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Mon avis : Le silence des repentis – Kimi Cunningham Grant

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Alice Delarbre

 

Éditions Buchet Chastel

 

Mon avis sur Insta c'est ici

 

Quatrième de couverture :

« Il a enfin trouvé le silence. Mais pas encore la paix. ».
Cooper et sa fille de 8 ans, Finch, vivent coupés du monde dans une cabane au nord des Appalaches depuis la mort de la mère de Finch. La petite fille a grandi au milieu des livres et de la forêt, et respecte les dures règles de la vie sauvage. En grandissant, elle cherche à repousser les limites de leur isolement, à s'aventurer plus loin en forêt et commence à s'interroger sur le monde extérieur. Mais Cooper est hanté par les démons qui l'ont poussé à s'installer dans cette cabane, un passé qui le ronge et qu'il ne peut en aucun cas partager avec sa fille.
Dans le silence de la forêt, leurs seuls compagnons sont un étrange « voisin » du nom de Scotland, dont l'omniprésence bienveillante ressemble curieusement à une menace, et Jake, un vieil ami de Cooper qui leur apporte des vivres à chaque hiver. Sauf que cette année, Jake ne vient pas. Ce refuge qui les abrite depuis des années sera-t-il leur sanctuaire ?
Kimi Cunnigham Grant signe un thriller atmosphérique sur le lien familial, les ombres du passé et la rédemption. Elle décrit avec puissance un lieu hors du monde où le moindre son est annonciateur d'un danger, où la nature est aussi bien refuge que prison.

 

 

Mon avis :
"Nous avons déjà parlé de l'éthique de la forêt. [...] On ne tue pas pour tuer. Mais on abrège les souffrances dès que c'est possible." C'est ce que dit Cooper à sa fille de huit ans, Finch après avoir tué une de leurs poules qui souffrait. Voilà, le décor est planté. Ils vivent coupés du monde, terrés au nord des Appalaches, dans une cabane au milieu de la forêt. Mais pourquoi ? Ils sont ravitaillés une fois par an par Jake, un ami, invalide de guerre. Et si un jour il ne venait plus !? Hélas, ça finit par arriver.

On comprend évidemment tout de suite que Cooper, le narrateur, vit au fond des bois pour se faire oublier du monde. Et que sa version des faits, même s'il ne nous la dit pas, ou plutôt qu'il nous la distille petit à petit, n'est pas celle qui a été racontée.

Ce qui est angoissant tout de suite, c'est l'idée que s'il arrive quoi que ce soit à Cooper, Finch se retrouve seule au monde loin de tout, entourée de danger. Enfin seule... pas tout à fait. Il y a Scotland, le voisin, bizarre, que Finch aime tant et dont Cooper se méfie.
J'ai beaucoup aimé le récit de leur vie dans les bois, ponctué d'incursions dans le passé, militaire de Cooper, mais aussi le retour à la vie civile, qui nous permettent de peu à peu appréhender sa personnalité et son parcours, lui qui était autrefois Kenny, hanté par les choses qu'il a dû faire. Il doit vivre constamment avec ses cauchemars, une vie remplie de remords, et une épée de Damoclès au dessus de la tête. Et il arrive parfois qu'un grain de sable vienne mettre en danger un équilibre précaire...

La plume est vraiment très belle, très poétique, pour nous décrire la nature grandiose et apaisante, loin du tumulte de l'humanité, la passion pour la littérature, mais aussi quand elle nous raconte le chagrin, les drames, le deuil, le syndrome post-traumatique dû aux horreurs de la guerre, l'amitié, et l'amour sous toutes ses formes, de sa défunte âme soeur à sa fille en passant par son ami Jake, ce que parfois les puissants se permettent de faire à ceux qui n'ont presque rien, les écrasant de leur mépris et de leur réussite en leur volant le peu qui compte mais qui est tout. de très beaux personnages. de la noirceur. Mais aussi de la lumière. Des moments d'angoisse intense. Et un final qui m'a totalement cueillie tellement il est inattendu.
J'ai vraiment adoré ce roman de bout en bout !!!

 

Citations :

Page 67 : Je courais bien, je connaissais le travail manuel, je savais tirer et j’avais de la force. Encore libre de toutes les souffrances et trahisons qui commencent à vous rattraper à peine dix ans plus tard.

 

Page 192 : Plus tard, j’ai nourri Jake avec, miette par miette, parce qu’il n’était pas mort.

 

Page 306 : Quel petit miracle de regarder son corps se transformer à mesure que les semaines passaient. Parfois, j’exerçais de légères pressions sur le ventre de Cindy, et le bébé me répondait, comme s’il sentait ma présence, là, dans le vaste monde, comme s’il voulait me le dire.

 

 

 

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Mon avis : Un café, une cigarette – Jean-Jacques Busino

Publié le par Fanfan Do

Éditions Rivages/Noir

 

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Quatrième de couverture :

C'est très simple. Les grandes filles vendent les plus petites et c'est pareil pour les petits garçons. Dès qu'ils grandissent, ils protègent les filles et volent ou tuent pour survivre. Sur tout le groupe, il n'y a que vingt filles pour soixante garçons. Normal, les filles sont moins rentables. Sur vingt fillettes de moins de huit ans, pas une ne s'est fait défoncer le cul par une vieille tapette... Elles ont une espérance de vie de quinze ans. Les garçons ne sont pas mieux lotis. Sur soixante, cinquante n'ont pas leurs dix doigts... La raison est simple. Chaque fois qu'un de ces mômes vole dans un magasin protégé par la mafia, des hommes de main les attrapent et leur coupent un doigt au couteau et dans la rue... Un orphelinat de Naples contre la mafia. Un récit brut, au premier degré, qui a valeur de document.

 

 

Mon avis :
J'ai acheté ce tout petit livre de 135 pages, en pensant qu'il allait me faire dresser les cheveux sur la tête. Masochisme quand tu nous tiens...
Bingo ! C'est un petit noir bien serré qui empêche de dormir. Parce qu'il nous raconte la cruauté, la loi du milieu, sans états d'âme, même lorsqu'il s'agit d'enfants. Enfin... mi-enfants, mi-gremlins pour certains. Mais pas par choix.

Alors, le début est un festival de connardise (oui, oui, j'invente des mots) et Massimo est le connard en chef. Misogyne, à l'insulte omniprésente, et agressif en permanence, toujours prêt au combat de coq comme s'il voulait se prouver que c'est lui qui a la plus grosse. le parfait abruti. Et pourtant... À côté, le gros, une armoire à glace avec un cœur de nounou. Quand une forme de drôlerie contrecarre la violence. Et puis les copains, André le suisse, Angelino, Silvio, si jeunes, pas encore adultes, mais qui ont des idées et du talent pour gagner vite beaucoup d'argent.

C'est une histoire très dure. On apprend que les enfants pauvres et abandonnés à eux-mêmes ont une espérance de vie très courte, car pour survivre ils doivent faire des choses qui les mènent prématurément dans la tombe. Les petites filles, à l'âge où normalement on joue à la marelle dans une cour d'école, elles, connaissent par cœur le service trois pièces de vieux pervers venus de pays riches pour se taper des petites filles en toute impunité. On apprend que ce mini monde de gamins organise tout ça. C'est comme un mini milieu, avec des délinquants en culotte courte. C'est raconté de façon très crue, sans doute pour bien imprimer le cerveau et nous serrer le cœur. C'est que, ça se passe comme ça à Naples.
Ce que Massimo le napolitain explique à André, son ami suisse, sur ces enfants de gouttière, ces mômes des rues de Naples, est d'une violence extrême.

Ce roman d'une infinie noirceur est pourtant lumineux par bien des aspects. Il met notamment en avant la beauté de l'amitié, la grandeur de la confiance, la joie que peut apporter la générosité, à soi et aux autres, et la folie de croire en ses rêves.

