman d’une beauté époustouflante… Julia Brandon, le phénomène littéraire de l’année !

 

 

Mon avis :
Automne aime passer des heures à lire 
Ovide. Elle lit le latin que son père lui a enseigné, ce qui déplaît à sa mère car elle craint que ça la détourne du chemin qu'elle se doit d'emprunter. Mais quel est-il ce chemin ?
À un moment Automne saute par la fenêtre, puis se retrouve à devoir sauter dans un puits avec Silas qu'elle vient à peine de rencontrer, ce qu'elle fait, et se retrouve sous l'eau. Mais littéralement sous l'eau, l'eau au dessus d'elle, et elle au sec. Là, c'est complètement onirique, où peut-être métaphorique, et je me suis un peu interrogée mais j'ai poursuivie mon étrange lecture car bien que très bizarre, je l'ai tout de suite trouvée addictive.

En réalité, Automne fuit Jonas, son frère, artiste fou, sadique et complètement pervers. Elle mène une quête en compagnie de Silas qui "reçoit" des objets étranges. Elle cherche quelqu'un sans savoir exactement qui au départ, ni pourquoi. Magie, ésotérisme, on est emporté dans cette étrange aventure qui attire Automne irrésistiblement. Il y a une certaine ambivalence chez ces personnages, qui font le contraire de ce qu'ils désirent réellement ou bien qui fonce vers quelque chose dont ils ignorent tout et qui est peut-être leur malheur en fait. J'ai trouvé qu'Automne faisait preuve de beaucoup d'ingratitude d'un côté et se laissait emporter aveuglément dans une histoire d'amour totalement improbable car née d'un coup de foudre.

Cette histoire se passe à une époque qui n'est pas précisée, qui m'a semblé lointaine... la magie y est omniprésente, l'ambiance, les lieux et les événements m'ont évoqué le Moyen-âge. J'ai beaucoup aimé même si l'histoire d'amour absolu qui y est raconté est totalement extrême et flirte avec la mort.

C'est un roman qui n'est pas pour tout public il me semble car il y a des faits choquants, et même malsains. Donc, pour public averti ! Ce livre m'a été proposé en service presse par l'autrice. Merci beaucoup pour cet étrange roman qui m'a fait passer un très bon moment.

 

Citations :

Page 65 : Oui, c’est vrai, Maria aimait beaucoup Eugénie bien qu’elle ne comprît pas vraiment pourquoi elle n’appréciait que sa fille apprît à lire. C’était une occasion tellement belle de s’ouvrir au monde ! À l’époque, elle aurait même beaucoup donné pour avoir cette chance.

 

 

 

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Mon avis : Rover Red Charlie – Garth Ennis – Michael Dipascale

Publié le par Fanfan Do

Éditions Komics Initiative

 

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Quatrième de couverture :

Je m'appelle Charlie et je suis un chien, tout comme mes deux amis, Red et Rover. Il est arrivé quelque chose à nos nourrisseurs. On ne sait pas ce qui s'est passé ni pourquoi mais voilà : ils ont commencé à s'attaquer les uns aux autres. Et ils se sont frappés, frappés et frappés... Jusqu'à ce qu'ils soient tous morts.
On est seuls, maintenant. Plus personne pour nous nourrir, plus personne pour s'occuper de nous ou pour nous promener. C'est toujours le monde des nourrisseurs, mais sans les nourrisseurs. Il va falloir qu'on se débrouille sans eux. Rover dit des mots bizarres, Red n'est pas très futé et moi... Moi, j'ai peur.
Suivez une bande de chiens liés d’amitié dans une aventure éprouvante, drôle et émouvante. Un récit complet écrit par Garth Ennis (Preacher, The Boys) et mis en image par Michael DiPascale (Hero Worship, Crossed).

 

 

Mon avis :
Comme l'écrit 
Alan Moore en préambule, les chiens seraient à peu près les seuls à nous regretter si nous disparaissions. J'aime à penser que mes chats me regretteraient aussi.

Charlie est un chien d'aveugle. Il a été élevé pour aider et c'est ce qu'il est poussé à faire, comme une seconde nature. Mais l'humanité est en train de s'autodétruire, s'entretuer, se suicider et il ne peut pas aider qui que ce soit.
Il part à la recherche d'une solution avec ses deux amis Rover et Red. Ils vont devoir traverser le plouf car ils sont sur une île, et ils ne savent pas comment s'y prendre. Puis ils rencontrent un cracheur (un chat) qui leur donne des conseils.

