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Mon avis : Mémoires d’un rat – Andrzej Zaniewski

Publié le par Fanfan Do

Traduit du Polonais par Christophe Jezewski et Dominique Autrand

 

Éditions Belfond

 

Mon avis sur Insta c'est ici

 

Quatrième de couverture :

« Cher lecteur, n’oublie pas que, lorsque j’ai décrit de façon minutieuse et naturaliste l’existence d’un rat, c’est à toi que je pensais. »

 

Roman d’une rare originalité, histoire envoûtante d’un destin cruel, un texte coup de poing puisé dans une enfance confrontée à l’enfermement et à la violence dans une Pologne meurtrie, qui sonne comme la métaphore d’une société à la dérive.

Parue pour la première fois en France chez Belfond en 1994 et véritable évènement littéraire à l’époque, une pépite douloureusement atemporelle remise en lumière grâce au rocker préféré des Français : Mémoires d’un rat, le roman favori de Johnny Hallyday.

 

 

Mon avis :
Pour avoir vécu tout près des rats dans la misère de ses jeunes années à Varsovie et à Gdansk dans des caves au cours des années 40, 
Andrzej Zaniewski s'est passionné pour ces animaux étonnants, opportunistes et intelligents, jusqu'à en élever, les observer et même les admirer. Ils lui ont inspiré ce roman. J'ai adoré la préface de l'auteur, antispéciste dès le début de ce courant de pensée car respectueux de toute forme de vie. Il nous dit, en parlant des rats : "Lui et nous sommes des habitants du cosmos, nous respirons la même atmosphère terrestre, nous appartenons au même ordre, celui des mammifères, tous dotés du même type de cerveau, de cœur et d'estomac, avec le même processus de fécondation et de reproduction." Dès cet instant j'ai aimé cet homme qui met toute vie au même niveau et trouve les humains bien prétentieux de se croire au dessus de tout. Il termine ainsi sa préface : Aussi, cher lecteur, n'oublie pas que, lorsque j'ai décrit de façon minutieuse et naturaliste l'existence d'un rat, c'est à toi que je pensais.

Et donc l'histoire commence à hauteur de rat. le narrateur, un rat, nous raconte sa naissance et la douleur de l'air dans les poumons pour la première fois, puis la chaleur de sa mère et la douceur de son lait. Puis les sons du danger, partout, tout autour, la lumière à travers ses paupières pas encore ouvertes. le temps qui passe, ses parents qui lui apprennent à tuer des souris ou des oiseaux blessés et finalement le moment où ils se font expulser du nid car la mère attend de nouveau des petits, qui risqueraient d'être dévorés par la portée précédente. Voilà donc notre rat face à la découverte du monde et de ses dangers, dont le plus grand est son pire ennemi : l'être humain.

Dès que les jeunes rats quittent le nid en quête de nourriture, il faut avoir le cœur bien accroché, la plupart meurent salement. Je me suis demandé si j'étais prête à lire ce livre, sous entendu "Je ne serai jamais prête" car j'ai bien compris que la cruauté allait être présente jusqu'au point final, car les hommes sont redoutables, mais les rats ne sont pas en reste. Notre rat est cannibale, polygame et incestueux, belliqueux et tribal, comme tous les rats. Comme les humains aussi d'ailleurs pour la plupart de ces travers. Mais en plus de ça, il est voyageur et nous emmène dans son périple, en trains d'abord ce qui m'a évoqué les vagabonds lors de la Grande Dépression aux États-Unis, les hobos, puis en bateau. Il nous parle des odeurs de feu, de cendres, de fumée, de poussière puis des bruits terrifiants et très forts, d'explosion, des coups de feu, des détonations, la guerre sans aucun doute. Et la peur. Cette peur qui le tenaille constamment, car le danger est partout, tout le temps, la vie est si fragile. Il y a chez ce rat le perpétuel désir d'autre chose, puis le regret de ce qu'il a abandonné. Comme si l'herbe semblait toujours plus verte ailleurs et cette idée stupide de croire que c'était mieux avant. Les rats passent leur temps à forniquer et manger, à se battre, à s'entretuer, à se piquer la place, à ne pas partager, à vouloir faire partie d'un clan mais à vouloir tuer l'étranger qui s'approche en quête d'une famille. Lorsque l'auteur nous parle de la haine de l'autre, aucun doute, il parle bien de nous.

Pour moi qui ai des phobies, cette lecture a été parfois éprouvante. J'ai la phobie des invertébrés et des animaux morts ou qui se font dévorer, qui pullulent dans ce récit et m'ont occasionné beaucoup de répulsion. Et même sans phobie, il y a vraiment de nombreux passages sinistres et nauséabonds. Pour autant, sans aller jusqu'à dire que j'ai aimé car il faut avoir parfois le coeur bien accroché, j'ai trouvé ce roman vraiment intéressant. J'ai été curieuse et n'ai jamais eu envie d'arrêter ma lecture pourtant souvent éprouvante. Il y a juste un détail qui m'a interrogée. Les rats ne vomissent pas, ça leur est anatomiquement impossible. Pourtant là, notre rat vomit.

Cette histoire n'est que violence, quête de survie, meurtres, et la fin m'a fait dresser les cheveux sur la tête. Ici, je ne sais pas qui fait le plus peur, qui représente le pire danger, les rats ou les hommes. Quoique les chats, les serpents et les oiseaux aussi ! La peur est partout, la mort rode en permanence, le danger est tout autour, constamment, le rat est proie autant que prédateur.
Ce n'est pas un livre qui fait se sentir bien et je pense qu'il y a beaucoup de choses à comprendre derrière ce récit, comme le parallèle fait avec nous humains, mais aussi que certains endroits du monde sont beaucoup plus dangereux que d'autres. À mon avis, d'autres éléments de compréhension viendront peu à peu, après coup, le temps de bien tout digérer si je peux dire ça comme ça, car cette histoire me laisse un peu nauséeuse.
J'ai donc appris beaucoup à cette lecture, mais sur qui ? Sur les rats ou sur nous les humains ? Sans doute un peu des deux, mais, j'y ai surtout vu l'histoire d'un rat, n'en déplaise à l'auteur.

 

Citations :

Page 12 : La clé de ma philosophie personnelle, c’est la conviction que toutes les formes de vie sur Terre sont nées de la même source et participent du même mystère fondamental, celui du sens et du but de l’existence. Il me semble que des animaux aussi intelligents que les rats sont guidés non seulement par leur instinct et leurs réflexes, mais aussi par leur raison, leur expérience, leur mémoire, leurs associations mentales et leurs sentiments ; je les crois capables de tirer des conclusions des phénomènes et des faits qui se produisent autour d’eux, je les crois moins bestiaux et plus humains que nous les hommes, dans notre suffisance, ne sommes prêts à l’admettre.

 

Page 31 : Cette première rencontre avec les hommes t’a troublé, énervé, effrayé. Tu sais déjà que le destin du rat est inextricablement lié à celui de l’homme. Un lien indissoluble et permanent. Tu ne pourras pas éviter le contact avec les hommes.

Ces montagnes de chair haletantes, sifflantes et gloussantes qui se balancent et titubent sur leurs deux jambes suscitent chez toi une peur panique. Cette peur t’est nécessaire, elle assurera ta défense et ton salut. Apprends donc à avoir peur.

 

Page 69 : Plusieurs fois, je me suis rendu au magasin avec les plus âgés des ratons.

La vue d’une telle abondance de nourriture leur ôte toute prudence, ils oublient tout. Lorsqu’ils reviendront seuls, ils seront la proie du chat qui les guette ou se laisseront prendre dans les pièges, attirés par les têtes de poisson fumé. Un rat n’a pas le droit d’oublier le danger, il vit sous une menace permanente, cerné par les ennemis.

 

Page 82 : Il faut faire très attention quand on court sur le rebord d’une auge ou d’un abreuvoir. Le moindre faux pas entraîne la chute, et il y a en bas tous ces groins qui broient, dévorent, engloutissent. Les cochons sont agressifs, ils nous poursuivent, nous harcèlent.

 

Page 153 : J’ai peur de la lumière. Je suis fait pour les ténèbres, pour l’ombre, pour le crépuscule et pour la nuit.

