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Mon avis : Baignades – Andrée A. Michaud

Publié le par Fanfan Do

Éditions Rivages

 

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Quatrième de couverture :

Max et Laurence, jeune couple sans histoires, ont prévu de passer leurs vacances au camping du Lac aux sables avec leur petite fille Charlie. À peine sont-ils arrivés que l’enfant plonge dans le lac et s’en donne à cœur joie. La joie sera de courte durée. Le propriétaire du camping va tout faire déraper et déclencher un engrenage fatal.

Une décision prise sur un coup de tête, mauvais chemin, une météo dantesque, un homme rattrapé par une violence qu’il ne soupçonnait pas, tout va basculer dans l’horreur pour cette famille.

 

Andrée A. Michaud est née à Saint Sébastien de Frontenac au Québec. Après des études de philosophie, de linguistique et de cinéma, elle entame une carrière d’écrivain. Elle est rapidement reconnue pour ses romans noirs littéraires, dont Bondrée, publié dans plusieurs pays et récompensé par de nombreux prix, prix Quais du polar/20 Minutes, prix Rivages des librairies par deux fois, et le prix du Polar SNCF. Son précédent roman, Proies, a remporté un beau succès critique et public.

 

 

Mon avis :
Suite à une violente altercation avec un certain 
Paul Langevin (patronyme qui m'a vraiment posé problème), Max et Laurence, avec Charlie leur fille de cinq ans, quittent précipitamment de nuit le camping où ils étaient heureux de passer enfin des vacances. Ils se trompent de route et se retrouvent perdus au cœur d'une forêt très dense où des ombres et des cris viennent rapidement leur glacer le sang tandis qu'une pluie diluvienne s'abat sur eux.

Et tout dérape d'une façon sidérante. Quand l'esprit bascule, que la raison s'égare, que les événements semblent inexorablement devoir aller vers la mort telle une coulée de boue que rien ne peut arrêter, on se retrouve spectateur angoissé de cette abomination qui n'aurait jamais dû arriver.

Ce roman parle de la famille, d'amour, d'un puritanisme hypocrite qui déclenche une catastrophe, de peur, de mort, d'égocentrisme, du poids de l'absence, du prix de nos actes, du montant exorbitant de la lâcheté, du poison du secret, du refus d'un renouveau, du sentiment fusionnel de l'amour maternel qui parfois étouffe mais souvent rassure, des remords, des souvenirs douloureux, de résilience, de mots jetés qui jamais ne s'effacent, du temps qui passe, mais plus que tout il interroge et prend à la gorge. Car la beauté de la prose de l'autrice, tour à tour émeut au point de nous ramener à notre propre enfance dans les bras d'une maman louve, nous torture, nous angoisse au plus haut point, nous fait craindre le pire, mais pour ma part m'a amenée à une introspection que je ne soupçonnais pas. Tout au long de cette histoire scindée en deux parties, à quatre ans d'intervalle, on se prend des coups de massue sur la tête, des moments où on se dit "waow" car rien d'autre de plus sensé ne vient à l'esprit, en tout cas pour ma part car tant de choses m'ont clouée sur place. Et je ne dirai rien de plus car le risque de spoil est énorme. Juste lisez-le, 
Andrée A. Michaud vous emmène au bout de l'enfer dans une nature sublime, comme elle sait si bien le faire

C'est un énorme coup de poing au creux du plexus, qui coupe le souffle et me donne envie de pleurer alors que je viens juste de le refermer. C'est d'une absolue noirceur, illuminée de paillettes de joies par endroits, mais le noir reprend ses droits et ôte tout espoir.
Roman coup de cœur 🖤, mais cœur brisé 💔

 

Citations :

Page 22 : Ça lui était arrivé, à lui aussi, d’entendre monter de l’obscurité des murmures et des cris qui n’existaient pas. C’était connu, la nuit était le royaume des illusions, elle se transformait au gré de la peur qui vous gagnait et vous poussait à confondre animaux et humains.

 

Page 55 : Toujours au sol, Laurence les écoutait à peine. Elle tâtait ses lèvres tout en tenant Charlie contre elle, Charlie qui s’était précipitée dès qu’elle était tombée en criant maman, maman, maman, comme si c’était le seul mot dont elle se souviendrait désormais, un mot auquel elle s’accrochait pour ne pas sombrer dans ces abîmes où les petits perdent pied quand disparaît ce qui garantit la réalité du mot.

 

Page 104 : Qu’est-ce qui avait bien pu se produire ? Ça ne pouvait pas être un animal qui les avait fait fuir ainsi, ça ne pouvait être l’orage non plus ni des foutus loups-garous. Alors c’étaient des hommes, il n’y avait pas d’autre possibilité, c’est ce qu’ils croyaient sans oser le dire, parce qu’il est beaucoup plus périlleux d’affronter un être humain que d’affronter un animal, quel qu’il soit.

 

Page 175 : On ne l’écoutait pas ou on lui renvoyait des arguments éculés, on n’est plus des enfants, mom, on va être prudents, tu nous connais, c’est toi qui nous as tricotés, mais que peut faire la prudence devant une crampe qui vous tord la poitrine.

 

Page 183 : Non, je dis rien, Madeleine, parce que si je te livre le fond de ma pensée, je vais être forcé d’aller coucher dans le salon, pis ça me tente pas.

 

 

 

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Mon avis : Les sept vies extraordinaires de Devi Kumari – Vikas Swarup

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais (Inde) par Sarah Tardy

 

Éditions Belfond

 

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Quatrième de couverture :

Des ruelles labyrinthiques de Delhi aux terres sacrées du Pendjab, des paysages enchanteurs du Kerala aux rivages ensoleillés de Goa, en passant par les rues vibrantes de Mumbai, une odyssée étourdissante au cœur de l'Inde d'aujourd'hui. Par l'auteur de l'inoubliable Slumdog Millionaire , une comédie noire irrésistible, un page-turner made in Bollywood.

Victime d'un enlèvement en pleine rue, la jeune Devi est retenue prisonnière dans un sous-sol par un homme dont elle ignore l'identité. Pour ajouter encore à sa terreur, son geôlier exige d'elle qu'elle confesse des crimes dont elle n'a aucune idée. Si elle n'avoue pas, au petit matin, elle mourra.
Alors, Devi va raconter sa vie. Celle d'une enfant des bidonvilles qui, à force de courage et de détermination, a changé sa destinée. Ses talents de conteuse lui permettront-ils de survivre à la nuit la plus longue de son existence ?

 

 

Mon avis :
Vikas Swarup je le connaissais, pour avoir lu deux de ses romans, Les fabuleuses aventures d'un indien malchanceux qui devint milliardaire (qui a inspiré le film Slumdog millionaire) et Pour quelques milliards et une roupie. Et je les avais beaucoup aimés. Donc quand ce roman m'a été proposé par Gleeph... comment ne pas être tentée ???

Devi Kumari, vingt-cinq ans, a été enlevée en plein jour, en plein Mumbai, sous le regard des passants indifférents. Attachée dans une cave avec une arme pointée sur sa tête, un homme masqué lui dit qu'elle a fait beaucoup de mal à beaucoup de gens et exige qu'elle raconte tout. Ensuite il verra qui, de toutes ses victimes, a le plus mérité de se venger d'elle. Car il la filme et met les images sur le Dark Web dans le but évident de gagner beaucoup d'argent en faisant des enchères sur sa tête.

Alors elle raconte, le départ de son village avec sa famille pour Delhi lorsqu'elle était petite, pour fuir la misère et finalement en trouver une bien pire. Mais elle nous explique que, même dans un bidonville, la joie et les rires existent. Cependant, elle et sa famille sont des intouchables de la plus basse caste en Inde, ils seront toujours des victimes. Ce pays est totalement corrompu, et quand on n'a pas d'argent, on peut crever. En Inde, aucune empathie pour les miséreux, ni même pour les enfants. Au fil des pages on découvre la terrible vie de cette petite fille très combative, livrée à elle-même à la suite de drames à répétition. Munni comme l'appelait sa mère, ou Deepa comme la nomme une "bienfaitrice", ou peut-être Deeba, ou encore Dasmeet, Deepthi, Diana, Dolly, à moins que ça ne soit Devi ainsi que le titre l'indique... Elle raconte son incroyable existence, où la survie est une lutte permanente. Et c'est captivant !!!

On est immergé dans cet immense pays aux trente-trois millions de dieux et au milliard et demi d'habitants bourrés de superstitions, au plus près de la misère, auprès de ces filles "[...] les déchets que la société bien-pensante voulait ignorer", arrêtées uniquement parce qu'elles sont des filles, pauvres de surcroît, que l'état juge incapable de s'occuper d'elles-mêmes.

Chaque roman de 
Vikas Swarup est une immersion totale dans cet immense pays, aussi fascinant que révoltant, aussi envoûtant qu'effrayant, toujours au plus près du peuple, ce petit peuple que les nantis et les pouvoirs publics traitent comme s'ils étaient invisibles, sur qui la police s'acharne. le récit de Devi, est comme une odyssée au coeur de l'Inde, par une fille seule au monde qui trouve néanmoins de la force dans la sororité qu'elle croise sur son chemin auprès de ses soeurs de misère et la rage qui l'anime face à l'injustice, parfois la main tendue d'un homme, mais surtout en Sheru, son chien, son binôme, son amour inconditionnel, qui continue de lui donner de la force même après sa mort. À chaque fois qu'elle tombe, elle se relève et trouve un nouvel horizon vers lequel se diriger, une nouvelle vie à envisager.
À travers les sept vies de notre héroïne, c'est toute l'Inde qu'on visite.