Le but de Charlie est de trouver des nourrisseurs. Car il ne supporte pas de devoir penser par lui-même. Ça le rend triste, ça lui donne la nausée. Il veut que des humains lui disent quoi faire. Alors Red et Rover vont le suivre dans sa quête. Et ils vont croiser tellement de choses bizarres, comme de la nourriture sous forme de cot-cotteurs et de coins-coins mais aussi d'autres chiens, qui attendent... certains en colère contre nous, les responsables du chaos.

Les chiens et les chats sont bien dans leur rôle. En cas d'anéantissement de l'humanité, certainement que les chats s'en sortiraient beaucoup mieux que les chiens, trop dépendants de nous, trop soumis.

Il y a des moments drôles, comme avec les chihuahuas, et puis PATATRA !!! Et des moments bouleversants et tragiques, voire carrément affreux.
Cette histoire, à travers le destin bouleversant de trois chiens, met en avant quelque chose d'évident : nous ne serons jamais capables d'autant d'abnégation et d'amour inconditionnel qu'un chien. Nous ne les méritons pas. Ils méritent tellement mieux que ce que nous leur réservons.

J'ai tout aimé dans cette BD. L'histoire, le regard sur les chiens, le graphisme vraiment très beau, et l'humour car cette bande dessinée n'en est pas dépourvue, malgré la noirceur du propos.

 

Citations :

J'veux dire, y a plein de trucs que font les nourrisseurs que je pige pas, comme regarder la boîte qui parle ou bien parler dans celle qui ne parle pas. Mais au moins ils ont l'air d'aimer ça.

 

 

 

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Mon avis : Tous les invisibles – Mateo Askaripour

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne-Sylvie Homassel

 

Éditions Buchet Chastel

 

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Quatrième de couverture :

New York, 2028 : le premier bébé invisible voit le jour dans une maternité de la ville.
Région des forêts, hémisphère Nordouest, 2529. Sweetmint, une jeune Invisible, a triomphé de toutes les embûches dressées par une société profondément inégalitaire. Quand son frère, un Invisible disparu depuis trois ans, est accusé de meurtre, tout ce pour quoi elle s’est battue manque de s’effondrer. À cinq jours d’une élection cruciale, la jeune femme se retrouve au cœur d’un jeu politique qui pourrait bien la dépasser. Dans cet univers où tout le monde ment, à qui peut-elle vraiment faire confiance ?
Dans la veine des grands romans qui empruntent les codes du genre pour mieux parler de nos oppressions, comme ceux de Colson Whitehead ou Naomi Alderman, Tous les invisibles est un thriller passionnant sur la manipulation des hommes et de la vérité.

 

Mateo Askaripour a fait une entrée fracassante en littérature avec Buck & moi, encensé par Colson Whitehead et best-seller du New York Times. Tous les invisibles est son deuxième roman.


Mon avis :
New York 2028, Makeda Solomon une jeune afro-américaine sans domicile est sur le point d'accoucher. Son enfant sera le premier de son espèce.
2529, Région des forêts, Rhitelville, Hémisphère Nordouest. le monde s'est scindé en deux catégories d'individus, les vizos, terme péjoratif pour nommer ceux du peuple Invisible, et les poddies, du peuple PoDo. PoDo signifie Population Dominante. Donc, les Invisibles sont en quelque sorte des vassaux. Mais en réalité c'est pire que ça. Ils ont chacun leurs cités, les forêts pour les Invisibles, les villes pour les PoDo. Certains Invisibles se peignent le corps, portent des lentilles et des cache-dents pour être visibles ou encore juste un collier en métal. Pas Sweetmint. Sweetmint une Invisible, (nom officiel, Candace), grâce à son sérieux et sa ferveur, a été choisie pour postuler à un apprentissage prestigieux auprès de Mr Croger Tenmase, le créateur de ce nouveau monde qui a permis à l'humanité de ne pas s'éteindre. Hélas, la domination d'un peuple sur un autre n'a pas disparu. le mépris non plus ni le suprémacisme. La religion existe toujours, pour supporter la peur de l'inconnu, les gens croient au Saintpère.

