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Mon avis : Génia & Aimé – Génia Obœuf

Publié le par Fanfan Do

Éditions Alisio

 

Mon avis sur Insta c'est ici

 

Quatrième de couverture :

Déportée en 1943 à Auschwitz, Génia est internée dans le bloc 10 des expérimentations. Elle a 19 ans.

Au plus profond de l’horreur survient cette rencontre inattendue et salvatrice avec Aimé, résistant communiste, arrivé par le convoi dit des « 45 000 » et affecté un temps au bloc 11. Ensemble, ils résistent.

Séparés lors de l’évacuation du camp et des marches de la mort qui les conduisent l’une à Ravensbrück, l’autre à Mauthausen, ils se retrouvent à Paris. Tous deux décideront de faire activement savoir ce qu’ils ont vécu.

Le récit inédit de Génia, qui épousera Aimé Oboeuf après leur retour en France, fait triompher au coeur des camps de la mort, la force de l’amour et de la solidarité.

« [Génia est] une femme qui a rencontré le crime, l’horreur et la mort sans jamais abdiquer son humanité. Un hymne à la vie saisissant de densité et de vérité. »

Johann Chapoutot,

Professeur à la Sorbonne. Auteur de La loi du sang. Penser et agir en nazi, éd. Gallimard, réédition 2020, prix Yad Vashem.

Génia Oboeuf était l’une des dernières rescapées de la Shoah. Décédée en 2021, elle n’a cessé de témoigner depuis son retour des camps, notamment auprès des jeunes. Vanina Brière est professeure-documentaliste dans un lycée de l’Orne et Arnaud Boulligny est chercheur au sein de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation. C’est lors d’un congrès qu’ils rencontrent Génia Oboeuf et, conscients de l’urgence àtransmettre la parole des derniers survivants, ils lui proposent de l’accompagner dans l’écriture de son témoignage. Vanina Brière est professeure-documentaliste dans un lycée de l’Orne et Arnaud Boulligny est chercheur au sein de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation. C’est lors d’un congrès qu’ils rencontrent Génia Oboeuf et, conscients de l’urgence àtransmettre la parole des derniers survivants, ils lui proposent de l’accompagner dans l’écriture de son témoignage.

 

 

Pourquoi j’ai voulu lire ce livre :

Il faisait partie de mes choix lors du Masse Critique non fiction sur Babelio.

 

Mon avis :
"Ce livre en forme de témoignage est une invitation à la vigilance, à la résistance face aux discours démagogiques, racistes, xénophobes et antisémites qui représente un danger, toujours latent, de remise en cause de la démocratie."
Cette phrase qui clos l'avant-propos du livre résume sa raison d'être.

Génia est née en 1923 dans le quartier juif de Varsovie et deux ans plus tard sa famille a émigré à Bruxelles. Son enfance sent le bonheur simple de ceux qui n'ont pas grand-chose mais s'en contentent et sont heureux.
"Nous passons notre temps à inventer des jeux. Celui que je préfère est celui du tram : notre école étant située dans un tournant, nous ne le voyons pas arriver, alors dès que nous l'entendons approcher, nous essayons de deviner son numéro !"
Un monde qui n'existe plus…

Elle raconte ce qu'était sa vie avant les camps ainsi que celle d'Aimé, pourquoi et comment ils ont été déportés. Elle "coupable" d'être juive bien qu'athée, lui d'être communiste activiste. Auschwitz, Birkenau, les allemands hurlants, sauvages, cruels. Alors c'est vrai que tout ça, on connaît, plus ou moins, mais elle a une façon de raconter qui diffère des autres récits car étrangement je l'ai trouvé moins noir. Comme si une petite lueur l'éclairait.

Bien sûr il y a des moments d'horreur absolue, parce que, ce que les allemands ont osé faire est inimaginable. Les expériences pour stériliser efficacement ces femmes, ces médecins nazis sans coeur et sans âme, qui jouent aux apprentis sorciers sans scrupules ni sentiments, sur des cobayes humains, tout est glaçant.

Un jour elle rencontre Aimé parmi les prisonniers français. Ils chantent tout le temps au milieu de ce cauchemar, comme pour garder à distance la noirceur nazie. Lui qui a un moral à toute épreuve lui communique un peu de son courage.
Leur altruisme, leur générosité, leur humanisme les rapprochent inévitablement.

Le récit est plutôt factuel, pas de mélo ici ni de larmoiements, mais des faits, principalement des faits. Je n'ai pas eu le coeur serré quant au sort de ses proches car Génia raconte essentiellement les événements tels qu'ils se sont passés, assez froidement, sans chercher à nous tirer des larmes, mais juste pour nous rappeler que ce qui est arrivé peut se reproduire si on n'est pas vigilants.

Et puis à la fin quand-même une petite larme, quand c'est la vie qui gagne, car, que penser quand dans un lieu de torture et de mort on rencontre l'amour de sa vie ?

Merci aux Éditions Alisio et à Babelio Masse Critique pour m'avoir permis de découvrir cette histoire.

 

Citations :

Page 37 : Dans ma classe, à l’école de filles, nous sommes six juives parmi la trentaine d’élèves, dont certaines, arrivées très récemment, parlent encore mal le français. Mais cette situation ne pose problème à personne, l’antisémitisme n’existe pas.

 

Page 41 : Dès ma prime enfance, je suis baignée dans cette France des lumières prônant l’émancipation des peuples, l’ouverture d’esprit ou l’athéisme.

 

Page 85 : Rasées, marquées comme du bétail, affublées de nos uniformes, socques en bois au pied, nous traversons le camp tels des zombies.

 

Page 119 : Très bavarde et curieuse de tout, j’aime échanger avec ces femmes d’horizons si divers. Sauf avec les Polonaises car leur haine des Juifs transpire à chacune de leurs paroles. Elles ne sont pas très cultivées, et le poids écrasant de la religion empêche toute discussion, tant elles restent convaincues que les Juifs ont tué Jésus.

 

Page 169 : Les gens me semblent tellement futiles. Pour beaucoup, ils n’ont pas la moindre idée de ce que j’ai vécu. Ils me disent : « Eh bien, ça a dû être terrible, tu as dû avoir faim... » Avant d’ajouter illico : « Tu sais, nous aussi nous avons eu faim, nous avons été obligés de manger des pommes de terre ! » Je n’ose même pas leur répondre.

 

Page 190 : Il faut aimer les jeunes pour pouvoir discuter avec eux. Je les trouve vraiment très intéressants, souvent bien plus que les adultes.

 

 

 

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Mon avis : La mulâtresse Solitude – André Schwarz-Bart

Publié le par Fanfan Do

Éditions Points

 

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Quatrième de couverture :

Elle n’est ni noire ni blanche. Solitude, la fille mulâtresse d’une Africaine arrachée à son village par des trafiquants d’esclaves, est condamnée à servir les Blancs. Mais dans ses veines brûle le feu de la révolte. Aux côtés de Maïmouni et des troupes noires cachées dans les forêts de la Soufrière, elle lutte pour la liberté.