 

Page 157 : Je chassais les lézards et les blattes, les chenilles et de longs vers filiformes, je dévorais des têtes de poisson décomposées, des entrailles de chien, des rats morts et des fruits pourris. Je me faufilais dans les décharges et les fosses d’aisance, je battais en retraite, je me sauvais, je détalais et bondissais par-dessus les ruelles. Fuir, fuir le plus loin possible. Le plus loin possible des rats.

 

 

 

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Mon avis : Le poing armé de Dieu – Hubert Prolongeau

Publié le par Fanfan Do

Éditions Seuil Cadre Noir

 

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Quatrième de couverture :

« Je fais une prophétie, Orrin. Tant que tu resteras loyal à la vraie foi, aucun de tes ennemis ne pourra te faire de mal. Tu nous es revenu avec de longs cheveux sur la face, comme Samson. Ne les coupe jamais, et aucune balle ne t’atteindra. »
Dans l’ombre de Joseph Smith, fondateur de l’Église mormone, il y a Orrin Porter Rockwell, l’ami des premières heures devenu garde du corps. Son premier et plus grand fidèle. Cheveux longs et colt à la main, il est prêt à tout pour défendre l’intégrité du prophète, quitte à menacer, piller ou tuer. Et qu’importe si cela fait de lui un fugitif, un hors-la-loi... Le lien qui l’unit à Joseph dépasse toutes les lois humaines. Il est l’exécuteur de la justice divine, le Poing armé de Dieu.

 

 

Mon avis :
Massachusetts première moitié du XIXe siècle. Orrin Porter Rockwell, surnommé le Poing armé de Dieu, né en 1814, est le narrateur. Il raconte la dure vie qui était la sienne, entre un père violent porté sur l'alcool, et une mère soumise à l'autorité masculine. Orrin nous dit "Je ne sais toujours ni lire ni écrire. Mais je sais traquer un animal, me nourrir, tuer un homme et prier Dieu. Cela est bien suffisant." Ça résume assez bien la vie de ce temps-là. Une Amérique qui s'est bâtie sur la violence extrême, une époque hyper brutale où l'on n'hésitait pas à mutiler, supplicier et pendre des hommes pour des raisons souvent obscures, mais où on priait beaucoup Dieu. On est tout de suite dans l'atmosphère pestilentielle de ce pays où chacun appliquait sa propre loi. C'est là, pendant son enfance que Orrin rencontre et devient ami avec Joseph Smith de sept ans son aîné, qui deviendra le fondateur de l'Église mormone.

À quatorze ans Joseph prétend avoir vu le Christ et bien sûr décide de le faire savoir à tout le monde, accompagné du fidèle Orrin. Évidemment tous se moquent de lui. Pourtant rien ne va le décourager de faire connaître la vraie foi et dénoncer les faux prophètes. Car, qu'était donc ce garçon qui prétendait avoir vu le fils de Dieu ? Soit un illuminé, soit un manipulateur. En tout cas un individu très charismatique qui irait au bout de son projet. Dans ce pays peuplé d'évangélistes qui ont leur église, où les fidèles sont capables de se rouler par terre en pleine crise d'hystérie lors d'un prêche, on se dit que tout est possible.

Hormis toutes ces choses infectes telles que les mensonges et manipulations, les mutilations et les mises à mort presque toujours arbitraires, le racisme institutionnel de ce temps-là à travers un suprémacisme blanc à vomir, ce que j'ai trouvé aussi très dur, voire insupportable, c'est l'ultra patriarcat, cette société où les femmes devaient rester à leur place, c'est-à-dire s'occuper de la maison, cuisiner, faire des enfants et se taire. Mais quel enfer ces hommes prétentieux qui s'érigeaient en chef de famille et muselaient leurs épouses avec brutalité lorsqu'ils estimaient cela nécessaire.

C'est assez étonnant ce que nous raconte l'histoire de Joseph Smith, notamment que l'opiniâtreté vient à bout de toutes les résistances, où presque. Sans jamais apporter de preuve à ce qu'il prétendait tenir de Dieu, des gens l'ont suivi aveuglément et il a pu devenir le gourou d'une nouvelle religion, qui a amené des bains de sang. J'ai trouvé fascinant la façon dont cet homme a dupé les gens, tout en me demandant s'il y était allé pas à pas ou s'il avait établi un plan de longue date. Et je me demande si l'idée de la polygamie a toujours été présente pour lui ou si c'est venu de l'ennui du mariage ou bien le sentiment de toute puissance qui lui a fait perdre le sens des réalités comme tant d'autres avant et après lui. Car ce gourou charismatique avait quelques comportements scandaleux. le moins qu'on puisse dire c'est que c'est un travail de longue haleine pour lequel il faut des complicités, au moins dans certains domaines, ou bien un immense pouvoir de persuasion. C'est impressionnant ! Et cet incroyable Orrin, ami de la première heure qui s'est voué corps et âme à la doctrine de son ami qu'il suit aveuglément, sans jamais remettre en question l'absence de preuves. Il a été d'une loyauté absolue pour Joseph Smith, bien plus que pour sa propre famille.
Par ailleurs je me suis beaucoup demandé à qui ils achetaient ces terres dont ils se portaient acquéreurs, qui avaient été volées aux natifs, car il en est souvent question.

C'est un roman qui se dévore, l'écriture est rythmée, l'histoire est captivante et instructive, les personnages souvent exaspérant car d'une naïveté qui confine à l'aveuglement, voire à la stupidité, mais en réalité ils sont sous emprise. Les leaders, ces gens cyniques en quête de pouvoir, qui ne servent que leur ego, sont quant à eux révoltants car ils nous prouvent que la nature humaine est souvent hideuse. En effet, les religions, pour se bâtir, laissent toujours de très nombreux morts dans leur sillage.
J'ai adoré cette histoire qui nous narre l'épopée des mormons, dont on a tous entendu parler, mais dont on sait si peu pour ne pas dire rien.

Et, bien que je me sois posé la question, je pense que ce roman entre dans le thème #leromannoir du bookclub du @prixbookstagram car il parle vraiment de la noirceur de l'âme humaine avec de nombreux meurtres, de l'intolérance crasse et de la discriminations, ce sur quoi l'Amérique s'est construite.

Merci à Babelio Masse Critique privilégiée ainsi qu'aux Éditions du Seuil pour l'envoi de ce livre très instructif et totalement addictif qui est un énorme coup de cœur.

 

Citations :

Page 79 : — On appelle cela le Nouveau Monde. Mais nouveau pour qui ? Comment n’avons-nous pas compris tout de suite que Jésus avait visité cette terre ? La grande apostasie ne pouvait être que mensonge puisqu’elle l’ignorait. Pierre, Paul, tous ces faux prophètes ont détourné le vrai message, et c’est à nous de le rendre à ceux qui peuplent aujourd’hui cette terre.

 

Page 92 : Je ramenai ma femme chez moi, dans la cabane du ferry. Notre nuit de noces fut paisible. J’étais son premier homme. Une épouse n’est pas une putain. Je la traitai avec délicatesse, si bien que je m’ennuyai assez vite avec elle. Plus tard, il m’arriva de retourner au saloon et de réaliser ce qu’elle ne m’apporterait jamais.

 

Page 118 : Quand je suis arrivé au centre d’Independance, où j’ai retrouvé Elizabeth Ann Cowdery, j’ai vu des hommes massés devant l’imprimerie de Phelps. Ils criaient « Abolitionniste ! » C’était idiot : pas plus que nous, Phelps n’aime les nègres, qui sont les descendants des Lamanites et dont le visage est souillé par la méchanceté de leurs ancêtres.

 

Page 140 : Je n’ai pas été surprise de trouver Orrin dormant sur le sol. Il lui arrive de rester dehors à boire. Je n’aime pas ça, mais qui sommes-nous, nous les femmes, pour refuser à nos hommes de se lâcher un peu, eux qui se battent pour nous toute la journée ? Le Seigneur a été très clair sur le rôle des femmes au côté de leurs époux, et les révélations faites à Joseph vont toutes dans ce sens.

 

Page 240 : Même si l’immense majorité des participants était convaincue que j’avais fait le coup et que Joseph me l’avait demandé, sa déclaration devint la vérité officielle.