Un jour le Chef de l'exécutif Rhitel est assassiné, par un Invisible parait-il. Comme c'est toujours un monde injuste, cruel et raciste, l'Invisible doit être capturé pour servir les intérêts de certains ambitieux retors. Car peu importe qu'il soit réellement coupable. Rapidement on se demande en qui Sweetmint peut avoir confiance... des traîtres il y en a toujours eu, partout, de tout temps, traître à son peuple, à la parole donnée. Des Invisibles sont au service des poddies, mais à qui sont-ils loyaux ? On apprend peu à peu l'enfer qu'a été la vie des Invisibles, déplacés, maltraités, parqués, massacrés. Et puis il y a des résistants, ceux qui refusent la domination des poddies, qui œuvrent dans l'ombre, ou encore sont infiltrés.

Cynisme, ambitions, manipulations, cette chasse à l'homme révèle tout ce que l'humanité peut contenir d'abjects individus, mais pas que. Plus on avance dans l'histoire plus ça devient prenant. On assiste donc à cette chasse à l'homme, motivée par des ambitions politiques, pendant que la résistance s'organise, dans ce monde futuriste que j'ai beaucoup aimé. Et toujours, mais ça quelle que soit l'époque, le racisme lié à la peur de ce qu'on ne connaît pas, savamment entretenue par ceux qui en tirent profit.

J'ai aimé dès les premières pages puis j'ai été un peu perdue au deuxième chapitre. Outre le très grand nombre de personnages aux noms évocateurs mais durs à retenir, j'ai eu du mal à comprendre, à cause de quelques mots inventés dont l'explication n'est pas donnée. Je me suis demandé si c'était vraiment nécessaire avant de réaliser que ça mettait le lecteur en totale immersion dans ce futur d'un demi millénaire après nous.

Il y a des réflexion sur la nature et sa préservation et une harmonie avec l'univers chez ce peuple Invisible. Évidemment cette histoire est un parallèle avec la nôtre, notre humanité qui n'apprend pas de ses erreurs, qui dédaigne d'autres individus jusqu'à ne pas les voir, les considère comme quantité négligeable... c'est un futur qui met en évidence nos comportements délétères, toujours à nous complaire dans nos aberrations, nos idées préconçues, nos dénis et notre côté suicidaire à vouloir scier la branche sur laquelle nous sommes assis, à attiser des haines et des rancœurs par nos comportements en favorisant les inégalités et les préjugés. Racisme et concupiscence ne sont hélas jamais incompatibles non plus. Ça rappelle surtout ce qui se passe outre Atlantique. La mauvaise foi érigée en arme absolue contre toute humanisme.

J'ai beaucoup aimé cet univers futuriste et sa technologie imaginé par l'auteur, des forêts aux zones sinistrées, des villes aux lieux underground où les nantis vont s'encanailler dans les bras de créatures honnies. Une histoire palpitante et originale avec des rebondissements inattendus, qui dit beaucoup sur l'humanité et nos sociétés qui préfèrent détourner les yeux plutôt que de regarder les laissés pour compte.

 

Citations :

Page 38 : Non. Non, non, non, non. Elle porta les mains à son cou, consciente déjà de ce qui lui manquait. Le collier d’acier que ceux qui ne se peignaient pas portaient afin d’être vus et identifiés plus facilement par les gardes de l’hémisphère et les hommes et femmes de la population dominante.

 

Page 93 : « Bon, reprit Mr Tenmase, index pointé sur la relique. Nous nous sommes déjà suffisamment penchés sur les techniques modernes — et j’y inclus ma leçon improvisée du jour sur la nutrition. Pour construire le futur, pour faire renaître le monde avec des méthodes et des façons de penser nouvelles, il nous faut reconstruire le passé. Ce qui permet aussi de mieux comprendre pourquoi nous en sommes là.

 

Page 131 : Sweetmint était sur le point de rebrousser chemin. Depuis le jour où Sweetsmoke et elle s’étaient frayé un chemin jusqu’à cette même clairière, Rusty ne l’avait jamais abandonnée : l’amarrant, la protégeant, traduisant pour elle les particularités de ce monde. Son absence ici, de même qu’au peinturage, privait Sweetmint de ses racines. Elle n’était plus qu’une frondaison, des fragments de terre collés à ses rameaux apparents, et n’avait plus qu’une seule destination. Il ne fallait surtout pas que les autres l’entendent se fendre et assistent à sa chute.