Un vibrant hommage à une femme de légende de l’histoire des Antilles.

André Schwarz-Bart (1928-2006) entre en résistance en 1943 après la déportation de sa famille. Il est l’auteur du Dernier des justes (prix Goncourt 1959) et d’Un plat de porc aux bananes vertes, coécrit avec son épouse Simone Schwarz-Bart, qui constitue le prélude de La Mulâtresse Solitude. Ses livres sont disponibles en Points.

 

 

Mon avis :
Afrique 1750. Bayangumay vient au monde dans l'Afrique des griots, cette Afrique de traditions ancestrales où dès leur naissance les filles sont promises…
Une nuit les trafiquants d'esclaves attaquent son village, elle est emportée.

Rosalie nait d'un viol perpétré sur le bateau qui amène sa mère en Guadeloupe vers son destin d'esclave.

Si au début je me suis ennuyée, ensuite j'ai été fascinée et terrifiée par les descriptions que l'auteur nous fait du sort de Bayangumay. Vieille avant l'heure, mutilée, devenue boiteuse, défigurée, flétrie par les tortures infligées par les blancs. J'ai toujours du mal à imaginer que des humains aient pu infliger de telles souffrances sans états d'âme, et peut-être même avec une délectation malsaine dans un sentiment de toute puissance. Et pourtant...

C'est le sort des esclaves, ramenés aux rang d'animaux voire pire, qui nous est raconté là, à travers la vie de 
la mulâtresse Solitude qui a existé. C'est terrifiant de cruauté et de mépris. L'homme blanc s'est toujours cru au dessus du reste de l'humanité, mais pourquoi donc ?

Née Rosalie du nom d'une morte car les prénoms se recyclent chez les maîtres, surnommée Deux-âmes à cause de ses yeux de couleurs différentes, avant de devenir Solitude, elle sera une cocotte pour la petite demoiselle de la maison, parce qu'elle est jolie. Elle sera comme un petit toutou gentil et obéissant. Mais au fond d'elle, la révolte bout, face à toutes les cruautés des blancs envers ses frères et soeurs de couleur.

Il y a de nombreux passages insupportables, révoltant, sidérants : "Et la petite fille se demanda ce qu'elle préférait : si c'était de tourner en chien à forme de chien, ou bien en chien à apparence humaine, tel ce nègre efflanqué, tout en os, qu'elle avait vu avec Mlle Xavière, le jour de la visite aux voisins du Bas-Carbet ; ce vieux nègre tout nu dans sa niche, les yeux clos, un collier de fer autour du coup."

Mon intérêt pour ce récit a pris les montagnes russes malgré de très belles envolées poétiques. La narration, les termes parfois employés, sans lexique pour éclairer le lecteur mais que je crois avoir compris plus tard - nègres d'eau salée (africains), nègres d'eau douce (nés en esclavage), nègres marrons (fuyards) - mais aussi les formulations et tournures de phrases m'ont empêchée de garder un intérêt constant pour l'histoire. Rien n'est explicité dans le détail, tout paraît onirique et donc tortueux.
Pourtant il s'agit d'une page d'histoire importante, celle des révoltes d'esclaves dans les îles, où la souffrance absolue et la négation de leur humanité les à poussés à un déchaînement de violence dans un seul but, la liberté ou la mort.
L'auteur ne nous dit pas clairement à quel moment de son récit l'esclavage a été aboli ni quand il a été réinstauré. Enfin si, il nous l'explique à la toute fin du roman. Jusque-là on se débrouille pour comprendre et vraiment je n'ai pas trouvé ça clair du tout. de plus, Solitude semble perpétuellement sous l'effet du cannabis ou sous acide… ou tout simplement folle.

Dans le même thème j'ai largement préféré un livre lu il y a des années, 
L'île sous la mer de Isabel Allende. Il traitait des révoltes d'esclaves à Saint Domingue, c'était effarant et captivant, car elle expliquait bien que c'était dans les îles que la cruauté envers les esclaves avait été la pire de toutes car ils étaient considéré comme du matériel qu'on pouvait casser et racheter, et que c'est ce qui avait amené à une révolte sanguinaire envers les blancs.

 

Citations :

Page 31 : Dyadyu, Dyadyu, je te rends grâces d’avoir fait de moi ta femme. Et Dyadyu ne répondait pas, et la toute jeune épouse cherchait une autre formule, et finalement elle laissa parler sa propre bouche : Dyadyu, Dyadyu, dit-elle, mon ventre s’honore de porter la graine d’un arbre tel que toi.

 

Page 49 : Les du Parc employaient le système du Fichier Perpétuel, qui suppose une exploitation stable, harmonieuse, dont les besoins en hommes et en chevaux ne varient pas. La liste des « forces » avait été établie une fois pour toutes : le nom des morts allaient aux vivants qui le rendaient le moment venu, avec l’âme.

 

Page 60 : Nous nous en allons dans la nuit

Nous marchons dans les ténèbres

Dans la douleur et dans la mort

 

Page 66 : Leur troupeau se bornait à une trentaine d’Africains, juste soutenus par quelques nègres d’Europe, comme on désignait, parfois, les manouvriers blancs.

 

Page 74 : Les tâches étaient dérisoires, et d’une facilité enfantine au regard des champs : sitôt la cloche, on se lavait soigneusement, on chassait l’odeur de négresse et puis l’on s’habillait de façon coquine, on aidait celles aux cheveux crépus à se faire une coiffure décente, on s’en allait à la cuisine déjeuner d’une mangue ou d’une crème au lait.

 

Page 80 : Et la petite fille se demanda ce qu'elle préférait : si c'était de tourner en chien à forme de chien, ou bien en chien à apparence humaine, tel ce nègre efflanqué, tout en os, qu'elle avait vu avec Mlle Xavière, le jour de la visite aux voisins du Bas-Carbet ; ce vieux nègre tout nu dans sa niche, les yeux clos, un collier de fer autour du cou.

 

Page 106 : Nègres, mes beaux nègres feinteurs, mes gentils nègres à ricanades savez-vous quoi ?… parfois je me demande pourquoi Dieu Dieu a créé l’homme blanc, et ça me turlupine, là, dans ma grosse tête…

 

Page 114 : Ainsi, par exemple, elle prétendait ne pas retourner chez elle en bateau, comme font communément les nègres d’eau salée. Son intention était de faire le voyage à pied, sous la terre, où courent d’interminables galeries qu’empruntent les esprits Dahomey, et qui toutes les ramènent fatalement au village, disait-elle.

 

Page 148 : Le Blanc est pareil à Dieu, de quelque façon qu’on en use avec lui… il tue.