 

 

 

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Mon avis : L’arbre de l’homme – Patrick White

Publié le par Fanfan Do

Traduit del’anglais (Australie) par David Fauquemberg

 

Éditions Au Vent des Îles

 

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Quatrième de couverture :

Australie, à la veille de la Première Guerre mondiale. Le jeune Stan Parker s’installe au milieu de nulle part, sur un lopin de terre aride dont il a hérité. Il rencontre Amy dans un bal à la ville, l’épouse et l’emmène avec lui, ensemble ils auront deux enfants, puis des petits-enfants ; des voisins viendront peupler ce bout du monde, une communauté se créera, unie face aux grands feux de brousse, aux inondations, aux drames familiaux. Bouleversante méditation sur l’humaine condition, l’ordinaire beauté d’une vie, notre impuissance à dompter la nature, L’arbre de l’homme est le chef-d’œuvre d’un des plus grands écrivains du XXe siècle. Publié en 1955, ce roman, dont la seule intrigue est « celle de vivre et de mourir », demeurait inexplicablement inédit en français. Quel enchantement, de phrase en phrase... La sensation, physique, de fouler la terre poussiéreuse d’un recoin de bush australien, de sentir l’étouffante moiteur d’un orage, d’entendre craquer la terre assoiffée ; l’instant d’après, un flux de conscience délicat, digne du meilleur Faulkner, vous plonge dans les pensées d’une femme qui se languit sans savoir de quoi au juste ; le symbolisme puissant de la prose whitienne confère à chaque geste, chaque souffle de vent, chaque mot, l’ampleur d’une prophétie antique.
 

 

 

Mon avis :
Commencer ce livre c'est entrer dans une forme de lenteur bienfaisante. Stan Parker. Fils d'un forgeron et d'une institutrice. Sa charrette tirée par son cheval. Son chien. le bush. Droit devant. Une terre. Sa terre. Son petit héritage. Il construit une petite maison. Dans une clairière. Il rencontre Amy. Elle est maigre. Il l'épouse aussitôt. La narration est un peu étrange mais très belle et envoûtante, avec un sens du détail très poussé. Elle nous fait entrer au plus profond de cette nature, entre ces gens, tout contre eux. L'auteur nous parle d'un temps où il fallait aller à l'essentiel. C'est ce que font Stan et Amy. Puisque c'est cela la vie. Se marier pour être deux. Puis trois. Puis quatre. Autant qu'on veut, ou qu'on peut, ou qu'on ne contrôle pas. Mais c'est la vie. En ce temps-là. Et moi, eh bien... j'ai tout de suite été sous le charme de cette histoire. Je me suis senti transportée là-bas, en Australie, à la veille de la première guerre mondiale, auprès de Stan et Amy. L'auteur nous dit à sa façon que, autrefois, on se mariait, puis on apprenait à s'aimer. Et ça durait toute la vie. Une vie très lente. Et bien remplie. Ou bien, à la longue, ne restait que la force de l'habitude.?.? Parfois, Emy est Emy, parfois elle est la femme. Pareil pour Stan, qui parfois est juste l'homme. Ce qui donne une distance, comme une indifférence.

On traverse ainsi plusieurs décennies du XXe siècle, dans ce coin reculé d'Australie où tout est à faire. Défricher, bâtir, cultiver, se multiplier, subir les fureurs de la nature, l'eau, le feu, entendre les bruits du monde arriver jusque là et y participer, par devoir ou par humanité y aller risquer sa vie, ou parce que ce serait tellement mal de ne pas le faire. La solidarité est de mise dans ces coins reculés et fait partie de la vie. Voir les êtres humains faire ce qu'ils peuvent, les enfants grandir tant bien que mal. Assister à la cruauté de ceux prêts à brûler qui ils ont aimé.
Et puis les malheurs de la guerre, que les hommes ramènent dans leur cœur et dans leur tête, dont jamais ils ne se défont. Beaucoup des choses qui demandent de la pudeur sont évoquées comme dans un souffle, une brise légère, tout juste un zéphyr, à peine effleurées. Et puis la vie qui s'écoule encore et toujours, les enfants qui rêvent d'autre chose et s'éloignent, les amis qui vieillissent, le temps qui passe en somme.

J'aime les écritures atypiques, que je n'ai jamais rencontrées ailleurs et c'est le cas ici, avec ce sens du détail qui pourtant nous amène à l'essentiel. Ce roman, c'est presque 600 pages de nature, de pluies, de tempêtes, de soleil, de la puissance des éléments, d'humanité, d'intériorité et de non-dits, de désirs simples, de labeur, du temps qui passe inexorablement et ne nous épargne pas. Oui, ce roman raconte l'essence même de la vie. "Dans ce district, les noms des choses n'avaient guère d'importance. Chacun vivait. Personne ou presque ne s'interrogeait sur le but de la vie. On naissait. On vivait." Ainsi on parcours pas à pas la vie de ces gens avec la lenteur qui sied à ces temps-là et à ces lieux. Des descriptions physiques étonnantes qui fluctuent en fonction du temps qui passe et c'est bien normal, mais aussi parfois semble-t-il en fonction des heures du jour où de la lumière ambiante et de l'humeur, avec souvent une notion de beau ou de laid. Puis peu à peu le monde moderne, qui s'approche, jusqu'à devenir envahissant.
Et cette impression que l'auteur est parvenu même à me faire ressentir l'éther, tout ce qui est impalpable mais réel, les vibrations dans l'air, le sens des non-dits, l'électricité, le sentiment d'infini. Un étonnant voyage dans le lent mouvement de l'existence qui nous emmène doucement au bout de la vie. C'est un roman qui se picore, miette après miette, avec infiniment de plaisir et quelques pincements au cœur, car la vie est cruelle.

Ce roman, paru en 1955 en Australie, n'a été traduit en français qu'en 2025 grâce à la maison d'éditions Au vent des îles. 🙏

 

Citations :

Page 37 : La femme Amy Fibbens était absorbée dans l’homme Stan Parker, qu’elle avait épousé. Et l’homme, l’homme dévorait la femme. C’était la différence.

 

Page 59 : C’était une fille sèche, le genre de blonde vénitienne que le soleil ne tarde pas à ravager, de sorte qu’il ne reste plus rien sur lequel l’âge pourrait exercer ses malignités.

 

Page 79 : Le soir même, les endeuillés regagnèrent leurs districts respectifs, et tous oublièrent Papa Quigley, sauf sa veuve, qui était vieille et gâteuse, sa fille, qui était laide et tendre, et Stan et Amy Parker, que l’inquiétude d’une pensée agitait parfois. Ces derniers gisaient dans l’obscurité, serrés dans les bras l’un de l’autre, résistant ensemble à la possibilité de la mort.

 

Page 107 : Avec des voix rêveuses, les gens se remémoraient maintenant la crue, qui appartenait déjà au passé, ils énuméraient les articles qu’ils avaient acquis. Car à l’occasion d’une crue, bien des objets changent de mains. Il n’y a aucun vice là-dedans. Ce n’est pas du vol. Rien qu’un changement de propriétaire. Ainsi, diverses casseroles et poêles, un fromage, une longueur de corde, un index géographique mondial et même une baignoire sabot étaient passés assez honnêtement entre les mains des passagers du fardier de Peabody.

« Et les Parker ont eu un gosse tout neuf, pour rien. »

Ils rirent de leurs voix amicales, rêveuses, et passèrent à d’autres sujets.

 

Page 116 : Ils étaient proches. Leurs vies avaient poussé ensemble. Elles continueraient de le faire, car il n’était pas possible de diviser leur tronc commun.

 

Page 187 : Par la suite, quand les incendies éclatèrent, et échappèrent à tout contrôle, et calcinèrent le fond des ravines, et parvinrent jusqu’aux poulaillers, et s’engouffrèrent par les fenêtres, de sorte que les rideaux flasques n’étaient plus qu’une paire de flammes démoniaques, alors les gens se réveillèrent enfin et comprirent qu’ils n’avaient pas envie de mourir. Des cris jaillissaient des gorges de ceux qui se retrouvaient pris. Ils se remémoraient leur enfance, et leurs péchés, et auraient pu se réformer totalement pour devenir des saints, s’il avait été question d’une deuxième chance. Certains y eurent droit, mais ne s’enfuirent que brièvement d’eux-mêmes avant de revenir, pires encore.

 

Page 224 : Si tous ces hommes parlaient au bar du Grand Railway Hotel de Bangalay,, la plupart n’écoutaient qu’eux-même.

