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Mon avis : Martien, go home ! - Fredric Brown

Publié le par Fanfan Do

Traduit par Alain Dorémieux

 

Éditions Folio SF

 

Mon avis sur Insta c'est ici

 

Quatrième de couverture :

Enfermé dans une cabane en plein désert, Luke Devereaux, auteur de science-fiction en mal d'invention, invoque désespérément sa muse - de toute évidence retenue ailleurs - quand soudain... on frappe à la porte. Et un petit homme vert, goguenard, apostrophe Luke d'un désinvolte «Salut Toto !».Un milliard de Martiens, hâbleurs, exaspérants, mal embouchés, d'une familiarité répugnante, révélant tous les secrets, clamant partout la vérité, viennent d'envahir la Terre. Mais comment s'en débarrasser ?

 

 

Mon avis :
En choisissant ce livre dans mes étagères je m'attendais à y trouver de l'humour et m'apprêtais à passer un bon moment. Or au début, ça a été tout le contraire. J'ai trouvé la rencontre entre Luke, l'écrivain isolé dans une cabane dans le désert, et le martien, plutôt lourdingue. En effet, le petit homme vert a un langage familier, et se montre désagréable et méprisant envers ce représentant de l'espèce humaine qu'il considère comme une race inférieure. J'ai trouvé les vannes faciles et pas drôles. Bien sûr j'ai espéré que ça allait changer !

Alors oui, j'ai rapidement changé d'avis. Bon, l'humour j'ai continué de le trouver un peu vieillot mais il ne faut pas perdre de vue que ce roman a été écrit dans les années 50 ! Par contre, les situations avec ces emmerdeurs de martiens m'ont plutôt réjouie !!
Salut Toto ! Salut Chouquette ! C'est comme ça qu'ils interpellent les humains. Ils sont facétieux et malveillants et mettent le monde en déroute totale. On dirait des sales gosses, capricieux et qui se mêlent de tout !

Il y a quelque chose de totalement absurde dans cette histoire, mais c'est jubilatoire et on en vient à se demander s'il est possible que tout le monde soit fou sauf un seul homme, qui lui, est considéré comme un fou…
En tout cas ce roman raille l'humanité et nos petits travers, et c'est un vrai plaisir.

 

Citations :

Page 58 : Seul un casse-cou se fût enhardi, avec les Martiens dans les parages, à traire une vache sans l’attacher et lui immobiliser les pieds.

Les chiens piquaient des crises de nerf. Beaucoup mordirent leurs maîtres, qui durent s’en débarrasser.

Seuls les chats, passé les premières expériences, s’accoutumèrent à leur présence et la supportèrent avec un calme olympien. Mais les chats, comme chacun sait, ont toujours été des êtres à part.

 

Page 64 : Psychologiquement, les Martiens se ressemblaient encore plus que physiquement, mis à part quelques variations d’ordre secondaire (il y en avait certains qui étaient encore pires que les autres).

Mais tous, autant qu’ils étaient, se montraient acariâtres, arrogants, atrabilaires, barbares, bourrus, contrariants, corrosifs, déplaisants, diaboliques, effrontés, exaspérants, exécrables, féroces, fripons, glapissants, grincheux, grossiers, haïssables, hargneux, hostiles, injurieux, impudents, irascibles, jacasseurs, korriganesques. Ils étaient lassants, malfaisants, malhonnêtes, maussades, nuisibles, offensants, perfides, pernicieux, pervers, querelleurs, railleurs, revêches, ricanants, sarcastiques, truculents, ubiquistes, ulcérants, vexatoires, wisigothiques, xénophobes et zélés à la tâche de faire vaciller la raison de quiconque entrait en leur contact

Page 108 : Depuis des temps immémoriaux, l’alcool a toujours été le remède préféré de l’homme contre les vicissitudes de la vie quotidienne. Et maintenant, les vicissitudes au visage vert qui remplissaient l’horizon mental de chacun étaient mille fois pires que toutes celles de la vie quotidienne en temps normal. Donc, il fallait vraiment un remède.

 

 

 

 

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Mon avis : La princesse au petit moi – Jean-Christophe Rufin

Publié le par Fanfan Do

Éditions Flammarion

 

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Quatrième de couverture :

L’Europe compte cinq micro-États : Andorre, San Marino, le Liechtenstein, Monaco et le Vatican. J’en ai découvert un sixième, la Principauté de Starkenbach, en suivant la nouvelle enquête d’Aurel Timescu. En effet, sur la recommandation d’un de ses anciens ambassadeurs, notre calamiteux petit Consul de France se retrouve embarqué dans les sulfureuses affaires de ce minuscule territoire.
La Principauté de Starkenbach, nichée au cœur des Alpes, est un beau pays. Vous risquez cependant de chercher en vain le moyen de vous y rendre autrement qu’en lisant ce livre.
Ayant eu le privilège de fréquenter certaines cours princières, je n’y ai rencontré que des personnes d’une haute valeur morale, dévouées à leurs peuples. Aussi, quand il m’a fallu peindre la débauche, les trafics et le crime, c’est ailleurs que je suis allé les chercher.
Ailleurs, c’est-à-dire en moi-même, bien sûr.
J.-Ch.R.

 

 

Mon avis :
Quatrième roman des aventures d'Aurel Timescu, que j'ai lu après le cinquième…
J'ai retrouvé le petit Consul avec un immense plaisir, comme une récréation.

Heureux d'être de retour à Paris, il s'est installé près de Montparnasse et s'imagine y croiser des artistes de renom du passé au gré de ses déambulations. Hélas pour lui, il est convié dans la Principauté de Starkenbach par le prince lui-même qui a besoin de ses talents d'enquêteur et de sa discrétion pour retrouver Son Altesse Sérénissime la princesse Hilda, son épouse.
Aurel se demande dans quel traquenard il a pu tomber.