 

Page 145 : Un homme d’une moindre trempe se serait frappé la poitrine, aurait dressé la liste des obligations dans lesquelles elle se trouvait maintenant à son égard, elle qui ne lui avait rien demandé ; il aurait troqué la patience et les gestes rassurants au profit d’une lourde insistance.

 

Page 239 : Tous si certains de leur rang, de leurs privilèges. Et voir leurs semblables, membres de la prétendue Population dominante, baver devant des femmes qu’ils considéraient comme inférieures démontrait à l’envi que tout le monde, elle comprise, avait au moins deux visages. Celui ou celle qu’on est le jour, celui ou celle qu’on devient à la nuit tombée : le changement de lumière faisait tomber les masques. Les PoDo n’avaient rien de propre, comprit-elle. Simplement, ils étaient maîtres dans l’art de dissimuler leur saleté.

 

Page 248 : Quand rien de ce que l’on commet ne peut être condamné, comment se construire une conscience ?

 

Page 317 : Si, du jour au lendemain, sont nés les Invisibles, il se peut qu’apparaissent un jour des humains… plus humains que ceux qui les ont précédés.

 

Page 396 : Je vous vois errer dans ce monde à la recherche d’une raison d’être. Trépignant comme un enfant, parce que vous ne l’avez pas trouvée. La violence déguisée en loi, le mal en religion, l’obscénité en ordre.

 

 

 

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Mon avis : Toutes les nuances de la nuit – Chris Whitaker

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais par Cindy Colin-Kapen

 

Éditions Sonatine

 

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Quatrième de couverture :

Jusqu’à ce jour de 1975, Monta Clare était une petite communauté tranquille du Missouri. Aujourd’hui, les sirènes des voitures de police retentissent dans toute la ville. Dans un quartier paisible, les habitants sont interrogés, tous doivent fournir des alibis. La raison ? Le jeune Patch Macauley a disparu. Dans la forêt voisine, on a retrouvé son tee-shirt, maculé de sang. Saint, une jeune fille au caractère bien affirmé, décide de faire tout ce qui est en son pouvoir pour découvrir ce qui est arrivé à son ami. Elle harcèle le shérif, mène sa propre enquête, cherche des oistes. Les jours passent, puis les semaines. L’affaire ne fait plus les gros titres des journaux, et cependant, Saint s’obstine. Des mois plus tard, Patch Macauley réapparaît. L’affaire est réglée ? Non. Bien au contraire, il faudra des décennies pour élucider tous les mystères et faire la lumière sur ce qui s’est réellement passé durant sa disparition.

 

Après Duchess, salué par la presse et les libraires, Chris Whitaker revient avec un roman magistral. S’étendant sur plus de trente ans, ce récit, jamais prévisible, met en œuvre des émotions aussi complexes que bouleversantes. Toutes les nuances de la nuit confirme avec éclat le talent infini de son auteur pour explorer jusqu’à l’incandescence les troubles de l’adolescence et la façon dont ceux-ci influent et pèsent sur l’âge adulte. Chris Whitaker s’installe sans conteste parmi les plus grands romanciers contemporains.

 


Mon avis :
L'auteur nous parle de Patch, ce petit pirate, et nous prévient que ce qui va se produire va être terrible. C'est comme si on était dans le secret des dieux... où des démons. C'est étrange comme ça m'a fait penser aux contes de mon enfance cette façon de nous avertir.
Deux enfants dont personne ne veut être l'ami(e), Patch le petit pirate borgne et Saint la petite rebelle qui n'en fait qu'à sa tête. Tous deux orphelins. Lui, élevé par sa mère en perdition, qui sombre tout doucement. Elle, élevée par sa grand-mère, chauffeure de bus qui fume le cigare. Tous deux héroïques et altruistes, à seulement treize ans.

Une disparition puis une quête obsessionnelle sans rémission, puis une autre, impossible et infinie. Peut-être une chimère. L'histoire de deux mômes qui se sont fait voler leur enfance. Une amitié qui défie le temps et les écueils. Un tueur en série. Un flic bienveillant. Une adolescente reconnaissante. Un galeriste un peu pète-sec. Une petite ville où tout le monde se connaît. Toute une galerie de personnages magnifiques et attachants, voire extraordinaires, aux destins douloureux pour certains, qui pourtant portent la lumière en eux. Et puis la forêt, immense, profonde. Des zones d'ombre, des doutes qui nous laisse penser qu'on a encore beaucoup de choses à apprendre. Un livre qui vous emporte dès la première page et ne vous laisse aucun répit.

