Mon avis : Les invitées - Christina Mirjol
Quatrième de couverture :
Marie-Louise, dit Christiane, c'est Dampmart, pas Paris...
C'est le club de basket, les paniers, les filets, les maillots, les sifflets, les ballons rouges grainés incrustés de lignes noires, le terrain en plein air prêté par l’Évêché, le footing, la kermesse, les coupes de fin d'année, les entraînements de la semaine, les matchs du dimanche, les poussins, les juniors, les petites benjamines, mais surtout, dit Christiane, c'est elle la capitaine de notre équipe senior.
Une question se pose en permanence quand on lit de la fiction : celle de la force d’évocation. Comment, par quel mystère ondoyant, aussi intangible, un traitement ordinaire, des thèmes ordinaires, un rythme ordinaire, un genre littéraire ordinaire, une langue ordinaire, dépouillée même, sobre, simple… peuvent mener à des résultats extraordinaires. C’est cette question captivante qui nous hante en permanence lors de la lecture de ce recueil remarquable de neuf nouvelles succinctes (dont l'une s'intitule elle-même Les Invitées).
Les nouvelles de Christina Mirjol sont réunies en une thématique bien particulière : la mort. La mort est un mot, un concept, un phénomène qui englobe la perte, le décès, les funérailles, le deuil, le drame, la libération aussi. La mort en soit n'est rien, vous l'avez compris ; c'est son impact sur les vivants qui est pris en compte ici. Et il est abordé de bien belle façon dans ce magnifique ouvrage.
Parfois drôle, parfois tragique, la mort est présente dans nos vies et, bien entendu, elle s'invite au moment où on l'attend le moins...
Christina Mirjol est auteure de romans, de nouvelles et de pièces pour le théâtre. Ses derniers romans, Suzanne ou le récit de la honte (prix Thyde Monnier de la SGDL en 2008), Dernières lueurs, et le recueil de nouvelles Les petits gouffres (prix Renaissance de la nouvelle en 2012), ont été publiés au Mercure de France.
Mon avis :
Un recueil de nouvelles qui nous parle de la mort. Et la mort me fascine depuis toujours, autant qu'elle m'épouvante.
Dès le début, dès la première nouvelle, j'avoue que j'ai eu du mal à suivre le fil de l'histoire. Ça m'a semblé répétitif et confus, tout comme dans la deuxième nouvelle d'ailleurs et même une ou deux autres.
Des phrases, des bouts de dialogues, répétés en boucle... Peut-être que le but est qu'on ressente bien la confusion dans laquelle on peut se trouver face à la mort soudaine d'un proche. La mort nous fait perdre les pédales, nous plonge dans des abîmes sans fond, ça semble tellement irrationnel et abstrait... elle est pourtant inéluctable, souvent injuste, et la douleur incommensurable. Elle nous terrifie au point que notre société veut la cacher, jusqu'à ne pas la nommer. Nos défunts ne sont plus, la plupart du temps, morts, mais décédés, partis, disparus... Christina Mirjol en parle, naturellement, nous la raconte à travers neuf petites histoires, parfois surprenantes, avec une écriture particulière, un parti-pris intéressant qui nous propose des morts pensants, agissants, mais morts. J'ai en tout cas bien senti l'omniprésence des défunts, qui sont là, bien plus fort que de leur vivant, de façon obsessionnelle, fantômes créés par notre propre manque. Je me suis laissée emporter au fil de ces courtes histoires pleines de délicatesses et de pudeur. Ma préférée est la dernière, qui a donné son nom au recueil, bizarrement la plus pleine de vie mais aussi de poésie et de douceur en dépit du sujet.
Citations :
Page 62 : Le cercueil était là, entouré de silence et de fleurs. C'était insupportable, ça ne pouvait pas exister.
Page 88 : De la lignée des hommes qui accompagnent nos vies, un jour, il ne restera rien. Rien, écrit-il. Quelque temps, oui, peut-être, quelques années encore, quelques êtres familiers se souviendront de nous, puis deux ou trois parents, puis un seul, puis personne.
Page 129 : Cette petite valse lente, commencée autrefois dans le lit de sa mère en pleine lumière d'été, s'époumonait maintenant à l'approche des couches froides de l'obscurité...