 

 

 

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Mon avis : Le livre du désert – Theo Clare (Mo Hayder)

Publié le par Fanfan Do

Traduit par Anne-Sylvie Homassel

 

Éditions Les Presses de la Cité

 

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Quatrième de couverture :

Ils sont treize, originaires des quatre coins du monde, et bien qu’issus de milieux différents, ils forment une famille : les Sensitive. Ensemble, ces hommes, femmes et enfants parcourent le Cirque, vaste désert dont ils sont prisonniers, à la recherche du Sarkpont, leur porte de sortie. Ils n’ont pour cela que douze chances et leur temps est compté… Dans un environnement hostile où des créatures assoiffées de sang sillonnent les nuits grises, leur quête peut s’avérer fatale.
Quelque part en Virginie, une adolescente tourmentée, obsédée par les déserts et les phénomènes météorologiques, est soudain victime d’hallucinations. Quand un concepteur de logiciels rencontré en ligne lui confie qu’il souffre des mêmes symptômes, McKenzie en vient à penser que ses parents lui cachent quelque chose…
Après 10 livres et plus d'un millions d'exemplaires vendus en France; l'auteur signe ici son dernier roman en deux volets qui paraîtra à titre posthume.

 

Theo Clare est Mo Hayder. Auteure de dix livres – dont sept ayant pour héros l’inspecteur Jack Caffery -, tous publiés aux Presses de la Cité, elle a souvent été comparée à Thomas Harris pour sa peinture sans concession de la violence. En France, Tokyo a été récompensé par le prix SNCF du polar et par le Grand Prix des lectrices de Elle. Theo Clare/Mo Hayder est décédée en juillet 2021.

 

 

Pourquoi j’ai voulu lire ce livre :

Mo Hayder est une autrice que j’aime énormément, dont la mort m’a vraiment choquée. J’ai été heureuse d’apprendre qu’un dernier roman d’elle allait sortir en deux parties, à titre posthume.

 

Mon avis :
Et voilà, dès la première page c'est tout l'art de 
Theo Clare, alias Mo Hayder (ou inversement puisque l'un comme l'autre est un pseudonyme), qui vous embarque instantanément dans l'histoire. Elle fait ça tellement bien !
J'ai tout lu d'elle et j'attendais impatiemment un nouveau roman pour retrouver ses personnages récurrents, Jack Caffery et Flea mais aussi le marcheur. Hélas, en 2021 on apprenait sa mort, prématurée. La tristesse et la consternation en somme.
Mais voilà, le manque de sa prose attendra encore un peu puisqu'elle a écrit un livre testament, en deux parties, ce qui retarde le moment de n'avoir plus rien de nouveau à lire d'elle.

Et donc, on est tout de suite pris dans l'histoire !
On slalome entre deux familles. L'une est la symbiose de personnages hétéroclites enfants et adultes, les Sensitive, venant de différents endroits de la Terre, qui vivent dans un désert dangereux où vivent des créatures sanguinaires, prennent soin les uns des autres et sont dans une quête primordiale et difficile, celle du sarkpont, sans savoir de quoi ça a l'air.
L'autre semble être une famille classique américaine, le père, la mère, deux garçons et une fille, McKenzie. Elle, se passionne pour la météorologie, l'eau, le vent, le sable, voit des choses que personne ne voit et se sent différente… de tout le monde, y compris de sa famille.
Quel est le lien entre ces deux familles ? Et surtout, quelle est l'origine de la première, pourquoi sont-ils dans ce désert et comment se sont-ils retrouvés là tous ensemble ? Sont-ils dans le présent ou le futur ? Dans une dimension parallèle ?? Dans un jeu de télé-réalité tout en l'ignorant ??? Et McKenzie, qui est-elle, ou peut-être, qu'est-elle ?
Je me suis posée dix mille questions pendant ma lecture.
Bien sur, peu à peu on apprend des bribes du passé des personnages…

Ce roman est scindé en deux parties. Dans la deuxième, on commence à avoir des réponses mais l'intérêt ne faiblit pas, bien au contraire, car la grande question demeure : POURQUOI ???

Avec ce roman, 
Mo Hayder à totalement changé de registre. Elle écrivait des polars, assez gores d'ailleurs, là elle nous offre un roman fantastique et c'est une réussite !!!
Petit Poucet de la littérature, elle sème ses petit cailloux que nous, lecteurs, suivons avec avidité, tant les personnages, les décors, l'histoire, nous laissent en apnée avec l'envie folle de ne pas en perdre une miette, sachant qu'un moment viendra où on sera scotché !
C'est hyper addictif et oppressant.

Et voilà, je suis arrivée au bout, J'AI ADORÉ !! Et maintenant je vais attendre impatiemment la suite, qui sera publiée dans un an peut-être… Snifff...

 

Citations :

Page 99 : -La plupart des filles, c’est genre « oh putain, je fais des rêves trop trop cochons avec Justin Biber ! », renchérit Tatum. Mais pas ma frangine. Ma frangine, c’est plutôt « aujourd’hui sur la plupart du continent antarctique, le vent soufflera à une vitesse de 150k/h. C’est dingue, non ? Tiens, et puis j’ai perdu mon ami le lézard, que je fréquente assidûment en tant qu’adolescente dysfonctionnelle. »

 

Page 457 : Ils prient pour l’âme des bêtes, se dit Yma. Elk semble d’ailleurs avoir plus de considération pour les animaux que pour les humains. Il dit souvent qu’ils ne sont pas aussi cruels que les hommes, qu’ils n’attaquent que lorsqu’ils ont peur ou faim.

 

Page 493 : Et pourquoi les religions monothéistes enseignent-elles la mise à sac de la Terre ?

 

Page 500 : L’humanité, songe-t-elle, amère, qu’a-t-elle donc pour elle à part son intelligence ? Ni compassion ni intuition.

 

 

 

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Mon avis : Blackwater – Tome 6 - Pluie – Michael McDowell

Publié le par Fanfan Do

Traduit par Yoko Lacour et Hélène Charrier

 

Éditions Monsieur Toussaint Louverture

 

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Quatrième de couverture :

Si le clan Caskey accuse le poids des ans, il est loin de s'être assagi : révélations écrasantes, unions insolites et réceptions fastueuses rythment leur vie dans une insouciance bienheureuse. Mais quelque chose surplombe Perdido, ses habitants et ses rivières. Le temps des prophéties est enfin venu.

 

 

Pourquoi j’ai voulu lire ce livre :

J’ai dévoré cette saga !

 

Mon avis :
Me voilà donc en possession de l'ultime tome de Blackwater que j'attendais impatiemment, et finalement je n'avais tellement pas envie de quitter Perdido et la famille Caskey que j'ai mis 48 heures avant de l'attaquer. Parce qu'une fois commencé, on ne peut plus s'arrêter ! Mais à la fin, c'est vraiment la fin.