J'ai adoré cette histoire d'amitiés improbables mais inaltérables, de mains tendues, de générosité, d'amour infini, de drôlerie parfois, mais aussi de noirceur et de deuils impossibles, de vies gâchées.

🎼 le temps est assassin et emporte avec lui les rires des enfants 🎶... Et si c'étaient juste les adultes qui éteignaient ces rires...

Ce roman vous avale tout cru. C'est un long road-trip à travers les États-Unis, mental et réel, sur presque trois décennies. Une palpitante immersion au cœur de l'Amérique, par un auteur britannique.
Époustouflant.
Un roman qui va rester niché au creux de mon cœur.

 

Citations :

Page 38 : Saint avait bien conscience que certaines personnes confondaient la richesse et la classe, la colère et la puissance.

 

Page 104 : « Tu pries toujours, dit Saint.

Je prie comme je l’ai fait quand ton grand-père est mort. »

Saint voulait lui demander ce que c’était que de perdre ce qui vous définissait. Mais peut-être le savait-elle déjà : vous deveniez une autre personne. Une inconnue que vous deviez chaque jour affronter, tolérer et redouter.

 

Page 336 : — Tu dois apprendre les bases, dit-il en mordant dans son sandwich au fromage grillé, avant de commenter : il n’y a pas de meilleur repas sur cette terre. »

 

Page 373 : « Joseph est différent parce qu’il n’a pas eu de femme dans sa vie pour faire les choses à sa place, dit Norma, comme si elle lisait dans ses pensées, en essuyant la tache avec une serviette. C’est aussi pour ça qu’il ne sait pas comment aimer. Comment entretenir une amitié. Comment être un homme.

Les femmes apprennent aux hommes à être des hommes ?

Bien sûr. Comment crois-tu qu’ils l’apprennent ? »

 

Page 395 : Les gens disent qu’on n’a qu’une seule vie, qu’une seule chance. Mais je pense qu’au cours d’une vie, on endosse une dizaine de rôles et de responsabilités. Je peux classer les versions de moi-même en amis et ennemis. Les erreurs sont les détours qui nous rappellent le vrai chemin, Saint. Aimer et être aimé, c’est plus que ce que l’on peut espérer de la vie. De quoi combler un millier d’existences ordinaires.

 

Page 442 : Au cours de sa formation, Saint avait effectué un stage dans le service des statistiques criminelles, et un autre dans celui de l’assistance aux victimes. Elle avait accompagné l’agent Dana Cowell pendant trois semaines particulièrement éprouvantes. Des nuits passées aux urgences à regarder des femmes devenues des ombres d’elles-mêmes, condamnées à vivre dans un état de choc perpétuel. Elle avait vu leurs yeux tuméfiés et leurs lèvres gonflées, les empreintes de main rouge et bleu sur leur peau. L’emprise de l’alcool et de la drogue. Souvent des agressions sexuelles. Elle avait vu la cruauté dont les hommes sont capables, ceux qui prennent tant sans ce rendre compte du peu qu’ils laissent derrière eux.

 

 

 

 

 

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Mon avis : Les évaporés du Japon – Léna Mauger

Publié le par Fanfan Do

Éditions Les Arènes

 

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Quatrième de couverture :

Chaque année, près de cent mille citoyens japonais, hommes et femmes de tous âges, disparaissent volontairement. Dettes, histoires d’amour inavouables, échecs intimes, ils ont en commun de partir sans jamais revenir. Lié à la honte et au déshonneur, ce phénomène est au cœur de la culture nippone. Débarrassés de leur passé, les évaporés tentent de refaire leur vie dans les marges de la société.

 

Des faubourgs de Tokyo en passant par les sources chaudes d’Atami, le mont Fuji ou la zone contaminée de Fukushima, Léna Mauger est allée à la rencontre de ces vies singulières.

 


Mon avis :
100 000 disparitions volontaires chaque année au Japon. Par suicide sans que les corps ne soient jamais retrouvés, ou par effacement de soi-même, venue de l'envie de tout plaquer, contraints à se soustraire au monde, tout recommencer ailleurs et laisser ses proches dans l'incompréhension et le manque. Au Japon, des entreprises de déménagement se sont créées pour aider les gens à disparaître, la nuit, sans laisser de trace. Car dans ce pays il est facile de se volatiliser.

