Mon avis : La fille qui ne voulait pas se taire – Abi Daré
Traduit de l’anglais (Nigeria) par Laura Derajinski
Éditions Harper Collins AU GRÉ DU MONDE
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Quatrième de couverture :
Trente-cinq mille nairas, quatre béliers et deux sacs de riz : c’est le prix de la fiancée contre lequel Adunni, quatorze ans, est vendue par son père à un vieil homme dont elle devient la troisième épouse. Brisant la promesse qu’il avait faite à sa femme sur son lit de mort, le père d’Adunni arrache du même coup à sa fille son rêve d’enfance : poursuivre son éducation, devenir maîtresse d’école, donner à entendre sa voix d’adolescente nigériane.
Livrée aux assauts d’un mari qui attend d’elle un fils et à la violence de la première épouse, Adunni trouve son seul réconfort dans la présence aimante de Khadija, la deuxième épouse. Jusqu’à ce que la tragédie frappe de nouveau…
Mais Adunni ne sera pas réduite au silence. Dans un murmure, une chanson, une langue malhabile, elle parlera – et sa voix sera puissante.
Paru en 2020 et enfin traduit en français, La fille qui ne voulait pas se taire est devenu un phénomène littéraire, conquérant un demi-million de lecteurs dans plus de vingt pays grâce à un bouche-à-oreille époustouflant. Recommandé par Malala Yousafzai, cet ouvrage important est désormais lu dans les écoles à travers le monde.
Abi Daré a grandi à Lagos, au Nigeria, avant de s’installer au Royaume-Uni pour y poursuivre des études de droit et d’écriture créative. La fille qui ne voulait pas se taire est son premier roman.
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Mon avis :
Nigeria.
Adunni nous parle d'elle, de sa vie, de ses rêves, de sa triste réalité. Elle va épouser Morufu. Elle a quatorze ans et n'a pas envie d'épouser "un vieux débile". Elle voudrait retourner à l'école et apprendre le métier de maîtresse. Mais son père l'a vendue, trahissant ainsi la promesse faite à son épouse mourante. Vendue contre quatre béliers, des poules, du riz, et de l'argent, à un homme qui a déjà deux épouses et quatre enfants, que des filles. Il compte sur Adunni pour lui donner un fils, et très vite.
Plus pernicieux que le "tribunal" des réseaux sociaux ici, il y a là-bas un "tribunal" populaire, celui de la foule dans les village. Si une personne en accuse une autre d'un quelconque méfait, la foule se jette dessus pour la frapper, la lyncher, la brûler, la tuer, sans autre forme de procès, sans chercher à savoir la vérité. Adunni a très peur de cela.
Petite villageoise, elle est ignorante et très premier degré, sans filtre mais aussi très curieuse de tout, elle parle tout le temps et pose sans arrêt des questions. Dans son nouveau foyer elle est sans cesse agressée par la première épouse de son mari mais trouve une sorte de grand soeur dans la deuxième, Khadija. Mais voilà, la vie est souvent pleine d'imprévus et Adunni va l'apprendre à ses dépens.
J'ai dévoré ce livre, vraiment ! J'ai tremblé pour Adunni. Durant sa nuit de noce, j'ai ressenti son calvaire, sa peur, son dégoût et sa honte. Je me suis sentie tellement privilégiée de vivre ici et maintenant. Car elle, tout le monde la maltraite et elle n'est absolument pas armée pour se défendre. Cependant, parfois elle trouve des alliés, des gens bien qui cherchent à l'aider.