 

Page 230 : « Les femmes, déclara Mrs O’Dowd, qui aimait lancer des abstractions dans ses moments les plus vaporeux, surtout après une tasse de thé, les femmes ne sont qu’une moitié sans les hommes.

 

Page 322 : Elle pensait plutôt à sa mère en écrivant, et sa mère, bien que n’étant pas malhonnête, était comme elle, une femme. Son code de conduite élastique pouvait être adapté aux circonstances.

 

Page 471 : Au cours des dernières années, un certain nombre d’autres maisons avaient été construites le long de la route, à Durilgai, où les Parker avaient toujours vécu. Il y avait les quelques maisons en bardage de bois originelles, dont le paysage avait pris possession, et qui semblaient avoir été repoussées à l’écart de la route par de nouveaux lotissements. Les maisons de bois se dressaient, chacune dans son écrin d’arbres étouffant, telles des oasis dans un désert de progrès.

 

 

 

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Mon avis : Stella et l’Amérique – Joseph Incardona

Publié le par Fanfan Do

Éditions Finitude

 

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Quatrième de couverture :

Stella fait des miracles. Au sens propre. Elle guérit malades et paralytiques, comme dans la Bible. Le Vatican est aux anges, pensez donc, une sainte, une vraie, en plein vingt et unième siècle ! Le seul hic, c’est le modus operandi : Stella guérit ceux avec qui elle couche. Et Stella couche beaucoup, c’est même son métier...
Pour Luis Molina, du Savannah News, c’est sûr, cette histoire sent le Pulitzer. Pour le Vatican, ça sentirait plutôt les emmerdements. Une sainte comme Stella, ça n’est pas très présentable. En revanche, une sainte-martyre dont on pourrait réécrire le passé...
Voilà un travail sur mesure pour les affreux jumeaux Bronski, les meilleurs pour faire de bons martyrs. À condition, bien sûr, de réussir à mettre la main sur l’innocente Stella. C’est grand, l’Amérique.
Avec sa galerie de personnages excentriques tout droit sortis d’un pulp à la Tarantino et ses dialogues jubilatoires dignes des frères Coen, Joseph Incardona fait son cinéma.

 

 

Mon avis :
J'ai traversé ce roman avec le sourire et quelques éclats de rire tant je l'ai trouvé jubilatoire et iconoclaste. Sauf dans la toute dernière partie qui m'a bien fait flipper.
Stella Thibodeaux, qui porte si bien son prénom car elle incarne la vraie générosité contrairement au dogme et tous ses défenseurs félons qui ont depuis longtemps balayé l'essentiel "Aime ton prochain comme toi-même." Beauté blonde de 19 ans, elle a le pouvoir de guérir et de ce fait intéresse l'Église. Peut-être une future Sainte ? Sauf que, elle fait commerce de son corps et guérit les gens en couchant avec eux. Et ça, c'est pas bien, non, non, non.
Santa Muerte, une très vieille diseuse de bonne aventure qui carbure au mezcal et fume comme un pompier, un peu la seule famille de Stella.

James Brown, un ancien soldat, idéaliste, entré dans les ordres.
Brenda, une bombasse qui gère une entreprise peu reluisante mais très lucrative.
Des ecclésiastiques bouffis d'orgueil et pas très catholiques...
Les frères Bronski, des jumeaux dont le fond de commerce est de découper des gens en morceaux pour les faire disparaître.
Une bande de bikers susceptibles.
Des vrais gros méchants, perfides et répugnants, un peu de tous les côtés.
Un road trip dangereux, chasse à l'homme ou plutôt à la femme, ou peut-être aux hommes...

Une étonnante quantité de personnages peuple ce roman bien barré, tous timbrés à leur manière. Et de nombreux morts, laissés sur la route comme les cailloux du petit Poucet.
Par certains aspects, cette histoire m'a rappelé 
Ceci est mon sexe de Claire Barré.
J'y ai vu une critique drôle et acerbe de l'Église et de son hypocrisie, de sa cupidité, de son désir de toute puissance. Ça convient aussi pour l'Amérique. le propos a enchanté mon petit coeur athée, a ravi mon anticléricalisme et mon aversion pour ce que l'Amérique est en train de devenir.
J'ai tout aimé dans ce roman réjouissant et sombre. La plume est belle, des pensées vertigineuses sur notre condition humaine, emprisonnés que nous sommes par l'attraction terrestre, m'ont donné le vertige. La façon dont l'auteur nous parle du grand désordre du monde, de ce que nous sommes, bons ou mauvais, notre humanité souvent médiocre mais heureusement pas que, de nos corps qui contiennent l'essentiel de toute la matière recensée à ce jour dans l'univers, j'ai trouvé ça étonnant et exaltant. "La poésie est potentiellement partout, tout le temps." C'est ce que nous dit 
Joseph Incardona. Et il nous le démontre à travers sa magnifique prose.
Ce livre nous parle aussi d'amour, sous toutes ses formes, de la mort, de la bêtise, de la cruauté, de l'absence d'empathie mais aussi de générosité désintéressée, de l'espoir et du désir de vivre. Et que régulièrement l'auteur s'adresse à nous, lecteurs, comme complices de son récit, j'ai kiffé !
Tout simplement, ce roman est dingue ! Lisez-le !!!

Lu dans le cadre du bookclub #leromannoir du @prixbookstagram

 

Citations :

Page 37 : Tous veulent le bonheur et la richesse. Pour la richesse, je veux bien baratiner, mais l’amour… Bon sang, ils ne savent pas que l’existence est une succession d’abandon et de profonde solitude ?

 

Page 41 : En première position, il y avait les hommes politiques, difficiles à éliminer à cause de leurs gardes du corps. Mais aussi parce qu’ils n’arrêtaient pas de supplier qu’on leur laisse la vie sauve. Au seuil de la souffrance et de la mort, ils promettaient généralement n’importe quoi, comme dans leurs programmes électoraux.

 

Page 61 : Il aurait dû réfléchir : une prostituée ne pourrait jamais être une sainte. La compassion n’irait pas jusque-là. Le Saint-Siège avait mis près de deux mille ans à asseoir son mythe. La religion catholique romaine était devenue un État, elle avait ses employés, sa police secrète, ses intellectuels et ses gardes suisses. Elle avait ses banques, ses hommes d’affaire, ses investisseurs, sa presse, ses éditions et ses entreprises.

Une multinationale gérant plus d’un milliard trois cents millions d’individus.

 

Page 117 : Car ce soir, il doit rendre grâce à ce coït qui, en soi, était déjà un miracle et dont l’intensité l’avait rapproché des étoiles. Il doit rendre grâce à ce supplément d’élan vital qui lui a été accordé par une inconnue dans l’éloge d’un plaisir solaire.

Sandmann Johnny a décidé de rendre l’émotion par l’émotion. On peut rencontrer la poésie dans les toilettes d’un Kentucky Fried Chicken. La poésie est potentiellement partout, tout le temps. On ne sort pas de la poésie.

 

Page 167 : Quand-même, il fallait le faire ; une ville entière dédiée au jeu et au divertissement. Construite dans le désert, sur du sable ; c’est-à-dire, comme pour le jeu et le divertissement, sur rien. Rien de tangible. Las Vegas : un mirage dans le désert.

 

 

 

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Mon avis : Tuer son mari – Li Ang

Publié le par Fanfan Do

Traduit du chinois par Alain Peyraube et Hua-Fang Vizcarra

 

Éditions Denoël

 

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Quatrième de couverture :

Au lendemain de la guerre, la famine sévit à Taïwan. En échange de quelques livres de viande, la famille Lin unit Lin Shi au lubrique boucher de Chencuo. Les voisins ironisent : c'est fort d'être parvenu à troquer le maigre corps de la jeune fille contre des kilos et des kilos de viande.
Jalousée pour les avantages alimentaires qu'est censée lui procurer sa situation, Lin Shi supporte stoïque les tortures que lui inflige son époux, Chen-le-tueur-de-porcs. Mais jusqu'où résistera-t-elle ?
Placé sous le signe de la mort et de la fatalité, "Tuer son mari" joue sous nos yeux une tragédie moderne : l'histoire d'une soumission et d'une révolte.
Tendu comme un piège, ce roman emprisonne ses lecteurs, comme son héroïne, dans une spirale infernale. L'idéogramme d'un crime.