Et si parfois on est tenté de se dire que c'est un peu gros, il ne faut jamais oublier que souvent la réalité dépasse la fiction alors pourquoi pas ??? Et que cette vie-là c'est celle d'une combattante, d'une héroïne des bidonvilles, une petite herbe folle qui a poussé dans le bitume au milieu des voitures et qui ne renonce jamais. Et puis, magie de la littérature, le champ des possible est tellement vaste. Alors on se laisse porter par cette histoire terrible et touchante à la fois, souvent réjouissante, et tellement dépaysante.

Ce livre est un ÉNORME COUP DE COeUR !!

Roman envoyé par les Éditions Belfond en partenariat avec Gleeph. Merci infiniment pour cet immense bonheur de lecture.

 

Citations :

Page 17 : « Parle, salope. »

Si j’ai appris une chose en vingt-cinq ans d’existence, c’est ce que cela implique d’être une femme dans un monde régi par les hommes. J’en ai rencontré de tous les genres, du patron respectable au gourou mystique. Je les ai observés sans leur masque, sans leur costume, à l’état brut. Et tous partagent un point commun : leur mépris pour les femmes comme moi. Ces hommes ont grandi dans l’idée qu’ils m’étaient supérieurs, qu’ils pouvaient me traiter comme bon leur semblait, simplement parce qu’ils sont des hommes. C’est cette arrogance qui souvent les conduit à leur perte.

 

Page 21 : Ma mère s’est habituée à la ville, au bout d’un moment. Mais mon père, lui, y est resté hermétique jusqu’à son dernier souffle. Il se lamentait souvent, disait qu’avoir abandonné sa terre et ses deux bœufs pour la métropole resterait à jamais la plus grosse erreur de sa vie. Les jours où nous allions nous coucher le ventre vide, il se frappait la tête avec les mains et répétait, « même les animaux au village mangent à leur faim. Il vaut mieux être un chien qu’un homme dans cette ville sans cœur ».

 

Page 50 : Le hurlement que j’ai poussé aurait pu briser les cieux et réveiller ce foutu Dieu là-haut, qui ne se préoccupait jamais de nous, les pauvres.

 

Page 139 : J’imaginais des dures à cuire, des caïds. Mais ces filles étaient comme les autres, avec les mêmes craintes, les mêmes angoisses que nous toutes. Nous nous retrouvions souvent dans la salle de jeux pour échanger nos histoires. Et chacune, semble-t-il, vivait avec ses propres démons. Certaines redoutaient leurs proches lubriques, d’autres leurs employeurs avares, et d’autres encore les chefs de gang impitoyables. Mais une peur bien précise réunissait toutes ces filles : celle de la police. L’homme en uniforme était la source de tous les maux.

 

Page 165 : Dadi Jan nous avait toujours enseigné les vertus de la miséricorde et du pardon, mais je n’avais pas des valeurs aussi civilisées. Mon cerveau obéissait encore à des instincts primitifs. Et il n’existe rien de plus primitif, de plus viscéral, que la vengeance.

 

Page 176 : « Je sais que tu l’adorais, mais moi, les chiens me répugnent. Ils puent, chient n’importe où, te transmettent des puces…

Eh bien, vous passez à côté de quelque chose. Je trouve que les animaux font preuve de plus d’humanité que certains humains. Leur amour et leur loyauté sont inconditionnels. »

Je le fixe, scrutant son visage masqué, avant d’ajouter sèchement : « À l’inverse, il existe aussi des humains qui portent en eux plus de bestialité que les animaux eux-mêmes. »

 

Page 246 : J’avais neuf collègues, toutes des femmes, âgées de vingt-trois à trente-cinq ans. Seconde Chance n’employait aucun homme.

« Pourquoi seulement des femmes ? Ai-je demandé à M. Kappan.

Parce que ce travail demande beaucoup de patience, et les hommes n’en ont pas, m’a-t-il répondu.

 

Page 279 : C’était l’histoire de ma vie, ai-je pensé avec amertume. Chaque fois que le bonheur montrait le bout de son nez, une catastrophe survenait dans la foulée.

Au moins, j’étais encore libre. Je n’avais pas de menottes aux poignets.

 

Page 292 : À Goa, le temps ne se mesurait pas au calendrier accroché au mur, mais aux couleurs changeantes de la nature. L’été était chaud et étouffant, avec des ciels sans nuages et des températures de plus de trente-cinq degrés. La mousson, elle, redonnait vie au paysage, transformant la terre aride en un tapis vert éclatant, les eaux placides du fleuve en torrents bouillonnants et l’océan en bête sauvage. L’automne apportait une brise fraîche et les couleurs flamboyantes des moissons, tandis que l’hiver voyait les foires, les parades, les festivals et les touristes qui se pressaient à nouveau dans les bars et sur les plages.

 

Page 379 : Mumbai incarnait bien une ville de tous les possibles, un véritable creuset où convergeaient des individus de tous horizons. MeetMate était l’illustration parfaite de ce microcosme où se croisaient agriculteur sikhs, industriels parsis, Tamouls à moustache, bhadraloks bengalis, courtiers marathis, baniyas gujaratis, bhaiyas de l’Uttar Pradesh. Tous unis par leurs hormones, tous incapables de résister au charme de mes multiples avatars, d’AngelEyes à ZenChick.

 

 

 

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Mon avis : Ironopolis – Glen James Brown

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais par Claire Charrier

 

Éditions du Typhon – Éditions Points

 

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Quatrième de couverture :

Un roman choral hors norme et puissant, récompensé par le prix Millepages 2023.
Dans quelques jours, la cité ouvrière d’Ironopolis sera détruite. En guise de bouquet final, six personnages osent se confronter aux secrets de leur existence. S’enlacent alors les histoires d’une mère au foyer, d’un jeune fêtard flirtant avec les embrouilles, d’une coiffeuse accro aux courses de lévriers ou encore du caïd de la cité. Et là-bas, au fond d’un puits, les guette une bien mystérieuse créature. Que leur veut-elle : qu’ils se laissent sombrer ou qu’ils trouvent la paix ?
Sur fond de crise des logements sociaux, ce roman fougueux surprend par son rythme infatigable et son style unique, à l’image de ces destins luttant contre la vie éteinte que la société leur impose.

 

 

Mon avis :
J'ai tout de suite aimé l'histoire qui s'étale de 1991 aux années 2010.

Ironopolis, ville surnommée ainsi car c'est l'aciérie qui fait vivre les habitants. le roman se divise en six parties, qui nous parlent chacune de personnes différentes, toutes habitant Ironopolis. Il s'agit d'époques différentes mais qui se chevauchent, où les personnages se croisent et se connaissent. Toutes ces histoires sont aussi fortes les unes que les autres pour emmener le lecteur dans les vies et les petites ou grandes misères des protagonistes. Car évidemment, tout évoque les villes sinistrées de Grande Bretagne après que l'industrie s'est effondrée et que les gens sont restés sur le bord de la route, tentant de survivre tant bien que mal. Car Ironopolis va être régénérée, c'est à dire rasée quartier par quartier puis reconstruite. L'auteur n'oublie pas les faits divers, les rumeurs, le tribunal populaire systématique qui existe de toute éternité. Il y a un côté crasse poisseuse dans la d'échéance qui nous est racontée. Et pourtant, il y a aussi de la joie.

Jean raconte, se raconte sous forme épistolaire à Stephan, elle et son amie Una de Loom Street, lorsqu'elle étaient enfants dans les années 50, bien avant que les choses ne tournent mal entre elles. Elles aimaient se faire peur et elles aimaient écouter les histoires de Nana, sur une vieille sorcière verte nommée Peg Powler, qui les terrorisaient. Una c'était la tête brûlée, Jean la prudente. On découvre au fil du récit ce qu'était 
Ironopolis et ce que c'est devenu, qui est Stephan et pourquoi il a cherché et trouvé Jean.
Jim Clarke d'Hessle Rise, infirme, que toute la ville soupçonne de quelque chose d'horrible, sur qui les gamins jettent des pierres. Il était beau gosse avant. Il raconte son adolescence, sa vie de débauche qui lui donnait l'impression d'exister, puis la chute inexorable.
Frank et Scott Hulme de Second Avenue, le père et le fils, condamnés à payer ensemble les erreurs passées, comme une histoire qui se répète.
Corina Clarke de Peelaw Bank, coiffeuse dans cette ville en cours de désintégration et soeur de Jim, prisonnière de son addiction, qui lui donne du rêve et la détruit en même temps.
Douglas Ward de Campbell Road, épave alcoolisée qui vit dans un trou à rat, qui a passé sa vie à faire des mauvais choix.
Henry Szarka de Sober Hall, vieux et malade, qui apportait de l'évasion aux habitants car il avait tenu la bibliothèque ambulante pendant de nombreuse années.

Et cette présence maléfique que tous à 
Ironopolis ont un jour senti...

