Mon avis : Baignades – Andrée A. Michaud
Éditions Rivages
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Quatrième de couverture :
Max et Laurence, jeune couple sans histoires, ont prévu de passer leurs vacances au camping du Lac aux sables avec leur petite fille Charlie. À peine sont-ils arrivés que l’enfant plonge dans le lac et s’en donne à cœur joie. La joie sera de courte durée. Le propriétaire du camping va tout faire déraper et déclencher un engrenage fatal.
Une décision prise sur un coup de tête, mauvais chemin, une météo dantesque, un homme rattrapé par une violence qu’il ne soupçonnait pas, tout va basculer dans l’horreur pour cette famille.
Andrée A. Michaud est née à Saint Sébastien de Frontenac au Québec. Après des études de philosophie, de linguistique et de cinéma, elle entame une carrière d’écrivain. Elle est rapidement reconnue pour ses romans noirs littéraires, dont Bondrée, publié dans plusieurs pays et récompensé par de nombreux prix, prix Quais du polar/20 Minutes, prix Rivages des librairies par deux fois, et le prix du Polar SNCF. Son précédent roman, Proies, a remporté un beau succès critique et public.
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Mon avis :
Suite à une violente altercation avec un certain Paul Langevin (patronyme qui m'a vraiment posé problème), Max et Laurence, avec Charlie leur fille de cinq ans, quittent précipitamment de nuit le camping où ils étaient heureux de passer enfin des vacances. Ils se trompent de route et se retrouvent perdus au cœur d'une forêt très dense où des ombres et des cris viennent rapidement leur glacer le sang tandis qu'une pluie diluvienne s'abat sur eux.
Et tout dérape d'une façon sidérante. Quand l'esprit bascule, que la raison s'égare, que les événements semblent inexorablement devoir aller vers la mort telle une coulée de boue que rien ne peut arrêter, on se retrouve spectateur angoissé de cette abomination qui n'aurait jamais dû arriver.
Ce roman parle de la famille, d'amour, d'un puritanisme hypocrite qui déclenche une catastrophe, de peur, de mort, d'égocentrisme, du poids de l'absence, du prix de nos actes, du montant exorbitant de la lâcheté, du poison du secret, du refus d'un renouveau, du sentiment fusionnel de l'amour maternel qui parfois étouffe mais souvent rassure, des remords, des souvenirs douloureux, de résilience, de mots jetés qui jamais ne s'effacent, du temps qui passe, mais plus que tout il interroge et prend à la gorge. Car la beauté de la prose de l'autrice, tour à tour émeut au point de nous ramener à notre propre enfance dans les bras d'une maman louve, nous torture, nous angoisse au plus haut point, nous fait craindre le pire, mais pour ma part m'a amenée à une introspection que je ne soupçonnais pas. Tout au long de cette histoire scindée en deux parties, à quatre ans d'intervalle, on se prend des coups de massue sur la tête, des moments où on se dit "waow" car rien d'autre de plus sensé ne vient à l'esprit, en tout cas pour ma part car tant de choses m'ont clouée sur place. Et je ne dirai rien de plus car le risque de spoil est énorme. Juste lisez-le, Andrée A. Michaud vous emmène au bout de l'enfer dans une nature sublime, comme elle sait si bien le faire
C'est un énorme coup de poing au creux du plexus, qui coupe le souffle et me donne envie de pleurer alors que je viens juste de le refermer. C'est d'une absolue noirceur, illuminée de paillettes de joies par endroits, mais le noir reprend ses droits et ôte tout espoir.
Roman coup de cœur 🖤, mais cœur brisé 💔
Citations :
Page 22 : Ça lui était arrivé, à lui aussi, d’entendre monter de l’obscurité des murmures et des cris qui n’existaient pas. C’était connu, la nuit était le royaume des illusions, elle se transformait au gré de la peur qui vous gagnait et vous poussait à confondre animaux et humains.
Page 55 : Toujours au sol, Laurence les écoutait à peine. Elle tâtait ses lèvres tout en tenant Charlie contre elle, Charlie qui s’était précipitée dès qu’elle était tombée en criant maman, maman, maman, comme si c’était le seul mot dont elle se souviendrait désormais, un mot auquel elle s’accrochait pour ne pas sombrer dans ces abîmes où les petits perdent pied quand disparaît ce qui garantit la réalité du mot.
Page 104 : Qu’est-ce qui avait bien pu se produire ? Ça ne pouvait pas être un animal qui les avait fait fuir ainsi, ça ne pouvait être l’orage non plus ni des foutus loups-garous. Alors c’étaient des hommes, il n’y avait pas d’autre possibilité, c’est ce qu’ils croyaient sans oser le dire, parce qu’il est beaucoup plus périlleux d’affronter un être humain que d’affronter un animal, quel qu’il soit.
Page 175 : On ne l’écoutait pas ou on lui renvoyait des arguments éculés, on n’est plus des enfants, mom, on va être prudents, tu nous connais, c’est toi qui nous as tricotés, mais que peut faire la prudence devant une crampe qui vous tord la poitrine.
Page 183 : Non, je dis rien, Madeleine, parce que si je te livre le fond de ma pensée, je vais être forcé d’aller coucher dans le salon, pis ça me tente pas.
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