Et en avant Guingamp ! Dès les premières pages j'ai été dans l'ambiance "Aurelistique"… Mais aussi dans quelque chose d'étrange, quand Aurel se promène à pieds dans la Principauté, les descriptions donnent l'impression d'un endroit hors du temps, un peu désuet, comme un petit royaume dont tout le monde ignore l'existence et qui n'aurait pas évolué comme le reste du monde.

Ce qui apparaissait à Aurel comme une enquête casse-pieds et sans intérêt dans cette Principauté un chouïa sinistre, va s'avérer de plus en plus intéressante à mesure qu'il apprend des choses sur le couple princier et notamment sur Hilda qui n'est sans doute pas ce qu'il croyait qu'elle était.

On va de surprise en surprise et c'est passionnant ! Aurel, dipsomane invétéré, pianiste talentueux, et un tantinet sapiosexuel, souvent subjugué par des femmes au physique hautement improbable mais a l'intelligence acérée et une personnalité extrêmement charismatique, a l'air de tout sauf du fin limier qu'il est, évidemment complètement barré et toujours aussi drôle mais peut-être ne suis-je pas objective, car je suis tombée totalement en adoration pour ce personnage et ses enquêtes… MAIS BIEN SÛR QUE JE SUIS OBJECTIVE !!! C'est tout ce qu'il est qui m'a totalement séduite au fil de ses aventures !

Rebondissements et révélations se succèdent et comme toujours un peu de géopolitique et beaucoup d'humour me rendent les aventures d'Aurel Timescu totalement addictives.
 

Citations :

Page 48 : La présence de ces figures muettes du passé rappelait aux vivants l’évidence de leur vanité. Toute idée de propriété s’évanouissait devant la certitude de la mort.

 

Page 114 : Aurel faisait partie de ces êtres pour qui le rangement est synonyme de mort. Un coup d’œil à sa malle ou, quand il était installé, à son appartement, lui suffisait à mesurer qu’il était toujours bien vivant.

 

Page 169 : Il avait bu un blanc corse très agréable avec une relative modération car il ne cherchait pas à atteindre l’état de transe alcoolique qui lui donnait des visions et déchaînait son inconscient.

 

Page 264 : Son visage avait subi bien des interventions pour repousser les effets de l’âge. Elle semblait figée dans une apparence de jeunesse qui évoquait plutôt l’éternité.

 

Page 291 : Quand elle descendait dans les graves, il semblait qu’elle ouvrit les plus noirs secrets de son âme, tandis que dans les aigus elle survolait le monde avec la grâce des anges.

 

 

 

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Mon avis : De nos frères blessés – Joseph Andras

Publié le par Fanfan Do

Éditions Actes Sud

 

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Quatrième de couverture :

Alger, 1956. Fernand Iveton a trente ans quand il pose une bombe dans son usine. Ouvrier indépendantiste, il a choisi un local à l'écart des ateliers pour cet acte symbolique : il s'agit de marquer les esprits, pas les corps. Il est arrêté avant que l'engin n'explose, n'a tué ni blessé personne, n'est coupable que d'une intention de sabotage, le voilà pourtant condamné à la peine capitale.
Si le roman relate l'interrogatoire, la détention, le procès d'Iveton, il évoque également l'enfance de Fernand dans son pays, l'Algérie, et s'attarde sur sa rencontre avec celle qu'il épousa. Car avant d'être le héros ou le terroriste que l'opinion publique verra en lui, Fernand fut simplement un homme, un idéaliste qui aima sa terre, sa femme, ses amis, la vie - et la liberté, qu'il espéra pour tous les frères humains.
Quand la Justice s'est montrée indigne, la littérature peut demander réparation. Lyrique et habité, Joseph Andras questionne les angles morts du récit national et signe un fulgurant exercice d'admiration.

 

 

Mon avis :
Des attentats revendiqués par le FLN, des bombes dans des bus, des bars. Fernand Iveton, communiste, antiraciste, idéaliste, militant, est un activiste. Il est partisan de la liberté, des coups d'éclat mais pas des attentats sanglants.
Une bombe déposée par lui dans un local à l'écart, sans risque de faire des victimes, et qui n'explose même pas. Malheureusement pour lui, Fernand Iveton va être arrêté, torturé, insulté, humilié pendant des jours… Ah oui, parce qu'en France on torturait dans les années 50 ! Il a eu la malchance d'être associé, dans l'esprit des gens, aux terroristes qui posaient des bombes qui tuaient des civils, femmes et enfants, aveuglément.

Les chapitres alternent entre passé et présent, entre son destin funeste et l'époque où il a rencontré Hélène, dans la Marne, qui deviendra sa femme, quand il avait un avenir et que tous les rêves étaient possibles. Ça met l'accent sur l'injustice qui lui arrive. Lui, il rêvait juste d'égalité entre arabes et français et de justice dans l'Algérie française. Car il s'est toujours senti algérien d'origine européenne et déteste le colonialisme qui traite les arabes avec mépris. Héros pour les arabes, terroriste pour les français.


Joseph Andras retrace son calvaire en appuyant bien là où ça fait mal, la justice indigne, le colonialisme et l'anticommunisme à l’œuvre, un homme qu'on veut sacrifier en guise d'exemple. Lui, dans sa prison, attend et espère sa grâce. On voit bien que les réseaux sociaux n'ont rien inventé ! L'opinion publique fait pression depuis très longtemps sur les politiques…

C'est une histoire émouvante autant qu'instructive et révoltante sur ce qui s'est passé en Algérie à l'époque. Pourquoi on n'entend jamais parler des algériens lynchés par la foule en représailles à des attentats ? Des algériens innocents qui avaient la malchance de se trouver là, et qui servaient de prétexte à la vindicte populaire… et des français qui militaient aux côtés de leurs frères algériens.
En lisant ce livre je me suis rendue compte à quel point je ne connaissais rien sur cette sombre période de notre histoire.