Et vogue le navire de la famille Caskey ! Cette famille qui n'en finit plus d'être étrange, voire malsaine, croyant que le pouvoir et l'argent permettent tout, y compris sur ses propres enfants… et sans le moindre scrupule.
Les hommes sont effacés et les femmes sont des gorgones, calculatrices et sans états d'âme.
Pourtant il semble y avoir de l'amour. Ou bien serait-ce le sens du devoir uniquement ?

Et puis il y a quelques petits moments de douce terreur !..
Et puis la fin…
Le mystère Elinor...

Me voilà arrivée au bout de cette saga addictive, dont les 6 tomes sont aussi passionnants que les couvertures sont belles.
Merci beaucoup à 
Monsieur Toussaint Louverture d'avoir publié cette histoire en français et de nous avoir permis de découvrir les aventures de la famille Caskey !
Et maintenant, que vais-je lire.?.

 

Citations :

Page 101 : Un usurpateur est obligé de se montrer froid et inflexible ; un souverain peut se permettre d’être magnanime.

 

Page 223 : Inexorable et troublante, la pluie s’abat dans un tonnerre continu, plus forte que les conversations, plus forte que la musique, plus forte que le car de seize heures trente pour Mobile qui passe en trombe sur la route.

 

 

 

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Mon avis : Poet Warrior – Joy Harjo

Publié le par Fanfan Do

Traduit par Héloïse Esquié

 

Éditions Globe

 

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Quatrième de couverture :

« Pauvre petite, je t'emmène. Tu ne sais pas écouter. Tu ne sais pas parler. Tu ne sais pas chanter. Je t'enseignerai. » Joy Harjo nous entraîne le long de la route qui a fait d'elle une poète guerrière. Poète, elle l'est depuis sa naissance dans la banlieue de Tulsa, en Oklahoma. Enfant, elle écoute le bruit de la terre, et entend déjà la voix des Anciens. Guerrière, elle est obligée de le devenir?: pour résister à la violence d'un beau-père, au racisme de la police, au mépris réservé à toutes les personnes marginalisées. Poète officielle des États-Unis depuis 2019, Joy Harjo met en lumière dans ses mémoires l'envers du rêve américain. Née d'une mère cherokee et d'un père muscogee creek, elle est de tous les grands combats des peuples amérindiens, aux côtés de l'American Indian Movement. Dans ses poèmes, elle chante la grandeur et la cruauté d'un pays qui s'est construit dans la violence et le vol des terres de ses ancêtres. À sa voix se mêlent celles de tous ceux qui l'ont inspirée, des poètes aux musiciens, d'Emily Dickinson à Audre Lorde, de sa tante Lois au saxophoniste Jim Pepper. Entre la mélopée d'un chant traditionnel et la mélancolie d'un air de blues, Joy Harjo fait entendre l'hymne d'une nation qui se tient toujours debout.

 

 

Pourquoi j’ai voulu lire ce livre :

C’est un hasard total , je ne connaissais pas Joy Harjo, je n’en avais jamais entendu parler. Le Picabo River Book Club sur Facebook, groupe dédié à la littérature nord américaine, a proposé un partenariat avec les Éditions Globe et J’ai lu et comme je me passionne depuis toujours pour les Amérindiens et la condition féminine, j’ai tenté ma chance et j’ai reçu deux livres de Joy Harjo, pour mon plus grand plaisir.

 

Mon avis :
Me voilà donc repartie avec bonheur en immersion dans la vie de 
Joy Harjo avec cette suite, après Crazy Brave.

Toujours autant de bonheur à lire sa prose qui exprime si bien les choses, les sentiments, les épreuves, les ressentis, tout ce qui fait sa vie et celle de son peuple.


Joy Harjo reprend des éléments de sa vie qu'elle nous avait donnés dans Crazy Brave, mais en les racontant différemment, comme si elle avait grandi entre le premier et le deuxième opus, car tout est approfondi et on apprend beaucoup de choses nouvelles, notamment pourquoi et comment elle est devenue poétesse et activiste. Évidemment c'est toujours aussi poétique et imagé.

Il y a tous ces rêves qu'elle faits, ces présages qu'elle voit, qui lui indiquent la route à suivre, qui la préviennent. Ça paraît surréaliste mais elle y croit et ça la guide. Et si c'était elle qui avait raison ? Et si nous étions devenus infirmes, à moins que nous l'ayons toujours été, incapables que nous sommes d'être en harmonie avec les monde qui nous entoure, ce monde dont nous sommes un des éléments.

Il y a beaucoup de mélancolie et de quête de soi dans ce récit. Et le chemin jusqu'à elle-même a été extrêmement sinueux. En effet, qu'il est difficile de cultiver ses racines dans un monde qui fait tout pour les effacer, pour vous formater, pour vous faire oublier qui vous êtes tout en vous le balançant sans cesse en pleine face. Un monde qui veut que vous viviez comme les blancs mais en vous renvoyant toujours à votre couleur de peau. Ce monde qui oublie qu'il s'est installé chez vous et vous traite en indésirable.

Encore une fois merci infiniment aux Éditions Globe au #PicaboRiverBookClub et à Léa Touch Book pour ce partenariat sur 
Joy Harjo ❤ et tous les partenariats régulièrement organisés qui nous ouvrent de nouveaux horizons.
 

Citations :

Page 25 : Avant la déportation, nos peuples marchaient sur la corde raide de l’histoire. Les immigrants affluaient illégalement sur nos terres et réquisitionnaient nos champs et nos maisons alors même que nous les occupions.

 

Page 38 : La honte prend son origine dans le nœud du chakra sacré et remonte le long du corps comme une fumée qui sent la haine. J’ai découvert qu’elle peut s’y attarder pendant des années. Voire des générations.

 

Page 57 : La vérité ne sera jamais révélée assez tôt, s’écria une mère lorsque son bébé fut abattu, un revolver en plastique dans sa main de bébé, alors qu’il jouait au parc, par un homme qui croyait avoir reçu en partage la domination sur la Terre entière à cause de la couleur de sa peau, de l’argent sur son compte en banque, ou de sa religion.

 

Page 61 : J’aimerais dire à ma mère que je vois dans son histoire une histoire de courage, vu la force qu’elle a trouvée pour continuer et s’en sortir. Je suis la preuve de cette force ; grâce à ma mère, je suis.

 

Page 88 : Tant que nous n’aurons pas compris que nous sommes la terre et n’agirons pas en conséquence, chacun d’entre nous fera l’expérience de la douleur de cette séparation d’avec la connaissance sacrée, d’avec soi-même.

 

Page 135 : Nous étions les enfants perdus de la génération des internats obligatoires, les enfants de ceux qui avaient été arrachés, bébés, aux bras de leurs parents et de leurs grands-parents.

 

Page 138 : À la racine de la haine était leur savoir inconscient que leurs ancêtres avaient tué les nôtres et volé des terres et des ressources qui ne leur appartenaient pas. Si notre nombre, notre force ou notre savoir croissaient, nous risquions de nous rebiffer et de leur faire ce qu’ils nous avaient fait – ce qu’ils continuaient de nous faire.