En tout cas, il faut bien se garder de juger au premier abord car, parfois, sous des apparences de crétin peut se cacher un petit cœur qui bat, voire une grande âme, qui peine pourtant à sortir la tête des ténèbres.
Une histoire qui se dévore, des personnages attachants, et des moment difficiles, particulièrement quand est évoqué le paradis des petites filles...
Noir c'est noir...

 

Citations :

Page 11 : — Chez toi c’est loin, ils sont nuls, bêtes et vivent comme des esclaves. Personne, ici, ne travaille pour s’acheter des habits. Tout est trop cher et il faut se battre tout le temps pour survivre. Mais pour survivre ici, il faut prendre conscience que le matin, tu te lèves sur un ring de boxe et qu’il ne faut pas mettre un genou à terre, car ici, on achève aussi les humains.

 

Page 20 : Viens, je vais te faire visiter cette grande pute. Je crois que tu vas l’aimer. Passées les premières nausées dues à l’odeur, cette ville est parfaitement vivable.

 

Page 51 : C’est parti, mon quiqui, ils vont ma faire la complainte des gosses de gouttière. Y’a pas de problème. Il n’y a qu’à se baisser dans la rue, il en traîne trois cent mille dans cette ville. Si l’un ne nous plaît pas, il suffit d’en prendre un autre. Les moutards dans cette ville, c’est comme des kleenex. On se mouche et on les jette.

 

Page 74 : Plus tard quand c’est bien cicatrisé, tu ne te rends même plus compte qu’il te manque un doigt. D’ailleurs je sais qu’il ne m’en manque pas. Mon doigt est toujours là, je le sens, seulement il est invisible. Moi j’ai eu de la chance, ils m’ont coupé le petit doigt de chaque main.

 

Page 128 : Et je ne vais pas demander à un connard de fonctionnaire d’inventer les droits de l’enfant. En l’an deux mille, il n’y a pas de droit international de l’enfant. Dans un monde soi-disant civilisé, ces mioches n’ont pas un bout de papier de dix centimètres de haut où leur nom est marqué dessus. Alors ils n’existent pas. On peut tout leur faire.

 

 

 

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Mon avis : La déroute – Emma Pattee

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Alice Delarbre

 

Éditions Buchet Chastel

 

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Quatrième de couverture :

Enceinte de neuf mois, Annie fait face au tremblement de terre que les habitants de la région des Cascades redoutent depuis longtemps. Elle-même a suivi des cours de préparation à la catastrophe, mais au moment où la terre cesse de trembler, elle comprend qu’il ne lui reste plus qu’à marcher. En route vers son mari au cœur d’une ville dévastée, Annie verra de près les limites de notre humanité et aussi les endroits où celle-ci persiste, envers et contre tout. D’une voix tour à tour tendre, drôle et poignante, elle nous montre qu’il y a des événements auxquels il est difficile de se préparer, comme l’apocalypse ou l’apparition de la vie.
Avec ce court roman qu’on lit en apnée, Emma Pattee interroge nos dénis et nos mécanismes de survie et signe un roman du chaos où vibre l’espérance.

 

 

Mon avis :
Le Big One, ce séisme redoutable prévu de longue date sur la côte ouest des États-Unis, à cause d'une faille de mille kilomètres de long, auquel beaucoup d'habitants sont préparés psychologiquement sans pourtant y être vraiment préparés concrètement comme ils le devraient...
Annie, enceinte presque à terme, se promène dans les rayons Ikea et parle à son bébé qu'elle appelle Bouchon. Et c'est tellement mignon ! Et tandis qu'elle arpente les rayons à la recherche d'un berceau elle se remémore sa vie, ses études lorsqu'elle se voyait en future dramaturge, la rencontre avec Dom, l'homme de sa vie qui lui s'imaginait déjà en premiers rôles au cinéma. Puis la réalité, les factures, les galères, des boulots alimentaires. Les rêves de jeunesse et l'arrogance qui va avec supplantés par la dure réalité. Sauf que Dom, lui, n'a pas abandonné son rêve de célébrité et continue de courir les castings... Lorsque soudain la terre se met à trembler, tout devient un effroyable chaos de grincements, de chutes d'objets, de hurlements, de blessés et sans doute pire.

Sans clé de voiture, sans téléphone, elle décide de rejoindre Portland à pied, comme nombre de gens. Elle entame un tout petit road-trip, petit par la distance mais immense par l'introspection qu'elle fait, le voyage dans une vie de souvenirs, les douleurs occasionnées par sa fin de grossesse, par le nombre de gens qu'elle croise et la diversité de leurs comportements. L'histoire oscille entre le but qu'Annie s'est fixé et les souvenirs qui la ramènent en arrière, tout en la faisant avancer. Tandis qu'elle fait tout pour rejoindre Dom, elle veut éviter de penser à lui de peur que le pire soit arrivé.

De souvenir en souvenir, l'autrice offre un tableau un peu affligeant de la grossesse et sans doute que cela existe. Mais il en existe aussi qui se passent sur un nuage, dans un état de plénitude et de bien-être.
Cependant, j'ai aimé nombre de questions existentielles qu'Annie se pose tout au long de sa difficile expédition au milieu des ruines, des vitrines brisées, des façades lézardées, des tas de briques éparpillées, des chaussées défoncées, des ponts effondrés, toujours en s'adressant à Bouchon.

L'angoisse va crescendo dans ce périple à travers ce monde dévasté par une catastrophe naturelle de grande ampleur, où Annie, chemine avec Taylor qui cherche sa fille, sans qu'aucune des deux n'ait la certitude que la vie leur offrira un après ou si elle vient de basculer dans un chagrin abyssal. On est suspendu à l'angoisse des deux femmes, et je me suis surprise à comparer cette situation à la théorie de la boîte du chat de 
Schrödinger. Tant qu'elles ne retrouvent pas leurs proches, ils peuvent aussi bien être vivants que morts, aucune certitude... un défunt, tant qu'on ignore qu'il est mort, il reste vivant.

J'ai trouvé ce roman déroutant, sans que je puisse dire pourquoi, mais il est aussi assez addictif. J'ai accompagné Annie, puis Taylor, dans leur quête désespérée mais pleine d'espérance, le moteur de la vie... j'ai eu peur pour Annie, sur le point d'accoucher, sans secours, sans aide. Oui, vraiment ce roman m'a captée du début à la fin, avec ses allers-retours dans le temps et le danger omniprésent.

Merci beaucoup aux Éditions 
Buchet Chastel pour l'envoi de ce roman !

 

Citations :

Page 34 : Et ma mère meurt. Elle m’envoie un texto pour me dire qu’elle est malade et a besoin de repos. Ne se réveille pas.

Une vague de chagrin si sombre et si puissante m’emporte vers le large et m’engloutit pendant une, puis deux années, une vie toute entière.

 

Page 38 : Nous allons mourir. Toi, Bouchon. Avec tes ongles et tes cils minuscules. Ta toute petite âme pas encore éclose.

 

Page 122 : Comment t’expliquer ce qu’est une maison, Bouchon ?

On la remplit de taches, de poussière, de vaisselle sale et de poils de chat.

 

Page 127 : Est-ce qu’on essaie d’avoir un enfant, ton père et moi ? En un sens, puisque nous faisons ces choses dont nous savons qu’elles peuvent conduire à une grossesse, mais n’empêche, plantée là devant le lavabo des toilettes, ça me paraît choquant de penser qu’il pourrait y avoir un enfant – un enfant ! - dans mon ventre. Absurde.

 

Page 146 : J’aimerais leur dire qu’hier soir, pendant une insomnie, j’ai pris conscience d’une chose : je vais mourir et mon enfant assistera à mon enterrement.