 

Citations :

Page 45 : Hélène se rêvait indépendante et autonome, mais la société n’entend pas que l’on puisse, lorsque l’on est une femme, rêver plus que les contours ne le permettent – la collectivité tient à garder un œil sur ses ventres, sa chair et son avenir.

 

Page 60 : J’ai plus les dates en tête, vous m’excuserez, mais ce qui est sûr c’est que ça fait des années que les Arabes s’organisent pour qu’on les entendent, pour obtenir l’égalité entre tous, entre chaque communauté, chez nous, en Algérie. Ils crient dans le désert. Rien. Zéro.

 

Page 64 : Il n’a rien dit depuis son réveil : il se méfie des mots, à présent, il sait qu’on peut les arracher par la force et les retourner comme un gant.

 

 

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Mon avis : Prières pour celles qui furent volées – Jennifer Clement

Publié le par Fanfan Do

Traduit par Patricia Reznikov

 

Éditions j’ai lu

 

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Quatrième de couverture :

Ladydi, quatorze ans, est née dans un monde où il ne fait pas bon être une fille. Dans les montagnes du Guerrero au Mexique, les barons de la drogue règnent sans partage. Les mères doivent déguiser leurs filles en garçons ou les enlaidir pour leur éviter de tomber dans les griffes des cartels qui les "volent. Pourtant, Ladydi et ses amies rêvent à un avenir plein de promesses, qui ne serait pas uniquement affaire de survie. Portrait saisissant de femmes sur fond de guerre perdue d'avance, Prières pour celles qui furent volées est une histoire inoubliable d'amitié, de famille et de courage.

 

 

Mon avis :
Ce roman est d'une violence inouïe envers les femmes. Il nous rappelle qu'en certains endroits du monde, nous ne sommes rien de plus qu'une marchandise qu'on peut voler, surtout les filles et surtout lorsqu'elles sont belles. Les narcotrafiquants qui arrivent en 4x4, armés jusqu'aux dents, font leur marché en les emportant. Mais il y a aussi les bébés-poubelle, les chirurgiens qui ne se déplacent dans certains endroits que protégés par l'armée. C'est incroyable le niveau de danger de ce coin du monde.

La narratrice est Ladydi, une enfant qui raconte son quotidien et vous assène sa réalité comme un uppercut, froid, banal, violent, insupportable. Il y a la dureté de la vie pour ces femmes qui élèvent leurs enfants seules, car les hommes prennent la fuite sans se retourner, se libérant ainsi de leurs entraves familiales, laissant parfois comme dernier souvenir le VIH. Car les hommes arrivent à s'échapper, les femmes plus rarement.

Heureusement, Ladydi a ses amies, Estefani qui a une belle maison, Paula qui est la plus belle fille de tout le Mexique, et Maria qui a un bec de lièvre la "veinarde", car elle ne risque pas d'être enlevée, ELLE ! Elle nous raconte sa complicité avec ses trois amies, l'école, les mères en manque d'homme, la sienne qui boit trop, qui ment, qui vole, les superstitions, les signes que quelque chose va arriver, les punitions divines, l'armée qui les empoisonne, tout ce qui fait leur vie et nous montre qu'elles sont les oubliées du monde. Et quand au détour d'un fait elle dit "on ne l'a plus jamais revue", c'est juste glaçant. Cette simple phrase est comme une plongée dans le néant. Comme si quelqu'un pouvait disparaître comme ça, juste comme ça. Elle était là, elle n'est plus là. Tout le monde sait, mais personne n'en parle. À quoi bon ?

Au fil de sa narration, Ladydi fait de nombreuses digressions vers des souvenirs et le passé de tous ses proches ce qui nous apprend beaucoup sur leurs vies mais aussi sur la façon dont les choses ont pu dégénérer à ce point pour les habitants du Guerrero. Elle paraît étonnamment plus mûre et plus sage que sa mère, et cela très tôt. Mais peut-on échapper à ce qui nous attend quand on vient au monde avec une aussi mauvaise donne ?
Là-bas, tout le malheur des femmes vient des hommes.

Je me suis laissée emporter dans cette histoire de filles, de femmes, qui sont toujours celles qui souffrent le plus chez les êtres humains, dans beaucoup d'endroits du monde, parce qu'il y a longtemps des hommes ont décidé qu'ils étaient les maîtres du monde et qu'ils pouvaient disposer des femmes comme bon leur semblait, sans états d'âme et sans respect. Cette histoire d'une dureté effroyable est pourtant remplie d'amour et de sororité.


 

Citations :

Page 19 : Nos hommes traversaient la rivière jusqu’aux États-Unis. Ils trempaient leurs pieds dans l’eau, puis entraient dedans jusqu’à la taille, mais ils étaient morts lorsqu’ils arrivaient de l’autre côté. Dans cette rivière, ils se défaisaient de leur femmes et de leurs enfants et entraient dans le grand cimetière américain.

 

Page 24 : Lorsque mon père est parti, ma mère, qui n’avait jamais mâché ses mots, a dit :

- Ce fils de pute ! Ici, on perd nos hommes, on attrape le sida par leur faute, à cause de leurs putains américaines, nos filles se font enlever, nos fils partent, mais j’aime ce pays plus que ma propre vie.

 

Page 42 : Ruth était née d’un sac-poubelle en plastique noir rempli de couches sales, d’épluchures d’oranges pourries, de trois bouteilles de bière vides, d’une cannette de coca et d’un perroquet mort enveloppé dans du papier journal. Quelqu’un à la décharge, avait entendu des cris qui venaient du sac.

 

Page 78 : Le premier jour d’école, nous sommes arrivées avec nos mères pour nous inscrire et rencontrer le nouveau maître. C’était un rituel auquel nous sacrifiions à chaque début d’année scolaire. Ce premier jour nous étions nous-même. Nées de la jungle et peu soignées, ce qui faisait de nous les cousines des papayers, des iguanes et ds papillons.

