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Mon avis : Les enfants de Koro – Nicolas Jolie

Publié le par Fanfan Do

Auto Éditions

 

Mon avis sur Insta c'est ici

 

Quatrième de couverture :

Bien qu’ils aient développé les technologies nécessaires pour coloniser tout le secteur supragalactique du Rameau de Po, ceux qui se revendiquaient de l’engeance de la Terre-Mère Koro – les Korogaï – n’en conservaient pas moins un mode de vie tribal, opérant de nombreux rituels pour honorer leurs divinités et tâcher d’entrer en contact avec elles afin de connaître leur volonté.


Nicolas Jolie et son équipe de recherche mythoscientifique se consacrent à l’étude de la civilisation de nos ancêtres et à la restitution littéraire de fragments mémoriels issus de ce lointain passé. Ce recueil contient huit nouvelles offrant des regards variés sur les aventures qu’ont pu vivre les enfants de Koro au cours de leur Histoire. On découvrira, au gré de ces épisodes : une performance artistique exceptionnelle ; l’ambitieuse traversée d’un désert planétaire ; une grande détresse face à la menace d’une terrible famine ; une chasse au démon épique ; la restitution d’un mythe cocasse à des esprits innocents ; les déboires d’un guerrier rendu paraplégique ; un rite de passage qui tourne mal ; et enfin les péripéties lubriques d’un héros que le sort accable.


Découvrez au sein de cet ouvrage un univers original de « science-fiction tribale », au croisement du space opera, de la science fantasy et de la mythologie !

 

 

Mon avis :
Nicolas Jolie nous prévient, l'annonce est claire dès le début :
"Vous vous apprêtez à lire un recueil de fragments du passé restaurés par les soins de notre équipe mythoscientifique. Notre principal sujet d'étude : les Korogaï, la civilisation de nos lointains ancêtres."

Une belle écriture au service de la légende de Koro. Un recueil de nouvelles qui nous emmène découvrir la culture Korogaï, ses coutumes et ses origines à travers ses dieux et leur mythologie. C'est tout un monde que l'auteur a créé. Dans cette civilisation, les coutumes, les rites et la religions tiennent une place prépondérante. Rien ne peut se faire en dehors de ça.

Dans ce recueil, huit nouvelles qui nous offrent un éventail de l'Histoire de Koro. de nombreux thèmes sont abordés comme notamment un mariage arrangé, où une enfant doit épouser un homme pour des accords politiques alors qu'une artiste lyrique offre une sublime prestation. Une étrange prostituée qui, en dépit du protocole et de toute règle, veut devenir une duÿre car elle semble être une élue des dieux. Elle y croit dur comme fer, assez pour entreprendre la traversée de la planète par l'équateur, à pied, et ainsi obtenir ce qu'elle souhaite. Peut-on avoir une deuxième chance face à l'échec de son existence ? J'ai aimé le moment où un défunt doit assister aux grandes lignes de sa vie et traverser les Échos du Passé sur le fleuve de l'au delà et faire le bilan de ses mauvaises actions. Et la guerre, quand un État la décide et que le peuple en fait les frais… et toujours, la religion remède à toutes les peurs. La chasse aux démons tout contre la porte vers l'au-delà.

Chacune des huit nouvelles nous ouvre un pan de l'âme Korogaï, de ses croyances, et ça m'a évoqué une forme de tradition orale. Et au début de chaque nouvelle, un dessin. J'ai trouvé ces dessins incroyables ! le style m'a éblouie, même si ça paraît simple, c'est très beau et il fallait y penser ! Sans oublier la couv que je trouve très belle !
Ma nouvelle préférée : le collier d'Immar. Il y est question d'une involontaire usurpation d'identité suite à la mort d'un frère d'arme, de soldats, de guerre, d'euthanasie, de peur, d'espoir et de détermination sans faille. Mais il faut avoir le cœur bien accroché… c'est aussi l'histoire la plus émouvante je trouve.

C'est toute une société et sa culture ancestrale qui sont imaginées là dans ce recueil de Fantasy qui évoque la mythologie avec ses oracles et ses dieux multiples, dans un monde futuriste qui se tourne vers son passé.
Mais il me semble que ça parle surtout de l'humanité et de ses travers, quelle que soit le lieu ou l'époque.

À la fin de l'ouvrage se trouve les annexes de 
Nicolas Jolie et son équipe, soit : Principes de la mythoscience - Notre objet d'étude - Processus de traduction des langues et dialectes Korogaï - Cosmographie du monde Korogaï - puis une liste des principales divinités et enfin un glossaire car il y a beaucoup de mots inconnus de notre monde dans ce livre.

J'ai beaucoup aimé l'univers imaginé par 
Nicolas Jolie. C'est très visuel, fantasmagorique, et ça emmène le lecteur dans un autre monde fait de légendes multiples et de croyances très anciennes car de nombreux peuples se côtoient.

 

Citations :

Page 74 : Cela ne dura sans doute que quelques instants, mais il lui sembla qu’une éternité s’écoulait, tandis que ses yeux se refermaient sur les superfluités du monde matériel.

 

Page 234 : D’après ses dires, Shonis avait été heureuse avec Imaar, mais elle se lamentait qu’il ne lui eût jamais donné d’enfants. Elle s’étonnait qu’il eût choisi de s’enrôler dans l’armée plutôt que de mener une vie prospère en reprenant le laboratoire de son père. Pour ma part, je le comprenais. Quelle que soit notre origine clanique, nous n’en restions pas moins des Pitaka. Noïlrog était notre véritable guide. C’est sa colère qui animait nos âmes viriles.

 

Page 239 : La mort. Si beaucoup la craignent et la redoute, et seraient prêts à tout donner afin de l’éviter, d’autres, comme moi, la contemple avec une étrange impatience mêlée d’appréhension. Seuls ceux qui l’ont vécue connaissent le singulier sentiment mêlé d’horreur et de fascination qu’induit de connaître la date de sa fin ! La moindre de mes respirations revêtait une importance capitale, et je la chérissais infiniment pour maintenir ce lien intime qui m’unissait à la vie autant que je la haïssais pour faire perdurer la souffrance qu’endurait continuellement mon corps et mon âme mélangés.

 

 

 

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Mon avis : Monte Verita – Ida Hofmann

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’allemand par Marie Bouquet

 

Éditions Baconnière

 

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Quatrième de couverture :

Un groupe d'artistes, d'intellectuels et d'anarchistes se rassemble en 1900 en Suisse italienne, à la recherche d'un mode de vie «plus sain et plus naturel». Au cours des premières décennies du XXe siècle, la colline où ils s'installent, rebaptisée Monte Verità, devient emblématique des nouvelles utopies; en cherchant des alternatives aux conventions sociales, la colonie se tourne vers le végétarisme, la frugalité, le féminisme, et un nouveau rapport à la nature, au corps et à la nudité. De nombreux artistes y séjournent et elle devient, à partir de 1913, le berceau de la danse moderne en accueillant, entre autres, Isadora Duncan, Émile Jaques-Dalcroze et Rudolf Laban.
Ida Hofmann, cofondatrice de cette colonie avec son compagnon Henri Oedenkoven, témoigne dans ce récit des conditions de sa création et de la tension permanente entre idéalisme et réalité qui a caractérisé cette expérience. Elle passe en revue les principaux acteurs et actrices qui l'ont animée sans cacher les conflits internes et les désillusions, offrant ainsi une vision complexe de leur recherche de vérité et de beauté.
Dans une prose incisive, non dénuée d'ironie, Ida Hofmann invite le lecteur à considérer le Monte Verità comme une illustration des défis auxquels nous sommes confrontés dans notre quête d'authenticité et de sens. Ce témoignage précieux est inédit en français.

 

 

 

Mon avis :
Récemment j'ai lu 
Un rêve immense de Catherine Bardon, roman passionnant qui s'inspirait d'une histoire vraie, celle de Friedrich Ritter et Dora Strauch (Ludwig et Nora dans le roman), naufragés volontaires sur une petite île des Galapagos. Rapidement il a été question de Monte Verità, colonie coopérative végétarienne où Ludwig aurait vécu dans la liberté et l'harmonie avec la nature, le végétarisme et la nudité. Et voilà que l'occasion de lire un document sur ce lieu et cette communauté se présente via Babelio Masse Critique. Quelle joie de compléter ma toute petite connaissance de cette expérience !