 

Page 155 : La version abrégée, c’est que personne ne nous avait prévenus — nous étant ton père, moi et tous ceux qui ont grandi en voyant Britney Spears et LeBron James devenir des stars intersidérales bien que sortis de nulle part — que c’est pire d’essayer et d’échouer que de ne pas essayer du tout. Parce que quand on n’essaie pas, on peut toujours s’imaginer la vie qu’on aurait eue.

 

Page 225 : Une hormone comme l’adrénaline commence à pulser lentement dans mon corps. Peut-être que tu connaîtras ça un jour — il n’y a rien qu’une femme déteste plus qu’entendre, alors qu’elle est seule, un bruit bizarre, ou que sentir la présence d’un autre individu. Une horrible nausée envahit tout mon corps, le sol tangue ; les femmes sont si vulnérables, nous faisons toutes semblant de nous sentir en sécurité, nous évitons de nous rappeler que notre sauvegarde n’est possible que tant que la personne la plus proche de nous ne désire pas nous tuer.

 

Page 337 : Sur l’écran de mon téléphone, je l’ai regardée vieillir. Puis j’ai levé le nez de l’écran de mon téléphone, et je me suis rendu compte que j’avais vieilli, moi aussi.

 

Page 278 : Toi et moi, lorsque nous mourrons, nous nous dissoudrons dans la terre comme si nous n’avions jamais existé. Des corps faits d’air, des corps faits de poussière.

 

 

 

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Mon avis : La gloire pour tout le monde – Anne-Sophie Nédélec

Publié le par Fanfan Do

Éditions Le Lézard Bleu

 

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Quatrième de couverture :

Quand la Grande Guerre amène les femmes à prendre une place que les hommes ne veulent pas leur céder.
De 1914 à 1918, La Gloire pour tout le monde retrace le destin de femmes tour à tour engagées, résistantes ou victimes collatérales de la guerre. Alors que les hommes sont envoyés au front, elles investissent des domaines jusque-là réservés à la gent masculine : usines de munitions, travaux agricoles, hôpitaux, missions d’espionnage… Mais cette prise de responsabilités se heurte aux réticences et aux préjugés d’une société encore très patriarcale.
Oscillant entre drame et comédie, la pièce propose un kaléidoscope de scènes qui donnent chair aux multiples visages féminins d’une époque bouleversée, entre courage, dérision et quête de reconnaissance.
L’ouvrage est complété par un dossier historique retraçant le rôle des femmes pendant la Grande Guerre et un dossier pédagogique destiné aux enseignants et metteurs en scène qui souhaitent approfondir le travail autour de la pièce.

 

Anne-Sophie Nédélec est autrice, metteure en scène, comédienne et professeur de théâtre. Après une formation en Lettres et en Arts du Spectacle à l’Université de Nanterre, et en Histoire de l’Art à l’École du Louvre, elle est d’abord conférencière avant de se consacrer exclusivement aux arts de la scène et à l’écriture. Elle est l’autrice d’une quarantaine de pièces de théâtre et de plusieurs romans.

Passionnée d’histoire et de voyages, elle aime plonger ses lecteurs dans des univers variés qu’elle explore avec justesse et sensibilité.

 

 

Mon avis :
La guerre de 14, ce moment où les femmes ont pris le quotidien en main et les tâches des hommes partis à la guerre. Ce moment où elles ont pensé que les hommes seraient bien obligés de reconnaître leurs compétences et que ça changerait leurs vies. Hélas, ça n'a pas été le cas... c'est ce dont nous parle 
Anne-Sophie Nédélec dans cette pièce.
Dans son appel du 17 août 1914, René Viviani, président du Conseil, exhortait les femmes, leurs filles et fils à remplacer les hommes dans les champs, leur assurant qu'il y aurait demain de la gloire pour tout le monde.

L'autrice nous propose différents tableaux, l'usine, la campagne, l'hôpital, les espionnes, le conseil des ministres. C'est vivant, c'est parlant, c'est révoltant du côté des ministres, ces vieux boucs misogynes et méprisants mais aussi totalement dans l'indifférence quant au sort des hommes dans les tranchées. C'est écœurant aussi du côté des salaires, où les femmes ne touchaient même pas la moitié de celui des hommes à travail égal. Puis, page 65 vient le dossier historique qui nous détaille les grandes étapes de la guerre ainsi que les sources et les inspirations de l'autrice.

C'est un bel hommage rendu aux femmes, traitées avec tant de mépris, ainsi qu'à tous ceux qui ont œuvré jusqu'à l'épuisement, mais aussi aux pauvres hommes, victimes de cette immonde boucherie. Car évidemment, ceux qui décidaient la guerre allaient se battre avec le corps des autres, massacrés dans les tranchées pendant qu'eux étaient bien planqués dans des bureaux.

J'aime les textes d'
Anne-Sophie Nédélec, souvent engagés, féministes, qui racontent, qui dénoncent, me bouleversent et me mettent en colère à chaque fois contre l'injustice des hommes, et ce patriarcat dégueulasse et inepte, un cran au dessus à la fin de la guerre avec zéro reconnaissance : "Des circulaires et accords collectifs organisent le licenciement des femmes encore en poste. Renvoyées de leurs emplois, elles reprennent souvent leur rôle domestique, et sont encouragées à participer au redressement démographique." Et voilà, renvoyées à la maison pour n'être que des ventres fertiles, bonnes à tout faire, avec des devoirs mais aucun droits.
C'est extrêmement bien documenté ! Si vous avez envie de ressentir une saine colère mesdames, avec cette piqûre de rappel, lisez-le. Et pour les hommes, eh bien... c'est aussi une piqûre de rappel pour ceux qui veulent pour leurs mères, leurs compagnes, leurs sœurs, leurs filles, l'égalité en droits et en dignité. Pour les autres, leur cas est désespéré. Car rien ne justifie le mépris que les femmes subissent depuis la nuit des temps.

Je viens de commander un ouvrage mentionné ici, un témoignage exceptionnel de 
Marcelle Capy, journaliste qui s'était fait embaucher sous une fausse identité dans une usine d'armement où les femmes remplaçait les hommes "épuisées mais fières de participer à l'effort collectif."
Marie Curie fait une apparition dans ce récit, avec sa fille Irène, lorsqu'elles portaient assistance aux soldats blessés à l'aide de leurs fourgons aménagés en centre de radiologie, appelés les "Petites Curies". Quant aux marraines de guerre, j'en avais entendu parler, mais sans plus. Elles ont tenu un rôle tellement important pour le moral des troupes : "Ces femmes furent les gardiennes d'un feu fragile : celui de la dignité et du lien humain." On n'oublie pas au passage "un des tabous les plus persistants du conflit" : les bordels militaires de campagne, "soupape institutionnalisée" dans lesquels certaines y trouvaient une forme de protection alors que d'autres y laissaient leur santé, leur dignité, parfois leur vie.

Merci infiniment 
Anne-Sophie pour ce texte encore une fois magnifique, qui devrait réveiller les consciences, surtout à notre époque où certains passéiste aimeraient nous remettre aux fourneaux et uniquement là.

 

Citations :

Page 7 : Dire qu’il aura suffi d’assassiner Jaurès pour lever toutes les barrières pacifistes et mettre le feu aux poudres !

 

Page 29 : Je ne comprends pas cette guerre. Je ne comprends pas que l’Homme puisse s’infliger ça lui-même et aux autres…

 

Page 50 : RENÉ : C’est vrai quoi ! C’est pas normal, on fait le même travail. Vous auriez des hommes, ici, vous seriez obligés de les payer 15 francs, comme moi. Même le petit Marcel, à seize ans, il touche 12 francs, alors que pour le même travail, les femmes on leur en donne à peine 6 !