 

Page 122 : À cet instant, Paula est apparue derrière sa mère. Une créature blanche et vaporeuse. Elle tenait un biberon d’une main. Elle était nue. Dans la nuit, dans un flot de rayons de lune, j’ai vu les pointes de ses seins, la toison noire de son ventre et la constellation de brûlures de cigarettes sur tout son corps. Je reconnaissais les constellations d’Orion et du taureau. Même ses pieds en étaient couverts. C’était comme si Paula avait traversé la Voie lactée et que chaque étoile avait brûlé son corps.

 

Page 154 : Au cinéma, ma mère aurait eu une immense révélation après avoir blessé Maria et elle aurait arrêté de boire. Au cinéma, elle aurait dédié sa vie aux alcooliques ou aux femmes battues. Au cinéma, Dieu aurait souri d’aise de voir sa repentance. Mais nous n’étions pas au cinéma.

 

Page 200 : J’ai décidé de ne pas lui dire pourquoi ma mère m’avait donné le nom de la princesse, parce que je ne voulais pas risquer de me faire de la peine toute seule.

 

Page 230 : J’avais des cheveux frisottés, crépus, ce qui prouvais que j’avais aussi du sang d’esclave africain. Nous n’étions que deux pages dans le livre de l’histoire de ce continent. On aurait pu nous arracher de ce livre, nous froisser et nous jeter à la poubelle.

 

Page 285 : J’ai repensé à notre petit bout de terre furieuse qui autrefois hébergeait une vraie communauté, mais qui avait été détruite par le crime organisé des trafiquants de drogues et l’immigration aux États-Unis. Notre petit bout de terre furieuse s’était métamorphosé en une constellation brisée et chaque petite maison avait été réduite en cendres.

 

 

 

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Mon avis : Notre otage à Acapulco – Jean-Christophe Rufin

Publié le par Fanfan Do

Éditions Flammarion

 

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Quatrième de couverture :

La jeune Martha Laborne s'est évaporée à Acapulco. Mauvaise nouvelle pour le Quai d'Orsay : c'est la fille d'un homme politique français. La "Perle du Pacifique" était dans les années soixante le paradis des stars hollywoodiennes. Hélas, la ville aujourd'hui est livrée aux pires cartels mexicains de la drogue.Aurel Timescu, notre calamiteux Consul, est envoyé sur place.Comme à son habitude, il est fermement décidé à ne rien faire. Son hôtel, le Los Flamingos, est hanté par les fantômes de Tarzan, d'Ava Gardner ou de Frank Sinatra. En suivant ces héros qui l'ont tant fait rêver dans son enfance, il va subir une complète métamorphose.Un Aurel hédoniste, dandy et buveur de tequila se révèle. C'est bien malgré lui qu'il va se retrouver exposé à des intrigues meurtrières, à des dangers inconnus et au plus redoutable d'entre eux : la passion pour une femme exceptionnelle.

 

 

Mon avis :
Aurel est envoyé à Acapulco, autrefois nommée la "Perle du Pacifique" mais en fait la troisième ville la plus dangereuse du monde. Loin d'en être affecté car assez inconscient de cette réalité, il se sent galvanisé par cette mission qui pourrait bien être son ticket gagnant pour un poste futur tranquille et planqué dans un lieu qui lui plairait. Pourtant, c'est la disparition à Cancún de Martha Laborne, fille d'un homme politique français, qui est la cause de son affectation dans cette ville, et il compte bien ne rien faire pour la retrouver car il se fout totalement de cette gosse de riche en goguette. D'ailleurs ça tombe bien, on lui a expressément demandé de ne rien faire.

La visite d'Acapulco qui paraissait enchanteresse du point de vue d'Aurel est rapidement mise à mal par Guillermo, un photoreporter, qui doit le protéger et qui connaît cette ville par coeur. Il lui fait visiter tous les endroits, qui, l'air de rien ont été le théâtre de tueries entre les cartels. La Perle du Pacifique est réellement un endroit de vide et de mort.

Du tourisme, de l'histoire, de la géopolitique, des narcotrafiquants, une disparition, et Aurel Timescu !.. Toujours virtuose passionné de piano, et porté sur la boisson évidemment ! Mais voilà qu'il fait des infidélités au Tokay pour des alcools et cocktails locaux. Il devient aussi une sorte de superstar locale, totalement adulé pour ses talents musicaux.

Alors qu'Aurel ne fait absolument rien concernant la disparition de Martha Laborne, comme on le lui a intimé, car pour une fois il se sent l'âme d'un touriste, Guillermo de son côté fait des recherches qui semblent fructueuses, ce qui pourrait provoquer la colère de l'ambassadeur qui voudrait que l'affaire reste discrète.
Oui mais voilà, la vraie nature d'Aurel reprend le dessus et il se demande qui est réellement la petite Laborne. Est-elle vraiment l'enfant sage élevée chez les soeurs ?

Éternel Aurel, timide, gaffeur, maladroit, touchant, baroque, ivrogne, fagoté comme l'as de pique mais cette fois-ci très couleurs locales, et magistral au piano ! On ne peut que l'aimer, infiniment !
Il y a un humour qui affleure en quasi- permanence et quelques éclats de rire quand on s'y attend pas.

La fête des morts qui m'a toujours fascinée chez les mexicains mais aussi des descriptions sublimes des couchers de soleil et des lieux donneraient presque envie d'aller flâner à Acapulco, Cancún et la presqu'île du Yucatán sur la piste des temples Mayas. Hélas, les cartels, la drogue, les meurtres sauvages, la corruption, la dangerosité des lieux, tout cela a un effet repoussoir.
J'ai néanmoins encore fait un très beau voyage en compagnie d'Aurel le Consul, calamiteux en apparence mais tellement généreux.

Je remercie infiniment lecteurs.com et Flammarion pour l'envoi de ce livre qui m'a incitée à lire toute la série, et je l'ai adorée.

 

Citations :

Page 16 : Sur de petits ronds-points se dressaient par endroits des monuments, le plus souvent édifiés à la gloire d’inconnus à moustache.