 

 

Mon avis :
À la lecture de la préface j'ai immédiatement considéré que je détestais 
Confucius. Homme de son temps bien sûr, insupportable aujourd'hui, il comparait les hommes au vent, et les femmes, personnes de vile condition s'il en est, aux roseaux qui doivent se courber lorsque le vent passe sur eux. Ça explique le craquage des femmes parfois, qui, désespérées, n'avait d'autre solution que le meurtre. Le féminicide largement toléré depuis la nuit des temps, l'homicide non. C'est ce qui nous est raconté dans ce roman, tiré d'un fait divers. Les femmes toujours coupables.

Dès le début on sait qu'un jour, Chen Jiangshui fut poignardé puis découpé en morceau par son épouse Chen Lin Shi qui ne supportait plus son pourceau de mari. Elle, fut condamnée à mort pour avoir cruellement assassiné ce "pauvre homme". Mais avant ça, on découvre ce qu'a été sa triste vie.
Parce qu'elles étaient fille et femme, Lin Shi et sa mère furent dépossédées de tout à la mort de son père, par son oncle, alors qu'elle n'avait que neuf ans et sa mère pas encore trente ans.
À cette époque à Taïwan, comment est-ce maintenant je l'ignore, on fait bien peu de cas de la vie des femmes. L'oncle finit par prendre Lin Shi chez lui puis par la suite la vendit en mariage à un boucher, un tueur de porcs et personne ne dit rien lorsque ils l'entendirent hurler de douleur pendant la nuit de noce. Mais là, ce n'était que la première douleur de sa vie d'épouse, hélas pas la seule. À cela s'ajouteraient les coups, les insultes, les privations et les humiliations.

Ce peuple érige, à l'entrée des abattoirs, des stèles aux âmes des animaux. Mais alors pourquoi les mangent-ils ? Car les taïwanais croient aux fantômes, y compris ceux des animaux qui veulent forcément se venger d'avoir été tués puis mangés. D'ailleurs ils sont extrêmement superstitieux sur presque tout.
Les hommes s'essuient allègrement les pieds sur les femmes et les femmes sont de vraies garces entre elles. Elles semblent faire le jeu des hommes en se moquant les unes des autres, en colportant des ragots, en se jugeant mutuellement en permanence. Même au sein des familles, entre belles-mères et brus c'est parfois l'enfer à coup d'insultes et de gifles. Quant à Lin Shi, elle se considère assez chanceuse car elle a du temps pour se reposer dans la journée car, contrairement à d'autres, elle ne travaille pas à l'extérieur.
Pourtant elle subit quotidiennement les assauts furieux de son mari ainsi que les coups, les insultes et les menaces. Effarante culture où il semble que le respect soit totalement absent et la violence omniprésente.

C'est dans cette pétaudière infâme que Lin Shi va aller inexorablement vers son funeste destin presque sans s'en rendre compte. Elle est terriblement seule, au milieu d'un nid de vipères. On sait bien que, dans beaucoup d'époques et de lieux, les femmes victimes sont coupables. Y compris aux yeux de certaines femmes.

J'ai dévoré ce roman et j'y ai passé des moments d'exaspération intense. Car entre les comportements abjects de Chen Jiangshui, que chez nous on qualifierait de sadique pervers mais qui là bas est juste un bon époux, et les mégères fielleuses qui n'ont de cesse de colporter des horreurs sans la moindre sororité, j'ai vraiment passé des moments d'angoisse, de colère absolue, et même de haine envers ces harpies venimeuses et stupides.

Un roman noir, malheureusement basé sur un fait réel, résultat de la solitude d'une très jeune femme et de la perfidie des hommes, mais aussi des femmes, car personne ne lui a tendu la main.

 

Citations :

Page 33 : Quand tu as une femme à toi, et bien à toi, tu es casé, tu as quelqu’un qui te fait la bouffe et qui couche avec toi quand tu veux, c’est impeccable !

 

Page 47 : Il tira ensuite de sa poche quelques pièces de cuivre et les lui lança à la figure : « Tiens, ton mec, aujourd’hui, a gagné du pognon ! Je te le donne, ma pute, pour ton dépucelage ! »

Lin Shi, surprise et apeurée, rampa jusqu’au fourneau, mais n’osa pas ramasser l’argent, dispersé aux quatre coins.

 

Page 152 : Et quand bien même il serait fruste et grossier, on peut le comprendre, non, de la part de quelqu’un dont le métier est de saigner les cochons ? Nous, en tant que femmes, nous devons être tolérantes, résignées et tout faire pour nos époux ! À quoi cela rime-t-il de hurler ainsi pour une petite douleur passagère ? En agissant de la sorte, elle ruine la réputation de son homme, c’est inadmissible !

 

 

 

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Mon avis : L’envers du temps – Wallace Stegner

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’américain par Eric Chédaille

 

Éditions Gallmeister - Totem

 

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Quatrième de couverture :

Bruce Mason est un ambassadeur à la retraite installé à San Francisco. Quarante-cinq ans auparavant, il partait de Salt Lake City avec la ferme intention de tirer un trait définitif sur son histoire familiale mouvementée. Il n'a plus grand-chose en commun avec le garçon frêle et révolté qu'il était. Mais le voici de retour dans la ville de sa jeunesse pour organiser l'enterrement de sa tante. Au fil de ses déambulations à travers des rues familières, ses souvenirs l’entraînent dans un voyage sinueux au cœur de son passé.

 

 

Mon avis :
On retrouve ici Bruce Mason, un des membres de cette famille dont on a suivi la vie dans La montagne en sucre, roman que j'ai adoré. Il revient à Salt Lake City, ville plantée entre montagnes et désert, après quarante-cinq ans d'absence, pour l'enterrement de sa tante, seul membre de la famille de son père qu'il ait connu, mais si peu.
Au fil de ses errances dans la ville, il se remémore avec une nostalgie amusée son époque estudiantine et les amis qu'il avait. Puis il remonte à son enfance, loin de son frère Chet, parti pour ses études, entre une mère aimante mais soumise à un mari égoïste, ce père intolérant et méprisant qui ne vivait que de magouilles. Une enfance difficile en réalité pour cet enfant surdoué et forcément incompris : "Il versait des larmes sur sa mère et sur lui-même, forcés qu'ils étaient à vivre d'une façon qui leur répugnait."

Peu à peu, les souvenirs qu'il trouvait plaisants vont commencer à l'oppresser et je me suis sentie mal avec lui. Il ne faut pas revenir si longtemps après car les lieux où l'on a vécu, qu'on a aimés ou parfois détestés selon les circonstances, sont comme des fantômes. Même lorsque tout est là, presque plus rien n'est là. Les lieux ont changé sans nous, c'est terrifiant. C'est comme s'ils nous disaient que cette part de nous est morte. Comme si Bruce croisait les fantômes de son passé, comme s'il basculait dans un espace-temps pas très heureux assez soudainement, au détour d'un détail qui...
Assez rapidement il regrette d'être revenu, il ressent l'absence des amis d'autrefois, est ramené à son enfance et sa jeunesse, entre une mère adorable et un père désagréable.
Il va ainsi aller de souvenirs tristes en souvenirs joyeux.

Alors que j'avais immédiatement aimé La montagne en sucre, j'ai eu un peu de mal à entrer dans cette suite. J'ai trouvé l'histoire très lente, trop lente, dans cette suite de souvenirs qui reviennent de façon aléatoire. C'est quasi-onirique dans la façon de voir apparaître les bribes du passé qui s'effacent soudain pour faire place à d'autres. Je verrais bien ce roman adapté au cinéma. Mais je me suis beaucoup ennuyée dans les intériorisations de Bruce au fil de ses pérégrinations dans l'espace et le temps. Ça m'a aussi beaucoup angoissée, mais ça, c'est personnel. Ça touche certainement à quelque chose de douloureux. C'est le pouvoir étonnant des livres, la capacité qu'ils ont à pouvoir brutaliser le mental d'une personne et pas d'une autre.

J'en suis à me demander si cette suite m'aurait plus accrochée si je l'avais lue tout de suite après La montagne en sucre. Cela dit, Wallace Stegner fait partie de mes auteurs préférés car sa superbe prose m'envoûte, donc je vais continuer d'explorer son œuvre. Hélas, cette fois-ci, pour moi, c'est un gros échec.