 

Page 72 : Les ouvrières manipulent quotidiennement de la mélinite et du trinitrotoluène (TNT), des explosifs utilisés pour remplir les obus. Le contact prolongé avec ces produits toxiques provoque une coloration jaune vif de la peau, surtout des mains et parfois du visage. Cette particularité physique devient un surnom populaire, à la fois affectueux et stigmatisant : les « filles aux mains jaunes » symbolisent l’engagement féminin dans l’effort de guerre, mais aussi les dangers silencieux encourus loin des tranchées.

 

Page 81 : Certaines marraines correspondent avec plusieurs soldats à la fois, parfois blessés ou sans famille. D’autres envoient des colis de vivres, des tricots, des journaux, des cartes postales.

 

Ces lettres deviennent un baume contre la solitude. « Vos mots me tiennent chaud comme un feu au milieu des tranchées », écrit un poilu à sa marraine en 1916.

 

 

 

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Mon avis : Cinq cartes brûlées – Sophie Loubière

Publié le par Fanfan Do

Éditions Fleuve Noir - Pocket

 

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Quatrième de couverture :

Dans une partie de blackjack, tout commence par cinq cartes " brûlées " – défaussées, cachées. Croupière au petit casino de Chaudes-Aigues, Laurence le sait mieux que personne. La vie est faite de ces cartes bonnes ou mauvaises qu'on reçoit à la naissance. Une enfance passée sous la coupe d'un frère qui la harcèle et l'humilie, une mère à côté de la plaque, la nourriture comme refuge... Pendant des années, Laurence joue cette partie contre elle-même, entre ombre et lumière, espoir et désespoir. Mais un joueur régulier, le très secret docteur Bashert, pourrait bien changer la donne et faire d'elle la femme qu'elle ne s'est jamais autorisée à être. Doubler sa mise " face cachée ". À ses risques et périls.

 

 

Mon avis :
L'autrice nous offre une agression sanglante en préambule. le ton est donné.
Ensuite...
Laurence est née en 1979, quelques années après son frère, Thierry, qui l'a immédiatement détestée car pour lui elle venait lui voler l'amour de ses parents. Dès lors il n'a eu de cesse de la maltraiter, de l'humilier, de l'insulter, de la terroriser, dans la plus grande indifférence des adultes, alors qu'elle vénérait ce grand frère. Mais sans doute que son futur à elle a été le résultat de toutes les misères qu'il lui a faites, qu'elles soient psychologiques ou physiques.
Par ailleurs on subodore quelque chose de terrible tout en se demandant, dans un premier temps, fantasme ou réalité ?

Ce roman nous raconte Laurence. Sa triste vie, ses talents, ses compétences incroyables, son énorme besoin d'amour, son abnégation, le manque de reconnaissance, les abrutis qu'elle croise sans cesse, ces idiots du quotidien qui n'ont que des blagues sexistes et grossophobes à la bouche, qui les font rire alors qu'ils se tapent la cuisse en gloussant grassement entre mâles...
Puis les emmerdements plus plus, qui font que sa vie est un chemin semé d'embûches qui lui donnent parfois envie de se jeter par la fenêtre. Car la famille, aussi toxique qu'elle ait pu être, avec des parents défaillants, un frère infect, on n'abandonne pas la vie ! On la porte à bout de bras. C'est noir et poisseux, c'est triste et sans espoir. Comme si Laurence était née pour souffrir mais avec l'incroyable force de laisser tout glisser sur elle, et même de toujours se préoccuper de son frère, comme si sa méchanceté ne la touchait pas. Mais ça, c'est quand on fait semblant. Ça n'existe pas. C'est juste vouloir ignorer la douleur pour qu'elle n'ait pas de prise et ne pas donner des armes aux autres. Et si elle trouvait la force de changer les choses ?

J'ai ressenti énormément de colère envers ce frère cruel, bête et méchant dont le seul but est de la rabaisser et de l'écraser. Mais alors que j'avais de la compassion pour elle, sa propension à toujours tout excuser et se sentir coupable de tous les maux de sa famille à fini par m'agacer au plus haut point ! Comment peut-on être victime consentante à ce point et aimer son bourreau avec autant d'abnégation ?
Et puis, et puis... les écrivains sont parfois des filous démoniaques et manipulateurs ! 
Sophie Loubière nous emmène au bout de cette histoire sidérante avec brio et je dois dire que je ne m'attendais pas à ça. Une histoire sombre et malsaine avec un final inattendu et dérangeant au possible.

Décidément, j'aime l'écriture de 
Sophie Loubière ! Elle parvient, avec ses mots, à mettre de l'éclat sur la noirceur des choses laides et douloureuses.

 

Citations :

Page 44 : Des garçons, Laurence connaissait la cruauté. Leur regard sur les filles était impitoyable ; et un surpoids, sujet à railleries automatiques.

 

Page 65 : Elle lâchait aussi la bride à sa fille, trop lasse pour mitonner des plats maison, trouvant plus pratique d’ouvrir une conserve ou de fourrer une blanquette Findus dans le micro-ondes, lui abandonnant le droit de ne pas être un modèle de féminité, de porter des jeans délavés, une chemise Levi’s à boutons-pression, et de couper ses cheveux courts avec une frange. Pour le reste, les ingratitudes de la puberté se chargeaient de limiter les rapports de Laurence avec les autres.

 

Page 220 : Payer le prix d’une consultation pour entendre un médecin lui dire que, pour maigrir, il suffisait de moins remplir son estomac revenait à mordre dans un nuage. Comment arrêtait-on la faim ? Le besoin ? Par quel sortilège ?

 

Page 273 : Je connais déjà la terreur, la souffrance, l’humiliation. Je veux apprendre d’autres règles, jusqu’au dégoût. Ne résister à aucune envie. Fermer les yeux sur mes souvenirs. Et laisser mon empreinte quelque part, comme une bête nue sur un lit de feuilles mortes.

Retourner dormir avec le diable.

 

 

 

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Mon avis : Le livre sans nom - Anonyme

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais par Diniz Galhos

 

Éditions Sonatine

 

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Quatrième de couverture :

« Bourré de références pop, construit de telle sorte qu’on ne puisse pas arrêter de tourner les pages, ce livre a tout pour lui : de l’humour, de l’amour, de la vengeance, du sexe, de la violence et du bourbon. Anonyme, sers-nous-en un autre, et vite !

The Télégraph

 

Vous désespériez de trouver un équivalent littéraire aux films de Quentin Tarantino, de John Carpenter, de Robert Rodriguez ? Lisez Le livre sans nom. À vos risques et pérills.

 

Santa Mondega, une ville d’Amérique du Sud oubliée du reste du monde, où sommeillent de terribles secrets…

Un serial killer qui assassine ceux qui ont eu la malchance de lire un énigmatique livre sans nom…

La seule victime encore vivante du tueur, qui, après cinq ans de coma, se réveille, amnésique…

Deux flics très spéciaux, des barons du crime, des moines férus d’arts martiaux, une pierre précieuse à la valeur inestimable, un massacre dans un monastère isolé, quelques clins d’œil à Seven et The ring… et voilà le thriller le plus rock’n’roll et le plus jubilatoire de l’année !

 

Diffusé anonymement sur Internet en 2007, cet ouvrage aussi original que réjouissant est vite devenu culte. Il a ensuite été publié en Angleterre puis aux États-Unis, où il connaît un succès fulgurant.

 

« Plus on avance dans le livre, et plus une angoisse nous étreint : y aura-t-il assez de survivants dans l’histoire pour qu’on ait le plaisir de lire une suite ? »

The Booklist

 

 

Mon avis :
Dès la deuxième page j'ai eu un éclat de rire alors que l'ambiance était à la noirceur, ça m'a suffi pour savoir que j'avais dans les mains ma nouvelle lecture.