Des gens qui voulaient s'affranchir de la société décidèrent de créer cette utopie. À six idéalistes, ils s'installèrent en amont des "eaux bleues et paisibles du lac Majeur" dans le canton du 
Tessin en Suisse, en 1900. Quelques personnes du monde de la danse y passèrent pour de courts séjours, notamment Isadora Duncan, mais aussi l'écrivain Hermann Hesse qui cherchait peut-être une forme de rédemption après être devenu célèbre. Trotski et Lénine y séjournèrent ainsi que Bakounine.
Suite à une préface copieuse et intéressante, arrive le récit de 
Ida Hofmann, qui part de la genèse de ce rêve d'une vie nouvelle, loin des fausses vérités du monde capitaliste et les souffrances qu'il inflige à toutes les couches de la société. de plus elle met l'accent sur la mainmise des hommes sur les femmes, cet état insupportable qui faisait des femmes des assistées. C'est pourquoi, avec Henri Oedenkoven, ami d'origine belge et fils d'un grand industriel, ils eurent le rêve de créer un lieu où chacun pourrait se procurer le confort par le travail de ses mains et supprimer ainsi l'exploitation par les gens fortunés. Entre autres choses, le mariage est considéré comme l'ingérence autoritaire de la part d'éléments extérieurs, les règles vestimentaires un carcan, l'alimentation carnée un poison... Dogme et politique en sont bannis. le végétarisme est de rigueur.
Mais la société bien-pensante déteste la façon de vivre de ces gens qui désirent s'affranchir de leurs règles étouffantes, guindées et patriarcales. Néanmoins, lorsque que l'autrice nous raconte par le détail la journée type de la bourgeoisie qu'elle exècre, l'insondable vanité de ce qu'elle décrit donne envie de fuir.

Cependant cette utopie ne s'est pas faite sans mal car il est difficile de trouver une concordance d'opinions et d'idéaux. Et il ne faut pas perdre de vue que la réalisation de ce projet a coûté cher par l'achat des terrains et l'embauche d'ouvriers pour la construction des cabanes, donc pas à la portée de tout le monde. Force est de constater que l'argent est toujours le nerf de la guerre, même si Monte Verita était ouverte à tous, le démarrage a nécessité des financements. Toutefois le but était de recréer une société plus juste et égalitaire, basée sur le travail mais sans l'exploitation des pauvres par les riches, sans non plus revenir à l'âge de pierre mais en s'aidant d'outillage moderne tout en vivant au plus près de la nature. En tout cas ça ne s'est pas fait en un jour et il a fallu différents modèles de communauté avant de trouver le bon où personne ne profiterait des autres.

J'avoue que d'une certaine façon cette utopie m'a fait rêver. Car j'ai trouvé assez logique de vouloir quitter une société corsetée dans des principes futiles, le poids de la religion et des apparences, mais surtout oppressants pour les femmes. Ce texte est aussi la célébration de l'indépendance, de la libre pensée, et du droit, presque du devoir, de suivre son propre chemin et de se démarquer de ses parents pour trouver sa liberté, sa propre vérité afin d'éviter de stagner dans des schémas immuables.

Ce livre est une mine d'informations sur des gens, issus de la bourgeoisie, qui désiraient revenir à l'essentiel, loin de la futilité des mondanités. Il est aussi question vers la fin de courants en vogue tels que l’hypnotisme, la voyance, la chiromancie que l'autrice et son compagnon ont approchés au cours d'un séjour à Paris dont 
Ida Hofmann nous dit que "nulle part ailleurs on ne trouve autant de sujets d'observation que dans cette ville ou le sérieux et la superficialité se mélangent dans tous les domaines." Sans oublier tous les faux idéalistes. Quant au végétarisme, il semble ici pratiqué pour une hygiène de vie plutôt que par empathie envers les animaux.
J'ai trouvé amusant de constater que je partageais énormément de points de vue avec 
Ida Hofmann sur la société bien que je suis née très longtemps après elle et que la société dans laquelle je vis n'est pas exactement la même que la sienne. Cependant, le terme de "sauvage" qu'elle utilise montre la distance...

Oui vraiment ce livre passionnant est un bon complément du livre de 
Catherine Bardon "Un rêve immense". Un beau rêve qui voulait le bien des autres et la quête de la vérité.
Et à la toute fin, quelques photos de leur communauté.

 

Citations :

Page 15 : À tous les gens qui s’approchaient il tendait un petit livret : c’était, disait-il, un acte d’accusation contre le Christianisme qui avait remplacé le concept de joie par celui de culpabilité, le miracle céleste par la terreur de l’enfer, qui avait transformé le message de Jésus « Soyez heureux et n’ayez crainte » en « Soyez humbles et obéissez ».

 

Page 26 : Riches et diverses, promettant la paix, la vérité et l ‘amour pour la vie de tous et de chacun, les pensées qui jaillissaient de la plume habile d’Henri m’enthousiasmaient ; car des années de graves soucis et de résignation sourde avaient assombri ma vie et, comme beaucoup de personnes de mon sexe, je vivais dans la crainte de ne pas pouvoir garantir ma subsistance, si ce n’est pour l’immédiat lendemain, du moins pour le grand âge.

 

Page 33 : Nous reprîmes courageusement notre route et je dus bientôt repousser les avances d’un Italien qui, après nous avoir accostées, au terme d’une conversation anodine, nous proposa de passer une nuit à tre dans sa maison. L’indépendance des femmes est une chose si peu commune et si peu respectée !

 

Page 44 : Je me souviens d’une violente dispute avec cette femme, qui pourtant réclamait et dispensait tant d’amour, parce que j’avais refusé de mettre des gants et qu’elle estimait donc impossible de sortir en ma compagnie. J’observais là encore comme il semble évident de faire une exception pour les hommes alors que la femme, considérée par la société comme un appât, un trophée à exposer pour le plaisir masculin, doit toujours veiller à se parer avec complaisance et subir en outre toutes les plaies du monde.

 

Page 71 : Nous effectuons ensuite un séjour à Paris qui ouvre de nouvelles perspectives sur la vacuité de la vie mondaine. Les habitudes malsaines et fastueuses de la haute société rappelle certaines chroniques sur la chute de l’empire romain.

 

 

 

 

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Mon avis : La voleuse de livres – Markus Zusak

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais (Australie) par Marie-France Girod

 

Oh ! Éditions - Pocket

 

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Quatrième de couverture :

Leur heure venue, bien peu sont ceux qui peuvent échapper à la Mort. Et, parmi eux, plus rares encore, ceux qui réussissent à éveiller Sa curiosité. Liesel Meminger y est parvenu.
Trois fois cette fillette a croisé la Mort et trois fois la Mort s'est arrêtée. Est-ce son destin d'orpheline dans l'Allemagne nazie qui lui a valu cet intérêt inhabituel ? Ou bien sa force extraordinaire face aux événements ? A moins que ce ne soit son secret...
Celui qui l'a aidée à survivre. Celui qui a même inspiré à la Mort ce si joli surnom : la voleuse de livres...

 

 

Mon avis :
Quelque part en Allemagne dans les années 30. Ici, la Mort, celle qui prélève les âmes, nous raconte. Les bombes, les cris, les nombreux morts, la guerre. Et la Mort nous parle de la fillette, 
la voleuse de livres, qu'elle a croisée plusieurs fois. Car il semble que Liesel Meminger, la voleuse de livres, voie la Mort prendre les vies. Ou du moins, elle la sent.

C'est beau, envoûtant, fascinant. J'ai longtemps eu une vision romantique de la Mort. C'est stupide, oui mais... et parfois j'ai des réminiscences, à cause d'un roman, comme ici. Ou alors ça me vient de la poésie, de la peinture, de la sculpture... Donc ce roman, avec la Mort pour narratrice, m'a subjuguée. Oui, oui. C'est parce que j'aimerais que la Mort puisse être belle. Parce qu'en réalité elle me terrifie. Et c'est peut-être le cas de ceux qui écrivent sur elle. La Mort ici n'est pas malveillante, loin de là. Mais elle fait son travail, elle libère les corps. Et le jour où elle a emporté l'âme du petit frère de Liesel, elle s'est intéressée à cette fillette qui a ramassé un livre perdu dans la neige alors qu'elle ne savait même pas lire. Elle semble admirer cette enfant, si seule, que sa mère, malade, a confiée à un couple, les Hubermann, le chaleureux Hans, homme bon et doux, et l'acariâtre Rosa, mégère et grossière, du moins en apparence.

C'est un roman étonnant, qui m'a fait penser aux contes de mon enfance car l'histoire des différents personnages est entrecoupée d'apartés qui relatent des faits, des statistiques, des chiffres, des tranches de vies, écrits en gras et centrés dans la page comme de très petits paragraphes. L'histoire paraît belle, pourtant racontée par la Mort elle-même, et bien que relatant une période très sombre de notre histoire, la montée du nazisme, période où on brûlait des livres, puis la guerre. Mais les contes pour enfants sont très sombres aussi... et tellement poétiques. Et puis c'est plein d'histoires dans l'histoire, dans l'histoire, dans l'histoire... C'est un magnifique récit, un hymne à la passion des livres, à l'évasion et l'ouverture d'esprit qu'ils apportent, aux mondes multiples qu'ils offrent, à l'apaisement qu'ils procurent. Mais c'est aussi l'histoire d'une idéologie ignoble, qui a mené à la souffrance d'un peuple dans la tentative de l'éradiquer comme s'il n'était rien de plus qu'une vermine à écraser en embarquant le monde dans une guerre épouvantable. Mais ce roman nous rappelle qu'il y a sur terre des humains vraiment formidables. Car dans les périodes de ténèbres, certains restent capables de donner le meilleur d'eux-mêmes. En temps de guerre, il semble que la moindre particule de joie puisse se transformer en nirvana de bonheur, juste le temps qu'il dure. Car quand la mort rode, la vie n'en est que plus précieuse.
C'est une ode à l'amitié, la bonté, la générosité, l'abnégation. Et à l'amour ! Celui qu'on ne dit pas mais qui est puissant, au sein de la famille, y compris et peut-être surtout quand il s'agit d'une famille recréée, pas celle d'origine. Quand la générosité ne se préoccupe pas des liens du sang. Et c'est une page d'histoire. C'est un roman multiple, conte pour petits et grands, roman historique, roman d'apprentissage, roman familial, roman sur le sens de la vie, peut-être même roman philosophique. C'est aussi à certains moments, un ascenseur émotionnel.
Il y a de beaux personnages, Rudy l'ami indéfectible, Hans le "papa" doux et aimant, Rosa la "maman" à la personnalité ambivalente, et Max, si désemparé et attachant. Sans oublier Liesel, petite étoile dans la nuit nazie.