 

Page 22 : Aurel venait de se rendre compte qu’une assiette Ming à l’aspect particulièrement fragile était posée sur un support à peu de distance de son coude. Il se forçat à garder ce danger à l’esprit et à éviter tout mouvement brusque dans cette direction.

 

Page 50 : Par-dessus l’embrouillamini de quartiers anarchiques, des voies rapides tissaient une vaste toile d’échangeurs et de ponts. Saturées de véhicules, ces autoroutes urbaines étaient parfois dédoublées, l’une, plus récente, surplombant l’autre, sans que cet empilement produise autre chose qu’une multiplication des embouteillages.

 

Page 91 : Acapulco était un monstre, un fantôme. La ville conservait une apparence de grâce, de volupté, de beauté, comme une revenante qui aurait pris, pour tromper les humains, l’enveloppe de chair du temps où elle était de ce monde. Mais à l’intérieur, il y avait le vide et la mort. Comment pouvait-on habiter un tel endroit ?

 

Page 377 : L’indien réfléchit puis se tourna vers lui.

- Pour mon peuple, vos limites n’existent pas. Il n’y a pas de clôtures à nos champs. Il n’y a pas de séparation entre les vivants et les morts. L’absence et la présence sont une seule et même chose.

 

 

 

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Mon avis : Le flambeur de la Caspienne – Jean-Christophe Rufin

Publié le par Fanfan Do

Éditions Flammarion

 

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Quatrième de couverture :

Le pays : un rêve…
Habitué aux destinations calamiteuses, Aurel Timescu, le petit Consul, est pour une fois affecté dans un lieu enchanteur. Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan ex-soviétique, est une ville pleine de charme au climat doux, au luxe élégant. À la terrasse de cafés d’allure parisienne, on y déguste un petit blanc local très savoureux.
L’ambassade : un cauchemar…
Le chef de poste, autoritaire et brutal, est bien décidé à se débarrasser d’Aurel. Le fantôme de sa femme, récemment victime d’un tragique et mystérieux accident, plane au-dessus de l’ambassade. Et l’équipe diplomatique, tétanisée par le deuil, est livrée à la crainte et au soupçon.
Il n’en faut pas plus pour qu’Aurel se lance dans une enquête plus folle que jamais. Basée sur de fragiles intuitions, elle prendra, entre mafias locales et grands contrats internationaux, l’ampleur d’une affaire d’État.
Cette fois, Aurel ne lutte pas seulement pour faire triompher la justice. Il se bat pour une cause nouvelle et inattendue : rester là où il est et connaître enfin le bonheur.

 

 

Mon avis :
"Tout était trop parfait et Aurel, habitué à la méchanceté des hommes, n'osait pas croire à son bonheur. " voilà la phrase d'introduction qui laisse présager du bien-être pour notre petit Consul. Il a été envoyé, cette fois-ci, à Bakou en Azerbaïdjan, mélange architectural, en son centre, du Paris haussmannien et de Bucarest, les deux villes qu'il aime le plus.

Au premier abord, tout le monde est charmant et aimable à l'ambassade de France, jusqu'à ce qu'il rencontre l'ambassadeur… un homme dur, mordant, blessant, imbu de lui-même et sans une once d'empathie. Après le choc de l'humiliation que cet homme lui inflige, Aurel, mortifié, décide de le faire tomber, persuadé qu'il cache quelque chose sur la mort de sa femme car il n'a pas du tout l'air affecté par son tout récent veuvage. Et comme d'habitude, il se met à enquêter en douce. Mais cette fois il a une alliée, Amélie, la jeune Consule.

On apprend au passage pourquoi Aurel s'ingénie à ne rien faire, pourquoi il met tant d'obstination à glander.

À la recherche d'indices et d'informations, Aurel multiplie les ruses et les excentricités. Entre l'abus de vin blanc qui lui ouvre l'esprit et le piano qui l'emporte dans des envolées lyriques et transcende tout son être, lui faisant oublier sa timidité, cet incroyable personnage qui s'habille n'importe comment en étant capable de varier et multiplier les "n'importe comment" à l'infini jour après jour, continue de me ravir…

On apprend beaucoup, à chaque nouvelle affectation, sur les régimes en place, les magouilles, la corruption, la politique, mais dans cet opus on est monté d'un cran.
J'ai trouvé cette enquête à rebondissements passionnante. de plus, un nouveau personnage fait son entrée, le petit oncle, qui prend grand soin de son grand neveu. Oui oui, c'est étrange… mais qu'est-ce qui ne l'est pas avec Aurel ?!

J'aime de plus en plus cet homme foncièrement bon, fantasque, intelligent, sensible, pochtron, virtuose au piano et paresseux pour une bonne cause. D'ailleurs il est mon nouvel ami, je l'adore !!! À chaque nouvelle histoire, il prend de l'ampleur, ses traits de caractère s'affirment, il est de plus en plus drôle et j'aime énormément faire du tourisme par Aurel Timescu interposé.

Tout m'a plu dans cette histoire, vraiment tout.

 

Citations :

Page 9 : Les diplomates font tout pour préserver les avantages pécuniaires que leur valent les pays « difficiles » ; ils noircissent volontiers le tableau quand il s’agit de décrire leurs conditions de vie.

 

Page 17 : Seul le premier conseiller, un jeune diplomate qu’il dérangèrent pendant qu’il téléphonait, se montra distant et presque désagréable. Aurel mit cela sur le compte de l’inexpérience. Les débutants dans la carrière ont toujours un peu de mal à doser le mépris dont leur profession leur enseigne à faire usage.

 

Page 64 : Le Who’s who est terrible pour les épouses. Elles peuvent avoir fait de grandes études, brillé dans le sport ou la musique, dès lors qu’elles n’exercent pas d’activité, la formule « sans profession » se referme sur elles comme une pierre tombale.