 

Citations :

Page 32 : Toutes ses impressions souffraient de distorsion et d’ambiguïté. Regardant les bâtiments, il n’aurait su dire s’il s’en souvenait ou si sa mémoire meublait la rue d’objets qu’elle voulait familiers. Quoique vaguement préparé à observer des changements, il n’avait pas prévu à quel point le connu et l’inconnu pouvaient fusionner. Il connaissait cette rue, mais celle-ci le mettait mal à l’aise. Cela tenait-il à ce que, bien que pourvu des mêmes yeux, celui qui voyait et celui qui se souvenait n’étaient pas les mêmes ?

 

Page 54 : Bruce savait que son paternel n’avait pas la moindre idée de ce qu’était un castra et n’allait pas chercher à s’en informer, ce qui aurait révélé son ignorance. Il connaissait des choses dont l’auteur de ses jours n’avait jamais entendu parlé, et cela lui procurait un malin plaisir.

 

Page 95 : Comment une fille native d’une petite ville d’élevage, une fille ayant à l’évidence du sang indien dans les veines suite au fait qu’un aïeul polygame, sur les conseils du clergé et avec pour desseins d’accéder à la gloire céleste, d’avoir quelqu’un qui tienne sa maison et de prendre du plaisir au lit, avait pris femme au sein de la nation ute — comment une telle fille issue d’une bourgade primitive et miséreuse pouvait-elle posséder l’oreille absolue et jouer de n’importe quel instrument au bout d’un ou deux essais ?

 

Page 120 : Là-bas au fond des allées obscures du magasin, le trio compatissait, réfléchi par des miroirs à trois pans, images d’images perdues de vue, cependant qu’au deçà de la devanture de Cat’s Meow, Mason voulait rire et découvrait qu’il n’y parvenait pas vraiment.

 

 

 

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Mon avis : 1542 La colonie maudite – Raymond Rainville

Publié le par Fanfan Do

Éditions La Plume d’Or

 

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Quatrième de couverture :

Brillant, captivant, intrigant et instructif !

À la fois roman historique et thriller, 1542 - La colonie maudite s'inspire d'un fait réel aussi fascinant que méconnu : l'expédition Cartier-Roberval. Bien qu'aux prises avec la montée des troubles religieux en France, François 1er doit assurer son emprise en Amérique. Il ordonne donc à Jacques Cartier et au Sieur de Roberval d'aller fonder une colonie en Nouvelle-France.
Un étonnant amalgame de catholiques et de protestants, ainsi que de repris de justice et d'aristocrates, s'embarque alors pour une formidable épopée. La Nouvelle-France sera-t-elle catholique ou protestante? Rapidement, des tensions religieuses et sociales éclatent, mettant en péril l'existence même de la colonie. D'autant plus qu'un cri de rage s'élève parmi les fiers Iroquois : « Aksen Akohren » ( Maudits soient les Français ) Mais le plus grand danger pour la nouvelle colonie est peut-être la personnalité intransigeante du Sieur de Roberval.
Le vieil ami de François 1er se révèle tellement cynique, imprévisible et imbu de lui-même, que tous se demandent si un tel homme est apte à gouverner l'Amérique.

 

 

Mon avis :
1572, un homme écrit à son fils. Cet homme va mourir, exécuté car condamné à mort pour un crime qu'il a commis en état de légitime défense lors de la nuit de la Saint Barthélémy. Mais il dit qu'il en a commis d'autres, bien des années avant. Et il raconte. Il commence par ce qu'il nomme l'invraisemblable expédition en Canada à l'été 1542, l'été de tous les périls et de toutes les trahisons.

Agnostique en un temps où il ne faisait pas bon ne pas croire en Dieu, il raconte le commerce écœurant de l'Église qui vendait le paradis aux fidèles en réclamant des offrandes. Jean, notre narrateur, naquit le jour où un certain 
Martin Luther osa s'attaquer à la toute puissante Église catholique, changeant ainsi la face du monde. En ces temps-là, on embarquait de force sur des bateaux des hommes qui avaient toutes les raisons de s'entretuer pendant la traversée : des repris de justice de la pire espèce, écorcheurs et abuseurs, mais aussi des catholiques intégristes dont des prêtres défroqués, et des protestants, intégristes eux aussi. À croire qu'à cette époque, la religion ne pouvait en aucun cas se vivre dans la bienveillance et l'amour d'autrui. Jean aussi sera recruté de force après des années de Bastille. Il fera partie d'une expédition visant à établir une colonie au Canada.

Tous enfermés à La Rochelle dans une maison de force en attendant l'embarquement, une violence omniprésente plane entre les détenus. Il semble même qu'un assassin sévit, y compris après avoir appareillé. Ils font donc voile vers Jacques Cartier et la nouvelle France à bord d'un navire commandé par Jean-François de la Roque, Sieur de Roberval.

J'ai adoré ce roman très documenté, qui nous raconte les rêves de conquête, d'installer la France outre Atlantique, le mépris pour ceux qu'ils appelaient les sauvages, qui nous dit la fureur, l'obscurantisme et la cruauté de l'humanité, la soif de pouvoir et d'invasion. Étaient-ils tous devenus sourds et aveugles lorsque Dieu a dit "Tu ne tueras pas" ? Un livre qui se dévore ! La page d'Histoire et l'aventure étaient au rendez-vous. Petit bémol pour la romance, que j'ai trouvé, comment dire... un peu trop... où peut-être pas... pas crédible, voilà ! Et pas nécessaire. C'est peut-être parce que je n'aime pas les romances, surtout parce que ça roucoule. Ou peut-être suis-je désabusée Hi Hi.

 

Citations :

Page 20 : Je sortis, puis entrai aussitôt dans l’horreur la plus totale. Déjà, les miliciens catholiques et leurs partisans parcouraient furieusement les rues de la ville, cherchant, dénichant et massacrant sans la moindre pitié toute personne, homme, femme ou enfant, qu’on cataloguait de protestante.

 

Page 26 : Au moment où je poussais mes premiers cris dans ce monde qui basculerait bientôt dans l’ignominie, un moine à l’allure débonnaire s’arrêtait devant la lourde porte de l’église Saint-Toussaint de Wittenberg pour y placarder ce qu’il appelait ses 95 thèses. Ce pamphlet osait attaquer de front la toute puissante Église catholique.

Le choix de cette église située en plein cœur du Saint-Empire romain germanique n’était pas innocent. Les fêtes de la Toussaint y avaient rassemblé des milliers de visiteurs venus admirer de nombreuses reliques, dont quarante-deux corps entiers de saints, des clous de la sainte Croix, des langes de l’Enfant-Jésus et même, des gouttes de lait de la Sainte Vierge !

Bien sûr, pour pouvoir admirer ces trésors et profiter des indulgences plénières qui y étaient rattachées, les pèlerins devaient y aller de généreuses offrandes. Un prêtre dominicain encourageait d’ailleurs les donateurs en scandant haut et fort :

« Sitôt l’argent tinte dans la cassette, sitôt l’âme sort du purgatoire ».

 

Page 34 : Place de Grève ! Lieu à la fois mythique et maudit où depuis plus de deux cents ans, les plus grands criminels de Paris y étaient suppliciés avant d’être mis à mort. Des dizaines de malheureux y avaient été écartelés, brûlés, échaudés et décapités, au grand plaisir du bon peuple qui se battait pour obtenir les meilleures places. De temps à autre, lorsque les divertissements se faisaient rares, ou en des circonstances exceptionnelles, le bon peuple n’hésitait pas à se faire justice lui-même.

 

 

 

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Mon avis : Théâtrorama – Anne-Sophie Nédélec

Publié le par Fanfan Do

Éditions Le Lézard Bleu

 

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Quatrième de couverture :

Une traversée jubilatoire de l'histoire du théâtre

De l'Antiquité à nos jours, Théâtrorama entraîne le spectateur dans une fresque théâtrale riche en rebondissements, où se mêlent anecdotes véridiques et personnages hauts en couleur. Chaque épisode, indépendant et savoureux, met en lumière une époque, une figure ou une révolution du spectacle vivant - de l'inspiration d'Euripide à la vision engagée d'Ariane Mnouchkine, en passant par les éclats de Shakespeare, Molière, Voltaire ou Musset.

Reliés par un chœur complice, ces tableaux forment un véritable panorama vivant des arts de la scène, à la fois instructif, drôle et profondément humain.