À chaque tranche de vie est rapidement évoquée telle ou telle fille disparue. Ça respire du début à la fin la misère sociale, l'abandon de toutes parts, quand les gens n'ont plus vraiment d'utilité et que ceux qui les exploitaient s'en vont.
L'auteur nous emporte dans le tourbillon de la vie des petites gens qui peu à peu voient leur existence s'écrouler. Leurs tristes vies incitent au rêve qui finalement amène du malheur. C'est plein de violence, mais aussi de force vitale et d'énergie du désespoir, du temps qui s'écoule, trop vite, et du constat que ça ne se passe vraiment pas comme on aurait pu le rêver. Parce que, on est jeune et puis un jour on ne l'est plus, et entre temps on ne sait pas ce qui s'est passé, on ne l'a pas vu arriver. Et on assiste au démantèlement de toutes ces vies par l'effacement d'
Ironopolis qui, tel un phénix doit renaître de ses cendres.
C'est vraiment un roman qui vous attrape, je l'ai adoré !

Merci à Babelio masse critique ainsi qu'aux 
Editions Points pour l'envoi de ce roman.

 

Citations :

Page 31 : Où s’échappe l’enfance d’une personne ?

 

Page 48 : Combien de gamins rêvent de devenir marchands d’art ? De mon temps, les garçons aspiraient à devenir conducteurs de train et les filles voulaient être mariées ou hôtesse de l’air.

 

Page 66 : Je n’aime pas la fausse modestie, donc permettez-moi de dire que j’étais un vrai canon. L’année de mes quatorze ans, je ne sais pas comment, mais j’ai perdu mes rondeurs et j’ai arboré la forme parfaite d’un sablier avec un bonnet 36C.

 

Page 130 : Je n’avais jamais été à Londres avant. Jamais pensé qu’une ville pouvait être aussi grande. Elle avait l’air sans fin — des kilomètres et des kilomètres d’énergie concentrée. Genre, tu prends un bus, un train, une ligne de métro — tu traverses cette étincelle puis l’obscurité dans un bruit de ferraille —, tu remontes à la surface, et Londres est toujours là. J’avais du mal à m’y faire après avoir passé toute ma vie dans les tours.

 

Page 414 : Qui a les bras autour d’elle ? À qui c’est cette grosse bite qui se presse contre sa taille ? Mais je ne peux pas lui écrire ça. Ça donnerait l’impression que je veux la contrôler. Que je suis parano. Possessif. Cette connerie qui pousse les femmes dans les bras d’autres hommes, qui sont tout aussi fêlés, mais qui arrivent mieux à le cacher.

 

Page 439 : J’espère, maintenant, que j’ai réussi à montrer à quel point ce type était un enfer. Mais bon, je regrette toujours un peu de l’avoir laissé, à cause de ce qui est arrivé après. Mais si vous traînez trop longtemps avec ce genre de personne, ça commence à vous enfoncer vous aussi. Cet oiseau de malheur qui vous rabâche que la vie ne vaut rien.

 

Page 477 : Il s’habillait également bien mieux au dernier hiver de sa vie que moi à mon plus bel équinoxe de printemps.

 

 

 

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Mon avis : Les revenants de l’inspecteur Sadorski – Romain Slocombe

Publié le par Fanfan Do

Éditions Robert Laffont – La Bête Noire

 

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Quatrième de couverture :

LE PIRE DES SALAUDS
LE MEILLEUR DES ENQUÊTEURS

France, mai 1945 : la paix en Europe est sur le point d'être signée. Libérés en même temps que nos prisonniers de 40, les déportés survivants reviennent des camps d'extermination. N'étant pas des porteurs de bonnes nouvelles, ils sont accueillis en conséquence, c'est-à-dire mal.

L'ex-inspecteur Sadorski, révoqué de la police nationale et recherché, se cache avec sa femme Yvette sous un faux nom. Un revenant totalement inattendu débarque chez eux. Sa visite annonce le début de nouveaux ennuis ; et menace la carrière d'un Sadorski devenu " détective d'art ", au service d'un Polonais exilé aux États-Unis dont la mission à Paris est de traquer les chefs-d'œuvre spoliés des collections juives.

Les cadavres ne vont pas tarder à s'accumuler, dans cette peinture au vitriol de l'immédiat après-guerre et des profiteurs les plus éhontés de la collaboration.

 

 

Mon avis :
La deuxième guerre mondiale, une période passionnante et terrifiante à la fois. Ici, le héros de l'histoire est une ordure. Policier et collabo, comme il y en a eu, hélas, beaucoup trop (des collabos bien sûr). Quand on m'a proposé ce roman, je ne pouvais que dire Oui !
Mai 1945 à Paris, peu de temps avant la paix. Léon Sadorski et sa femme Yvette vivent sous un faux nom dans l'appartement d'une famille juive jamais revenue des camps, après qu'ils aient tous deux été lynchés par la foule enragée, elle tondue, lui éborgné. Il est recherché pour faits de collaboration avec l'ennemi. L'homme, pétainiste, est un mufle intégral, cynique, méprisant, autoritaire, raciste, antisémite mais en réalité il déteste tout le monde, opportuniste, menteur, époux toxique de mauvaise foi et pernicieux, violent, et bien sûr indulgent avec lui-même, intransigeant avec les autres. Dès les premières pages on est fixé sur l'ignominie du bonhomme. Il est à vomir. Et plus j'avançais dans l'histoire, plus j'avais de répulsion pour l'individu.

Il postule pour un emploi de détective d'art, qui consiste à rechercher les oeuvres spoliées aux juifs pendant la guerre, se faisant passer pour juif auprès de son futur employeur, juif lui-même. Par ailleurs, un homme squelettique et édenté, rescapé des camps de la mort se présente chez les Sadorski car il cherche sa fille Julie, que le flic pourri a bien connue, et son petit-fils. L'histoire se concentre alors essentiellement sur ce père et sa descendance, Jacques Odwak d'un côté, et de l'autre la recherche d'une toile nommée Mon cœur est rouge, peinte par Oskar Fröhlich, un temps en possession de Picasso qui l'a revendue, le but étant de la restituer à la compagne du peintre qui lui a disparu dans les camps. S'ensuit le long interrogatoire d'un marchand d'art, trop long à mon goût. Mais on apprend beaucoup sur ce monde et leurs façons de faire monter la valeur des oeuvres auprès des divers marchand d'art interrogés. Et Sadorski, à force de très mal se comporter commence se croire traqué par un revenant, un dibbouk.

Je ne connaissais absolument pas ce personnage, Léon Sadorski, flic pourri jusqu'à la moelle, qui sévit en temps de guerre, forcément du mauvais côté car ça peut rapporter. Pourtant il s'agit d'une série dont cet opus est le huitième ouvrage. Je vais peut-être prendre la série au début, qui commence en 1942 avec 
L'affaire Léon Sadorski, qui va me raconter la guerre dont mon père m'a tant parlé, mais ici du côté des salauds. Car c'est vraiment très bien documenté, donc assez immersif. On se retrouve dans l'ambiance ambivalente que pouvait être la fin de la guerre, avec d'une part le soulagement du retour des prisonniers mais aussi le dégoût et la haine envers tous ceux soupçonnés d'avoir collaboré, hommes ou femmes. Sans oublier tous ceux qui ont retourné leur veste opportunément quand ils ont senti le vent tourner et s'en sont pris à des gens qui n'avaient rien à se reprocher. Et cependant, il m'a manqué un je ne sais quoi pour me passionner réellement pour cette histoire. Je ne saurais pas l'expliquer mais je me suis un peu ennuyée, j'ai eu souvent l'impression de tourner en rond sans savoir très bien où l'auteur voulait emmener le lecteur. Et puis, par moments c'est assez déprimant, car ce personnage représente vraiment la lie de l'humanité. Et tellement de gens se sont comportés avec bassesse, hargne et férocité, souvent de façon injustifiée, que ça en est répugnant. Et oui, alors qu'on a en tête les images de liesse dans la rue à la libération, l'immédiat après-guerre raconté ici est totalement sinistre, écoeurant, désespérant.
Mais !.. ça se termine sur un cliffhanger qui donne vraiment envie de connaître la suite.

Merci à Babelio masse critique privilégiée ainsi qu'aux Éditions Robert Laffont pour l'envoi de ce roman très bien documenté sur cette période noire de notre histoire.

 

Citations :

Page 43 : Bon, avant la guerre il y avait les gars de l’Action française et autres qui gueulaient : « Les youpins au four ! « … Mais c’était une manière de parler. Une expression. Qui ne reposait sur rien de sérieux. On n’avait pas encore ces solutions techniques quasi industrielles, apportées par les nazis — les Boches sont un peu bornés mais ont l’esprit pratique.

 

Page 93 : Et ils ne savent plus quoi inventer pour gratter des sous : un impôt de 18 pour 100 est désormais applicable aux possesseurs de chiens, de chevaux de course et de singes d’appartement !

 

Page 114 : — Non, Picasso n’est pas un abstrait. Et il n’a pas disparu. Trop célèbre dans le monde entier pour risquer quoi que ce soit de la part des Allemands, il n’a jamais quitté la ville et son atelier de les rue des Grands-Augustins — où depuis la Libération, les GI, les étudiantes françaises au tempérament libre et les journalistes font la queue dans son escalier pour l’insigne honneur de rencontrer le maître !