Et alors qu'une lumière brille dans cette histoire, on se dit qu'il va sûrement y avoir des moments douloureux, ne serait-ce qu'à cause du contexte... Et c'est vrai que souvent, les écrivains sont des magiciens. Ils vous emportent dans leurs histoires, belles, exaltantes, tristes, heureuses, malheureuses, poignantes, révoltantes... parfois tout ça à la fois.

J'ai adoré avoir le point de vue de la Mort, qui regrette les choix catastrophiques des humains qui l'obligent à prélever beaucoup trop d'âmes et qui se réjouit d'être combattue quand la vie s'accroche. C'est une Mort pleine de désolation, d'empathie, et de consternation face aux comportements des hommes qui sont les artisans de leurs propres malheurs. Ça a réveillé la vision romantique que j'en avais. du moins, passagèrement...
C'est un roman absolument magnifique ! Un véritable coup de cœur !

 

Citations :

Page 20 : Il resta sanglé dans son uniforme tandis que la lumière grise se livrait à un bras de fer avec le ciel. Et comme souvent, au moment où j’ai entamé mon voyage, une ombre s’est de nouveau esquissée, un moment d’éclipse finale — la reconnaissance du départ d’une autre âme.

Car malgré toutes les couleurs qui s’attachent à ce qui se voit dans ce monde, il m’arrive souvent de percevoir une éclipse au moment où meurt un humain.

 

Page 29 : J’étais à genou, en train d’extraire l’âme du petit garçon que je recueillais entre mes bras enflés. Il s’est réchauffé aussitôt après mais, au moment où je l’ai saisi, son âme était moelleuse et froide comme de la crème glacée. Il s’est mis à fondre entre mes bras. À se réchauffer complètement. À guérir.

 

Page 63 : C’était un endroit où personne ne voulait s’arrêter pour regarder, mais presque tout le monde le faisait. Dans cette rue qui ressemblait à un long bras fracturé se dressaient plusieurs maisons aux fenêtres lacérées et aux murs meurtris. Sur les portes étaient peintes des étoiles de David. Ces maisons étaient presque comme des lépreux. Au minimum, elles étaient des plaies infectées sur le terrain allemand blessé.

« Shiller Strasse, dit Rudy. La rue des étoiles jaunes. »

 

Page 125 : À ce moment, un grand frisson passa.

 

Il entra par la fenêtre avec le courant d’air. C’était peut-être le souffle du IIIe Reich qui se renforçait encore. Ou simplement à nouveau l’Europe qui respirait.

 

Page 161 : Petit à petit, la pièce rétrécit, jusqu’à ce que la voleuse de livres puisse atteindre les livres en quelques pas. Elle passa le dos de la main le long de la première étagère, écoutant le frottement de ses ongles contre la moelle épinière de chaque volume. On aurait cru le son d’un instrument de musique ou le rythme saccadé d’une fuite. Elle utilisa ensuite les deux mains et fit la course entre les rangées. Et elle rit à gorge déployée, d’un rire haut perché. Quand elle s’arrêta, un peu plus tard, elle recula et resta plusieurs minutes au milieu de la pièce, le regard allant des étagères à ses doigts et de ses doigts aux étagères.

Combien de livres avait-elle touchés ?

Combien en avait-elle palpés ?

 

Page 431 : Sans perdre de temps, Rudy vint retrouver Liesel et s’installa près d’elle. Ses cheveux pointaient vers le plafond. « C’est pas formidable ? »

Elle ne put éviter de prendre un ton sarcastique. « Charmant.

Allons, Liesel, ne sois pas comme ça. Qu’est-ce qui peut nous arriver, à part être rôtis, aplatis comme des crêpes ou je ne sais quoi par les bombes ? »

 

Page 439 : Elle continua sa lecture de la première page.

Quand elle entama la page deux, Rudy s’en aperçut à son tour. Il l’écouta avec attention et donna de petites tapes à son frère et à ses sœurs en leur demandant de faire de même. Puis Hans Hubermann se rapprocha et réclama le silence, et peu à peu le calme gagna le sous sol bondé. À la page trois, tout le monde se taisait, sauf la lectrice.

 

Page 450 : D’autres personnes firent leur apparition dans la rue, où l’on avait déjà fait passer un groupe de juifs et autres criminels, comme du bétail. Peut-être gardait-on le secret sur les camps de la mort, mais de temps à autre, la gloire d’un camp de travail comme Dachau était offerte aux regards.

 

Page 482 : À vrai dire, c’est plus tard, au moment où elle écrivait, que Liesel eut la vision de la machine à écrire. Elle se demanda combien de lettres similaires avaient été envoyées aux Hans Hubermann et aux Alex Steiner d’Allemagne, des hommes qui aidaient les êtres sans défense ou refusaient de laisser partir leurs enfants.

C’était le signe du désespoir qui gagnait l’armée allemande.

Le pays était en train de perdre la guerre sur le front russe.

Les villes étaient bombardées.

On avait besoin de plus en plus de gens et tous les moyens étaient bons pour les recruter. Et dans la plupart des cas, les moins bien considérés se retrouvaient aux postes les pires.

 

Page 611 : Y avait-il quelqu’un pour adoucir le moment où sa vie lui était dérobée ? Qui était à ses côtés au moment où l’on retirait le tapis de la vie de dessous ses pieds endormis ?

 

 

 

 

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Mon avis : Ceux qui ne sont rien – Pαтrίcια Melo

Publié le par Fanfan Do

Traduit du portugais (Brésil) par Elodie Dupau

 

Éditions Buchet Chastel

 

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Quatrième de couverture :

São Paulo, Brésil. Dans cette jungle urbaine au cœur d'un pays profondément inégalitaire, il y a les invisibles, ceux qui ne sont rien et qui sont au centre de tout.

Il y a Chilves, un jeune qui parcourt chaque jour 20 kilomètres à travers la ville pour ramasser des déchets à vendre. Il rêve d’une révolution. On rencontre également Douglas, le fossoyeur, qui a cessé de croire en Dieu après avoir enterré trop de morts pendant la crise du Covid. Il rencontrera Zélia, mère d’un garçon tué par la police, qui dort chaque nuit sur la tombe de son fils, cherchant un moyen de venger sa mort.


Dans ce roman choral, brûlant de révolte, Patrícia Melo mélange brillamment les genres pour nous forcer à regarder ces humanités invisibles. Elle livre un portrait poignant de ceux qui rêvent, envers et contre tout.

 

 

Mon avis :
São Paulo, fourmilière pleine de misère. Les courts chapitres nous emmènent au plus près des différents personnages, presque tous à la rue, en tous cas tous dans une très grande précarité. La vie tient à peu de chose dans cette espèce de Cour des Miracles pour Chilves avec sa petite carriole de recyclage et sa compagne Jéssica, adolescente en rupture de famille, Iraquitan nommé l'Écrivain, qui aligne des mots, Cligno en Panne le magouilleur, Glenda la femme trans, Salaire Minimum, Alcides, Dido l'enfant dealer, Seno Chacoy le Vénézuélien qui lui, a un toit et un travail mais plus pour longtemps, Douglas le fossoyeur qui a perdu la foi mais se préoccupe de Zélia qui dort sur la tombe de son fils. Tous ont en commun de vivre au jour le jour, de faire des petits boulots mal payés, juste de quoi se nourrir.