 

 

Mon avis :
Ici, 
Anne-Sophie Nédélec nous parle d'un temps où le théâtre ne pouvait pas être un métier. Enfin, pas que mais, dans l'Antiquité c'était comme ça. Puis vint le temps où le théâtre était honni par l'Église, puis vint son retour. Ce que l'Église veut... mais en latin ! Un temps où les femmes, ces créatures du diable n'avaient pas le droit de jouer, c'était interdit par la religion, considéré comme indécent. C'étaient donc des hommes ou des adolescents qui tenaient les rôles des femmes ou des jeunes filles. Pendant longtemps les profanes non plus n'ont pas eu le droit de jouer. C'était réservé aux ecclésiastiques. Mais les temps changent peu à peu. Les profanes prirent la place, et le français prit la place du latin. Et des idées abominables pour faire plus vrai... Ah oui ! Ce que L'Église veut...

Anne-Sophie Nédélec nous offre un panorama du théâtre à travers les époques. C'est documenté, instructif, enrichissant, exaspérant parfois, choquant aussi par moments, hilarant eh oui quand-même ! Est-ce que ça se voit que j'ai adoré ?
Je ne lis jamais de théâtre, pourtant avec 
Anne-Sophie Nédélec je sais à chaque fois que je vais me faire embarquer pour mon plus grand plaisir !

On passe du théâtre antique au Moyen-âge, puis à la Comedia Dell'Arte, au Théâtre Elisabéthain, et on traverse ainsi le temps jusqu'à maintenant, 
ShakespeareMolièreVoltaireMusset, différents tableaux entrecoupés d'intermèdes, et on se rend compte que ça n'a pas toujours été facile d'être un saltimbanque, encore moins UNE saltimbanque.

Les interdits au temps de 
Shakespeare, les étranges règles et coutumes au temps De Voltaire, l'arrivée des metteurs en scène au XIXe siècle qui canalisent et coordonnent les ego, le jeu des acteurs, tous les éléments qui composent le spectacle. Puis le XXe siècle et les trois coups...
On découvre qu'à travers les âges, il y a eu beaucoup d'aberrations au théâtre, de manque de respect envers les comédiens et que ce n'était vraiment pas une sinécure d'être sur les planches. C'est une balade enrichissante et joyeuse dans l'histoire de cet art. J'ai trouvé passionnant de voir l'évolution du théâtre au fil du temps. Et puis il y a des passages où j'ai beaucoup ri.

Donc encore une fois, MERCI 
Anne-Sophie de m'avoir emmenée à travers les siècles découvrir la passion que représente le théâtre pour vous, de l'avoir fait de façon si jubilatoire par moments et si intéressante du début à la fin.

 

Citations :

Page 14 : HYLLOS : Mais enfin, Euripide, les représentations théâtrales ont lieu seulement dix jours par an ! On ne peut pas faire du théâtre un métier !

 

Page 26 : FRÈRE BERNARD : On n’a jamais vu de femme jouer un spectacle !

 

FRÈRE JACQUES : Même nos ancêtres païens se refusaient à mettre ces créatures du diable sur scène !

 

LE MENUISIER : Dommage, ça ferait plus vrai. Parce que le frère Jérôme qui joue Marie tous les ans, ben avec sa grosse barbe, il fait pas très vrai… En plus, sa barbe, y’a à boire et à manger là-dedans ! La vraie Marie, elle doit hurler là-haut, de se voir représentée comme ça…

 

Page 72 : MLLE DANGEVILLE, méprisante et de mauvaise foi : Nous sommes toutes passées par là ! C’est une sorte d’examen de passage. Il faudra bien t’y faire ma petite !

 

VOLTAIRE : Ah oui bien sûr ! Parce que c’est normal ! Je l’avais oublié : c’est tout à fait normal, logique, avantageux, qu’une comédienne se fasse insulter à chacune de ses entrées ! En ce cas, vous le vivez plutôt bien qu’on vous traite de « grosse dinde » chaque fois que vous vous avancez sur le devant de la scène !

 

Page 99 : ARIANE : Le Conservatoire, c’est vieux, le Conservatoire, c’est mortel ! C’est l’apologie de la diction à l’ancienne, le théâtre sans mouvement, sans émotion ! Toute la chiantitude de la Comédie-Française !

 

Page 100 : ARIANE : Eh ! Qu’est-ce que tu veux ? Le théâtre, c’est la sublimation de la vie ! Commence par savoir vivre, on verra ensuite si tu sais jouer !

 

 

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Mon avis : Sophie L – Matthew Blake

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Laure Porché

 

Éditions Buchet Chastel

 

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Quatrième de couverture :

Et si tout ce qu’on m’avait raconté sur le passe de ma famille était faux ?
Experte sur la question de la mémoire, Olivia Finn travaille dans un hôpital londonien. Une nuit, elle est tirée de son sommeil par un appel de la police : sa grand-mère française, Joséphine Benoît, s’est rendue à l’hôtel Lutetia pour s’accuser d’un meurtre à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Inquiète, Olivia se rend à Paris, où elle découvre une femme confuse mais résolue. Joséphine est convaincue qu’il s’agit d’un souvenir longtemps enfoui, et les archives de l’hôtel confirment qu’en 1945, Sophie Leclerc a bien trouvé la mort dans la chambre 11 du Lutetia. Qui était Sophie ? Joséphine dit-elle la vérité ?
Alors qu’Olivia tente de démêler le vrai du faux, le passé semble se confondre avec le présent. Quand d’autres meurtres surviennent, elle devient proie autant qu’en enquêtrice.
Entre fantômes de guerre, secrets de famille et mémoire piégée, Sophie L nous prouve que notre cerveau peut nous jouer bien des tours – et qu’un souvenir peut être fatal.

 

 

Mon avis :
On entre directement dans l'histoire et c'est ce que j'aime. Olivia Finn est franco-britannique, française par sa mère mais vit et exerce son métier d'experte des troubles de la mémoire à Londres. Un jour elle reçoit un appel du capitaine Vidal de la police de Paris au sujet de sa grand-mère qui semble avoir perdu pied avec la réalité et s'accuse d'un meurtre commis en 1945 à l'hôtel Lutetia lors du retour de survivants des camps de concentration. Olivia a dû mal à y croire mais la police a bien l'intention d'enquêter. En outre, il semble que cet aveux dérange du monde et qu'il vaudrait mieux que Joséphine se taise. À moins que ce ne soit Sophie...

Rapidement on apprend qu'Olivia garde un secret, quelque chose l'a traumatisée il y a longtemps, elle n'en a jamais parlé.
Elle se trouve confrontée aux pertes de mémoire de plus en plus fréquentes de sa grand-mère, qui lui demande qui elle est et ce qu'elle fait là. J'ai trouvé cet aspect de l'histoire très angoissant. Être face à une personne qu'on connaît depuis toujours mais qui n'est plus vraiment elle-même, ça doit être aussi terrifiant que de basculer dans une dimension parallèle.

Malgré les sombres projets qu'on découvre, je n'ai pas vraiment été tenue en haleine. du moins dans un premier temps. Car après la page 100, la curiosité est en éveil. Parce qu'au fond, on a envie de savoir ce qui est arrivé quatre-vingts ans plus tôt et qui impacte le temps présent. Il se passe enfin quelque chose, des éléments nouveaux s'accumulent ! Qu'a bien pu faire 
Bonne Maman pour avoir sa conscience qui soudain la tourmente et qui risque de déchaîner les foudres de l'enfer par ses révélations ? Et qui est-elle réellement ? Et c'est là que l'auteur nous emmène en 1945 au Lutetia, faire des allers-retours entre le présent et cette époque, dans la mémoire truquée, les mensonges, la duplicité, les manipulations, les trahisons, les cauchemars...

L'aspect historique est passionnant et révoltant. On pourrait croire que les rescapés des camps de la mort ont été bien traités ! Hélas non. Après l'humiliation avec l'ennemi, l'humiliation avec ses compatriotes. Rescapés, de l'indicible, pourtant presque traités comme des renégats. Sans oublier l'épuration sauvage, surtout envers les femmes, et la honte française impossible à assumer.