 

Page 265 : Le Juif a mentionné que Picasso était littéralement couvert de femmes, y compris quelques étudiantes ou lycéennes faciles à séduire, et qu’il se comportait dit-on envers elles avec l’audace et la violence d’un matador. Et aussi la désinvolture, car à quelques rares exceptions près il les balance comme des chaussettes sales, après usage.

 

Page 338 : À l’ombre des marronniers, il longe la terrasse du café de Flore, envahie par une foule bruyante où se distinguent les zazous. Que ce soit sous l’occupation ou maintenant, il n’a jamais pu les sentir. Les garçons en particulier, avec leurs coiffures montantes ridicules, leurs vestes absurdement longues et leurs chaussettes aux couleurs de gonzesses, représentent pour lui des rebuts de l’humanité. Perdre puis « gagner » une guerre mondiale pour en arriver là ! Elle est belle, la jeunesse française ! Des tantouzes qui se contorsionnent sur de la musique de nègre, voilà le triste spectacle auquel on a droit dans ce quartier des soi-disant cerveaux du pays.

 

Page 358 : — Mesdames, mesdemoiselles ! , démarre Hoessler en allemand — une langue que les adultes chez ces internés venus de Drancy ou d’ailleurs ont l’air de comprendre. Et vous, les petits, un peu de calme, s’il vous plaît… Je vous souhaite à tous la bienvenue au nom de l’administration du camp d’Auschwitz-Birkenau, en Haute-Silésie. Vous êtes ici dans un camp de travail et non dans un sanatorium — ha, ha. Tout comme nos héroïques soldats qui combattent pour la victoire totale du IIIe Reich, vous allez devoir travailler pour l’avènement de la nouvelle Europe ! Il vous appartient de mener à bien cette tâche, et nous en donneront les moyens à chacun de vous. Nous veillerons à votre santé, nous vous confierons un emploi correctement rémunéré, et à la fin de la guerre nous tiendrons compte des services que vous aurez rendus. À présent vous allez vous déshabiller, écoutez-moi bien, vous accrocherez vos vêtements aux portemanteaux, sans oublier de relever le numéro. Après la douche, vous recevrez un bol de soupe avec du café ou du thé, au choix.

 

 

 

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Mon avis : Cet autre Éden – Paul Harding

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Paul Matthieu

 

Éditions Buchet Chastel

 

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Quatrième de couverture :

En 1792, Benjamin Honey, ancien esclave, et sa femme irlandaise, Patience, découvrent une île où ils peuvent enfin construire une vie ensemble. Plus d’un siècle plus tard, leurs descendants vivent dans une extrême pauvreté, mais l’isolement les protège du monde extérieur.
1912. Lorsque Matthew Diamond, un missionnaire blanc idéaliste mais pétri de préjugés, débarque pour instruire les enfants, il est ébloui par leur intelligence – l’une excelle en algèbre, une autre parle latin, un garçon révèle un don artistique rare. Pourtant, son arrivée cache un projet plus sombre, motivé par les théories eugénistes en vogue à l’époque. Derrière les apparences de la charité se dévoilent les rouages implacables de l’exclusion : bientôt, les habitants sont expulsés, leurs maisons rasées, leurs morts déterrés.
Dans une prose d’une beauté biblique, Paul Harding donne vie à une galerie de personnages inoubliables : Iris et Violet McDermott, deux sœurs qui élèvent trois orphelins ; Theophilus et Candace Lark et leur tribu d’enfants vagabonds ; ou encore le prophétique Zachary Hand to God Proverbs, vétéran de la guerre de Sécession qui vit dans un arbre creux sculpté de ses mains.
Roman de résistance et de survie, Cet autre Éden est un hommage bouleversant à la dignité humaine face à l’intolérance et à l’injustice.

 

 

Mon avis :
J'ai plongé dès les premières pages dans ce roman et je m'y suis noyée dans un premier temps. Car l'arbre généalogique des personnages est on ne peut plus compliqué, tout comme les noms qu'ils portent. C'est comme s'ils arboraient tout leur état civil dans leur patronyme, tel Zachary Hand to God Proverbs, cet homme qui vit dans un arbre, dont il sculpte l'intérieur jour après jour.

Apple Island, une île à un bras de mer de la côte, pour les gens de couleur, de plein de nuances de couleurs, du foncé au très clair "[...] dans les veines de qui coulait un sang issu de tous les continents hormis l'Antarctique [...]". Car l'amour n'a pas de couleur et aucune loi n'a jamais pu empêcher les gens de s'aimer. C'est ainsi qu'en 1792, Benjamin Honey, américain, bantou, igbo, issu de l'esclavage, et Patience Raferty fille de Galway, irlandaise issue de l'immigration, se rencontrent, s'aiment, fondent une famille, une colonie. Benjamin est arrivé dans son île riche d'une multitude de pépins de pommes de différentes sortes qu'il a plantées car il s'agissait pour lui d'un fruit doudou.

Hélas un jour de 1912, des Blancs viennent sur l'île pour faire un compte rendu de ce que sont ces gens et décider s'ils sont idiots ou pas, sans se préoccuper de l'humiliation qu'ils leur infligent. Ils décident arbitrairement que ce sont des dégénérés après avoir pris des mesures de leurs têtes. Pourtant, le missionnaire blanc Matthiew Diamond venu là pour leur faire la classe et qui à sa grande honte éprouve une répulsion envers les noirs, découvre que ces gens sont pleins de ressources. Il est pourtant débordant de compassion et de charité chrétienne. Hélas, ne dit-on pas que l'enfer est pavé de bonnes intentions ? En voulant les aider il provoquera leur perte. Cette famille élargie, non exempte d'aberrations et d'abus, qui vivait loin du monde, pauvre mais libre, dans des conditions douteuses mais qui n'auraient pas été meilleures dans le "vrai" monde, va être dispersée.

C'est affligeant de constater où va se loger le mépris lié au racisme. L'ethnocentrisme des Blancs, affligeant, profondément stupide et cruel. Ethan, l'artiste de la famille, qui est blanc bien que métis, le découvrira dans la douleur. Sa famille aussi d'ailleurs. Sous des prétextes prétendument humanistes, certains seront envoyés chez les simples d'esprit, mais tous sont considérés comme porteurs d'un sang corrompu, dépravés car métissés. Nulle philanthropie dans tout cela. Juste de l'arrogance et de l'hostilité. Pourquoi faut-il toujours que ceux qui se croient civilisés aillent déloger ceux qui vivent leurs vies à l'écart ?
Non les braves gens n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux …

On ne peut s'empêcher de penser à la Bible en lisant ce roman plein de poésie qui nous parle de pommes, de jardin d’Éden, de déluge, de consanguinité et de violence. L'auteur s'est inspiré de la véritable histoire de Malaga Island, au large du Maine, où vivait, depuis plus de cent ans, un petit groupe d'hommes, de femmes et d'enfants, pauvres mais loin de la cruauté de la bien-pensance blanche imbue d'elle-même.

 

Citations :

Page 31 : Soudain envahie par le chagrin, prise de panique, elle fondit en larmes et se redressa en titubant, cherchant du regard qui parmi eux était encore là, tandis que le bébé pleurait toujours lui aussi, et elle contempla son mari, lui qui était arrivé de nulle part et qui l’avait arrachée de nulle part pour qu’ils essaient de trouver quelque part où vivre, ensemble, lui qu’elle avait aimé au premier regard, et elle comprit alors qu’elle devait voler à son secours et le ramener du bord du précipice.

 

Page 45 : Vi, avait rétorqué Iris, c’est pas aux Indiens qu’on peut pas se fier, c’est aux gens. Surtout les hommes, en vérité. Et peut-être même les hommes blancs encore plus que tous les autres – tu vois ce que je veux dire : les vrais blancs ; pas seulement la couleur de leur peau mais leur disposition d’esprit, pareil qu’être un homme ou une femme c’est une disposition d’esprit. Mais dire que tu fais pas confiance aux Indiens en règle générale, ça, c’est rien qu’un préjugé.

 

Page 104 : Pourquoi tu dessines ce vieux tas d’ordures, Ethan ? Pourquoi tu passes ton temps à dessiner des bestioles et des saletés et des trucs morts ramassés sur la plage ? Demanda Tabitha.

Je te dessine toi aussi, rétorqua Ethan.

 

Page 110 : Ethan observa autour de lui et vit que tel habitant de l’île était tantôt vert olive, tantôt jaune, tantôt pourpre tirant sur le bleu. Le soir, telle de ses sœurs fonçait jusqu’à en devenir presque noire. À midi, elle brillait d’un éclat cuivré à la lumière du jour. Mr Diamond lui-même était tantôt corail, tantôt orange, se violaçait parfois à la limite de l’indigo ou s’émulsifiait en un gris laiteux. Le soir, les enfants Lark étincelaient de pâleur sous la lune.

 

Page 119 : Elle avait l’intention de noyer son enfant, son fils et son frère, mais avec dignité, avec toute la gravité et l’humilité qu’un tel geste imposait, mais elle était jambes nues, ensanglantée, et elle titubait. Elle n’avait même pas de sac dans lequel fourrer le petit. Elle le tenait simplement entre ses bras, nu, braillant et poisseux.