Ils rêvent tous de confort, parfois de richesse, mais surtout de douches, de bonnes odeurs et bonne nourriture dans une jolie maison, ce qu'ils ont à portée de vue mais qui leur est interdit. Mais eux, 
ceux qui ne sont rien, sont invisibles aux yeux des gens. Et quand ils ne le sont pas, ils doivent essuyer leur mépris et le rejet mais aussi les violentes attaques de la police. Miséreux c'est terrible, miséreux et noir c'est pire au Brésil. La misère semble voulue, confortée par ceux qui ont le pouvoir. Des descentes de police dans le quartier des déshérités, des SDF, des sans-famille. Des arrestations arbitraires, surtout des noirs via des preuves fabriquées alors que c'est un pays multi-métissé et que ça pourrait sembler être la norme. Et leurs vies misérables peuvent parfois devenir pires. Pourquoi ? On ne sait pas. Juste parce qu'ils ne sont pas nés du bon côté, pas au bon endroit. Mais surtout, la police qui est censée protéger les citoyens, tous les citoyens, est corrompue, pestilentielle, ignoble et meurtrière.
Et puis il y a ceux qui ne se résignent pas à cet 
enfer et qui tentent quelque chose. Un endroit foutu, où des gamins jouent les caïds pour ne pas montrer leurs manques. Tous ont en commun quelque chose de profond : "La famille de chacune des personnes sur la place était une plaie béante dans leur vie à tous."

On meurt beaucoup dans ce roman. Des morts affreuses, injustes. C'est tellement sombre. Mais souvent, le sort des vivants semble pire que la mort. Les ultra-riches, les policiers, les religieux, ont un énorme pouvoir de nuisance et ils semblent prendre un malin plaisir à en user et en abuser sur ceux qui n'ont rien, comme s'ils pouvaient encore leur prendre quelque chose, peut-être leur humanité. C'est totalement révoltant. le niveau de misère est tel qu'on a l'impression d'un pays en perdition, un état incapable de s'occuper de ses démunis, une porcherie fonctionnelle comme le pense Seno Chacoy.

J'ai beaucoup aimé les personnages, spécialement Glenda, cette espèce de grande bringue hyper flashy et pleine d'amour mais aussi Chilves et Jéssica qui unissent leurs solitudes, ainsi que Douglas le fossoyeur bon samaritain. Ces gens sans rien nous rappelle que sans rêves on n'a vraiment rien, et surtout pas d'espoir. Mais que sont la bonté et les rêves devant l'abjection de certains qui se croient plus humains que d'autres, plus légitimes d'exister, qui s'autorisent tout ? Roman chorale qui nous donne, à travers les nombreux personnages, un éventail d'humanité, de situations qui amènent des gens à tout perdre et finir dans la rue. C'est sombre et dérangeant, pourtant la lumière affleure souvent. Mais que de tristesse !!! Et tant de belles personnes aussi.
Gros coup de cœur et grosse claque !

 

Citations :

Page 27 : C’est dans Luc, chapitre 6, verset 20 : « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. » Alors je vous pose la question : pourquoi Dieu réserve-t-Il Son royaume aux pauvres ? Le pauvre serait-il meilleur que le riche ? Le pauvre serait-il plus humain que le riche ? Pourquoi n’est-il pas écrit, dans la Bible, que Dieu a réservé le royaume divin aux bons, à ceux qui ont la pureté et lé vérité au cœur ? Ou aux saints ? Aux humbles ? Ne serait-ce pas plus logique au final, puisque Dieu Se moque de notre compte en banque ? Pourtant, la Bible énonce clairement et d’innombrables fois la catégorie qu’a choisie Dieu pour occuper l’appartement-terrasse du paradis : celle des pauvres.

 

Page 50 : Il avait quitté San Cristobal à l’âge de quarante ans, au moment où le prix du poulet, fixé par des trafiquants de drogue qui dominaient alors le marché parallèle des denrées alimentaires, équivalait à un mois de salaire dans l’atelier de menuiserie dont il avait été licencié.

 

Page 75 : Travailler pour un flic, recevoir l’aide d’un flic. Même à l’époque où il était gosse il refusait d’être un flicard quand il jouait au policier et au voleur dans la décharge où il vivait avec sa mère. Personne ne voulait, dans son entourage. Ils préféraient tous être le bandit. Ou prendre des coups.

 

Page 133 : Et ZJ allait toujours plus loin. Il fit écouter à Chilves « Mae », d’Emicida, mille fois. « Écoute les paroles. Dieu est une femme noire ! Comme ta mère. » Il lui parla de la nation Cinq pour Cent. De la masse aveugle : « des gens aliénés qui savent que prendre le bus, appuyer sur Enter et obéir ». Il lui expliqua que les dix pour cent, les pervers, réduisait en esclavage la Masse des Aveugles. Des banquiers. Des patrons de ferme dans le Pantanal. Des entrepreneurs. Les riches en général. Et il lui parla des astres : les Humbles Professeurs de la Vérité, les cinq pour cent de la population mondiale disposés à révéler la vérité et à faire le bien collectif.

 

Page 251 : Il n’aurait pas su dire pourquoi au juste il pleurait. C’était une sensation étrange, qu’il n’aurait pas su traduire lui-même, mais qui était liée à la possibilité de vivre dans un monde sans Dieu.

 

Page 256 : En sentant le soleil du matin chauffer son dos, elle en vint à la conclusion que la première chose à faire quand elle s’échapperait d’ici serait d’aller voir Rita, la patronne de Glenda, qui était journaliste. La police, elle le savait, c’était une perte de temps. Et les reporters avaient cet avantage : ils ne frappaient pas les gens et ne vendaient pas des bouteilles de gaz dans les banlieues à coup de matraques. Ils ne rackettaient personne. Ils ne se baladaient pas en bande, armés. Pour exécuter des Noirs.

 

Page 300 : Tu sais pas ce que c’est que rester dans la rue, nuit et jour, en voyant des gens de ton acabit passer, des gens qui sont gênés de trouver une petite merde de chien sur le trottoir, qui ont toujours sur eux un sachet pour y mettre la petite crotte de leur chien-chien à sa mémère, mais que ça dérange pas de voir des gens, des êtres humains en chair et en os, vivre dans la rue.

 

Page 331 : — Mieux vaut emmener la mère et l’enfant à l’hôpital, intervint l’homme du véhicule de police qui venait d’arriver, avant l’ambulance.

Jessica fut installée sur la banquette arrière, à côté de Chilves, avec le bébé dans les bras.

Chilves entendit le chauffeur glisser au policier :

Ces gens, on dirait des rats, ils naissent n’importe où.

 

Page 349 : Bien que la place soit bouillonnante à cette heure-là, et pleine de spectacles grotesques, avec des gens qui martelaient des piquets, qui discouraient tout seuls, qui dansaient sans aucune musique, qui tendaient des bâches ou des morceaux de carton pour monter des tentes, qui vomissaient, dormaient, faisaient frire des cochonneries, forniquaient ou déféquaient, personne ne semblait rien voir. Et malgré tout ça, quelques garçons s’adonnaient à la capoeira au son d’un rap, dans l’espoir de récolter quelques pièces. Près de la fontaine, un enfant vêtu en ange par son père pasteur lisait des extraits de la Bible perché sur un vieux bidon de peinture Suvinil.

 

Page 446 : Ce jour-là seulement, Chilves se rendit compte à quel point il était compliqué de parler avec les quatre-vingt-cinq pour cent de l’humanité. Les esclaves, dominés par les dix pour cent qui sont les maîtres du monde. Des personnes qui ont perdu leur capacité à rêver. Impressionnant comme les exploiteurs mondiaux ont réussi à réduire leur horizon.

 

 

 

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Mon avis : Silent Jenny – Mathieu Bablet

Publié le par Fanfan Do

Éditions Rue de Sèvres/ Label 619

 

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Quatrième de couverture :

Dans un monde stérile, recouvert d’immenses nuages que les rayons du soleil peinent à traverser, Jenny est biologiste pour le compte de la société Pyrrhocorp.
Elle a pour mission de retrouver, au milieu d’une planète Terre désolée, les traces génétiques d’une espèce d’insectes disparue depuis longtemps : l’abeille. Depuis que cette dernière a été éradiquée voilà plusieurs siècles, la fin de la pollinisation des terres agricoles a mis en danger l’autonomie alimentaire des humains, qui ont vu leur nombre drastiquement diminuer au cours du temps.
Silent Jenny vient clôturer ma trilogie SF commencée avec Shangri-La, puis Carbone & Silicium. Le but est ici de dépasser les questionnements de ces deux BD pour aller au-delà des préoccupations actuelles, afin d’explorer un monde qui a transitionné, et des sociétés qui ont dû se réinventer.
A la croisée entre Mad Max, Nausicaa, Death Stranding, de grands thèmes comme la solitude, le collectif, le sens du bonheur seront abordés dans cette histoire.

 

 

Mon avis :
J'ai offert deux fois ce livre, à mon fils puis à ma fille. Et alors j'ai eu envie de le lire aussi car j'adore les dystopies et le graphisme m'a fait rêver. Il m'a semblé, dès la couverture, y retrouver un petit quelque chose du film d'animation le château ambulant de Miyazaki.