 

Page 142 : Quand j’enseignais à l’IAIA, je préparais et donnais mes cours avec liberté et imagination. Je ne m’embarrassais pas de doutes paralysants sur mes choix et stratégies pédagogiques comme ce serait le cas quand je commencerai à enseigner à l’université. Comme les étudiants étaient tous des Indiens, nous partagions des postulats de base sur le monde dans lequel nous vivions. Cette génération d’étudiants indiens accordaient naturellement une grande valeur au pouvoir de la parole car ils étaient nés dans des cultures hautement sophistiquées dont les lois dépendaient d’une oralité bien construite, ou n’en étaient séparés que par une génération. C’était encore principalement les récits vivants qui assuraient la transmission des valeurs et de la culture.

 

Page 186 : Dans le récit judéo-chrétien de la Création, un serpent tient le rôle central de tentateur démoniaque d’une femme qui, parce qu’elle l’écoute et croque la pomme qu’il lui propose, se rend responsable de la perte du paradis et de la rétrogradation des femmes à un statut d’esclave. Je m’interroge sur le raisonnement caché derrière un panthéon culturel qui ne comprend aucune figure féminine de pouvoir, quand le monde naturel nous montre qu’aucune vie n’est créée sans l’union du mâle et de la femelle.

 

Page 191 : Elle était suffisamment âgée pour que la mort semble dans l’ordre des choses ; cependant, même si votre mère, votre père, votre parent, votre partenaire ou votre amie a plus de cent ans, son départ signifie qu’il ou elle vous quitte, et son absence laissera un trou dans votre histoire terrestre.

 

Page 218 : Ce sont les hommes rapaces qui ont volé la terre, qu’ils ont ravagée par des grands incendies visibles par des satellites qui volent à des kilomètres au dessus de nos têtes. Ils détruisent le poumon de la terre pour l’argent. Ils détruisent les eaux et les terres en épuisant le pétrole et les autres ressources précieuses de l’Amazone. Ils ont même organisé des expéditions de chasse pour massacrer les peuples indigènes qui y vivent et ils ont assassiné les dirigeants des populations qui prennent soin de ces régions. Ils sont tellement vides, tellement affamés par la haine et la cupidité qu’ils ont oublié qu’ils sont la terre et répondront à la terre.

 

Page 218 : Nous n’avions pas fini de prendre la mesure de la violence et de la destruction, qui s’étaient déchaînées lorsque Christophe Colomb avait débarqué dans notre réalité indigène. Lui et son équipage ont été accueillis dans les Indes occidentales par des peuples qui n’avaient jamais connu ni armes ni violence. Les colons ont tranché la tête de leurs hôtes, réduit le reste de la population en esclavage, et pris tout ce qu’ils ont pu de ces terres riches en ressources naturelles, y compris les jeunes femmes pour le trafic sexuel.

 

 

 

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Mon avis : Crazy Brave – Joy Harjo

Publié le par Fanfan Do

Traduit par Nelcya Delanoë et Joëlle Rostowski

 

Éditions J’ai lu

 

Mon avis sur Insta c'est ici

 

Quatrième de couverture :

Crazy Brave. Folle et Brave. Tels sont les noms que Joy Harjo a reçus en héritage de sa famille amérindienne. Fille d'une mère cherokee et d'un père creek, elle est née dans les années 1950 dans une réserve de l'Oklahoma.Ici, la violence et l'absence d'espoir sont le lot de bien des femmes. Mais très tôt, la petite Joy trouve une fenêtre sur le monde à travers les arts : le théâtre, la peinture, la poésie et la musique. En les mêlant aux traditions ancestrales de son peuple, elle crée un monde nouveau, où elle est enfin libre d'être elle-même.Figure iconique du féminisme, nommée "Poète lauréat des États-Unis" en 2019 et 2020, Joy Harjo nous livre son histoire dans ce récit lancinant, tour à tour sombre et lumineux. Une ode à la liberté et à la beauté. Une lecture puissante et inspirante.

 

Joy Harjo est l’auteure de dix recueils de poèmes acclamés par la critique. Artiste complète et militante féministe, elle enseigne l’écriture créative à l’université du Tennessee et a fondé un programme destiné à permettre aux jeunes filles de sa nation de s’exprimer par les arts.

 

 

Pourquoi j’ai voulu lire ce livre :

C’est un hasard total , je ne connaissais pas Joy Harjo, je n’en avais jamais entendu parler. Le Picabo River Book Club sur Facebook, groupe dédié à la littérature nord américaine, a proposé un partenariat avec les Éditions Globe et J’ai lu et comme je me passionne depuis toujours pour les Amérindiens et la condition féminine, j’ai tenté ma chance et j’ai reçu deux livres de Joy Harjo, pour mon plus grand plaisir.

 

Mon avis :
On a là un texte très poétique et l'autrice nous laisse entrevoir tout de suite que le choix de venir au monde nous appartiendrait, car notre âme a un parcours à effectuer et on doit trouver le chemin.
J'aime aussi l'idée qu'une histoire matricielle nous relié les uns aux autres.

J'ai tant aimé le sentiment qu'elle m'a donné de faire partie d'un Grand Tout, comme si nous étions en osmose avec l'univers.
Sauf que l'homme blanc ne le sais plus, ou peut-être ne l'a jamais su.


Joy Harjo nous raconte sa vie, ouverte sur des mondes parallèles qui lui appartiennent mais que la culture des blancs veut lui fermer avec son christianisme, ses pudeurs intempestives, ses carcans. Mais elle tient bon, elle voyage sur les ailes du vent, en connexion avec ses ancêtres et sa culture indienne. Car elle refuse de se laisser formater, elle puise sa force dans ses liens avec ses aïeux, dans son indianité.
C'est tout cet aspect là de son récit qui m'a touchée, car depuis l'enfance je suis fascinée par les indiens, leur spiritualité, leur mode de vie en harmonie avec tous les éléments, en communion spirituelle avec la nature, leur beauté indomptée avant l'arrivée de l'homme blanc.

Et puis il y a tout le reste de sa vie, la difficulté d'être Amérindiens dans ce monde colonisé et volé par les blancs, l'alcoolisme et la brutalité de ce peuple en colère qui ne sait plus vraiment où est sa place, les violences familiales et conjugales et la terreur qu'elles induisent, la toute puissance du mari blanc d'une indienne, toutes ces choses qui rendent l'enfance absolument terrifiante.

Sa résilience se trouve dans l'art sous différentes formes, l'imagination avant tout qui lui permet de supporter ses années d'enfer avec un beau-père ignoble et tyrannique, et surtout le sentiment inaltérable d'appartenance au peuple indien, "des "Peaux-Rouges", embarqués dans un même voyage et en pleine métamorphose, confrontés aux mêmes traumas liés à la colonisation et à la déshumanisation."
C'est une histoire magnifiquement écrite, qui nous éclaire sur le sort réservé aux Amérindiens : "En quelques générations, nous qui peuplions quasiment tout le continent ne représentions plus qu'un demi pour cent de sa population. Nous étions tous hantés."