Son rêve de devenir maîtresse d'école va la porter, aidée par quelques personnes bienveillantes dans ce nid de vipères. En cela cette histoire est lumineuse. Car Adunni ne cesse jamais d'espérer malgré la peur et les coups. Elle se dit que c'est dur d'avancer dans une vie sans argent et pleine de souffrances. Son histoire, c'est celle de ces femmes nées pauvres et ignorantes dans ce pays, mais au fond dans beaucoup d'endroits du monde. Au passage on apprend beaucoup sur l'histoire du Nigeria, sur les différents statuts sociaux, les croyances et superstitions, les rituels en tous genres, grâce, entre autre, à un livre que Adunni à trouvé et qu'elle lit jour après jour : le Livre des réalités nigérianes. Ce qui m'a le plus étonnée, c'est que là-bas l'école est payante. Ce qui explique que les pauvres, dans leur grande majorité, restent pauvres car ils n'ont pas accès à l'instruction. Mais c'est évidemment pour les femmes que la situation est la pire car on décide de tout pour elles, et bien souvent de la part de certaines, pas de sororité, essentiellement de la rivalité.
Dans ce pays, l'esclavage moderne est une triste réalité. C'est terrible une société où on écrase les rêves des filles parce que seuls importent les désirs des hommes. Pour eux, tous les droits. Pour elles, tous les devoirs.
On sort avec la joie au cœur de ce roman très dur mais très beau.
Citations :
Page 12 : On a un télé-viseur dans le salon ; il marche pas. Born-boy, le premier-né de la famille, il l’a trouvé dans une poubelle y a deux ans quand il travaillait comme éboueur dans le village voisin. On le met là juste pour faire joli. Il fait bon effet, on dirait un beau prince dans notre salon, à l’angle de la pièce près de la porte d’entrée.
Page 15 : Mon cœur se brise doucement parce que j’ai que quatorze ans, presque quinze, et j’ai pas envie d’épouser un vieux débile. Parce que je veux retourner à l’école et y apprendre le métier de maîtresse, et devenir une adulte et avoir de l’argent pour conduire une voiture et habiter dans une belle maison avec un canapé où y a des coussins, et puis aider mon papa et mes deux frères.
Page 50 : J’ai regardé, encore et encore, même quand Morufu s’est allongé et a baissé le front au sol sept fois devant Papa, que Papa a pris ma main froide et inerte, qu’il l’a mise dans celle de Morufu en disant : »voilà ton épouse, à partir de maintenant et à jamais, elle est à toi. Fais d’elle ce que tu voudras. Utilise-la jusqu’à ce qu’elle soit inutilisable !
Page 76 : Mais je veux rien faire naître, moi. Comment une fille comme moi peut faire naître un zenfant ? Pourquoi j’aiderais à remplir le monde de zenfants tristes qui auront même pas la chance d’aller à l’école ? Pourquoi continuer à en faire un endroit immense, triste et silencieux, où les zenfants ont pas le droit d’avoir une voix ?
Page 95 : J’aurais préféré être un homme, mais je le suis pas, alors je fais la seule chose permise. J’épouse un homme.
Page 263 : Je suis pas sûre de comprendre de quoi elle parle, Ms Tia, ni pourquoi elle appelle les gens de l’Étranger noirs et blancs, alors que les couleurs, c’est pour les crayons, les feutres et ce genre de trucs. Je sais qu’on a pas tous la même couleur de peau dans le Nigeria, même moi, Kayus et Born-boy, on a pas la même couleur de peau, mais personne appelle les autres noirs ou blancs, on s’appelle juste par notre nom : Adunni, Kayus, Born-boy. C’est tout.
Page 319 : Le marché de Balogun, c’est une longue rue pleine de beaucoup de gens et de bruit. Je pense que Dieu a rangé une ville entière dans une valise, il a voyagé jusqu’à cette rue, il a ouvert sa valise et toute la ville est sortie d’un seule coup.
Page 373 : Il faut deux personnes pour faire une bébé, alors pourquoi y a qu’une seule personne, la femme, qui souffre quand un bébé ne vient pas ? Parce que c’est elle qui a les seins et le ventre pour être enceinte ? Ou pourquoi, alors ? J’ai envie de demander, de hurler, pourquoi les femmes dans le Nigeria, elles souffrent toujours plus que les hommes ?
Page 430 : Je pleure pour Papa, qui pense qu’une fille ça ne sert à rien, que c’est juste un déchet bon à jeter, une chose sans voix, sans rêves, sans cerveau.
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