Dans un futur indéterminé et désespérant, les humains vivent dans des monades, sortes de villages ambulants. Tout ce qu'on nous prédit depuis un certain temps sur le dérèglement climatique est arrivé. Des températures effroyables, dehors le monde semble cuit et les abeilles ont totalement disparu. Mais Jenny, elle, ne désespère pas de trouver de l'ADN d'abeille pour que le monde tel qu'il existait puisse renaître. Elle agit sur ordres de missions de Pyrrhocorp, grosse "machine"?... entreprise ?... consortium ?... appareil d'État qui domine le monde ?... qui a réussi à "tordre les lois de la physique". Malgré les masques et combinaisons, la pollution semble faire inéluctablement son œuvre sur les corps. Mais les mange-cailloux tentent de mettre des bâtons dans les roues de Jenny et aux occupants de sa monade, de toutes les monades, car ils ont des ordres.

Alors, les graphismes, les couleurs, tout est magnifique, maîtrisé, l'ambiance dystopique prend à la gorge. Il y a souvent très peu de texte, le dessin se suffit à lui-même bien que parfois on ne comprenne que plus tard. Mais moi, j'adore ! Par exemple quand certains disent en parlant des animaux qu'il ne leur manque que la parole, je ne suis pas d'accord. C'est parce qu'ils ne parlent pas, pas comme nous en tout cas, qu'ils n'en sont que plus passionnants. Ben voilà, j'aime assez le minimalisme en matière de Bla Bla. Mais revenons à notre BD, elle nous raconte ce qui nous pend au nez, que nous ne verrons pas mais nos descendants peut-être, et elle est tout simplement sublime bien qu'elle nous raconte un futur apocalyptique.

Et puis le livre lui-même ressemble à une œuvre d'art, est une œuvre d'art. Dense, lourd, absolument magnifique.

 

Citations :

- J'aimerais ressentir encore quelque chose. J'aimerais me dire que c'est encore possible, qu'on ne va pas nulle part et que le futur peut être désirable.

 

- Ce sont des enfants de l'apocalypse, ils sont nés sans insouciance.

 

- Le monde redeviendra comme avant, petit.
Les abeilles puis la pollinisation, la fin de la famine. Les gens penseront moins à survivre et Pyrrhocorp pourra rebâtir un système de santé qui tient la route. Des médicaments, des vaccins, des médecins... c'était ça, le monde d'avant, tu sais.
Il ne faut jamais cesser d'y croire.

Je n'ai jamais connu le premier monde. Je ne sais pas ce qu'il faut que j'espère, ni ce qu'on a perdu.
On nous a juste appris à subir toute notre vie.

 

 

 

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Mon avis : Maikan – Michel Jean

Publié le par Fanfan Do

Éditions Dépaysage

 

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Quatrième de couverture :

Nitassinan, août 1936. Sur ordre du gouvernement canadien, tous les jeunes Innus sont arrachés à leurs familles et conduits à plus d'un millier de kilomètres, dans le pensionnat de Fort George, tenu par des religieux catholiques. Chaque jour apporte son lot de coups et d’humiliations : tout est bon pour "tuer l'Indien dans l'enfant". Maikan. Des loups. Voilà ce que sont, des années durant, les religieux aux yeux des enfants.

 

Montréal, 2013. L'avocate Audrey Duval recherche des survivants. Dans une réserve isolée de la Basse-Côte-Nord, elle retrouve Marie Nepton, une vieille Innue qui va lui raconter tout ce qui s'est passé à Fort George : la violence aveugle s’abattant sur les corps et les esprits mais aussi la force de l'amour et la grâce de l'amitié qui, seules, ont pu contrer la barbarie.

Un roman d'une grande sensibilité qui dévoile un pan méconnu de l'histoire des Amérindiens du Québec, par l'auteur de Kukum.

Avec Maikan, Michel Jean, l'auteur primé de Kukum, dévoile un pan méconnu et révoltant de l'histoire des Amérindiens du Québec.

 

 

Mon avis :
Dans les années 1930 le gouvernement canadien a enlevé à leurs familles les enfants autochtones sous couvert d'éducation et d'instruction. En réalité le but était l'aculturation pour les enfants des Premières Nations, ici Mashteuiatsh mais c'est arrivé partout au Canada. Partout dans le monde. Faire disparaître l'Innu en chacun d'eux pour qu'il oublie la culture de son peuple était le principal objectif. Ils furent envoyés dans des pensionnats, tenus par des prêtres pervers et sadiques mais aussi des religieuses, certaines assez dénaturées également.

L'histoire se passe sur deux époques. En 1936 à Mashteuiatsh sur les rives du lac 
Saint-Jean, quand des camions vinrent chercher les enfants pour les enfermer au pensionnat catholique de Fort George à l'autre bout du pays. Et de nos jours à Montréal ou Audrey, une jeune avocate, épaulée par Jimmy, un vieux Nakota, tente d'aider des autochtones à obtenir réparation de ce que l'état leur a fait.

Quand Audrey retrouve Marie, une de ces filles d'autrefois, devenue vieille, recluse et alcoolique, qui attend la mort, elle veut l'aider, et savoir. Savoir ce qu'il s'est passé là-bas et ce que sont devenus deux autres enfants qui étaient avec elle, Virginie et Charles dont on a perdu la trace. Mais comment faire sortir cette vieille femme mutique et hargneuse de l'alcoolémie dans laquelle elle se noie avec acharnement ? Audrey, qui ne s'avoue jamais vaincue, réussira à faire parler Marie et apprendra avec effroi ce qu'il se passait derrière ces murs.

La nostalgie de tout ce qui a été volé est contagieuse. Je n'ai pu m'empêcher d'être bouleversée à l'idée de ces forêts exploitées et dévastées par les Blancs et ces rivières détournées. C'est le paradis perdu. Les montagnes, les forêts, les lacs, c'était leur maison. Les Blancs sont arrivés et ont tout saccagé, déchiqueté les familles, brisé l'avenir des enfants, effacé leur culture et leur mode de vie. Tout. On leur a tout pris.
C'est bouleversant et révoltant car ça raconte une horrible réalité que des enfants ont subie sans personne pour les protéger.

Dans les romans de 
Michel Jean, la vie reprend du sens. le mode de vie des membres des premières nations, c'était l'humilité face au Grand Tout. Ils vivaient au gré des saisons et dans le respect de la nature. Hélas, comment détruire un peuple à part en s'en prenant à ses enfants ? Trop de ceux-ci ont été à la merci d'adultes dépravés et cruels qui se sont tout permis sur eux. Une question qu'on peut se poser, pourquoi y a-t-il tant de pervers parmi les religieux, hommes ou femmes ? Pourtant tous n'étaient pas vils. Certains se contentaient d'être lâches et regardaient ailleurs. Ces enfants étaient seuls, terrifiés, incapables de comprendre ce qu'on leur voulait.
Aux Autochtones qui vivaient en harmonie avec les éléments, on leur a reproché d'être des sauvages. Hélas pour eux, ils ont vu le vrai visage de la civilisation : exactions, spoliation, abus en tous genres, extrême violence, meurtres, effacement. Alors, ils sont de quel côté les sauvages !? À chacun de ses romans, 
Michel Jean nous raconte son peuple. C'est toujours, tour à tour, beau et douloureux.

 

Citations :

Page 55 : À gauche, la forêt à perte de vue. À droite, le golfe du Saint-Laurent où, au-delà de l’horizon, se profile Terre-Neuve, l’île aux rivages accidentés et aux falaises escarpées battues par le vent et l’Atlantique nord. La côte québécoise offre en comparaison une longue succession de plages sablonneuses, de criques et de rochers que l’océan a patiemment aplanis. Mais cette apparente douceur est un leurre. La Basse-Côte-Nord est un pays rugueux, couvert de rachitiques épinettes noires, de tourbières capables d’engloutir un caribou et de pierres coiffées de lichen.

 

Page 86 : Samuel était encore solide malgré son âge. Il possédait son canot, sa tente et Charles l’adorait, car le vieil homme lui enseignait la science de la forêt avec la patience qui caractérise ceux qui sentent que leur temps est compté et qui en apprécient chaque moment. Comme son propre grand-père l’avait fait pour lui dans sa jeunesse, il s’efforçait de transmettre le savoir de sa lignée, respectant ainsi la tradition millénaire des peuples voyageurs.

 

Page 104 : Encore ce mot… Marie déteste se faire traiter de sauvage. Son père et sa mère sont des gens simples qui se sont toujours assurés qu’elle ne manque de rien. Sa mère, quoique discrète, est pleine d’une tendresse qui a le don de calmer la nature inquiète de Marie. Ce sont les religieux, des personnes froides, sévères qui n’hésitent pas à frapper les élèves, qui se comportent en sauvages.

 

Page 123 : À Fort George, leurs enseignants dénigrent leurs parents, les traitent d’ignorants, de sauvages. Les prêtres et les sœurs leur répètent souvent qu’ils ont de la chance que le gouvernement du Canada les ait pris en charge pour les sortir des ténèbres de l’ignorance et leur offrir les lumières de l’enseignement.

 

Page 137 : Deux femmes, issues de deux mondes opposés et réunies dans ce salon sordide par un passé que l’une souhaite oublier et que l’autre voudrait comprendre, s’observent en silence.