Merci infiniment aux Editions Globe et J'ai lu Editions ainsi qu'au Picabo River Book Club pour ce partenariat qui m'a offert la chance de découvrir 
Joy Harjo ❤.
 

Citations :

Page 18 : Alors que je me rapprochais de la porte d’entrée de la Terre, j’hésitais à la franchir. Je regardais constamment par-dessus mon épaule. J’entendais la ferme injonction de l’accoucheur des âmes : « Ne regarde pas en arrière ! »

Je repensais aux dures leçons que nous inflige la Terre, pourtant très aimée par le Créateur de tous ceux qui y vivent. Je ne voulais pas quitter le monde du mystère, mais j’étais curieuse et prête à prendre ma place dans l’histoire.

 

Page 55 : J’ai senti la rigueur chrétienne des chaussures soigneusement lacées qui m’attendaient. J’ai vu la dentelle et les volants rêches, les gaines moulantes de ma mère, la honte du « là-dessous », les têtes inclinées et les portes fermées de la maison et de l’église.

 

Page 63 : Mon père se met en colère. Il est en colère parce que sa mère est morte de la tuberculose quand il était petit, parce que son père l’a battu, parce qu’il est traité comme in traite les Indiens sur des terres qu’on leur a volées, comme on leur a volé tout le reste.

 

Page 88 : L’Église disait que c’était mal de ressentir du désir et je me demandais comment le désir avait pu être créé par le même dieu que celui dont on me disait qu’il avait créé toute chose et le monde. Pouvoir et honte s’entremêlaient.

 

Page 99 : Vers l’âge de treize ans, j’en ai eu assez de tous ceux qui se servaient de la Bible pour prouver la supériorité des Blancs et imposer la domination des femmes par les hommes, et je ne supportais plus l’interdiction de danser ni les mises en garde contre les prophéties et les visions.

 

Page 101 : Je préférais voir en Dieu un bien-aimé plutôt qu’un homme blanc colérique et déterminé à détruire tous ceux qui ont de l’imagination.

 

Page 110 : Nous étions tous des « Peaux-Rouges », embarqués dans un même voyage et en pleine métamorphose, confrontés aux mêmes traumas liés à la colonisation et à la déshumanisation. Nous étions la preuve vivante du combat de nos ancêtres.

 

Page 135 : Un paradoxe me hantait : s’il existe tant de beauté, alors pourquoi souffrons-nous ?

 

Page 179 : C’était mon moment de solitude. Pendant que je marchais, j’entendais le grabuge de mes rêves abandonnés au creux de mon âme.

 

Page 198 : Elle vit dorénavant en moi, tout comme je vivrai et vis déjà en mes petits-enfants. Personne ne meurt jamais vraiment.

 

Page 200 : Dans l’imagerie populaire américaine, les guerriers sont toujours des hommes, des militaires, et quand on parle de guerriers indiens, il s’agit en général d’Indiens des Plaines avec des coiffes de plumes. Qu’en est-il des guerriers contemporains ? Que dire des épouses, des mères, des filles dont les petits sacrifices quotidiens et le courage ne sont habituellement ni reconnus ni récompensés ? Leurs actions n’en sont pas moins essentielles à la sécurité et au bien-être collectifs.

 

Page 205 : La télévision a pris la place de l’autel dans la plupart des familles américaines. Elle fait autorité et, pour tant de gens de par le monde, elle est la principale source des histoires.

 

Page 211 : En quelques générations, nous qui peuplions quasiment tout le continent ne représentions plus qu'un demi pour cent de sa population. Nous étions tous hantés.

 

 

 

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Mon avis : Les femmes du North End – Katherena Vermette

Publié le par Fanfan Do

Traduit par Hélène Fournier

 

Éditions Albin Michel – Terres d’Amérique

 

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Quatrième de couverture :

Réveillée en pleine nuit par son nouveau-né, Stella assiste depuis sa fenêtre à une violente agression. Elle appelle la police, mais les assaillants et leur victime s'enfuient avant l’arrivée des agents. Ce drame et l’énigme qu’il fait planer vont ébranler toute la communauté amérindienne du North End, un quartier défavorisé de Winnipeg.
Donnant voix à neuf femmes et un homme, ce roman retrace les événements qui ont conduit à cette nuit tragique. De Cheryl, qui pleure la mort de sa sœur à Paulina, mère célibataire; de Phoenix, adolescente sans repères, à la vieille et malicieuse Kookom, sans oublier Tommy, le jeune policier métis qui ne trouve pas sa place parmi les Blancs : tous racontent leurs espoirs et leurs échecs, jusqu’au dénouement, déchirant et lumineux.

Fresque intergénérationnelle sur l’identité et la résilience des femmes autochtones au Canada, ce premier roman impose Katherena Vermette comme une nouvelle voix puissante et engagée de la littérature nord-américaine contemporaine.

 

« Un roman réaliste et sans concession. Une jeune autrice qui ira loin. »

Margaret Atwood

 

 

Mon avis :
Roman aux personnages principaux multiples, neuf femmes et un homme, qui nous offre des tranches de vies, mais des vies difficiles, celles des Autochtones, indiens et sang-mêlé.
Qu'elle m'a semblé douloureuse la vie de ces Amérindiens dans ce monde de blancs qui leur ont tout volé, sur la terre de leurs ancêtres mais amputé de leurs racines et de leurs coutumes, moqués et subissant le racisme au quotidien.

À chaque chapitre un personnage, et ils sont nombreux avec ceux qui gravitent autour. On découvre peu à peu les connexions familiales et quatre générations, majoritairement des femmes. J'ai eu un peu de mal à me repérer à cause des prénoms, souvent doublés de diminutifs, Reet pour Rita, Cher pour Cheryl, Paul pour Paulina… J'ai néanmoins été happée par l'histoire immédiatement.

Ce roman dépeint toute une ambiance quand les personnages, tous citadins, reviennent sur leurs souvenirs, avec des grands-parents ou parfois parents, hommes et femmes des bois, vivants en harmonie avec la nature comme leurs aïeux. Car la famille semble être un microcosme indispensable à l'équilibre de chaque individu. Puis on revient dans la dure réalité du North End à Winnipeg, cette espèce de ghetto pour Amérindiens où règne la dure loi des gangs, la violence et la drogue.

À travers ces femmes et cet homme, l'autrice nous invite dans leurs vies, leurs histoires, leurs blessures, leurs secrets, leurs douleurs enfouies, leurs démons et nous fait voyager sans cesse d'avant en arrière pour mieux nous faire comprendre ce qui se joue. Il y a ce terrible sentiment que ce qui arrive aux mères, les filles le paieront parfois.