 

Page 123 : Le vin blanc commençait à faire son effet. Il se détendait ; ses paupières devenaient un peu lourdes. Il n’avait jamais autant de lucidité que dans ces instants un peu crépusculaires.

 

Page 160 : Les manières du vieil homme étaient d’une onctuosité qui évoquait pour Aurel un plat populaire préparé en Roumanie à l’occasion de Pâques et qu’il n’avait jamais pu manger sans être écœuré.

 

Page 265 : Aurel ne quittait pas Yskandar des yeux. Un puissant élan de sympathie le portait vers cet homme. Il lui en rappelait tant d’autres, de ces personnages simples et solides, déterminés à se battre pour une liberté qu’ils ne connaîtraient jamais.

 

 

 

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Mon avis : Les trois femmes du consul - Jean-Christophe Rufin

Publié le par Fanfan Do

Éditions folio

 

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Quatrième de couverture :

A Maputo, capitale du Mozambique, aucun client n'ose s'aventurer à l'hôtel dos Camaroes. Le patron est un vieux Français odieux, connu pour son goût du whisky. Quand il est retrouvé mort dans sa piscine, la police soupçonne arbitrairement une des trois femmes qui gravitaient autour de lui. Aurel Timescu, consul à l'ambassade de France, décide de s'en mêler. Calamiteux diplomate, il se révèle un redoutable enquêteur lorsqu'il pressent une injustice. Il va plonger dans le climat trouble de ces passions africaines. Et nous faire découvrir un des grands drames écologiques de la planète

 

 

Mon avis :
Retrouvé mort dans sa piscine, Béliot, vieux bouc à l'esprit colonialiste, répugnant, obscène, propriétaire d'un hôtel, ne facilite pas la tâche des enquêteurs. Tant de monde pouvait vouloir sa mort…
Personnage tellement antipathique que son hôtel toujours vide donna à Aurel la chance d'avoir une chambre en période de coupe d'Afrique de football, quand tous les hôtels abordables affichaient complet et qu'il attendait son logement de fonction.

Alors qu'Aurel, envoyé au Mozambique cette fois-ci, sabote consciencieusement toutes les tâches qui lui sont assignées dans le seul but qu'on le laisse enfin glander tranquillement, l'assassinat de Béliot et l'arrestation de Françoise, sa première épouse française, réveillent sa fibre policière. Il veut mener l'enquête !!!
Mais, alors qu'à Conakry il devait mener l'enquête en douce de peur qu'on ne le stoppe immédiatement, à Maputo il se retrouve affublé de Mortereau, homme bienveillant et Consul général qui souhaite enquêter avec lui, voire même diriger les investigations. Or pour Aurel c'est hors de question, il va devoir ruser pour mener sa barque en solitaire, persuadé que lui seul est capable de résoudre cette affaire. Ses années de vie sous dictature communiste lui ont appris à composer avec l'autorité et il s'en sert pour flatter son supérieur et ainsi l'endormir.

J'ai trouvé ce deuxième tome beaucoup plus drôle que le premier, comme si après un galop d'essai on passait aux choses sérieuses. 
Jean-Christophe Rufin se lâche et c'est carrément jubilatoire. Aurel prend de l'ampleur, un peu plus doux dingue que précédemment, avec évidemment son intelligence aiguisée et intuitive, pour le plus grand plaisir du lecteur. J'adore ce petit bonhomme fantasque qui répond par l'affirmative quand on lui dit qu'il est fou. Et toujours cette écriture magnifique… Que du bonheur !
 

Citations :

Page 17 : Aurel s’était organisé pendant ce séjour une petite vie bien à lui. Il se rendait au consulat en taxi et prenait prétexte du fait qu’il n’était pas encore installé pour n’accepter aucune responsabilité. C’était sa technique dans chaque poste où il arrivait : démoraliser immédiatement ses supérieurs et leur faire comprendre qu’il n’y avait rien à tirer de lui.

 

Page 19 : Le drame avec les jeunes, c’est qu’ils croient en l’humanité.

 

Page 59 : Aurel avait envie de musique mais son appartement était trop loin pour faire un aller-retour. Il joua donc une sonate de Chostakovitch à sec, en pianotant sur le rebord de son bureau. C’est avec ce genre d’exercices qu’il avait acquis une réputation de fou dans tous les postes où il était passé.

 

Page 61 : Aurel s’énervait en y pensant. En frappant sur le rebord du bureau, il fit quelques fausses notes qui retentirent désagréablement à ses oreilles.

 

Page 100 : Aurel avait horreur du silence en société. Autant il le cultivait chez lui, comme un attribut voluptueux de sa solitude et de sa réflexion, autant, en présence de quelqu’un, il lui semblait synonyme de malaise et même de menace.

 

Page 150 : Aurel s’était toujours senti étranger aux lieux que la religion isole du reste de l’humanité. La foi, pour lui, et en cela il reconnaissait l’influence de la partie juive de sa famille, était un outil à utiliser dans le monde. Créer un espace purement spirituel lui apparaissait comme une sorte de tricherie. La religion ne devait pas refuser le combat avec la vie. Or la vie est partout, sauf dans un tel lieu.

 

Page 188 : Jamais une enquête ne lui apportait autant de bonheur qu’en cet instant : quand tout était là, en lui, mais sans ordre. Il se sentait l’égal d’un dieu qui s’apprête à souffler sur un chaos de choses inertes pour y créer une organisation et y faire naître la vie.

 

 

 

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Mon avis : Lulu – Léna Paul-Le Garrec

Publié le par Fanfan Do

Éditions Buchet Chastel

 

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Quatrième de couverture :

La mer, au loin. elle me semble à l'autre bout du monde. Je perçois à peine ses vagues, devine son écume. Ça sent le sel, il pénètre dans mes sinus. Le ciel triste, bas, empli de cendres, l'absence de soleil, l'horizon bouché. Tout cela est ce que je vois de plus vaste, de plus lumineux.