On apprend pourquoi ce phénomène, qui a toujours existé dans tous les pays, s'est très fortement accentué au Japon dans les années 90. Il y a même eu une série télé qui traitait le sujet. La plupart du temps les raisons sont graves, mais parfois, à nos yeux d'occidentaux elles paraissent dérisoires par rapport à l'énormité d'un tel acte. Dettes, licenciement, échec scolaire, mariages sans amour car mariages arrangés, les raisons sont multiples, étranges pour nous mais évidentes dans ce pays. Il ne faut pas oublier le sens de l'honneur exacerbé des japonais.

L'autrice nous emmène en totale immersion au Japon, les décors, les senteurs, les gens, tout y est. Elle nous fait découvrir des évaporés qui ont accepté de se livrer mais aussi quelques proches restés dans l'angoisse et l'humiliation. Qu'il soit parti seul ou en famille, chaque individu a ses raisons, ses peurs, parfois sa honte et ses regrets de n'avoir pas pu ou pas su faire autrement. Pour les familles c'est une honte dont on ne parle pas.

À chaque livre que je lis sur le Japon, il y a quelques années j'avais lu ceux de Jake Aldenstein, je redécouvre que ce pays, qui nous semble si calme, avec des habitants si polis, si courtois, est aussi celui des yakuzas, ces mafieux du soleil levant qui ne reculent devant rien et qui sont parfois la cause de ces disparitions volontaires.

C'est un livre passionnant qui nous offre une autre image du Japon qui nous fait tant rêver, et nous permet de mieux appréhender la réalité de la société japonaise, que celle touristique que nous avons en tête. Dans une sorte de road trip, l'autrice nous emmène à travers différents lieux où se fondent dans la masse ces évaporés, jusqu'à un haut lieu du suicide, des falaises d'où les désespérés se jettent sur des rochers bordant la mer.
C'est fascinant et effrayant de découvrir pourquoi et comment autant de gens arrivent à disparaître chaque année.
De belles photos au début et à la fin, accompagnées de commentaires, contribuent à nous plonger dans l'ambiance de ce périple dans l'envers du décor.

 

Citations :

Page 27 : Je déménage surtout des gens Tokyo à Tokyo. Au Japon, nous ne sommes pas aussi bien référencés que chez vous. C’est plus simple de disparaître.

 

Page 48 : Je me vois pendu à un arbre, et le rictus de l’homme qui va trouver mon corps pourri. Ma vie défile, enfance cossue, scolarité brillante, carrière d’ingénieur bien lancée. Je suis fils unique et je ne me souviens pas de m’être beaucoup amusé dans notre maison trop grande pour trois personnes. Je dormais déjà quand mon père rentrait à la maison et quand ma mère venait me chercher à l’école, elle avait toujours un air triste, nostalgique. Parfois j’avais peur de ne pas la voir, comme si au fond de moi j’avais le sentiment qu’elle rêvait d’une vie puys frissonnante, et qu’un jour, elle franchirait le pas.

 

Page 63 : Notre fils est une énigme pour nous, dit Ichiro. Il est comme la surface lisse d’un lac dont on ignore les profondeurs.

 

Page 69 : Kazufumi, l’évaporateur de la Société de débarras en tout genre, a disparu un matin de 1970 et, depuis, il ment. Il a sombré dans un vide administratif. Sa ville d’origine l’a déclaré disparu.

 

Page 78 : À l’approche de Sanya, la modernité s’estompe sous une pluie fine, la ville s’éteint et se tait. Plus d’enseignes en pagaille, de brouhaha agressif heurtant les tympans, plus de voitures non plus. Un autre monde s’ouvre là, on ne l’imagine pas. Dans la capitale de la quatrième puissance mondiale, un univers fantomatique cousu de silence, aux normes sociales éclatées. Sur cette terre qui fut au temps des shoguns un champs d’exécution des criminels, puis un abattoir avant de devenir un marché de la main-d’œuvre journalière, l’un des plus dynamiques du Japon, les ruelles défilent, jonchées de détritus, empuanties d’une odeur de pisse et de saké, désertes à l’exception de silhouettes titubantes.

 

Page 99 : La société japonaise repose sur le sens de la hiérarchie et la confiance accordée aux supérieurs.