 

Page 187 : Nous étions tous terrorisés par ces hommes et ces femmes. C’étaient des représentants de Dieu et cela leur donnait, à nos yeux, une aura d’invulnérabilité. On ne pouvait rien contre eux. C’était dans l’ordre des choses, comme on dirait aujourd’hui.

 

Page 229 : Dans le Nord, le printemps arrive sans prévenir. L’hiver s’accroche tant qu’il peut. Puis, son heure venue, il s’éclipse sans avertissement. Le vent s’adoucit, la banquise recule, elle se contracte, puis se fissure et redevint océan.

 

 

 

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Mon avis : Uluru – Gabriel Kerguelen

Publié le par Fanfan Do

Auto Édition

 

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Quatrième de couverture :

Une molécule interdite.
Une découverte qui peut mener l'humanité vers les étoiles... ou le chaos.

Dans les étendues brûlantes de l'Australie, une araignée bannie depuis des millénaires produit une soie aux propriétés extraordinaires. Sa molécule ne se contente pas de guérir et de rajeunir les corps : chez certains individus, elle provoque un dédoublement quantique de la conscience. Le corps reste figé, préservé, tandis que l'esprit voyage sans contraintes — des déserts de Vénus aux confins du cosmos.
Lorsque Joaquim Moreau, généticien français, découvre cette propriété révolutionnaire, la traque commence. Des laboratoires clandestins d'Asie aux multinationales, une guerre invisible éclate pour le contrôle de cette substance et la promesse de profits par milliards. Pauvres ou riches, jeunes ou vieux, gouvernements, agences spatiales : tous veulent leur part.
Joaquim Moreau, lui, voyage de plus en plus loin, la Lune, Mars… et prend de plus en plus de risques. Mais une seule personne connaît la véritable implication de cette découverte.

David Clayton, gardien d'un savoir ancestral aborigène, orchestre en coulisse un plan bien plus vaste. Grâce à l'addiction générée par cette molécule, il cherche à détruire les fondations mêmes de la société : travail, argent, espoirs, projets, famille : plus rien n'aura de sens, plus rien n'aura d'intérêt. Tout s'arrêtera. La planète revivra. Mais à quel prix ?

Premier tome d'un thriller SF où exploration spatiale et condition humaine interrogent l'ambition de l'humanité, Uluru pose une question vertigineuse : quel prix l'humanité est-elle prête à payer pour son expansion ? Et quel prix d'autres sont-ils prêts à payer pour la stopper ?

 

 

Mon avis :
Joaquim, employé dans l'industrie pharmaceutique, est dans l'avion qui l'emmène en Australie voir son vieux copain Greg alors qu'il fait le point sur sa vie. L'Australie, ce continent à la faune la plus dangereuse du monde… Forêts d'eucalyptus, saison des mouches, 40°, le dépaysement est instantané et total. L'écriture vous plonge immédiatement dans l'histoire, au plus près des personnages, au cœur de ce continent totalement à part du reste du monde, c'est tout ce que j'aime.

La sagesse des Aborigènes contre la folie de l'occident. Laisser les Blancs se détruire afin de retrouver une certaine sérénité. Car ces Blancs ont découvert quelque chose d'incroyable via Adam, un Aborigène. Des araignées aux propriétés inimaginables, miraculeuses, mais pas que. Et bien sûr, dans l'esprit de certains a aussitôt tinté la petite cloche du profit, l'appel de la cupidité. Car des soies d'araignées qui ont, en infusion, des propriétés extraordinaires, différentes selon les individus, mais avec un potentiel d'addiction effarant. C'est la manne absolue pour ceux qui seront les découvreurs.

Immense et sauvage Australie, des occidentaux installés là-bas, des Aborigènes sur les terres ancestrales, une faune endémique et des paysages uniques au monde, j'ai tout aimé dans ce roman qui m'a tenue en haleine dès la première page. Les personnages, leur personnalité et leur histoire. Aborigènes détenteurs de savoirs ancestraux, milliardaire toxico, expatriés riches et cupides, ou fauchés et... cupides aussi. Et le sage Joaquim chargé d'analyser en douce la soie sur son lieu de travail à son retour en France, scientifique et époux de la douce et rationnelle Jeannette, médecin, ami de longue date du tourmenté Greg, qui à presque cinquante ans est toujours en panne de projets de vie sérieux et d'argent, et sans doute un peu aigri.

L'histoire s'installe, pas à pas, assez folle et captivante, avec un suspense qui tient en haleine sans jamais faiblir. L'occident et sa soif de pouvoir induite par le capitalisme sans morale ni scrupules, contre la sagesse aborigène qui respecte la nature et souhaite juste vivre en harmonie avec elle. Malheureusement c'est souvent la loi du plus fort, et le plus fort c'est presque toujours l'argent, qui achète les consciences et pousse au pire. Jusqu'à ce qu'un événement tragique se produise, pour lequel on peut penser que ce n'est que le début… Aborigènes, Français, Allemands, Chinois, Hongkongais, Nord-coréens peuplent ce roman, certains très dangereux. Sans oublier que tout le monde semble mentir tout le temps.
Alors, qu'advient-il lorsqu'une substance très convoitée, qui semble avoir des propriétés extraordinaires est aussi source d'une dépendance rapide et de crises de manque terrifiantes ?

J'avais cru me plonger dans un roman de SF, c'est également un techno-thriller ébouriffant, mené de main de maître par 
Gabriel Kerguelen qui a réellement des talents de conteur et un sens du rythme qui vous embarque tel un raz de marée. Il m'a provoqué une folle envie d'aller en Australie malgré la noirceur ambiante et ces routes infinies sous un soleil de plomb, car il y a une sorte de magie enveloppante dès que le récit revient sur ce territoire fascinant.
J'ai adoré et il va falloir que je me plonge dans les deux autres tomes de la trilogie car, telle la soie des Blue Bellies, ce roman est de plus en plus addictif à mesure qu'on avance dans l'intrigue.

 

Citations :

Page 12 : — Les bestioles, marmonna Greg. Je ne veux pas attirer les bestioles.

 

Ce ne sont pas quelques mouches qui vont nous déranger, non ? Demanda Joaquim

 

Il n’y a pas que les mouches et les insectes. Il y a plein de bestioles autour de nous, des petits lézards, des marsupiaux, des serpents, peut-être même des renards. Ça grouille comme tu peux pas imaginer.

 

Ça a l’air pourtant bien calme.

 

C’est trompeur, crois-moi. Eux nous observent. On est dans leur élément ici. Ils sont là, mais on ne les voit pas. Comme si on était séparés par une glace sans tain.

 

Page 43 : Bien sûr, il savait que personne ne pouvait croire ne serait-ce qu’un instant qu’un type comme lui puisse se prévaloir de la compagnie d’une telle beauté. En cela, Joaquim avait tort. Ses opinions étaient construites sur un référentiel bâti sur l’expérience acquise au cours de sa vie. Or d’autres vies lui auraient appris d’autres choses, d’autres pouvoirs, le talent, l’argent, les raisons qui auraient permis à Rebecca d’être à ses pieds ne manquaient pas.

 

Page 136 : David avait compris que les méthodes avaient évolué, mais que le principe restait le même : garder les populations dans un état de semi-conscience, incapables de percevoir clairement leur réalité, prisonnières de cycles de gratification immédiate et de manque. Les médias, la publicité, les discours politiques formatés — tout concourait à maintenir cet état d’hébétude collective, cette illusion de choix qui masquait une réalité plus sombre.

 

Page 207 : — Tu es médecin, continua joaquim doucement. Tu connais le principe scientifique : quand une observation contredit une théorie, ce n’est pas l’observation qu’il faut rejeter, mais la théorie qu’il faut reconsidérer.

 

Page 260 : — Pour tous, répondit David simplement. La médecine n’a pas de frontières, Greg. La guérison est un don universel.

 

Page 320 : Dans le métro, face à lui, une vieille dame semblait aussi perdue que lui dans ses pensées. Elle semblait observer sa main droite, posée sur son sac à main. Elle portait une alliance en or avec un petit diamant. Le diamant était indestructible, comme s’il narguait ses doigts ridés, les taches de vieillesse sur ses mains. Quelque chose en elle s’en allait. Le temps luttait contre elle et comme toujours, il gagnerait.

 

Page 372 : Il repensa à Moreau, ce petit biochimiste français qui croyait naïvement pouvoir jouer dans la même cour que lui. Certes, les Français avait l’avantage technologique et probablement une meilleure compréhension de la molécule. Mais KJ avait l’avantage du nombre, de l’argent illimité, et surtout l’absence totale de scrupules éthiques.

 

Page 465 : Il regarda l’océan, ces vagues éternelles qui battaient le rivage depuis des millénaires, indifférentes à l’agitation humaine.