Ce moment est magique.

 

Enfant singulier et solitaire, élevé par une mère maladroite, étouffante, malmené par ses camarades de classe, Lulu trouve refuge sur le littoral. Tour à tour naturaliste, collectionneur, chercheur de bouteilles, ramasseur de déchets, il fera l'expérience de la nature jusqu'à faire corps avec elle.

 

Conte initiatique et poétique, Lulu, premier roman de Léna Paul-Le Garrec, interroge notre rapport à la liberté et à la nature.

 

 

Pourquoi j’ai voulu lire ce livre :

J'ai reçu ce roman grâce à Babelio dans le cadre de Masse critique privilège et ça a été un vrai plaisir d'autant que j'adore la couverture en plus du reste.

 

Mon avis :
L'histoire commence par une introduction en forme de clin d'œil amusant qui donne envie de poursuivre mais qui m'a inévitablement amenée à me plonger dans le dictionnaire à la recherche du mot sérendipité, que je connaissais mais dont j'ignorais le sens. Me voilà moins ignorante qu'avant.

 

Lulu, prénommé ainsi par passion pour Gainsbourg, se demande s'il est laid avec des grandes oreilles. Enfant sans père, à part, renfermé, obsessionnel, il fait de l'école son terrain d'observation de ses congénères qui le fascinent avec leurs mimiques, les sons qu'ils émettent et leurs codes sociaux qui semblent innés et je dois dire que j'ai trouvé toutes ces réflexions passionnantes et hypnotiques.

 

Quand Lulu se prend de passion pour l'océan et se met à collecter toutes les sortes de coquillages possibles à la plage, c'est tout un pan de mon enfance qui est remonté à la surface... ça évoque tellement la magie de l'age tendre. Il se passionne soudain pour tout ce qui vient de la mer, bois flotté, plumes, objets divers, ouvrant la porte à toutes sortes de fantasmagories. On comprend que tout un monde intérieur fascinant habite notre petit Lulu, qu'il a en lui une immense richesse. Il y a là toute la magie de ce qu'on est capable de créer à partir de peu de chose quand on est petit et qui se transforme en trésor inestimable : "Il n'y a qu'une vérité, celle que l'on s'invente, chaque jour." Lulu ne le sait pas au départ, mais cette passion à priori solitaire va l'amener à faire de belles rencontres qui le marqueront pour le reste de sa vie.

 

Il y a dans cette histoire une réflexion écologique qui nous met sous le nez l'ampleur de nos méfaits envers les océans.

 

Ce roman est comme une friandise enfantine qui amène vers la rêverie et fait oublier les tracas de l'enfance. Une fois le livre commencé, on se laisse emporter par l'imagination du petit Lucien, sans avoir envie de s'arrêter dans cette magnifique prose pleine de poésie.
 

Citations :

Page 14 : Je n’aime as mon prénom. Je ne l’ai jamais aimé, comme tous sans doute. Les parents veulent un prénom original, les enfants un prénom banal.

 

Page 50 : Je n’aime pas le son de ma voix, trop aiguë. Surtout, je n’aime pas parler pour ne rien dire, d’ailleurs cela me fascine et me fascinera toujours , tous ces gens qui parviennent à alimenter des conversations creuses qui remplissent l’atmosphère de leurs bruits. Est-ce pour se rassurer qu’ils peuplent l’espace ? Leurs vies sont-elles aussi vides que leurs discussions ?

 

Page 87 : Au petit matin.

Lorsqu’il est le plus beau, le plus prometteur, qu’il n’est pas encore envahi par la quotidienneté. Pur. Le petit matin est plus grand.

 

Page 112 : Lorsque Vincent quitte la maison, les mains vides, maman prend le paquet et le range dans sa chambre. J’ai l’impression qu’elle me confisque un cadeau en le remplaçant par des silences. Je suis à nouveau enfermé dans cet ordinaire muet des dominés.

 

Page 115 : Nous ne sommes pas seulement notre mémoire, nous sommes aussi nos oublis, les trous de notre mémoire, nos absences, nos comblements, la fiction de ces comblements.

 

Page 123 : Dans la mer, plus grand qu’un grand pays, flottent nos immondices. Et les poissons, et les oiseaux, et les animaux des mers se nourrissent de notre paresse, de notre vanité.

 

Page 173 : On voit trop souvent des signes là où ils ne sont pas, il ne faut pas commettre l’erreur de leur attribuer un sens.

 

 

 

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Mon avis : La félicité du loup – Paolo Cognetti

Publié le par Fanfan Do

Traduit de l’italien par Anita Rochedy

 

Éditions Stock

 

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Quatrième de couverture :

Fausto a quarante ans, Silvia en a vingt-sept. Il est écrivain, elle est artiste-peintre. Tous deux sont à la recherche d’un ailleurs, où qu’il soit. Alors que l’hiver s’installe sur la petite station de ski de Fontana Fredda, au cœur du val d’Aoste, ils se rencontrent dans le restaurant d’altitude Le Festin de Babette. Fausto fait office de cuisinier, Silvia, de serveuse. Ils se rapprochent doucement, s’abandonnant petit à petit au corps de l’autre, sans rien se promettre pour autant. Alors qu’arrive le printemps et que la neige commence à fondre, Silvia quitte Fontana Fredda pour aller toujours plus haut, vers le glacier Felik, tandis que Fausto doit redescendre en ville rassembler les morceaux de sa vie antérieure et finaliser son divorce. Mais le désir de montagne, l’amitié des hommes et des femmes qui l’habitent et le souvenir de Silvia sont trop forts pour qu’il résiste longtemps à leur appel.

Après le succès mondial des Huit Montagnes, Paolo Cognetti revient sur ses sommets bien-aimés avec un éblouissant roman d’amour, véritable ode à la montagne tour à tour apaisante, dangereuse, imprévisible et puissante.