 

Page 107 : « Je n’ai pas envie de me tuer au travail, d’être un soldat du capitalisme. Alors, je fais des trucs bêtes mais amusants. » Il évoque l’éducation stricte, l’obligation sociale d’être toujours le meilleur partout ; la pression familiale des parents qui veulent le marier, le stress au travail. Il cite, pour mieux le rejeter, un dicton japonais : « Il faut taper sur la tête du clou qui dépasse. »

 

Page 178 : « Nous, les enfants de disparus, morts ou cachés quelque part, sommes des renégats. Marqués au fer rouge. »

 

 

 

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Mon avis : Tout n’est pas que solitude – Estelle Lang

Publié le par Fanfan Do

Auto-Éditions

 

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Quatrième de couverture :

Et si la plus grande des aventures naissait au cœur du chaos ?
Bien après l’effondrement de la civilisation, Juliette et Leonardo font le serment de réaliser un rêve de jeunesse : gravir le Mont Canigou. Un voyage prévu avec leurs enfants Alice et Lucas, depuis leur village aveyronnais. Mais que vaut une promesse familiale face à la barbarie d’une humanité ravagée ?
Séparée des siens, Alice se retrouve livrée à elle-même, avec un chien pour seule compagnie. Son périple se transforme alors en une véritable quête. Entre espoir et solitude, elle devra affronter les ombres d’un monde brisé… et découvrir jusqu’où l’amour peut pousser à tenir debout.
Un roman post-apocalyptique où la nature, la famille et les liens du cœur tentent de résister, envers et contre tout.

 


 

Mon avis :
Alice erre seule avec son chien, dans un univers dévasté, où la peur est une compagne de tous les instants car le monde a sombré dans la folie et la survie. Car un jour tout à basculé. L'eau manquait déjà, puis tout s'est arrêté. Elle se souvient, l'endroit où elle vivait, loin du tumulte des villes, ses parents Leonardo et Juliette qui avaient fait le choix d'une vie simple en autosuffisance dans un village reculé de l'Aveyron. Jusqu'au jour où les sociétés se sont effondrées. Comment poursuivre son existence dans un monde incertain, où l'avenir tel qu'on le concevait a disparu ? Comment retrouver l'étincelle que Juliette a perdue ? En faisant des enfants ?

Alors que la vie se passait plutôt bien dans ce sanctuaire où la solidarité était la règle, une nuit, une horde de pillards attaque le village. le monde est devenu chaos, la lutte pour la survie âpre, sans pitié. Ils sont là pour razzier, saccager et tuer. Ce sera le chaos dans leur vie qu'ils avaient réussi à faire belle. Il restera un rêve à réaliser, l'ascension du mont Canigou, un vieux rêve des parents, un long périple dans ce monde devenu très dangereux. Des paysages grandioses, des descriptions qui nous emporte au cœur de cette nature qui semble être le seul endroit épargné par la sauvagerie.

On entre de plain pied dans ce roman post-apo, classique mais prenant. Une très belle plume, un rythme soutenu, l'amour des proches comme force vitale, on ne s'ennuie jamais. On est emporté jusqu'à la fin, qui est d'ailleurs une fin ouverte et laisse supposer une suite.

Ce livre m'a été proposé en service presse par l'autrice. Merci beaucoup pour cette dystopie qui m'a fait passer un très bon moment.

 

Citations :

Page 11 : Alice continuait d’avancer, le cœur lourd, petite ombre parmi les décombres. Elle se retourna pour voir si Max la suivait toujours, mais le chien s’était arrêté pour flairer le sol. Elle s’approcha de lui et posa une main sur son crâne. Elle se demandait si lui aussi avait cette impression d’être le seul survivant de son espèce. Elle pensa aux autres animaux, qui auraient dû se délecter de l’absence de l’Homme et qui pourtant se faisaient rares. Elle n’avait jamais vu ni renard, ni cerf et personne ne savait pourquoi ils ne proliféraient pas.

 

Page 100 : Ils ont ri en entrant dans les maisons pour tuer. J’ai entendu. Ces ombres assassines. Des pourritures aux bouches béantes et affamées de néant. Je les entends encore. Gueuler comme des bêtes enragées.

 

Page 202 : Et ce sont les hommes cupides et leur folie qui ont précipité notre chute. Ils auraient pu faire des choix sensés, sauver le monde. À la place, ils ont choisi l’appât du gain.

 

 

 

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