 

Page 295 : Leur famille à eux, sur l’île, avait toujours été si petite, et n’avait cessé de se réduire toujours plus, aurait-on dit, toujours plus compacte, ses membres convergeant et se confondant, si peu nombreux qu’ils avaient fini par être liés de plus d’une façon les uns aux autres simultanément, les hommes étant à la fois les pères et les époux de leurs propres filles, les mères étant aussi les sœurs de leurs propres fils.

 

 

 

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Mon avis : Pachinko – Min Jin-lee

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais par Laura Bourgeois

 

Éditions Charleston

 

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Quatrième de couverture :

L’histoire nous a failli, mais qu’importe.


Début des années 1930.
Dans un petit village coréen, la jeune Sunja se laisse séduire par les belles paroles et tendres attentions d’un riche étranger. Lorsqu’elle découvre qu’elle est enceinte et que son amant est déjà marié, elle est confrontée à un choix : devenir, comme tant d’autres jeunes femmes dans sa situation, une seconde épouse, une « épouse coréenne » ou couvrir sa famille de déshonneur. Elle choisira une troisième voie : le mariage avec Isak, un pasteur chrétien qu’elle connaît à peine et qui lui offre une nouvelle existence au Japon. Cette décision est le point de départ d’un douloureux exil qui s’étendra sur huit décennies et quatre générations.


Avec une justesse historique remarquable et une écriture précise et dépouillée, Min Jin Lee nous offre, à travers un siècle de relations nippo-coréennes, un hymne intime et poignant à tous les sacrifices que font les immigrés pour trouver leur place en pays étrangers.

 

 

Mon avis :
Ce roman est comme une porte temporelle, un passage pour ailleurs, à une autre époque.
On y entre et on se trouve tout de suite sur un îlot en Corée, à découvrir la vie de gens qui ne nous ressemblent pas, ne vivent pas comme nous, dans une époque révolue mais pas si lointaine. Enfin... plus d'un siècle nous sépare du début de cette histoire. Ça commence en 1910 quand il n'y avait qu'une seule Corée, un temps où la vie était très dure, mais encore plus pour les femmes, ce qui n'a pas vraiment changé. La mère de Yangjin ne lui disait-elle pas que les femmes sont nées pour souffrir !? Parce que Sanju a cru à l'amour, elle se retrouve dans la situation infernale d'être enceinte sans être mariée, ce qui va jeter le déshonneur sur sa famille et condamner son futur enfant à une vie de paria. Elle est la fille de Hoonie, homme aimable et généreux au pied bot et au bec de lièvre à qui les parents ont légué la pension qu'ils tenaient, et de Yangjin, jeune fille pauvre.

Sanju épouse Izak, pasteur chrétien, bon et altruiste, et il partent vivre chez Yoseb, le frère d'Izak, à Osaka au Japon. Car à cette époque, le Japon a asservi la Corée où la misère fait rage. Les coréens vivent dans des taudis et sont méprisés, maltraités, réprimés, considérés comme une sous-race, et emprisonnés de façon arbitraire, tout comme beaucoup de chrétiens. Ils ont, en plus de leur nom, un tsumei, un nom japonais.
Ce roman est une plongée dans l'histoire de ces deux pays, dans sa culture, dans la vie de ces gens pour qui la survie est un combat quotidien car il faut compter chaque pièce de monnaie pour faire face à tout. La domination des hommes sur les femmes confine à la bêtise car, plutôt crever de faim que de laisser madame gagner de l'argent aussi. Pourtant, les femmes ne baissent jamais les bras, même quand tout semble désespéré.

On traverse l'histoire de cette famille coréenne à travers celle du Japon, avec ses guerres, sa cruauté, la précarité dans laquelle les dirigeants insensés jettent les peuples. Encore une fois je trouve le Japon terrifiant et cruel. Ou bien est-ce juste l'humanité qui est comme ça ?! Toujours est-il qu'on voit ici le Japon et son peuple au comportement ambivalent, où les gens semblent si courtois et polis, et pourtant capable du pire.

Entre ceux qui rêvent de retourner en Corée ou simplement d'y aller car ils ne l'ont jamais vue alors que c'est la terre de leurs parents, et ceux qui rêvent d'aller vivre aux États-Unis, ce roman parle d'exil, de mal du pays où il est impossible de rentrer car il n'y a plus rien à retrouver que la guerre et des ruines, entre choléra et famine puis par la suite un pays coupé en deux. Il nous démontre aussi la capacité d'endurance dont sont capables ceux qui n'ont rien où très peu.

J'ai adoré cette immersion dans la culture asiatique, spécialement coréenne et japonaise, où le sens de la famille fait que plusieurs générations vivent sous le même toit. Il y a une question sous-jacente tout le long de cette histoire : quand on est coréen né au Japon où on a grandi et passé toute sa vie, mais qu'on a un passeport sud-coréen et qu'on parle mieux le japonais que le coréen, on est quoi finalement ? La question se pose aussi à un moment pour les coréens-américains. Par ailleurs on voit l'évolution de la société et des mentalités. Alors qu'au début de l'histoire en 1910, on apprend que les époux se rencontraient le jour de leur mariage, à la fin, dans les années 80, les jeunes se choisissent sans forcément se marier, changement qui a commencé dans les années 50.

Je suis restée un certain temps sans savoir quoi dire sur ce roman. J'étais sous le charme et je me disais qu'il se suffisait à lui même. Il faut dire que c'est un véritable page turner et qu'on a juste envie de le lire et rien d'autre, car le dépaysement est total, les personnages sont attachants ou énervants tel Yoseb, autoritaire et borné, leur histoire parfois terrible, souvent triste, leur vie toujours dure, mais ils ont énormément de force et d'opiniâtreté à ne jamais se laisser abattre et un sens de la famille qui déplace les montagnes.

L'autrice, 
Min Jin Lee, née à Séoul et devenue américaine, s'est ici intéressée à ses compatriotes qui ont dû un jour tout quitter pour aller travailler au Japon dans des conditions effroyables. Elle a fait un énorme travail de recherche pour nous raconter l'histoire de cette famille d'expatriés qui colle au plus près à la réalité de ce qu'ont vécu des millions de coréens.

 

Citations :

Page 60 : Il ne fallait pas vouer les Japonais aux gémonies, disait-il. À ce moment de l’histoire, ils dominaient les Coréens, et bien sûr, personne n’aimait perdre. Mais il croyait que si les Coréens cessaient de se quereller entre eux, ils étaient capables de reprendre la main sur le Japon et de commettre bien pire.

 

Page 152 : Père a dit que, tant qu’on était au Japon, c’était moi qui décidait et que j’étais responsable de ma sœur. Ça change quoi, qu’elle soit plus âgée ? C’est une fille, et je suis un homme.

 

Page 295 : Le patriotisme n’est qu’un principe, comme le capitalisme, ou le communisme. Mais les principes font oublier aux hommes leurs propres intérêts. Et les types au pouvoir exploiteront toujours les hommes qui croient trop en leurs principes.

 

Page 401 : — Les yakuzas sont ce qu’il y a de plus pourri au Japon. Des mafieux, des criminels. Ils intimident les commerçants, vendent de la drogue, contrôlent la prostitution et s’en prennent aux innocents. Ces gangs sont composés de la vermine de la Corée.

 

Page 428 : Le propriétaire japonais se doutait que Nobuo Ban était coréen, toutefois il ne dit jamais rien parce que, tant que cela ne se savait pas, cela n’avait pas d’importance.

 

Page 455 : Avant de partir de la maison, elle n’avait même pas pris la peine de se regarder dans le miroir. Elle n’était pas hideuse, son apparence n’avait rien de honteux, mais elle avait prématurément atteint le stade dans la vie d’une femme où personne ne la remarquait quand elle entrait ou sortait d’une pièce.

 

Page 486 : À Séoul, on me traite de bâtard japonais, et au Japon, je ne suis qu’un sale Coréen parmi les autres. J’ai beau gagner une fortune et me montrer d’une gentillesse à toute épreuve, ça ne change rien.

 

 

 

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Mon avis : Les disparus – Daniel Mendelsohn

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais ( États-Unis) par Pierre Guglielmina

 

Éditions Flammarion

 

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Quatrième de couverture :

Depuis qu'il est enfant, Daniel Mendelsohn sait que son grand-oncle Shmiel, sa femme et leurs quatre filles ont été tués, quelque part dans l'est de la Pologne, en 1941. Comment, quand, où exactement ? Nul ne peut lui en dire plus. Et puis il découvre ces Lettres désespérées écrites en 1939 par Shmiel à son frère, installé en Amérique, des lettres pressant sa famille de les aider à partir, des lettres demeurées sans réponse…
Parce qu'il a voulu savoir ce qui s'est passé, parce qu'il a voulu donner un visage à ces six disparus, Daniel Mendelsohn est parti sur leurs traces, rencontrant, année après année, des témoins épars dans une douzaine de pays. Cette quête, il en a fait un livre, puzzle vertigineux, roman policier haletant, plongée dans l'Histoire et l'oubli – un chef-d'œuvre.

 

 

Mon avis :
Daniel Mendelsohn nous raconte sa famille, ces juifs de Floride ou de New York, qui pleurent quand ils le voient. Il connaît plein d'anecdotes sur la famille, racontées par son grand-père, sauf sur son grand-oncle Shmiel, mort avec sa femme et ses quatre filles en Pologne en 1941, tués par les nazis. Il semble que Shmiel, à qui l'auteur ressemble beaucoup raison pour laquelle sa vue fait pleurer toute la famille, soit un sujet tabou. Et bien sûr, les secrets donnent envie de creuser, de découvrir la vérité. C'est cette quête qui nous est racontée ici.