Une agression sauvage est le fil conducteur du roman, sans victime au départ mais juste une énorme flaque de sang dans la neige.

J'ai été happée par cette histoire de femmes, par l'envie de savoir comment ça allait se passer, car le choc des violences faites aux femmes est omniprésent et provoque un grand sentiment d'injustice, d'autant que c'est l'histoire sans fin à travers le temps. Ce sentiment que les femmes sont en danger, toujours, partout, est totalement révoltant. Pourtant elles arrivent à garder le cap, à mener leurs vies tant bien que mal, car les femmes sont tellement résistantes.

J'ai énormément aimé ce roman et ces femmes qui vivent entre deux mondes, deux civilisations.
Cette histoire est sans doute aussi un peu celle de 
Katherena Vermette d'une certaine façon puisqu'elle à grandi dans le North End et qu'elle est née d'une mère mennonite et d'un père métis.

Merci beaucoup au Picabo River Book Club et aux Éditions Albin Michel pour ce partenariat qui m'a permis de recevoir ce beau roman.

 

Citations :

Page 57 : Elle est aussi impitoyable que je suis hésitante. Elle a des couilles alors que je n’éprouve que des sentiments de fille, gris et compliqués, pour tout.

 

Page 81 : Les deux amies attrapent leurs manteaux et prennent la direction du bar. Bras dessus, bras dessous, elles glissent sur la neige et rient trop fort, la bouche ouverte, car personne ne s’intéresse à ce que font les femmes de leur âge.

 

Page 304 : Quand je t’ai entendue, encore pénétrée de tant de souffrance et de tristesse, je n’ai voulu qu’une chose, être à tes côtés. J’avais encore besoin que tu aies besoin de moi. Je suis le souffle léger et le vent autour de toi. Je suis la certitude que tu n’es jamais vraiment seule. Tu es tout ce qui fait ma force et rien de ce qui fait ma faiblesse. Tu es le rêve de ma vie. Voilà ce que j’ai à t’offrir.

 

Page 342 : Le fait est que lorsque ma sœur est apparue, vêtue d’une vieille chemise et d’un pantalon de jogging, avec un énorme saladier à la main, Pete l’a regardée comme s’il n’avait jamais rien vu d’aussi beau. Son visage s’est littéralement illuminé.

 

Page 371 : Je suis différent, je suis un sang-mêlé. Je le serai toujours, la moitié du sang de l’un et la moitié de l’autre. Différent des deux.

 

 

 

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Mon avis : Blackwater – Tome 5 – La Fortune – Michael McDowell

Publié le par Fanfan Do

Traduit par Yoko Lacour et Hélène Charrier

 

Éditions Monsieur Toussaint Louverture

 

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Quatrième de couverture :

Tel un organisme vivant, le clan Caskey se développe et se transforme. Certains font face à la mort, d'autres accueillent la vie. Entre rapprochements inattendus, haines sourdes et séparations inévitables, les relations évoluent. Miriam, désormais à la tête de la scierie et noyau dur de la famille, ne cesse de faire croître la richesse. Suite à une découverte surprenante et miraculeuse – sauf pour une personne –, c'est bientôt la ville entière qui va prospérer. Mais cette soudaine fortune suffira-t-elle, alors que la nature commence à réclamer son dû ?

 

 

Mon avis :
Dès le prologue j'ai senti une sorte d'étouffement au contact de la famille Caskey. C'est comme une entité indissociable, tous les membres en font partie et ça a quelque chose d'oppressant car tentaculaire. J'ai eu comme l'impression que le libre arbitre ne pouvait pas y exister. On doit penser à l'unisson…

Assez rapidement on sent arriver des choses pas propres, pas éthiques du tout et surtout totalement inadmissibles et immorales au sein d'une famille. C'est machiavélique et captivant ! Car évidemment, l'argent est le nerf de la guerre.

C'est passionnant, comme les tomes précédents et ça se termine sur un p****n de cliffhanger !..

Voilà, le tome V englouti !.. j'attends impatiemment le VI, tout en me demandant comment je vais survivre à la fin de cette addictive saga !

 

Citations :

Page 14 : Si j’y allais tous les jours, les gens se mettraient à venir me voir moi, parce que je suis plus âgé… et parce que je suis un homme. Bientôt, j’aurais plus de pouvoir que Miriam, non parce que je serais plus compétent, mais parce que je suis un homme.

 

 

 

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Mon avis : Shiloh – Shelby Foote

Publié le par Fanfan Do

Traduit par Olivier Deparis

 

Éditions Rivages

 

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Quatrième de couverture :

"Le ciel s'était éclairci, les nuages s'effilochaient, et à quatre heures le soleil perça ; le vert vif de l'herbe et des feuilles vira à l'argent, les flaques de la route se remplirent d'or." Dans la nature luxuriante du Tennessee, la violence règne en maître. Nous sommes en 1862 : depuis un an, la guerre de Sécession meurtrit le pays. Shiloh raconte cette blessure profonde à travers les voix de six soldats des deux camps.
Shelby Foote approche au plus près l'âme humaine, l'absurdité des combats, la détresse et la peur. Dans ce roman déchirant, le bien et le mal se confondent, les certitudes vacillent. Publié en 1952, ce trésor retrouvé de la littérature américaine est traduit pour la première fois en français.

 

Shelby Foote (1916-2005) était romancier et historien. Son œuvre, qui compte une dizaine d’ouvrages, a été comparée à celle de William Faulkner ou de James Lee Burke.


 

 

Mon avis :
Mais qu'est-ce qui pousse les hommes à faire la guerre.?. toute cette souffrance sur les champs de bataille, dans les tranchées !? Ah mais oui ! Ceux qui déclarent les guerres les font avec le corps des autres, avec la vie des autres. Beaucoup plus facile et surtout beaucoup moins douloureux !

Pendant ce temps-là, ceux qu'on a envoyés se battre souffrent… et pensent, à ce qu'ils espèrent retrouver après la bataille, après la guerre.

Sept récits, six soldats, du nord et du sud, en sept chapitres qui montrent l'absurdité de la guerre en même temps que la condition humaine face à ce qui nous dépasse.


Shiloh est le lieu d'une sanglante bataille de deux jours en 1862 au États-Unis entre le nord et le sud pendant la guerre de sécession.
Il semble que 
Shiloh ait un sens, selon le deuxième livre de Samuel : "Il est dit que c'est ce à quoi aspiraient les enfants d'Israël, les élus de Dieu. […] ça voudrait dire "lieu de paix"." Pourtant, en 1862 il y eut à cet endroit un très grand nombre de morts, de blessés et de disparus dans les deux camps.
J'ai cherché les chiffres sur internet, tous les sites que j'ai vus en donnent des différents.

