Mon avis : L’archiviste – Alexandra Koszelyk
Éditions Aux Forges de Vulcain
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Quatrième de couverture :
K. est archiviste dans une ville détruite par la guerre, en Ukraine. Le jour, elle veille sur sa mère mourante. La nuit, elle veille sur les œuvres d'art que, lors de l'évacuation, on a entassées dans la bibliothèque dont elle a la charge. Un soir, elle reçoit la visite d'un des envahisseurs, qui lui demande d'aider les vainqueurs à détruire ce qu'il reste de son pays : ses romans, ses poèmes et ses chansons.
Il lui demande de falsifier les œuvres sur lesquelles elle doit veiller. En échange, sa famille aura la vie sauve. Commence alors un jeu de dupes entre le bourreau et sa victime, dont l'enjeu est l'espoir, espoir d'un peuple à survivre toujours, malgré la barbarie.
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Mon avis :
Quelle étrange chose que de lire une histoire qui se situe dans une guerre se déroulant en ce moment même, à nos portes, en Europe… au XXIÈME siècle.
Je me suis laissé porter comme une plume dans le vent par ces lignes pleines de poésie qui étrangement, parlent avec une infinie beauté d'une chose aussi laide que la guerre et les destructions qu'elle charrie.
K est archiviste, amoureuse des arts et des lettres, de ce qui fait la mémoire de l'humanité et de son pays, l'Ukraine, qu'elle aime profondément.
Un jour un homme vient vers K. Il lui dit que les ukrainiens sont des rêveurs et qu'ils ont déjà perdu la guerre, que personne ne leur viendra en aide. Il sait qu'elle a caché des œuvres d'art afin de les protéger de l'envahisseur. C'était sa façon à elle de combattre, sa contribution à l'effort de guerre. Il exige d'elle qu'elle profane des œuvres existantes, qu'elle devienne une faussaire dans le but de servir la propagande russe, quelle participe activement à l'élimination de la culture ukrainienne. Comment lutter quand on n'est qu'une petite archiviste face à la Russie ? Face à un homme qui a de terribles moyens de rétorsion. L'impuissance dans toute son horreur, voilà face à quoi on se trouve et c'est glaçant.
À chaque œuvre que K doit dénaturer, elle se retrouve comme par enchantement au cœur même de sa création, dans un passé plus ou moins lointain, dans les méandres de l'histoire ukrainienne.
On suit, à travers ces événements, le chemin que tous les peuples opprimés ont subi, la négation de leur histoire, le sacrifice de leur identité par la destruction et l'interdiction de parler leur langue, de perpétuer leur culture. À vouloir falsifier le passé, l'ennemi pense duper le monde et s'absoudre de ses fautes en les faisant endosser à ses victimes.
J'ai traversé cette histoire comme dans une torpeur, quelque chose d'irréel et cotonneux, rempli de sons feutrés et de solitude. Les événements, qui semblent hors du temps car on avait entendu dire un jour "plus jamais ça", donnent un aspect fantomatique à ce qui ressemble à un mauvais rêve.
Encore une fois, à travers un roman, Alexandra Koszelyk célèbre ses origines ukrainiennes en nous racontant le pays de ses aïeux et nous emmène visiter l'histoire de l'art de ce pays ainsi que quelques-unes de ses tragédies.
Citations :
Page 11 : Le soldat envoya l’ourson dans les airs, l’autre le rattrapa du pied et se mit à jongler avec, d’un pied à l’autre. Les deux hommes étaient hilares, ils s’amusaient ainsi, sans honneur, d’un débris d’enfance.
Page 12 : Croire en l’avenir, et c’est tout l’enjeu d’une vie humaine, passe d’abord par la préservation du passé, face à une destruction imminente et sans visage.
Page 17 : L’écrit est ce chant silencieux qui conserve les productions de l’esprit au long des siècles : qu’est-ce qu’une langue, si ce n’est une musique au secours d’une idée, une harmonie et un rythme portés par les trouvailles de l’imaginaire ?
Page 72 : Pour avancer, il faut tenir entre ses mains la lampe de son passé. Sinon, aucun génie ne pourra en sortir.
Page 125 : Des hommes en arme étaient entrés sous le toit de paille d’une mazanka. Il aurait fallu partir vite, mais personne n’était en mesure d’imaginer que ça irait plus loin. Les hommes avaient attendu que ça hurle, que l’explication tourne mal, alors ils avaient sorti toute la famille, sauf les femmes et les filles. D’elles, on s’en arrangerait avec un autre genre d’appétit.
Page 165 : C’était l’artiste préférée de ma mère. Elle racontait souvent l’histoire de cette peintre : atteinte de poliomyélite quand elle était encore une enfant, Maria Primatchenko avait grandi en marge de la vie, dans l’ombre des jeunes filles qui jouaient à la marelle. Tandis que les autres étaient dans l’action, projetées vers un avenir qui se traçait sous leurs pas, sans la menace d’une épée au-dessus de l’échine, Maria, elle, avait reçu cette épée, cohabitait avec ses piques et les souffrances qu’elle provoque. La maladie lui avait appris l’immobilité et l’attente de ce qui ne vient pas.
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