 

 

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Mon avis : Mes vies volées à Lavilliers – Yann Madé

Publié le par Fanfan Do

Éditions Jarjille

 

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Quatrième de couverture :

Qu'est-ce que je pourrais avoir en commun avec Lavilliers ?
Certainement pas les voyages, même s'il n'est pas d'un pays et qu'il est d'une ville…
Son monde est tellement vaste et inclassable.
Toujours être où on ne nous attend pas :
Saint-Etienne, Marseille ou Saint-Malo ?
En commun la sidérurgie, l'amour de l'anarchie, la classe ouvrière ?
La rage, l'envie d'être fort, le désir d'être tendre, une tension,
un peu de dépression, de la danse, beaucoup de danses…
Et une passion pour les rencontres avec l'autre.
Je suis l'autre…
Mais, finalement, chacun garde sa vie à soi
et n'appartient jamais à personne.
Pourtant, je veux bien l'avouer ici,
j'ai volé quelques vies à Lavilliers

 

 

 

 

Mon avis :
Saint-Étienne ville lumière !!! Pourquoi ? Parce qu'elle a vu naître 
Bernard Lavilliers, baroudeur, et chanteur à la voix chaude, aux sons multiculturels, que j'aime depuis plus de quarante ans. On connaît aussi cette ville pour Les Verts, car ma génération a énormément entendu cette chanson  Qui c'est les plus fort  évidemment c'est les Verts . Qu'on aime le foot ou pas, on n'y a pas échappé ! C'était dans les années 70. Et qui n'a pas entendu parler du stade Geoffroy Guichard ? Et de Manufrance ? OK, les jeunes sûrement pas... Et je découvre avec cette BD qu'à Saint-Étienne il y a les Éditions Jarjille. C'est pas mal pour une ville ou je n'aurais sûrement jamais mis les pieds si ma fille n'y avait pas emménagé !

Alors, 
Yann Madé, immigré breton descendu de Lorraine et auteur marseillais dont la maison d'éditions est stéphanoise cherche de quoi il pourrait bien parler. Une évidence s'impose en discutant avec son pote : Bernard Lavilliers ! Mais comment raconter toutes ses vies en évitant l’hagiographie ? Et là, on comprend le titre. Pour moi aussi Lavilliers représente des tas de tranches de vies ! Il m'a fait pleurer, vibrer mais il m'a aussi exaltée ! Et c'est parti pour les années 70/80 et plus si affinités !!!!!

Yann Madé nous raconte en quoi les chansons de Lavilliers ont ponctué sa vie (et les nôtres), nous ouvre les yeux sur le sens des mots mais nous dit aussi les voix dissonantes, les critiques faciles, car les gens ont besoin de détester. "Bien sûr qu'il a créé sa mythologie, Lavilliers... Et si elle nous agace, c'est qu'elle est complexe et réussie !"

Et moi, là, ben... j'ai plein de chansons dans la tête ! Sa voix chaude, ses paroles qui donnent des frissons, si pleines de générosité, d'humanité... et me rappelle que moi à 20 ans, je vomissais la société, qu'elle me révoltait, et puis, le temps passe et on se sens si petit. Puis on se rend compte que ça pouvait devenir pire sur certains points et que c'est ce qui est en train d'arriver.

Alors, les jeunes nés dans les années 60 HI HI, cette BD pourrait bien vous faire faire un chouette voyage dans le temps et dans les idéaux de notre jeunesse passée. Pour les autres, ceux qui ne connaissent pas ou pas encore, ça doit pouvoir ouvrir les chakras.
J'ai adoré le style de Madé, sa façon de raconter et de dessiner ! C'est beau comme du Lavilliers !!!

 

Citations :

Page 8 : Dans les années 80, on était obsédés par ça, la dignité… Être accepté tel qu’on était… D’où qu’on vienne… Où qu’on aille… Ça peut paraître étrange pour la France d’aujourd’hui… Mais je me sentais étranger dans mon propre pays… Cette France raciste et homophobe… Et je voulais être de tous les combats ! C’est grâce à ces engagements que j’ai rencontré mes premiers potes de Saint-Etienne.

 

Page 28 : Je suis entré à Manufrance pour fabriquer des vélos. Tu sais pourquoi ils en font ? On utilise les mêmes tubes que pour les fusils…

 

Page 38 : Les chansons de Bernard Lavilliers disent que malgré la beauté du monde, l’homme va mal… Mais que même quand il va mal, il est beau comme le monde.

 

 

 

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Mon avis : Un rêve immense – Catherine Bardon

Publié le par Fanfan Do

Éditions Flammarion

 

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Quatrième de couverture :

Berlin, 1927, Nora rencontre Ludwig. Nourri de théories libertaires, passionné de philosophie, végétarien, cet homme singulier aspire à changer de vie. Nora tombe sous son charme et se convertit vite à son désir de nouveauté. Et s’ils quittaient cette Allemagne exsangue pour se réinventer ailleurs ?
Ensemble, ils découvrent l’existence de Charles, une île déserte de l’archipel des Galápagos. L’endroit leur semble parfait, Nora aime les animaux et la nature, Ludwig pourra y écrire ses traités de philosophie loin du bruit du monde. Quelques mois plus tard, en débarquant sur Charles, ils croient toucher du doigt leur rêve immense : une autre vie peut commencer. Mais rien ne se passe jamais comme on l’a rêvé. Et Nora et Ludwig ne vont pas rester seuls longtemps.
Inspiré de faits réels qui ont autrefois défrayé la chronique, "Un rêve immense" raconte l’histoire de deux idéalistes aux aspirations résonnant fortement avec notre époque. Dans ce roman foisonnant où les lieux deviennent terres de magie, la lumière vient d’une femme, en quête de son destin.


Catherine Bardon est l’autrice de plusieurs romans, dont la fresque des "Déracinés", suivie de "L’Américaine" et d’"Almah", publiés aux Escales.

 

 

 

 

Mon avis :
Berlin 1929. Nora s'ennuie dans sa petite vie bien réglée, auprès d'un mari conformiste et ennuyeux, qu'elle a épousé contre l'avis de sa mère, comme un acte de rébellion, simplement parce qu'il avait un idéal socialiste. Elle fait la connaissance de Ludwig, le dentiste, utopiste et libertaire, végétarien, qui rêve de s'affranchir de la civilisation qu'il exècre, quitter la société de consommation, le capitalisme, la médiocrité bourgeoise, l'asservissement de l'individu. Il lui raconte Monte Verità, la colonie coopérative végétarienne où il a vécu la liberté et l'harmonie avec la nature, avant que la première guerre n'éclate et l'oblige à partir au front exercer la médecine. On est là, au début du roman, dans ce moment de bascule où on pense qu'on vient de rencontrer LA personne qui nous était destinée.

Rapidement ils décident de tout quitter, ensemble, pour une île des Galapagos, à cette époque pas si lointaine où le monde était encore assez grand. Et moi j'ai pensé, mais quelle folie Nora de partir comme ça loin de tout quand on a une santé fragile ! Pourtant ils partent un jour, pour toujours. Pour toujours ? Vraiment ? Qui peut savoir ce que l'avenir réserve ? Surtout quand un grain de sable vient enrayer cette solitude choisie.

Il y a un côté jusqu'au-boutiste assez effrayant chez Ludwig. Quant à Nora, elle est totalement subjuguée par cet homme qui se rêve en Robinson, avec elle comme Vendredi, même s'il s'en défend, c'est l'impression qu'il donne, bien qu'ils m'aient fait l'effet d'un gourou et de sa disciple, le dominant et la dominée, ou peut-être tout simplement l'homme et la femme. Cela semble tellement difficile de se défaire de ses oripeaux de petit bourgeois phallocrate. Nora adopte tant de renoncements car "Pour se conformer à l'idéal de Ludwig, il fallait se détacher de toute forme de culture bourgeoise et se préparer à affronter le néant d'une île déserte."

Ce livre nous raconte des rêves d'enfants dans des têtes d'adultes, avec des moyens d'adultes. Cette histoire est d'autant plus étonnante qu'elle est tirée d'une histoire vraie. J'ai plongé immédiatement dans ce récit qui m'a fascinée. En effet, je me suis demandé "comment peut-on être aussi fou ?" Car la première question qui m'a effleurée c'est : que se passera-t-il s'il arrive quelque chose à l'un des deux ?

J'ai été intriguée et impressionnée par leurs personnalités. Lui, glacial, illuminé, pragmatique, sûr de ses choix il semble ne jamais douter. Elle, exaltée et terrifiée à la fois, rêveuse et romantique, elle ne recule pas devant l'énormité de leur décision car elle ne veut surtout pas le décevoir.
Il y a des aspects effrayants, car ce qu'ils ont fait, c'est quitter le monde. Cependant il y a des moments grandioses, pour peu qu'on ait gardé sa capacité à s'émerveiller devant la vie, liés à la faune et la flore de cette île perdue au milieu du Pacifique.

Tandis que Nora se nourrit de la beauté du monde qui l'entoure et se découvre elle-même sous un jour qu'elle n'imaginait pas, Ludwig se repaît de sa suffisance. Taiseux et avare de compliments, il a cependant parfois des gestes généreux.