J'ai trouvé cette quête profondément touchante et parfois douloureuse car, quand les derniers témoins de ce qu'on cherche sont tellement vieux qu'ils ne sont plus capables de vous répondre, c'est comme une perte effroyable, celle de la mémoire de ses ancêtres. C'est comme si l'espace-temps dans lequel ils ont vécu s'était refermé en les avalant. L'auteur m'a donné l'impression, à travers sa recherche, de tenter de sortir du néant Shmiel et sa famille. C'est comme une perte irrémédiable dont on prendrait soudain conscience.

L'auteur, parallèlement à ses recherches sur l'histoire de sa famille, évoque la Bible, Caïn et Abel mais aussi bien d'autres sujets, et bien sûr Dieu qui regrette d'avoir créé les humains, car "[...] la compréhension divine du fait que la prolifération du genre humain a conduit à une augmentation proportionnelle du vice et du péché." "[...] la méchanceté de l'homme était grande sur la terre [...]" Pour un être omniscient, on peut considérer qu'il n'a pas été clairvoyant sur ce coup-là. Ah !!! Où vont se loger les contradictions...

Alors que dire à part que c'est un livre extrêmement pointu (trop ?), bourré de détails, de noms de villes en plusieurs langues, de noms de personnes en plusieurs langues aussi, ou parfois de changements de noms sans que jaie compris pourquoi, sans oublier toutes les déclinaisons de leurs prénoms et même de leurs surnoms. L'auteur nous emmène partout à la fois, géographiquement et temporellement sans crier gare, idem avec les nombreux personnages, de New York, Bolechow devenue Bolekhiv aujourd'hui, Sydney, Stockholm, la Pologne, l'Ukraine, Israël, dans tant de villes et de pays... il est aussi énormément questions des pratiques religieuses juives, dans des contextes historiques, qui à mon avis intéressent surtout les juifs, et pas les lecteurs lambda comme moi, en tout cas pas aussi approfondies. Trop de digressions, trop de répétitions, trop de minutie dans les énumérations, que ce soit de l'enfance, de la fratrie et ses rivalités, ou bien même concernant des membres de la famille dont l'auteur ne sait rien à part qu'ils sont morts, qu'il n'a même jamais connus. Ça ressemble à des pensées, lorsque l'on émet des hypothèses dans sa tête, pas destinées aux autres donc très développées, trop, et moi je désirai surtout qu'il en vienne aux faits, car il m'a perdue bien souvent. Trop de détails font généralement oublier le point de départ et le but. On connaît tous des gens qui se perdent en circonvolutions, à qui on a envie de dire "Abrège !" C'est précisément ce que j'ai ressenti avec cette lecture. En revanche c'est intéressant ces antagonismes, entre ceux qui ne veulent pas en parler et ceux qui, au contraire, pensent que le monde doit savoir.

Ce livre m'a cependant appris des choses que j'ignorais sur cette période, comme par exemple que l'antisémitisme, qui existait partout, était assumé sans aucune pudeur, et j'ai réalisé à quel point ma connaissance de l'Histoire était lacunaire. J'ai appris notamment que le gazage des juifs a été mis en place par considération pour la santé nerveuse des SS, qui devenaient dépressifs à force d'exécuter à l'arme à feu des femmes et des enfants : "[...] l'autre but, peut-être plus important encore, était d'éviter aux hommes de la SS le traumatisme psychologique d'avoir à abattre des enfants [...] ou des femmes un peu rondes [...]"
Ça laisse sans voix. Quelle folie !
J'ai aussi découvert qu'il existait des Yiddishpolizianten, des milices juives, qui faisait le sale boulot des occupants, comme d'arrêter des Juifs qu'on ne revoyait jamais.
Cette quête de la vérité, hyper détaillée que beaucoup semblent trouver absolument captivante, moi je l'ai trouvé vraiment rébarbative. Pourtant, c'est un sujet qui me passionne tant on peut se demander comment l'humanité a pu faire, a pu laisser faire. C'est glaçant. Et alors que j'étais à une centaine de pages de la fin, Nuit et Brouillard de 
Jean Ferrat est passé à la radio et m'a tiré des larmes car soudain je les ai tous vu défiler les martyrs des nazis dont l'histoire nous est racontée ici : l'humiliation, la torture, la mort et pour finir l'anéantissement.
Malgré l'émotion induite par cette chanson qui dit tant mais qui fut un bref instant bien qu'elle m'ait accompagnée jusqu'à la fin, j'ai vraiment trouvé le temps long. Pourtant ce livre ne fait que 650 pages. Il m'a paru tellement plus long !

 

Citations :

Page 18 : DE CE SHMIEL, bien entendu, je savais quelque chose : le frère aîné de mon grand-père qui, avec sa femme et ses quatre filles superbes, avait été tué par les nazis pendant la guerre. Shmiel. Tué par les nazis. C’était là, nous le comprenions tous, la légende non écrite des quelques photos que nous avion de lui et de sa famille, qui étaient désormais rangées soigneusement dans un sac en plastique, à l’intérieur d’une boîte qui se trouvait elle-même à l’intérieur d’un carton dans la cave de ma mère.

 

Page 62 : Il y a une plaisanterie que les gens de cette partie de l’Europe de l’Est aiment raconter, qui explique un peu pourquoi les prononciations et l’orthographe ne cessent de changer : c’est l’histoire d’un type qui est né en Autriche, qui est allé à l’école en Pologne, qui s’est marié en Allemagne, qui a eu des enfants en Union soviétique, et qui meurt en Ukraine. Pendant tout ce temps, dit la plaisanterie, il n’a jamais quitté son village !

 

Page 113 : Il est vrai que presque tous les aspects des rapports de mon grand-père avec son frère aîné doivent rester soumis à conjectures, puisque l’esprit de Shmiel s’est transformé depuis longtemps en molécules et atomes dans l’atmosphère de la petite ville de Belzec, tandis que la matière qui faisait de mon grand-père ce qu’il était s’est depuis longtemps décomposé et est retourné à la terre de ce petit emplacement du Mount Judah Cemetery, dans le Queens, réservé aux juifs originaires de Bolechow.

 

Page 168 : C’est un fait bien établi que la plupart des actes de sauvagerie les plus violents perpétrés contre les juifs de l’Europe de l’Est l’ont été, non pas par les Allemands eux-même, mais par les populations locales de Polonais, d’Ukrainiens, de Lituaniens, de Latviens — par les voisins, les intimes, avec qui les Juifs avaient vécu côte à côte pendant des siècles, jusqu’à ce qu’un délicat mécanisme se grippe et qu’ils se retournent contre eux. Il y a des gens qui trouvent ça étrange — à commencer par les Juifs eux-mêmes. Plus d’un survivant que j’ai pu interviewer, dans les années qui ont suivi ce premier voyage à Bolechow, a exprimé sa sidération, sa colère ou sa rage devant le fait que des gens qu’il avait considéré comme ses voisins ont pu, tout à coup, devenir des tueurs.

 

Page 193 : Jack Greene m’a dit autre chose ce soir-là : ses propres parents, comme Shmiel, avaient espéré pouvoir mettre leur famille à l’abri, obtenir des visas ; mais, en 1939, la liste d’attente pour obtenir des papiers était de six ans (et six ans plus tard, tout le monde était mort, a-t-il ajouté).

 

Page 569 : Il y aurait un troisième compagnon de voyage. Mon amie Lane, une photographe, devait nous rejoindre à L’viv au milieu de la semaine que nous devions y passer. Originaire de Caroline du Nord, les cheveux bruns et l’œil vif, elle vivait à New York depuis des années et travaillait depuis quelque temps sur un essai photographique sur les « sites de génocide ». Depuis que je l’avais rencontrée, cinq ans plus tôt, j’avais entendu parler de ses voyages au Rwanda, au Darfour, au Cambodge, en Bosnie, une liste toujours plus longue qui laissait penser que, se plaisait-elle à dire, PLUS JAMAIS ÇA n’était qu’un slogan vide. Lane était donc allée dans tous ces endroits. Son problème, me disait-elle, c’est qu’elle n’avait toujours pas trouvé comment aborder l’Holocauste. Auschwitz, craignait-elle, était devenu un cliché visuel — ça vous dédouane était la formule qu’elle avait employée un soir, pendant un dîner chez elle, pendant que je regardais les photos qu’elle avait prises.

 

 

 

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Mon avis : Les ombres du monde – Michel Bussi

Publié le par Fanfan Do

Éditions Les presses de la Cité

 

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Quatrième de couverture :

Octobre 1990.
Le capitaine français Jorik Arteta, en mission au Rwanda, rencontre Espérance, jeune professeure engagée dans la transition démocratique de son pays.
6 avril 1994.
Un éclair déchire le ciel de Kigali. Le Falcon du président rwandais explose en plein vol. Commencent alors cent jours de terreur et de sang. Les auteurs des tirs de missiles ne seront jamais identifiés. Quelqu’un, pourtant, connaît la vérité.
Noël 2024.
Jorik, sa fille et sa petite-fille s’envolent pour le Rwanda. Tous poursuivent leur propre quête, tourmentée par les fantômes du passé.