Santa Mondega, ville supposée d'Amérique du sud. le Tapioca, un bar de gros durs, un peu branques, où la coutume est de chercher des histoires aux nouveaux clients, les provoquer et éventuellement les tuer. Sauf que parfois ça ne se passe pas comme prévu. Et immédiatement, ça part dans tous les sens... ça zigouille à tour de bras, ça picole, il y a une multitude de personnages et d'événements plus délirants les uns que les autres, c'est souvent très gores et on ne s'ennuie jamais.

Des tueurs pas mal fous furieux : le 
Bourbon Kid, El Santino, Elvis le King, et quelques autres. Deux moines, plein d'idiots qui jouent les durs, deux autres idiots cupides et inconscients genre Bonnie & Clyde en plus cool, une amnésique, des flics, un mystère qui semble paranormal, une pierre précieuse vagabonde que tout le monde cherche, et des morts à la pelle évidemment !

On se retrouve dans une sorte de jeu de piste où, tel un petit Poucet sanguinaire, quelqu'un laisse des cadavres révoltants dans son sillage.

Santa Mondega est le pire ramassis de gros batards sans foi ni loi qu'on puisse imaginer, où, bien souvent, tel est pris qui croyait prendre.

Alors oui, j'ai trouvé ce roman vraiment Tarantinesque !!! J'ai adoré, surtout la deuxième moitié ! Il m'a fait beaucoup penser au film de Tarantino Les 8 salopards dans un premier temps, le fantastique en plus. C'est trash, peuplé de gens immondes, ça défouraille à tout va, et pourtant ça prête parfois à hurler de rire ou à sourire. Cependant ce n'est pas un coup de coeur car j'ai trouvé la première moitié parfois un peu longue. Mais j'attends de voir la suite, car bien sûr j'ai l'intention de lire toute la saga, qui compte 10 tomes, tout en me demandant où cet auteur anonyme va réussir à m'emmener.

 

Citations :

Page 66 : Une sorte de fumée ou de vapeur s’échappait de abdomen sanguinolent et déformé. La puanteur qui régnait était vraiment insupportable. Sanchez avait déjà senti des odeurs particulièrement nauséabondes, comme par exemple la pestilence des vingt-sept hommes morts dans son bar, cinq ans plus tôt, abattus sous ses propres yeux par le Bourbon Kid. Pourtant cela n’avait rien de comparable avec cette puanteur méphitique.

 

Page 132 : Le contact des cadavres avait beau ne pas lui être étranger, il n’en avait jamais vu d’aussi révoltant que ceux auxquels il avait été confronté durant ces premières vingt-quatre heures passées à Santa Mondega.

 

Page 136 : Première leçon : à Santa Mondega, quand quelqu’un tient des propos un peu délirants, il y a fort à parier que c’est vrai.

 

Page 157 : Je croyais que tu pourrais peut-être m’éclairer sur deux ou trois trucs. Tu sais, histoire que tu me dises si j’étais quelqu’un de gentil ou une salope, parce que, là, je suis plus très sûre de savoir dans quelle catégorie je me place.

 

 

 

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Mon avis : Une révolution en septe recettes – Livre 1 – Ceux qu’on mange – Ryan Rose

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’anglais par Jonathan Oriol

 

Éditions de Saxus

 

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Quatrième de couverture :

Paprick est un boucher. Employé à l’usine royale, il passe ses journées à découper des phénons, ces bêtes gigantesques dont la viande offre à celui qui l’ingurgite des propriétés magiques. En tant que popul, Paprick n’a pas le droit de s’en procurer, sa consommation étant réservée aux plus riches, les Singuls.
Quand il vole pour la première fois un morceau de phénon, sa vie tourne au vinaigre. Sous la pression, il crée une recette supérieure qui lui confère une puissance sans pareille. Cet exploit lui permet d’entrer à l’Académie culinaire pour réaliser son rêve et devenir Chef.
Plongé au cœur de l’élite singul, les injustices n’en sont que de plus en plus amères, et Paprick pourrait bien être l’ingrédient manquant pour mettre fin au calvaire des populs. Après tout, il ne suffit que d’une pincée de sel dans la plaie déjà à vif des opprimés pour que la révolution se mette en marche.

 

 

 

Mon avis :
Voici un roman avec un départ assez classique : une société totalement inégalitaire avec des nantis, les Singuls, qui mangent à satiété, et des pauvres, les populs, complètement asservis, qui naissent avec une dette à rembourser et qui ont toujours faim. Mais, on est là dans un univers magique, totalement en dehors de ma zone de confort, ou devrais-je dire de mes zones, car j'aime plusieurs genres, mais la fantasy, c'est plutôt compliqué pour moi. Je n'accroche pas en général. Sauf que là, j'ai aimé tout de suite.

Les disparités essentielles de ce monde se situent autour de la nourriture, notamment la viande de phénons qui a des pouvoirs magiques, que seuls les singuls ont le droit de manger. Des animaux gigantesques, quadrupèdes avec des écailles, des plumes et des cornes, que les bouchers découpent au choix, vivants ou morts. de ce point de vue-là, pas vraiment de différence avec nos sociétés et notre époque concernant la maltraitance animale. Animaux qu'on torture et qu'on tue dans le but de les manger.

Les pouvoirs magiques de la viande de ces bovidons, qui apporte l'Endurance à qui la mange, sont décuplés en fonction des recettes et des associations culinaires qui sont faites. Ça peut se manifester de différentes façons, intellectuelles, physiques, selon les alliances d'ingrédients. Chacun espère LA RECETTE supérieure, celle qui apportera plus que les autres. Et il semble que Paprick le Popul l'ait trouvée grâce à des épices attrapées au hasard qu'il a associé à de la viande de phenon qu'il a volée. À partir de là, il devient l'espoir, pour les Singuls d'encore plus de puissance, et pour les Populs d'une révolte qui mettrait fin à toutes les injustices. Car les rebelles se préparent dans l'ombre. Mais pour Paprick l'apprenti boucher qui se rêve Chef cuisinier, la vie devient plus dangereuse qu'elle ne l'a jamais été lorsqu'il entre à l'Académie culinaire, d'ordinaire réservée aux Singuls. Il subit un harcèlement permanent et se trouve écartelé entre ses rêves de trouver la recette parfaite et les aspirations de son peuple qui en a fait son héros et compte sur lui.

Ce monde semble très ouvert, les individus se présentent par leur prénom, puis par leur pronom, il, elle, iel, certains comme Paprick vivent avec leurs deux mères. Cependant le rejet, le mépris et les insultes sont quotidiens envers ceux considérés comme inférieurs. Mais la révolte gronde, dans l'ombre où peu à peu tout est mis en œuvre pour abattre le tyran et retrouver le bien-être et l'équité de l'époque bénie d'antan. le récit de Paprick sur sa vie et les événements qui l'ont mené en prison est entrecoupé par celui d'un narrateur qui nous parle depuis la geôle, du dialogue entre le boucher et l'archiviste. On a donc deux points de vue. Et plus on avance dans l'histoire, plus des doutes sont semés comme des petits cailloux, ce qui rend l'attrait et le suspense plus intenses.

Apprendre la cuisine est, dans ce monde-là, aussi prestigieux que pourrait l'être l'apprentissage de l'astrophysique ou de la magie. de plus, on se sent au plus près de cette passion qui revêt les apparences d'un sacerdoce que représentent les métiers de bouche, avec ces gens qui ne vivent que pour ça, que par ça, comme une vocation dévorante.

C'est un roman plein d'arômes et de senteurs, exotiques ou du quotidien, qui donne l'eau à la bouche et amène du rêve quant au pouvoir de créativité. C'est aussi plein de violence.
Roman de Fantasy qu'on pourrait qualifier de gastronomique, ça doit être une première, addictif mais cruel... car je déteste qu'on fasse du mal aux animaux (et qu'on les mange), fussent-ils imaginaires. Car là, mon petit cœur a saigné pour ces pauvres phénons à qui rien n'est épargné ! Comme à nos animaux dit de boucherie. Sniffff... et forcément, j'ai adoré Cori qui est phénoniste et qui considère que l'humain tient une place insignifiante sur la planète.