Ce roman est pour moi un ÉNORME coup de cœur. Je crois être passée par tous les états, la stupéfaction de voir cet idéalisme forcené qui les pousse à fuir loin de leurs semblables au milieu de nulle part, la joie, l'admiration face à leur courage, souvent l'agacement devant le paternalisme de Ludwig, mais aussi avant tout, par une angoisse prégnante, avant même leur départ, alors qu'ils étaient encore à Berlin. Car Ludwig fait pour lui-même un choix définitif, qu'il conseille à Nora de faire aussi mais elle refuse de s'infliger une telle chose. C'est le moment qui m'a réellement épouvantée. Cette histoire touchera des cordes sensibles... différentes pour chacun.

Ce récit de deux naufragés volontaires est tout simplement époustouflant. Mais peut-on vraiment revenir à l'état sauvage ?

Merci beaucoup à Babelio et Flammarion pour l'envoi de ce roman !

 

Citations :

Page 10 : Ne pas manger de viande, certes. Elle-même avait essayé un temps de se nourrir uniquement de fruits, mais elle avait vite abandonné, trop restrictif, trop compliqué. Le végétarisme était à la mode. De là à se faire arracher toutes les dents…

 

Page 13 : La vie à ses côtés était monotone, sans joie. Sans surprise. Il l’avait transformée en une bonne épouse allemande, prototype du modèle bourgeois qu’elle abhorrait. Sa maladie lui avait fourni une excuse pour s’exempter des taches avilissantes, laver son linge, raccommoder ses chaussettes, cuisiner, tenir sa maison.

 

Page 32 : — La paternité est une des joies ordinaires auxquelles j’ai renoncé depuis longtemps. C’est une erreur de procréer par nécessité sociale, d’utiliser l’enfant comme un paravent à sa solitude en reproduisant une simple copie de soi-même. Les enfants ne sont qu’une extension de notre personne dans le monde matériel, un retard à la rédemption personnelle et à l’accomplissement de notre devoir essentiel, nous perfectionner. La famille est l’antithèse de la liberté.

 

Page 40 : Kerguelen. Pâques. Viti Levu. Tristan. Sumba. Anjouan. Rodrigues. Fidji, Comores, Mascareignes… Quelque part dans l’océan immense existait un endroit…

 

Page 46 : Chacun sa liste.

À Nora, les produits domestiques.
À Ludwig, la littérature et les outils de l’esprit.

 

Page 90 : Nora fronça le nez. L’endroit sentait les projets partis en fumée, les espoirs déçus, la désolation. La cendre et le moisi. Si c’était ça leur paradis promis, il suintait l’échec.

 

Page 173 : Dès les premières mesures, Nora bascula dans un torrent d’émotions. En quelques secondes, elle n’aspirait à rien d’autre que s’abandonner à la musique. Sa solitude, la monotonie des jours s’évanouirent sous la pluie des notes, le monde lui apparut de nouveau plein de fraîcheur, de volupté, de possibles. Comme la musique lui avait manqué. Elle qui depuis des mois ne vivait qu’environnée de cris d’oiseaux, mugissements, caquetages, braiments, fut transportée avec ravissement dans un salon berlinois par la magie de l’instant. De son côté, Ludwig jugulait son impatience par politesse envers son hôte, qu’il aurait préféré entretenir de ses théories.

 

Page 211 : Ce qui importe, c’est que Hitler a atteint son objectif. Hindenburg, ce vieillard fatigué de plus de quatre-vingts ans, a capitulé. Il a été contraint de la nommer chancelier, et maintenant cet heimatlos a les mains libres, même si son gouvernement est minoritaire ! Il se fait appeler le Führer ! La liberté de la presse vient d’être abolie. Il autorise les arrestations arbitraires. La répression contre les socialistes et les communistes bat son plein, l’opposition est anéantie.

 

 

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Mon avis : Wake – Trilogie de l’éveil I – Robert J. Sawyer

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais (Canada) par Patrick Dusoulier

 

Éditions Gallmeister - Totem

 

Mon avis sur Insta c'est ici

 

Quatrième de couverture :

La jeune Caitlin Decter est un génie des mathématiques. Aveugle de naissance, elle bénéficie d’un programme révolutionnaire qui doit lui permettre de découvrir ce monde, mais aussi et surtout le visage de sa mère. Lorsqu’on lui greffe un implant oculaire et que la lumière se fait enfin, ce sont les paysages du web qui explosent dans sa conscience, en une débauche de formes et de couleurs. Avide de découverte, Caitlin se met à explorer cet étrange univers. Et c’est là qu’elle découvre une chose inimaginable. Une chose qui, à mesure que le temps passe, devient de plus en plus intelligente.

 

 

Mon avis :
Caitlin, bientôt seize ans, américaine et petit génie des maths, aveugle de naissance, vit depuis peu au Canada. Elle voue une passion à 
Helen Keller née en 1880 en Alabama, devenue sourde et aveugle à la suite d'une congestion cérébrale à l'âge d'un an et demi, sortie de son enferment sensoriel grâce à sa professeure Anne Sullivan qui lui apprit à communiquer. Un jour elle reçoit un mail du Dr Kuroda qui lui dit qu'elle pourrait peut-être enfin voir grâce à un implant. Pour cela, elle se rend à Tokyo.
Pendant le même temps, une épidémie de grippe aviaire se déclare en Chine et se répand très vite car elle atteint aussi les humains qui se contaminent sans se toucher.
Sinanthrope, informaticien et blogueur chinois essaie de comprendre pourquoi l'internet en Chine est subitement coupé du reste du monde.
L'Institut Marcuse en Californie du Sud et ses grands singes qui communiquent par la langue des signes doit faire face à une fuite dans la presse.
Et puis une présence. Qui ? Ou quoi ? Un concept ? Un être virtuel ? Comme une pensée qui s'exprime.

On réalise, à travers ce roman, tout ce à quoi les aveugles de naissance n'ont pas accès en terme de concrétisation des choses. Ils imaginent, le monde, les gens, les couleurs, la lumière du jour, mais ça reste un concept abstrait, loin de la réalité.
Alors que Caitlin espère enfin voir la lumière du jour pour la première fois de sa vie, ce n'est pas du tout ça qui apparaît à ses yeux. Et à partir de là, moi qui suis tout sauf une geek, j'ai compris beaucoup de choses sur le Web et l'informatique. Même les maths auxquelles je ne comprends rien m'ont parues ludiques. J'ai trouvé ça passionnant, tout comme ce qui arrive à Caitlin, ce qui se passe en Chine, ou avec les singes et dans le Web, en attendant de comprendre le lien entre ces différents éléments. Il y a bien eu des moments où j'ai été complètement larguée, car je crois qu'on était en plein système binaire, qui m'a ramenée loin dans mon passé scolaire, où j'étais un peu fâchée avec les maths. Mais ça ne m'a pas gênée pour l'ensemble de l'histoire bien que je n'y ai quasiment rien compris.

Assez rapidement, quelques éléments extérieurs apparaissent et laissent le lecteur échafauder des possibilités mais il faudra, semble-t-il, aller au bout de la trilogie pour tout savoir et tout comprendre car tellement de choses restent en suspens. Et je vais y aller avec énormément de plaisir car j'ai déjà le tome 2 et le tome 3.
Il y a quelques années j'ai lu 
Flash Forward du même auteur, et je l'avais dévoré. Je partais donc avec un à priori positif. Robert J. Sawyer sait embarquer le lecteur dès les premières pages, avec du rythme, des personnages passionnants et des situations qui le sont tout autant.

Il faut savoir que cette trilogie a été commencée en 2010, bien avant le Covid 19. Pourtant l'auteur avait imaginé une pandémie qui y ressemble étrangement. En tout cas j'ai tout aimé dans cette lecture, les personnages, l'histoire, le suspense, TOUT !

 

Citations :

Page 185 : Les chimpanzés ont moins de graisse qu’un humain sous un régime Atkins, et ils ne flottent pas.

 

Page 198 : Le beauf l’avait laissée seule un instant, en disant qu’il avait besoin d’aller aux toilettes — mais en fait, il s’était manifestement éclipsé pour fumer une cigarette. Caitlin se demandait si les voyants avaient vraiment un odorat déficient. Comment pouvaient-ils ne pas se rendre compte à quel point ils puaient quand ils faisaient ça ?

 

Page 225 : — Vous savez, la vision humaine est constituée de pixels, comme dans une image informatique. Chaque axone du nerf optique fournit un élément de l’image. La plupart des gens n’en sont pas conscients, mais avec une vision suffisamment concentrée et en regardant un mur blanc, certaines personnes parviennent à les distinguer.

 

Page 413 : Mes lectures me permettaient maintenant de comprendre que les humains sont xénophobes, soupçonneux, violents, généralement habités par la peur, mais je voulais que l’un d’eux au moins apprenne mon existence.

 

Page 436 : Personne ne pouvait dire d’un simple coup d’œil si un zygote provenait d’un humain ou d’un singe — ou même d’un cheval ou d’un serpent. En fait, la plupart des gens étaient sans doute incapables de faire la différence entre une cellule animale et une cellule végétale, elle le savait.

 

 

 

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