 

Une œuvre magistrale où Michel Bussi fait entrer l’histoire dans le roman et le roman dans l’histoire, articulant, en maître du suspense, la construction romanesque avec les faits historiques.

Une langue où des images sensibles, traversent sur un fil les ombres du monde.

 

 

Mon avis :
Commencer un roman de 
Michel Bussi est pour moi l'assurance d'être happée dès les premières pages. C'est toujours hyper documenté, il sait entretenir le suspense, créer des personnages attachants ou détestables mais passionnants, vous décrire les lieux comme si vous y étiez, et puis c'est le roi du twister. Il sait comme personne vous le faire à l'envers et j'adore ça !
Donc cette fois-ci, en route pour le Rwanda et les atrocités qui s'y sont passées, dont on a tous eu connaissance mais dont on ne connaît pas forcément les tenants et aboutissants.

2024. Maé, fille d'Aline, elle-même fille de Jorik, militaire français et d'Espérance, prof rwandaise, a toujours rêvé d'aller au Rwanda, terre de ses ancêtres, pour aller voir les gorilles des montagnes. Ce voyage est le cadeau de Jorik pour Maé qui est depuis toujours une fan de 
Dian Fossey et des gorilles. Pour son grand-père et sa mère, il y a une inquiétude à retourner là-bas. Jorik, parce que quelque chose le ronge secrètement, Aline, elle, car elle est une survivante. Et voilà que leur séjour va prendre une tournure inattendue... et nous, lecteurs, allons faire des allers-retours dans le temps pour comprendre ce qui s'est passé dans ce pays, pourquoi il existe des Tutsi et des Hutu, le rôle de la Belgique, celui de la France, des génocidaires, de l'Akazu, des mercenaires, les magouilles, les intérêts qui poussent au meurtre. Ce qu'on constate c'est que dans chaque conflit, chaque guerre, chaque carnage, il y a manipulations et fake news, et quand on dit que l'homme est un loups pour l'homme, on insulte les loups. La duplicité, la jalousie, la soif de pouvoir et le sadisme sont des tares purement humaines. Cependant, je n'ai toujours pas compris le comportement de la France de Mitterrand dans cette histoire. Comment ont-ils pu marcher là-dedans ?

En parallèle, Maé lit le journal qu'Espérance, sa grand-mère, avait écrit pour sa fille Aline, que Jorik lui a donné avant le début de leur voyage. Espérance y raconte tout. de sa rencontre avec Jorik, à l'état du pays, de la haine qui monte, jusqu'au carnage organisé.
La petite histoire dans la grande : celle de la famille Arteta, prise dans la tourmente du génocide rwandais, pour lequel le monde a détourné le regard et où le pouvoir français s'est montré effarant d'aveuglement.
Ce roman chorale est peuplé de personnages ayant existé, certains encore vivants, et de personnages fictifs, qui personnifient le peuple rwandais sacrifié ou génocidaire. Ce qui est raconté là paraît inimaginable, pourtant c'est arrivé. Et après avoir refermé ce livre, je ne comprend toujours pas... Comment un peuple a-t-il pu en arriver à un tel niveau de sauvagerie ? C'est sidérant.
C'est passionnant de bout en bout mais éprouvant, à tant de niveaux. Et puis, l'enfer n'est-il pas parfois pavé de bonnes intentions ?

 

Citations :

Page 11 : Ce petit royaume vivait à l’écart du monde, mais il nous aurait pourtant paru étrangement familier, on s’y serait senti presque comme chez soi.

C’est d’ailleurs ce qui s’est passé.

Les premiers à le découvrir, les premiers étrangers je veux dire, ont cru y être là-bas chez eux : ce royaume si lointain ressemblait beaucoup à celui qu’ils avaient quitté. Ce nouveau territoire était pour eux comme un miroir, un pays modèle, une planète jumelle. Une terre de toutes les convoitises tant elle était désirable. Un trésor. De ceux que l’on refuse de partager, de ceux que l’on se dispute, au risque de le déchirer.

 

Page 31 : La première fois que j’ai vu Jorik, je l’ai détesté.

Capitaine Jorik Arteta, 1er RPIM de Bayonne.

J’ai détesté son allure martiale et son crane rasé, j’ai détesté sa mâchoire carrée et son grand rire viril, j’ai détesté sa veste militaire ouverte sur ses pectoraux, j’ai détesté les médailles, les galons et les insignes qu’il portait à l’épaule ou épinglés sur le cœur. J’ai détesté la meute à laquelle il appartenait, dix paras en permission, ricanant au bord de la piscine de l’hôtel des Mille Collines.

 

Page 75 : Les dix commandements du Hutu.

Une liste de dix articles était déclinée, chacun plus ignoble que celui qui le précédait.

Le premier commandement considérait comme traître chaque Hutu qui se mariait avec une Tutsi, l’employait ou la prenait sous sa protection. Suivaient plusieurs articles sur les femmes hutu, présentées comme honnêtes, fidèles et travailleuses, alors que les femmes tutsi étaient réduites au rôle de tentatrices. Les Hutu acceptant de commercer avec les Tutsi, ces êtres malhonnêtes, étaient également des traîtres. En conséquence, tous les postes stratégiques, politiques, économiques, militaires ou éducatifs devaient être réservés aux Hutu. L’empathie elle-même était prohibée, tout Hutu devait cesser d’avoir pitié des Tutsi, l’ennemi commun, et ne se sentir concerné que par le sort de ses frères Hutu.

 

Page 101 : Jorik et moi n’étions pas mariés, nous ne vivions pas ensemble, nous ne savions pas où Jorik serait dans un mois, dans un an, en Irak, en Croatie, au Liban ? Je n’avais pas davantage de visibilité sur mon avenir, et le destin du Rwanda était encore plus imprévisible que le mien. Alors dans cet océan d’incertitude, sans doute qu’un enfant nous rassurait. Un enfant radeau auquel s’accrocher.

 

Page 107 : Il faut que tu saches, mon enfant, il a suffi d’un siècle pour que les hommes blancs volent tout ce que nous avions patiemment accumulé, détruisent tout ce que nous avions patiemment construit, mais le pire n’est pas encore arrivé. Les hommes blancs ne sont jamais vraiment méchants, mais ils ne mesurent pas les conséquences de leurs actions. Ils sont comme des adolescents qui allument un feu dans les herbes sèches, ou qui creusent un puits là où se nichent les démons.

 

Page 137 : Un poids, une gravité m’empêchait de m’abandonner à l’euphorie, comme si aimer, c’était me mettre en danger. Comme si l’amour portait malheur quand le pays traverse une tragédie.

 

Page 220 : Six hélicoptères Gazelle, des blindés équipés de mitrailleuses, des mortiers, et même un Falcon 50, offert personnellement par le président Mitterrand en 1990 à son ami Habyarimana, aux frais des contribuables français. Sans oublier le pire, des dizaines de milliers d’armes légères, grenades, fusils, distribuées aux populations civiles. On évoquait des milices de deux cents à trois cents hommes dans chacune des cent quarante-six communes rwandaises, bien armées, disposant de bons d’essence… et de listes d’opposants et de Tutsi à exécuter.

 

Page 360 : J’ai beaucoup réfléchi en prison, avec les curés. Je crois que cette violence, si tout le monde y a adhéré, c’est parce que nous étions de pauvres paysans, aux vies sans grand intérêt. Les corvées des champs, les longues marches pour aller puiser de l’eau ou couper le sorgho… Et pendant ces cent jours, nous nous sommes pris pour des dieux. Vous rendez-vous compte, nous avions le pouvoir de vie et de mort, nous franchissions tous les tabous de la morale. Arrêter, renoncer aux ibitero, c’était comme revenir à nos vies ordinaires, à notre misère, c’était comme redevenir des hommes normaux. Oui, madame la juge, pendant ces cent jours, nous sommes tous devenus des dieux ; Ou des diables, ce sera à vous de le décider !

 

Page 367 : Tu commences à comprendre ? Pas de chambre à gaz ici, pas de mitrailleuses lourdes, pas de solution finale inventée par des savants. C’est un génocide agricole, commis par des meurtriers équipés d’outils archaïques, mais aucun n’a jamais été aussi efficace depuis que l’humanité existe. Un million de morts en cent jours, plus de dix mille par jour. Même les nazis n’ont pas fait mieux.

 

Page 400 : N’oublie jamais, Aline, les gens les plus dangereux sont souvent les plus bêtes. Quand on laisse la violence nous dévorer, c’est notre intelligence qu’elle grignote en premier.

 

Page 481 : La nuit commençait à tomber sur le camp. Presque aucune lumière ne l’éclairait. Dans quelques minutes, le ciel serait aussi noir que la terre. L’heure des ombres, des fantômes et des assassins. Où se réfugier ailleurs que dans une tente que chacun, à la faveur de l’obscurité, pouvait éventrer ?

 

Page 555 : Mais si vous y tenez vraiment, si vous voulez que je m’exprime au nom de cette foutue réconciliation, alors je vous le dis : si une femme telle que moi, pieuse, bonne épouse et mère de famille irréprochable, a pu faire ce dont vous m’accusez, sans en éprouver le moindre remords, alors je vous le prédis, tout recommencera. Parce que chacun d’entre nous porte cette part de peur et de haine, tapie dans nos cerveaux, prête à le dévorer. Là où dansent les ombres du monde, sur le plancher pourri de notre humanité.