Je ne connais rien à la guerre de sécession et à chaque chapitre je ne savais pas s'il s'agissait d'un soldat du nord ou du sud. Mais ça importe peu puisque l'essentiel de ce récit c'est l'humain dans ce combat fratricide qui nous rappelle si besoin était, que l'Amérique s'est bâtie dans la douleur.

Ces soldats qui attendent le combat avec impatience pour soudain découvrir la terreur de la mort, comme si elle était penchée au dessus d'eux prête à les emporter.
Ça raconte des tranches de vie de ces hommes, qui vont se battre la fleur au fusil, sans avoir la moindre idée de l'horreur qui les attend : "J'étais perturbé, on peut le dire, car on a beau être averti que la bataille va être sanglante, on ne le croit qu'en voyant le sang."

Ils se découvrent tantôt près à l'héroïsme, tantôt honteux de se sentir lâches.
C'est toute l'absurdité de la guerre qui offense la vie.

C'est très documenté, ça montre l'aberration qu'est la guerre, quand chacun des camps pense que c'est lui qui se bat pour la juste cause, quand on est capable de tirer sur son ami d'enfance parce qu'il est dans le camps d'en face.

 

Citations :

Page 10 : Lorsqu’on observait ainsi, en arrivant au sommet d’une côte et en regardant devant et derrière soi, cette masse paraissait impersonnelle : une armée en mouvement, des tonnes et des tonnes de chair, d’os, de sang et de matériel amalgamés les uns aux autres.

 

Page 71 : En m’arrêtant, j’entendis toutes sortes de détails que je n’avais pas remarqués quand je courais. C’était comme renaître dans un monde nouveau. Malgré le bruit des coups de feu, je les entendais, autour de moi, qui hurlaient comme à la chasse au renard mais avec de la folie en plus, comme des chevaux piégés dans une grange en feu.

 

Page 104 : De temps en temps, on en voyait un soutenu par un camarade bien portant, mais la plupart marchaient seuls, sans regarder les autres. Plus qu’échapper aux combats, ils voulaient carrément s’extraire de la race humaine, du moins c’était mon impression.

 

Page 128 : Il faisait peine à voir : il avait ce regard hébété, comme s’il avait vu des choses qu’on ne doit pas voir à son âge, et chancelait en marchant.

 

Page 167 : Les fossoyeurs durent faire rentrer les plus déformés à coup de pied.

Ils disposèrent la rangée suivante dans l’autre sens, toujours sur le dos mais la tête orientée de l’autre côté. Ils les superposèrent ainsi, jusqu’à ce que ceux du haut soient au niveau de l’herbe. Ils les recouvrirent alors de terre. Ce fut un soulagement : les Rebelles pourrissaient généralement plus vite que les nôtres.

 

Page 181 : Mon général, ne croyez-vous pas que nos troupes sont à peu près dans le même état qu’un morceau de sucre gorgé d’eau – qui garde sa forme originale, bien que prêt à se dissoudre ?

 

Page 192 : « De plus, vous vous méprenez sur les gens du Nord. Ce sont des gens ppaisibles mais volontaires, et ils se battront eux aussi. Ils ne laisseront pas détruire ce pays sans faire tous leurs efforts pour le sauver. Et où sont vos soldats et votre matériel pour vous opposer à eux ? Le Nord sait fabriquer une machine à vapeur, une locomotive, un wagon ; vous, vous êtes tout juste capable de produire un mètre de tissu ou une paire de chaussures. Vous vous lancez dans une guerre contre l’un des peuples les plus puissants, les plus technologiquement avancés et les plus déterminés au monde – un peuple qui se trouve à vos portes. »

 

 

 

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Mon avis : Celle qui parle – Alicia Jaraba

Publié le par Fanfan Do

Éditions Grand Angle

 

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Quatrième de couverture :

Fille d’un chef déchu, offerte comme esclave, elle est devenue l’une des plus grandes figures féminines de l’Histoire.” XVIe siècle. Malinalli est la fille d’un chef d’un clan d’Amérique centrale. Peu de temps après la mort de son père, elle est vendue à un autre clan pour travailler aux champs et satisfaire la libido de son nouveau maître.
Un jour, d’immenses navires apparaissent à l’horizon, commandés par Hernan Cortez, obsédé par la recherche d’or. Le conquistador repère Malinalli et son don pour les langues. Elle sera son interprète et un des éléments clés dans ses espoirs de conquête. Elle sera également celle qui aura le courage de dire un mot interdit aux femmes de son époque : non !
Au-delà de la légende, voici l’histoire de la Malinche, vivante, jeune, inexpérimentée, souvent dépassée par les événements, mais avant tout, humaine.

 

 

Mon avis :
L'histoire du peuple Aztèque, de la Malinche et des conquistadors me passionne depuis que j'ai lu Azteca de Gary Gennings.
Quelle incroyable chance les espagnols ont eue car à cause d'une prophétie ancienne, ce peuple les a pris pour des dieux arrivant de la mer alors qu'ils étaient tellement supérieurs en nombre qu'ils auraient pu les écraser… la tournure de l'histoire en aurait été totalement différente.

Quel étrange destin que celui de Malinalli, la Malinche, qui a changé la face du monde dans une époque et un lieu où les femmes (eh oui, encore et toujours) n'étaient rien et n'avaient pas droit à la parole.

Elle était la fille du cacique d'Oluta, qui lui avait appris le nahuatl en plus du popoluca qui était sa langue maternelle, puis plus tard le maya chontal et l'espagnol. Cette fille de chef fut vendue comme esclave puis un jour devint interprète auprès de Cortes.
Elle fut celle qui permit la communication entre les peuples mais aussi hélas l'anéantissement des Mexicas (ou Aztèques) par les espagnols, sales, malodorants et hypocrites qui exigèrent que les peuplades locales renoncent aux sacrifices humains alors qu'eux-mêmes continuaient de brûler des gens sur des bûchers, au nom de leur dieu unique qu'ils imposèrent aux autochtones.
Son histoire est passionnante et tellement bien racontée dans cette bande dessinée aussi belle qu'instructive.

J'ai tout aimé dans cette BD. Elle nous raconte l'histoire de la conquête espagnole tout en réhabilitant Malintzin, la Malinche, et c'est visuellement très beau, il y a relativement peu de texte, les images se suffisant très souvent à elles-mêmes.

Pour qui s'intéresse à l'épopée conquistadore et plus précisément à cette femme incroyable nommée, entre autre, la Malinche, il faut se jeter sur cette magnifique BD et surtout ne pas omettre de lire la postface qui est très éclairante.
Pour moi, une vraie réussite et un coup de cœur.

 

Citations :

Page 26 : Mais quand je ne serai plus là, je le serai quand-même.

Pour que tu n’oublies jamais qui tu es.

Et quand tu te sentiras perdue…

Je serai avec toi.

Je serai l’eau.

Je serai la pluie, je serai la mer.

Le ruisseau,

les nuages, les larmes...

 

 

 

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