 

 

Pourquoi j’ai voulu lire ce livre :

Une personne qui m’est très proche et qui adore Paolo Cognetti m’a offert ce livre en espérant sans doute que j’aimerai autant qu’elle.

 

Mon avis :
Un besoin de se ressourcer amène Fausto à passer l'hiver loin du tumulte, à Fontana Fredda, village au coeur du Val d'Aoste où il rencontre Silvia, serveuse dans le restaurant où il a accepté de devenir cuisinier.

Fausto et silvia s'attirent mutuellement et finissent par dormir dans le même lit. Leur histoire est douce et pleine de bienveillance et je n'ai pas pu m'empêcher de penser que si le monde était peuplé de gens comme eux, la vie serait beaucoup plus belle tout le temps.

C'est une belle histoire de montagnards. Montagnard, rien que ce mot a un goût d'âpreté et de loyauté. La froideur et une certaine distance sont de rigueur mais aussi une incroyable solidarité.

C'est très étrange la sensation que m'a provoqué ce roman. Il me fait l'effet de n'évoquer que des émotions et des perceptions, comme une fusion entre l'homme et la nature grandiose, la montagne immense et si près du ciel.
D'ailleurs, le personnage principal est la montagne, belle et dangereuse, changeante autant qu'immuable, immémoriale et éternelle.

Si on ne m'avait pas offert ce livre je ne l'aurais jamais lu. Car étrangement, je ne suis pas du tout attirée par les histoires qui se passent en montagne, sans que je sache exactement pourquoi.
Et ce qui devait arriver arriva : je me suis ennuyée. On regarde les saisons passer, les humains vivre, et c'est tout. Pourtant les personnages sont beaux, tous, et la montagne est majestueuse, mais ça n'a pas fonctionné avec moi.

 

Citations :

Page 19 : Ça sentait quoi janvier ? Fumée de poêle. Prés secs et gelés en attente de la neige. Le corps nu d’une fille après une longue solitude. Un parfum de miracle.

 

Page 72 : Fausto Dalmasso, voulez-vous renoncer à cette femme ici présente, ne plus partager votre vie avec elle, reprendre la moitié de ce que vous aviez ensemble, et ne plus lui faire l’amour, ne plus vous occuper d’elle, la délester du fardeau que vous êtes et ne plus rien savoir de cette femme jusqu’à ce que la mort vous réduise en pâtée ?

 

Page 89 : Mais qu’est-ce qu’il faisait là, un abruti de quarante ans sans famille ni travail, à part suivre son utopie ridicule du vis-là-où-tu-es-heureux ?

 

Page 173 : Dans la dernière lueur les chamois quittaient leurs rochers et leurs crêtes pour aller s’abreuver. Ils se tinrent à distance du bivouac, déviant de leur chemin habituel. Eux aussi connaissaient l’humeur de l’automne : l’herbe perdait de sa saveur, et d’un moment à l’autre, ils entendraient le premier coup de fusil. L’homme devenait très dangereux, en cette saison.

 

 

 

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Mon avis : Le suspendu de Conakry – Jean-Christophe Rufin

Publié le par Fanfan Do

Les énigmes d’Aurel le Consul

 

Éditions Folio

 

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Quatrième de couverture :

Comment Aurel Timescu peut-il être Consul de France ? Avec sa dégaine des années trente et son accent roumain, il n’a pourtant rien à faire au Quai d’Orsay. D’ailleurs, lui qui déteste la chaleur, on l’a envoyé végéter en Guinée où il prend son mal en patience.
Tout à coup survient la seule chose qui puisse encore le passionner : un crime inexpliqué. Un plaisancier est retrouvé mort, suspendu au mât de son voilier. Son assassinat resterait impuni si Aurel n’avait pas trouvé là l’occasion de livrer enfin son grand combat contre l’injustice.

 

 

Mon avis :
De Aurel Timescu, le consul de France en Guinée, je serais tentée de dire qu'il fait l'âne pour avoir du son.
Placardisé dans ce pays d'Afrique, il n'aime pas la chaleur et trimballe son improbable dégaine hors du temps qui en fait la risée de tous. Ce petit bonhomme étrange que tout le monde prend pour un crétin est en réalité intuitif, observateur et perspicace, mélomane et pianiste de surcroît. Mais peut-être les laisse-t-il croire qu'il est stupide car au moins il les voit venir de loin…
Lui qui rêvait de mener des enquêtes policières va sauter sur l'occasion lorsqu'un meurtre étrange est perpétré à la marina.

On suit cet homme attifé comme l'as de pique, un peu ivrogne et hyper sensible, à travers ses investigations et collectes d'indices. Il m'a fait l'effet d'un petit Colombo à l'accent roumain, perdu en Afrique.

Avec son air andouille, il avance pas à pas en essayant de se mettre dans la tête de la victime afin percer le mystère qui entoure sa mort. Et il va y arriver le bougre !

J'ai adoré cet étrange petit bonhomme égaré à Conakry contre son gré, qui trouve dans cette enquête le moyen d'occuper son ennui et résoudre une affaire qui, sinon, aurait été bâclée.

Quelques jours passés en Guinée, un improbable consul menant une enquête, j'ai vraiment passé un agréable moment de lecture dans en compagnie de ce petit homme atypique né et élevé dans la Roumanie de Ceauşescu.

 

Citations :

Page 43 : Aurel était extrêmement habile au maniement des ordinateurs. Pour être tranquille au bureau, il jouait à celui qui n’y connaissait rien.

 

Page 147 : Celui qui croit aux miracles est un imbécile ; celui qui n’y croit pas est un athée.

 

Page 219 : Aurel se souvenait d’avoir lu quelque part un article sur un couple de retraités presque octogénaires qui servaient de passeurs de cocaïne avec leur camping-car…

 

Page 225 : La ville à l’aube était encombrée de piétons car les pauvres, selon une loi universelle à laquelle Conakry ne fait pas exception, sont contraints de se lever plus tôt que les autres.

 

 

 

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