Plus on avance dans le roman plus il y a de questions qui se posent. On se retrouve avec des affaires dans l'affaire, telles des poupées russes, ou ne serait-ce pas plutôt d'autres affaires qui ont provoqué celles-ci ? À mesure qu'on avance dans le récit, celui-ci se complique. Roman chorale à tiroirs où au gré des chapitres de nombreux personnages apparaissent et prennent la parole, quand ce n'est pas Olivia, avant ou aujourd'hui.
Elle, qui comme tout le monde avait une histoire familiale, en vient à se demander si celle-ci est vraie ou bien tout n'a été que mensonge.
Quand on croit savoir d'où on vient, qui on est, et que soudain tout semble remis en question... sans oublier les parts d'ombre qui jalonnent sa vie. Olivia est-elle la descendante d'une survivante de l'Holocauste ou d'une meurtrière ? Sophie ou Joséphine ? D'une déportée ou d'une collabo ?
J'ai trouvé incroyable la question des souvenirs. La mémoire est un mécanisme tellement étrange, qui se reconstruit sans cesse.

Après un début qui ne me semblait pas convainquant, j'ai fini par me laisser prendre par cette histoire, mélange d'enquête, de thriller psychologique et de roman historique qui nous emmène dans les arcanes de la mémoire mais aussi de la manipulation à travers l'histoire de la libération, mais pas que...

Merci beaucoup aux Éditions 
Buchet Chastel pour l'envoi de ce roman !

 

Citations :

Page 61 : Ce sera un mensonge. Ce sont des jours comme les autres, avec des hauts et des bas et tout ce qu’il y a entre les deux. De tous les artifices de la mémoire, la nostalgie est le plus puissant. Les choses n’étaient pas vraiment mieux avant. Nous avons juste oublié les mauvais côtés.

 

Page 90 : Ma grand-mère est de cette génération marquée par la guerre, réticente à la dépense. L’économie protège du besoin.

 

Page 115 : La file avance lentement. Sophie inspire, se calme. Elle regarde les visages pour voir si elle reconnaît quelqu’un. Elle a le crâne rasé. Son corps est sale. Elle a tellement maigri qu’elle a du mal à tenir debout. Surtout, elle a perdu son âme. Son essence.

 

Page 185 : Elle pensait que la foule de Paris célébrerait ce qu’elle avait fait pour la Résistance et la couvrirait d’éloges. Elle n’avait pas réalisé que cela ne concernait que les hommes.

 

Page 231 : Il y avait sur son visage une telle noblesse, mais aussi une telle terreur. Il ne pouvait plus protéger sa fille. Il était envoyé à la mort par des gens de son propre pays occupé par un autre, tout cela pour le crime d’avoir eu des origines juives dans un passé lointain.

 

Page 334 : Chaque fois que nous évoquons un souvenir, nous modifions l’original, et il ne nous reste que cette dernière version modifiée. Avec le temps, ce souvenir qui a été transformé des dizaines, des centaines, voire des milliers de fois, n’a plus aucun lien avec l’évènement original. Il peut s’agir de votre premier baiser, des derniers mots d’un être cher, d’un accident qui a bouleversé votre vie : le souvenir que vous en avez sera différent de la façon dont il s’est réellement produit, simplement parce que vous vous en êtes souvenu à répétition.

 

 

 

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Mon avis : Pays de neige – Yasunari Kabawata

Publié le par Fanfan Do

Traduit du japonais par Bunkichi Fujimori

 

Éditions Le Livre de Poche

 

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Quatrième de couverture :

"Le rideau des montagnes, à l'arrière-plan, déployait déjà les riches teintes de l'automne sous le soleil couchant, ses rousseurs et ses rouilles, devant lesquelles, pour Shimamura, cette unique touche d'un vert timide, paradoxalement, prenait la teinte même de la mort."

 

À trois reprises, Shimamura se retire dans une petite station thermale, au coeur des montagnes, pour y vivre un amour fou en même temps qu'une purification. Chaque image a un sens, l'empire des signes se révèle à la fois net et suggéré. Le spectacle des bois d'érable à l'approche de l'automne désigne à l'homme sa propre fragilité.

Yasunari Kawabata, le plus grand écrivain japonais contemporain, a obtenu le prix Nobel de littérature en 1968.

 

 

Mon avis :
Dès les premières pages j'ai eu une sensation de répétition, comme si je relisais par erreur une page que j'avais déjà lue, ce qui m'arrive quand je suis fatiguée. Mais là, ce n'était pas moi, c'est la narration qui est construite ainsi et ça donne de la poésie au texte. Il y a un côté très contemplatif et tout semble sujet à réflexion. La beauté. le froid. La neige qui donne l'impression d'être hors du monde. le couple, ou pas couple. La maladie. Tout cela parce qu'une belle inconnue est présente dans le train.

Un homme marié, dans un train, sans sa femme, dans le froid, une femme mystérieuse, un hôtel, des touristes, une ivresse, des comportements incohérents… lui, veut une geisha. Et puis non. Il veut cette femme, qui ne veut pas de lui, et finalement si, ou pas. Ou peut-être bien quand-même. Et c'est d'une lenteur !.. qui ne m'a absolument pas aidée à rester dans l'histoire. Mon esprit a beaucoup vagabondé m'empêchant de bien comprendre ce que je lisais. D'ailleurs, je me demande si j'ai bien compris qui voulait quoi. Et je me suis terriblement ennuyée dans ce court roman de 190 pages.

Il m'a été impossible, hélas, d'entrer dans l'histoire car je n'ai pas réussi à comprendre ce que Shimamura, mâle dominant, faisait à la montagne, à part avoir une relation suivie avec Komako, devenue geisha par amour et abnégation paraît-il, tandis que lui fantasme sur une autre dont le cœur est pris ailleurs… enfin, c'est ce que j'ai cru comprendre sans être sûre à la fin que c'était bien ça. Sans oublier des dialogues obscurs :
- Je vais rentrer à la maison.
- […]
- Je ne vais pas rentrer. Je resterai comme ceci jusqu'au matin.
Un peu plus tard, elle veut qu'il parte, puis qu'il reste…
Aie ! Mal de tête !!
Pourtant, le résumé me laissait espérer une histoire agréable. Que nenni ! Je suis restée sur le bord à me demander ce que je faisais là, tant il ne se passe rien. J'ai à peine vu qu'il était question de trois voyages de Shimamura à la montagne tant j'étais perdue dans les limbes de mon ennui profond.

Le 19 octobre 1968 
Yasunari Kawabata a eu le prix Nobel de littérature. Avant cela, en 1961 il a eu le Prix du meilleur livre étranger pour cette œuvre écrite des années plus tôt. Suis-je trop obtuse pour être touchée par la beauté de son style ? Hermétique à sa poésie ? Ou est-ce trop japonais, tout en pudeur et en non-dits, d'une lenteur et d'une totale inconsistance pour moi, pas à la portée de tout le monde ? Pourtant, tous les moments qui décrivent la nature sont sublimes. Mais quand on en vient aux humains, ça perd à mes yeux tout intérêt. C'est à la toute fin que j'ai réalisé que c'était un site thermal. C'est dire si je n'étais pas dedans !
Ce court roman m'a paru effroyablement long, un vrai parcours du combattant. Une chose est sûre, je ne réitèrerai pas avec cet auteur. Quand une lecture m'est fastidieuse à ce point, ça me provoque des angoisses terribles mais quand le roman est court je vais quand-même au bout. Masochiste moi ?? Sans doute un peu.

 

Lu dans le cadre du #bookclub du @prixbookstagram thème : #nobeldelittérature

 

Citations :

Page 95 : — Je vais rentrer à la maison.

C’est une lubie ridicule !

Mettez-vous au lit. Je resterai un petit moment assise ici.

Mais pourquoi veux-tu rentrer chez toi ?

Je ne vais pas rentrer. Je resterai comme ceci jusqu’au matin.

 

Page 100 : — Bon. Mais lorsque tu es partie pour Tokyo, il a été le seul à t’accompagner à la gare. N’est-ce pas toi qui me l’as dit ? Et crois-tu qu’il soit bien de refuser un dernier adieu à celui dont le nom est inscrit sur la toute première page du tout premier cahier de ton journal, comme tu me l’as appris hier ? Pour lui, ce sont les toutes dernières lignes de sa dernière page, maintenant !

 

Page 136 : Plus loin sur le chemin, une vieille affiche était restée placardée sur un mur. « Repiquage du riz. Tarif appliqué : travailleurs saisonniers : 90 sen par jour, nourriture comprise. Femmes : 40 pour 100 de moins. »

 

 

 

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