Ethnocentrisme, violences, inégalités, mépris de classe, désinformation, ça ressemble furieusement à une allégorie de notre monde qui part à vau-l'eau.

Merci à Babelio Masse Critique et aux Éditions 
De Saxus pour l'envoi de ce livre, Édition collector s'il vous plaît !!! Magnifique il faut bien le dire mais aussi passionnant et inattendu.

 

Citations :

Page 20 : Cela fait, je devais prendre le relais avec ma fendescie afin de progresser jusqu’à l’os. Il ne nous resterait alors plus qu’à tailler autour de celui-ci pour retirer le muscle maigre et actif proprement, de manière à préserver au maximum la saveur des tendons.

Enfin, « proprement »… Ce serait oublier que ce processus implique de vider un être vivant de son sang.

 

Page 174 : « Je n’ouvrirai pas demain, annonça-t-il peu avant la fin de mon service. J’ai des choses à faire à l’autre bout de la ville et, même si tu es le plus flagorneur des sacs à purin, je ne peux pas te laisser les clés de la boutique. »

 

Page 275 : Pour les phénonistes, le festival n’était pas seulement un jour férié, mais aussi un jour sain. L’une des créatures qu’ils vénéraient annonçait la saison nouvelle, sans prêter attention à l’humanité ni à sa place insignifiante sur la planète.

 

Page 444 : J’enrageais devant cette habitude ridicule qu’avaient les hommes tels que le roi de toujours exposer les femmes comme preuve de leur victoire.

 

Page 461 : « Améliorer une recette supérieure, ce n’est pas si différent que d’en créer une, mais c’est plus difficile m’avait-il dit. Alors, ne fais pas le malin, petit. Tu restes une andouille de compétition. Sois prudent, surtout ! Sers-toi de ta tête, mais aussi de ta langue. »

 

 

 

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Mon avis : Hong Kong Gang – Ma Kafai

Publié le par Fanfan Do

Traduit du chinois par Stéphane Lévêque et Jean-Claude Pastor, sous la direction de Vera Su

 

Éditions Slatkine & Cie

 

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Quatrième de couverture :

En 1936, Luk Pakchoi fuit son village natal et sa femme pour s’enrôler dans l’armée d’un seigneur de la guerre. Très vite, il déserte et se réfugie à Hong Kong, alors colonie britannique. D’abord tireur de pousse-pousse, il parvient à se tailler une place de choix au sein de la plus grande triade chinoise. Mais lorsque, au lendemain de Pearl Harbor, les Japonais attaquent Hong Kong, son existence bascule. Quel camp choisir ? Le jour, il est chef mafieux, et ses nuits, il les partage avec un officier de renseignement britannique.

 

Entre passé colonial et sociétés secrètes, luttes révolutionnaires et amours interdites, Hong Kong Gang est le polar vrai de la Chine moderne. Parfois doux, toujours dur, souvent drôle, le Hong Kong fiévreux de Ma Kafai bat comme un cœur à vif.

 

Ma Kafai est professeur de sociologie à l’Université de Hong Kong. Pour écrire ce premier roman, il a eu accès à des archives inédites qu’il a colorées de souvenirs familiaux et d’anecdotes puisées dans la vie quotidienne des petites gens et de la pègre. Dès sa publication, en octobre 2016, Hong Kong Gang a connu un immense succès dans toute l’Asie.

 

 

Mon avis :
Le prologue surprend car il évoque une histoire d'amour passée, entre deux hommes, avec compassion par les petits-enfants de l'un des deux, alors que dans la Chine du début du XXe siècle ils étaient considérés comme des anormaux. Mais, rapidement après ça, vient la violence de certains élans que trop d'hommes ne souhaitent pas contrôler, que ce soit envers les femmes ou encore les enfants.

Le grand-père de l'auteur lui parle d'un certain Dents-de-lapin, lié à notre héros Luk Pakchoi. Car, se rappelant des récits de son grand-père, l'auteur a dû retracer la vie de Pakchoi qui le mènerait jusqu'à Dents-de-lapin, cet individu priapique, envolé, dont la femme avait offert une grosse récompense à qui le retrouverait.
La vie de Pakchoi, petit ébéniste né dans la province de Guangdong et dont le mantra est, depuis l'enfance, "Rien à foutre", eh bien elle est toujours en mouvement. Il épouse la ronde et douce Ah Kuen qui se révèle en réalité être insatiable dans l'intimité, tyrannique et violente mais surtout complètement timbrée. Et là, on pourrait parler de non consentement de la part de Pakchoi, mais Ah Kuen s'en fout. Il finit par fuir les assauts de son épouse pour s'engager dans l'armée. C'est à partir de là que sa vie va être une longue aventure. Car il déserte et atterrit à Hong Kong où son destin l'attend, avec toutefois une échappée à Canton le temps de se faire oublier, ville qui semble n'être que débauche et luxure, parsemée de tripots et de bordels. C'est d'un sordide absolu, notamment à cause du jeune âge de ce qu'ils appellent des courtisanes. On est spectateur du triste sort des filles, qui n'ont pour seule richesse que leur corps, que les hommes pillent sans vergogne. Tour à tour tireur de pousse-pousse, surveillant d'un bordel flottant à Canton, puis chef d'une triade chinoise à Hong Kong, sa vie est un roman noir. Pourtant, les surnoms de ses comparses prêtent à rire. Hormis Dents-de-lapin il y a Sheng-le-riz, Boulette-de-poisson, Pic-du-poisson...

Dans ce récit où on suit essentiellement la vie tumultueuse de Pakchoi, devenu Namchoi puis Seigneur Nam, sur fond historique à Hong Kong des années 1930 à fin 1940, colonie britannique pendant 155 ans, avec l'occupation japonaise puis la guerre sino-japonaise, le choléra, un typhon dévastateur, les bombardements, les femmes ou des fillettes qui peuvent être vendues, abusées, tuées, par leurs parents, leur conjoint ou des clients sans que ça n'émeuve personne, un langage souvent très cru, la noirceur est omniprésente. L'auteur nous raconte une société totalement immorale, lubrique, cupide et dépravée, sans foi ni loi et je dois dire que ça m'a glacée. Est-ce une histoire de culture ou d'époque ? Cependant il y a une relation passionnelle entre deux hommes, secrète évidemment, dont les étreintes sont appelées par les deux amants, avec poésie, tête de dragon et queue de phénix, le yang et le yin qui symbolisent l'union parfaite du Ciel et de la Terre, du Roi et de la Reine, de l'énergie et de la douceur.

Le talent de ce roman, c'est d'être amusant, souvent, et même réjouissant, alors qu'il y a un vrai fond de violence et d'atrocité, du début à la fin.

J'ai tout de suite aimé cette histoire. D'abord c'est dépaysant et puis la Chine me fascine. Mais plus que tout, c'est Hong Kong qui a fait vibrer mon petit cœur car mon voyage là-bas reste un de mes plus beaux souvenirs. Et quand je lis les noms de Kowloon, Tsim Sha Tsui, Causeway Bay, Wan Chai, Queen's Road East, et tant d'autres, j'y suis de nouveau. Connaître l'histoire de Hong Kong, celle qu'on n'a pas vue car disparue sous les bombes pendant la guerre, c'était passionnant mais aussi ahurissant. Cependant, tous les dessous et détails des tractations entre hommes influents, que ce soient des politiques, des militaires ou des mafieux, m'ont un peu perdue et beaucoup moins intéressée que les histoires et les vies des nombreux personnages dont Hong Kong est l'élément central. Je n'imaginais pas autant de noirceur derrière la façade.
J'ai beaucoup aimé le voyage dans cette culture aux antipodes de la nôtre, que j'ai trouvé enrichissant autant qu'affligeant concernant la nature humaine.