 

 

 

 

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Mon avis : Facéties de chats – Sébastien Perez – Benjamin Lacombe

Publié le par Fanfan Do

 Éditions Margot

 

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Quatrième de couverture :

Le chat… Quel animal mystérieux que celui-là !

Vous êtes vous déjà demandé quelles pensées secrètes fleurissent

derrière leurs yeux envoûtants ? Quelles idées farfelues leur passent par la tête ?

Ou bien s’ils vivent des aventures extraordinaires lorsque vous avez le dos tourné ?

Eux seuls le savent mais voici imaginées ici pour vous quinze facétieuses histoires de chats.

 

 

Mon avis :
Moi j'voudrais être un chat !
Non, pas du tout, entre autre parce que ça bouffe des souris, Beurk. D'ailleurs, ce matin, un de mes chats m'en avait laissé une en offrande dans le couloir. Horreur malheur !!!
Mais qu'est-ce que je les aime les chats !!
Ces petits personnages câlins et distants à la fois, que certains idiots qui ne les connaissent pas disent fourbes et hypocrites. Les chats sont merveilleux et apaisants.

Mais voilà que ce livre magnifique m'est tombé entre les mains. Avec une couverture qui fait un peu rétro et qui m'a fait imaginer un intérieur aussi beau. Eh oui ! C'est réellement beau ! Quinze poèmes dédiés à l'amour des chats, superbement illustrés, allant du chat de gouttières au Bombay, en passant par le Maneki-Neko asiatique et même l'ailurophilie. Et à la toute fin, un index encyclopédique, eh ouais ! Et bien sûr, 
Sébastien Perez et Benjamin Lacombe ont dédié ce livre à leurs boules de poils.
Bon, vous l'aurez compris, moi, la passionnée de chats, j'ai adoré !
D'ailleurs... « Dieu a inventé le chat pour que l'homme ait un tigre à caresser chez lui. » 
Victor Hugo, inspiré par son chat Chanoine

 

Citations :

Page 64 : Attirée par la capitale et son animation,

Nikki avait fui son centre pour chatons.

Loin d’être effrayée, elle y vivait avec aisance,

Pénétrant dans les logis avec ruse et prudence. 

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Mon avis : Les Âmes torrentielles – Agathe Portail

Publié le par Fanfan Do

Éditions Actes Sud - Babel

 

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Quatrième de couverture :

Patagonie, avril 2015.
Sandra et Benoît surveillent la mise en eau d’un barrage hydroélectrique construit sur les contreforts de la Cordillère. Coupés du monde, les deux Français sont livrés à eux-même. L’opération est délicate, l’orage menace et le barrage montre des signes de faiblesse…

Au même moment, deux solitaires par accident s’enfoncent dans les gorges du rio qui serpente au pied des pics acérés. Danilo, éleveur, et Alma, une jeune native tehuelche, mènent une longue transhumance d’un troupeau de chevaux. Mais Alma nourrit un autre plan depuis longtemps…

Agathe Portail signe, avec Les Âmes torrentielles, un formidable roman d’aventures sous haute tension où les cicatrices de l’âme encor à vif se fondent dans les grands espaces accidentés des Andes.

 

Agathe Portail est l’autrice de plusieurs polars parus chez Calmann-Levy, de livres pour la jeunesse et produit du contenu audio pour Deezer et Lunii. Chez Actes Sud, on lui doit également Fendre l’azur (2025).

 

 

Mon avis :
Patagonie. Danilo est de ceux qui ont toujours vécu en communion avec la nature, sur les contreforts de la Cordillère. Mais il doit partir, exproprié à cause du barrage en train d'être mis en eau, surveillé par Benoît et Sandra, deux jeunes ingénieurs.
Danilo et Alma, une jeune native tehuelche, cheminent ensemble avec un troupeau de chevaux qu'ils doivent livrer dans la vallée.

On fait des allers-retours entre passé et présent grâce aux souvenirs d'Alma dont le père tentait de préserver les coutumes ancestrales, les savoir-faire de son peuple et sa langue. Car peu à peu, les villageois sont partis vers la ville où scolariser leurs enfants, les villages se sont vidés de leurs occupants et la mémoire de ce peuple de natifs s'est perdue. Les souvenirs de Danilo sont, eux, toujours liés aux animaux d'élevage car c'est ce qu'il a toujours fait.

La beauté de la nature grandiose est omniprésente. Cependant, on sent comme un danger, diffus, du côté du barrage, qui ne semble pas si sûr que ça.
Par ailleurs, Alma et Danilo font équipe pour la transhumance, alors que chacun est enfermé dans sa bulle de solitude. Danilo plus tout jeune, et Alma, constamment sur la défensive car on comprend qu'elle se méfie des hommes, de tous les hommes. Peut-être même de toute l'humanité.

Dépaysement total pour ce coin d'Amérique du sud que les natifs se sont fait voler par les colons. J'ai aimé les descriptions de ces paysages sublimes, ces hautes montagnes, ces gorges abruptes, et des peuples qui y vivent en harmonie avec la nature. C'est toute une ambiance dans laquelle on est immergé. On a l'impression, avec Alma et Danilo, qu'il s'agit d'un autre temps, pourtant l'histoire se situe en 2015, tout près de nous. Hélas, la civilisation balaie tout sur son passage.

Ce que j'ai moins aimé ? Les deux personnages féminins, Sandra et Alma. Elles n'ont éveillé en moi aucune sororité. Je les ai trouvées psychologiquement brutales et sans nuance, voire cruelles. Néanmoins, pour une des deux on finira par savoir...
Roman un peu lent à mon goût. Pourtant c'est ce qui le rend si immersif, dans ce coin d'Amérique du sud dans le monde des gauchos et des estancieros où j'ai eu un peu l'impression de voyager sur le toit du monde.

 

Citations :

Page 41 : Une fois les données soigneusement entrées dans le boîtier qu’ils appellent « le lecteur de carte bleue », Benoît descend dans la galerie inférieure, celle qui perce la base du barrage, à travers les vingt-deux mètres d’épaisseur de béton étirés sur cent quatre-vingt-dix mètres de long.

 

Page 57 : L’orgueil est un piège mortel pour un gaucho qui ne doit jamais présumer de ses forces : si le vent souffle trop, inutile de s’entêter à fendre le bois dehors, si l’eau coule à travers les planches de la cabane, inutile de colmater avant la fin de la pluie, si la jument s’énerve quand le poulain se présente mal, inutile de rester à portée de sabot. Tout cela n’a rien à voir avec soi, l’orgueil ne pousse qu’à l’erreur et l’erreur se paie beaucoup trop cher quand personne ne passe pendant deux ou trois semaines. Danilo a appris à prendre au sérieux la rage de dents, l’écharde fichée trop profondément, l’orteil écrasé sous une bûche, tout ce que la vanité virile aime mépriser. C’est la vanité qui doit être méprisée.

 

Page 76 : Le hérissement de ferraille qui se découpe sur l’indigo du ciel donne à Alma une crampe d’estomac. Tout en elle se rebiffe quand elle imagine ces câbles traverser la steppe comme une longue déchirure, desservir au passage les points de forage pétroliers qui défigurent les côtes puis apporter en ville de quoi poursuivre le déclin de l’humanité, noyée dans la surconsommation et l’abrutissement culturel.

 

Page 84 : — C’est important d’aller à l’école, tu penses ?

Avec un sourire étrange, la Rechonda récupéra dans l’herbe une pince oubliée qu’elle jeta dans le petit panier, puis elle répondit :

Oui. C’est le trait d’union qui nous permet d’entrer dans le monde des autres.

Et papa ? Pourquoi il n’est pas d’accord ?

Parce qu’à l’école salésienne, on apprend le chrétien. La langue des gens qui ont détruit les peuples natifs. Qui les ont brutalisés, soumis, niés. Et ton père ne peut pas accepter qu’on essaie de se fondre dans le monde qu’ils ont créé.

 

Page 108 : Boire son maté chacun de son côté, c’est un truc de gaucho asocial et, si dans certains cercles cela peut passer pour un affront, elle se dit que Danilo ne va pas se formaliser outre mesure. Et quand bien même. Si elle peut éviter la création de ces invisibles liens qui créent des dettes d’estime, elle préfère.

 

Page 119 : Et que crois-tu que nous allons trouver « plus près d’une route » ? Des taudis, des rats, la violence de tous ceux qui découvrent qu’ils sont venus se fourrer dans un cul-de-sac. Alma sera violée par ceux qui dictent les règles du slum*, tu t’épuiseras à travailler de nuit et je m’abrutirai d’eau-de-vie pour oublier que nous avons renié tout ce qui était beau en nous. Nous deviendrons vermine sans retour possible.

*Bidonvillle

 

Page 209 : Danilo songe qu’il est étonnant qu’aucun mot n’exprime l’inverse de la solitude. Même « compagnie » ne couvre qu’une partie du sens profond de l’opposition à « solitude », car on peut tout à fait être seul au milieu d’une foule.

 

Page 230 : En général, les propriétaires d’estancias étaient avocats, industriels ou politiques à Buenos Aires. Ils gardaient un pied dans le campo parce que c’était une valeur refuge dans un pays qui brillait par son instabilité politique et monétaire.

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