 

Citations :

Page 41 : Afin de satisfaire Ah Kuen, Pakchoi ingurgita toutes sortes de fortifiants : pénis de bœuf, rognons de porc, testicules de coq, crevettes vivantes, œufs de poissons, ciboule, loches, viandes ou légumes, tout cela sans aucune restriction et sans qu’il put dire lequel agissait.

 

Page 62 : Il ne lui restait manifestement plus qu’à aller chercher fortune ailleurs, quitter son pays natal, quitter l’armée, quitter la province du Guangdong. Pakchoi décida finalement d’aller à Hong Kong. Quand ils avaient des ennuis, tous les hauts dignitaires filaient vers le sud. Hong Kong a toujours été un refuge en période de troubles, un asile pour tous ceux qui n’avaient plus nulle part où aller.

 

Page 78 : L’existence de toutes ces jeunes filles était presque toujours la même : à l’âge de onze ou douze ans, leurs parents les vendaient à des cabarets pour devenir de jeunes zyu fa, des fleurs-esclaves destinées à la prostitution. On leur apprenait à chanter, à boire, à obtenir des hommes ce qu’elles voulaient.

 

Page 156 : Dès l’instant où notre corps a été violenté, nous avançons à l’aveugle, pas à pas, sur un chemin couvert de ronces, avec difficulté ; et pourtant, les mains et les pieds en sang, nous nous disons que tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir.

 

Page 195 : Plus tard, les autorités interdirent la prostitution, mais les bordels pour Occidentaux et leurs clients ne disparurent pas pour autant. Ces activités ne firent que se déplacer vers des lieux plus discrets et subsistèrent sous des formes plus clandestines, car la demande ne faiblissait pas. Quand une porte se ferme, une autre s’ouvre.

 

Page 299 : Les Anglais sont trop naïfs. On ne sait pas quand, mais un jour les Japs seront là. Et les Anglais, avec leurs vieux fusils et leurs canons déglingués, ne pourront pas défendre la ville.

 

Page 370 : Dents-de-lapin eut un sourire forcé ; dans ses yeux se lisait une crédulité feinte. Namchoi n’en demandait pas plus, car tans que son interlocuteur n’avait pas percé à jour ses mensonges, il ne devait rien concéder. N’importe quel postulat pouvait passer pour vrai, l’essentiel étant d’offrir une version à laquelle tous pouvaient se raccrocher. Si invraisemblable qu’elle fût, elle avait le mérite d’exister, comme une planche flottant sur l’océan qui, si mince soit-elle, peut vous sauver la vie.

 

 

 

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Mon avis : Virgule le chat… et compagnie – Julien Rocha

Publié le par Fanfan Do

Six histoires félines parsemées d’humour et de tendresse

 

Autoéditions

 

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Quatrième de couverture :

À lire pour rire, sourire et s'aérer l'esprit.
NI PLUS, NI MIAOU.

Parsemé d’humour, de tendresse… et d’amour vache ; ce livre pique, ronronne et fait du bien.

Chats sarcastiques. Chats attachiants.
Des chats, quoi.

P.S. : Si vous aimez les chats, vous allez adorer Virgule. Si vous n’aimez pas les chats, vous allez adorer détester Virgule.

 

 

 

Mon avis :
Virgule nous raconte sa petite vie de chat et ça rappelle plein de souvenirs quand on a eu soi-même des chatons. Né dans des combles, avec deux frères et une sœur, une maman dévergondée, dixit Virgule, car tous ont des pères différents, nés à l'automne contrairement à la majorité des chats. Maman chat leur apprend tout de la chasse pour leur survie ainsi que de la cruauté dont ils font preuve avec leurs proies. Puis, avant de revenir nous raconter la suite de ses aventures félines, il laisse la parole à Pelote, chatte des rues, obligée de faire les poubelles et de se méfier des deupats (ceux qui marchent sur deux pattes). Puis le "maître", même si les chats, c'est bien connu n'ont ni Dieu ni maître. Lui nous fait part du problème des contingences bassement matérielles, qu'on peut aussi appeler la litière, se demandant si son chat ne se fout pas un peu de lui, suivi par la version très différente du chat sur cette maudite litière, qui lui se demande si son humain n'est pas un poil teubé sur les bords.

J'ai particulièrement aimé le chapitre où Jules nous parle de sa dépression et de son petit Bouddha ronronnant qui l'aide tant à aimer la vie.
Outre l'hommage rendu aux chats, ces petits êtres doux, mignons et mystérieux, petits fauves domestiques, ces doudous qui sont du baume au cœur quand on est triste ou seul, il y a un regard intéressant sur la tristesse de l'urbanisation et l'uniformisation qui va avec.

C'est mignon, normal quand il s'agit des chats, drôle, et parfois triste.
En revanche, entre les campagnols, les insectes et les rats qui servent de repas aux chats, c'est mieux d'avoir le cœur bien accroché… ça m'a rappelé les rats crevés et les moitiés de lézards que mes chats me déposent régulièrement en offrande dans la maison... Beurk !!!
Dans l'ensemble c'est assez drôle. Les anecdotes de Virgule sur les bêtises avec Nounouille, Fripouille et Bouboule, et les ruses de chats pour se jouer de nous humains m'ont beaucoup amusée.

À la toute fin, après les (més)aventures de Virgule, j'apprends que 
Julien Rocha, l'auteur, est bénévole à la SPA et aux Restos du chat (dont j'ignorais l'existence). Et pour moi ça fait de lui un héros. Car oui, j'ai une folle passion pour les chats et pour les animaux en général, tellement maltraités par les humains.

 

Citations :

Page 18 : Ce furent aussi mes premières expériences de chasse. Petit à petit, l'oiseau fait son lit. J'ai donc commencé à jeter mon dévolu sur les insectes. J'avais une nette préférence pour les rampants. C'était plus facile à attraper et on pouvait faire durer le plaisir.

 

Page 114 : Bouboule est écolo avant l'heure. Sa consommation d'énergie est réduite au maximum. Après le repas, c'est bien connu, rien de tel qu'une sieste réparatrice. Et le soir, dès la fin du dîner, elle ne perd pas de temps et va directement au lit.

 

 

 

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Mon avis : Ravage – Ian Manook

Publié le par Fanfan Do

Éditions Paulsen

 

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Quatrième de couverture :

Red Arctic, hiver 1931. Une meute d'une trentaine d'hommes armés, équipés de traîneaux, d'une centaine de chiens et d'un avion de reconnaissance pourchasse un homme. Un seul. Tout seul. C'est la plus grande traque jamais organisée dans le Grand Nord canadien. Pendant six semaines, à travers blizzards et tempêtes, ces hommes assoiffés de vengeance se lancent sur la piste d'un fugitif qui les fascine. Cette course-poursuite va mettre certains d'eux face à leur propre destin. Car tout prédateur devient un jour la proie de quelqu'un d'autre...
Avec cette chasse à l'homme à couper le souffle dans le Grand Nord canadien, Ian Manook signe un prodigieux roman noir sur fond blanc.

 

Ian Manook a silloné le mond pour son plaisir, puis en qualité de journaliste avant de se consacrer à l’écriture. Il se fait remarquer en 2013 avec Yeruldelgger, puis signe une trilogie de thrillers islandais, territoire dont les légendes et croyances l’ont également inspiré pour son roman À Islande ! (Paulsen). Il livre ici le récit d’une impitoyable traque dans le Grand Nord Canadien.

 

 

Mon avis :
Qu'est-ce qui m'a pris de choisir ce livre ??? Moi qui déteste le froid ! Il représente pour moi la mort qui approche, qui guette le bon moment. C'est sans aucun doute cette couv sublime qui m'a attirée. Car on est instantanément dans le vif du sujet, dans le froid absolu, celui qui tue, dans l'Arctique, là où rien ne devrait vivre à mon avis, car rien n'y est propice à la vie. Un moment d'inattention et on meurt gelé. le musher en sait quelque chose, lui qui tente de rejoindre l'hôpital pour sauver Billy qui gît inconscient dans le traîneau que les chiens tirent comme des enragés dans le blizzard. Des loups arctiques rôdent, "Blancs dans le grand blanc que souffle la tempête. " Danger invisible mais réel. L'enfer sur terre. Dès le prologue la douleur est omniprésente.

Poste avancé de Red Arctic, décembre 1931. Des hommes s'apprêtent à partir à la recherche de Jones, trappeur solitaire et inquiétant, qui a tiré sur Billy, représentant de la Gendarmerie royale, à travers la porte de sa cabane, lors d'un contrôle arbitraire.
Onze hommes et soixante-trois chiens vont se lancer à sa poursuite à travers l'Arctique gelé. Ils "disparaissent dans le néant que devient sous la neige n'importe quel village de ce pays", filant à toute vitesse vers leur chasse à l'homme. On assiste à cette traque insensée, dans cet air glacé, dont les cristaux de neige leur abraseraient les bronches s'ils les respiraient, dans ce froid mordant, au lieu d'être au chaud chez eux.

La meute est composée d'hommes pleins de haine, sauf le constable Harry 
Bauwen ou bien Wright le pilote, qui eux, comprennent Jones et voudraient le protéger d'un possible lynchage car ils éprouvent une certaine empathie pour cet homme qui voulait juste qu'on le laisse tranquille.
Lorsque la poursuite s'éternise et que les gendarmes ont fait appel à un équipage et son avion, on en vient à se demander qui traque qui. Car Jones, si c'est bien son nom, demeure insaisissable alors qu'il semble ne jamais être très loin de ses poursuivants, comme s'il leur tournait autour lors d'un jeu du chat et de la souris dans un décor glacé par moins 40° en plein blizzard.

Hormis la traque, on a là un magnifique panorama de la vie de la nature, de cette faune adaptée à la vie dans ces froids extrêmes : carcajous, bœufs musqués, caribous, lagopèdes, loups arctiques. Mais on est aussi face à un mode de vie particulier, soumis aux rigueurs d'un climat effroyable, avec ces humains, les Loucheux, des autochtones, des trappeurs, des coureurs des bois et les gendarmes en poste et leurs familles. D'une certaine façon c'est envoûtant autant que rebutant. "Les gens qui vivent ici sont moitié perdus, moitié condamnés. Loin du temps fou des grandes villes."
Plus j'avançais dans l'histoire plus je me demandais quel serait le sort de Jones. Serait-il capturé ? Tué ? Ou disparaîtrait-il sans laisser de trace ? Car ce récit, basé sur une histoire vraie est tout simplement sidérant. Jones m'a fait pensé à un autre personnage ayant existé : 
Simo Häyhä "la mort blanche" dans Les guerriers de l'hiver d'Olivier Norek. Tous deux semble avoir eu la capacité hors norme de supporter des froids extrêmes et d'y survivre au delà de toute logique.

Il y a des moments d'une infinie beauté, d'une poésie émouvante qui remuent les tréfonds de notre ADN primitif dans ces lieux où il ne fait aucun doute que la nature est souveraine et implacable. Et dans la noirceur de cette sombre quête, au milieu de ce no man's Land immaculé, il y a quelques traits d'humour qui m'ont fait rire mais aussi une réflexion intéressante sur le monde et l'humanité.

Ce récit est tellement immersif que j'ai eu froid tout le long de ma lecture. Mais pas un petit froid de chez nous hein ! Un froid pénétrant, qui m'a fait toucher du doigt la douleur d'être dehors en pleine tempête de neige au cœur de l'hiver. Ce froid qui vous glace les extrémités et fait terriblement souffrir, lorsqu'on est gelé jusqu'aux os.
À la toute fin, j'ai pensé à la phrase d'un des personnages : tout ça pour un permis de trappe... c'est tellement pathétique la tournure que peuvent prendre certains événements, anodins au départ.

 

Citations :

Page 18 : Le blizzard forcit de nouveau et souffle la neige à l’horizontale. Un épais rideau. La visibilité se réduit. Le musher devine son chien de tête plus qu’il ne le voit. Le risque, maintenant, c’est le grand blanc, le white out, cette blancheur aveuglante qui efface tout repère, trompe les sens, trahit la vision et l’équilibre, et désoriente les meilleurs équipages dans des immensités désertiques et glacées dont bien des hommes ne sont jamais revenus.

 

Page 21 : Il commande aux chiens, mais c’est lui qui se met au diapason, scrutant leur mouvement pour le compenser aussitôt en pesant sur un patin ou l’autre. Sans perdre de vue les loups qui, imperceptiblement, se rapprochent sur les côtés. Il ne peut s’empêcher de les admirer. Mécanique de survie, superbes et endurantes. Large poitrail, cou massif, mais longue gueule en pointe avec une mâchoire deux fois plus puissante que celle de ses chiens. Yeux d’or et poil immaculé. Des pattes puissantes et longues qui leur permettent de moins s’enfoncer dans la neige. Un pelage épais qui ne gèle pas, même par des températures extrêmes.

 

Page 56 : À Aklavik, le bon docteur Söderlund rafistole des gaillards lacérés par des ours en colère, broyés par des troncs mal abattus, défigurés par des explosifs ou piétinés par des ravages.

 

Page 73 : Le vent est tombé d’un coup, un froid glacé a figé la nuit. Les hommes restent engoncés dans leurs vestes épaisses, bottes aux pieds et moufles aux mains, le nez dans un foulard de laine ou dans la fourrure de leur capuche. C’est l’heure critique des solitudes où la froidure saisit les âmes, à se demander ce qu’on fait, par moins quarante, à quatre jours de traineau de chez soi, à se geler en attendant de donner l’assaut à la cabane d’un fou qui n’hésitera pas à canarder.

 

Page 133 : Curieusement, la nuit a été de cristal. À moins quarante-cinq degrés, le noir devient cassant. Cette curieuse impression que le monde entier se fige dans un bloc de menthe translucide. Que les rondins des cabanes, vitrifiés par le froid, pourraient voler en éclat au moindre choc.

 

Page 189 : — Hey, il a raison, intervient Neville, on frotille pas pour frencher et on danse pas la fly à l’air, mon gars, alors t’arrêtes de parler à travers ton chapeau, tu te calmes le pompom.

C’est quoi, ce charabia ? Grogne Claudel qui ne comprend rien au québécois de Neville.

 

Page 213 : Ces objets offerts par les Loucheux accompagneront Bauwen dans son dernier voyage. Son ombre restera autour de sa tombe, pour demeurer proche de ceux qui l’ont aimé, mais son âme, elle, partira pour le royaume des loups, à l’ouest, et marchera le long des étoiles jusqu’au bout de la Voix lactée où s’ouvre l’éternel et infini territoire des morts.

 

Page 282 : — Walker, vous n’êtes que quatre constables de la Gendarmerie royale sur plus d’une vingtaine d’hommes, réplique Wright. Le reste n’est qu’un ramassis de mercenaires à la petite semaine, qui n’ont que le courage de la meute à qui on promet une proie épuisée.

 

Page 288 : — Le loup à l’ouest est l’alpha, explique Walker. Son cri bas et long est un appel aux autres, c’est lui qui les a convoqués. Un phare sonore dans la nuit. Ceux qui hurlent au nord-est ont été dispersés par la chasse et il les rameute. Le second de la bande est avec eux. Son hurlement est plus aigu que celui de l’alpha. Chacun a avec lui des gamma et des oméga.

 

 

 

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