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Mon avis : Les femmes d'Heresy Ranch - Melissa Lenhardt

Publié le par Fanfan Do

Cherche midi – Traduit par Tania Capron

 

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Quatrième de couverture :

 

Colorado, 1873. Après la mort de son mari, Margaret Parker décide de continuer à s’occuper de son ranch. À ses côtés, celles qu’elle considère comme sa famille : deux soeurs, Joan et Stella, une cuisinière, Julie, et Hattie, une ancienne esclave au passé aventureux. Mais des femmes seules sur un ranch ont vite fait d’exciter toutes les convoitises, et bientôt elles sont dépossédées de leurs biens. Elles n’ont plus, chacune, qu’un cheval, et le choix qui reste dans l’Ouest américain à celles qui ont tout perdu : se marier ou se prostituer. Ces femmes-là vont néanmoins trouver une option inédite pour survivre : tourner le dos à la loi dont elles ont été les victimes et prendre les armes pour se faire justice. Le gang Parker est né. Bien vite, les exploits de cette mystérieuse bande de femmes défraient la chronique et les Pinkerton se mettent sur leur piste.

Les Femmes d’Heresy Ranch est un formidable récit d’aventures tiré de faits réels. Historienne et romancière au talent fou, Melissa Lenhardt y crée des personnages inoubliables, au caractère bien trempé, et nous livre des informations inestimables sur la vie méconnue des femmes dans l’Ouest américain.

 

 

 

Pourquoi j'ai voulu lire ce livre :

 

Des femmes hors la loi dans l'Ouest américain ?! J'ai tout de suite voulu ce livre qui parle de mes sœurs les femmes.

J'ai eu la chance de le recevoir dans le cadre d'un des nombreux partenariats avec le Picabo River Book Club organisés par Léa TouchBook, cette fois-ci avec les éditions Cherche midi, et je les en remercie infiniment !

 

 

 

Mon avis :

 

Dès l'introduction j'ai senti l'appel des grandes étendues et des vies injustement oubliées.

Cette histoire traite de sujets chers à mon cœur, la condition féminine, la façon dont les femmes étaient considérées et traitées au XIXème siècle, notamment en Amérique, qu'elles soient blanches ou noires bien que pour ces dernières c'était bien pire. Un monde d'hommes, une justice faite par les hommes pour les hommes.

Roman chorale aux si nombreux personnages qu'il faut un peu s'accrocher au début pour s'y retrouver. Mais ensuite ça coule tout seul avec une écriture fluide qui nous parle de rapports humains, d'amitié, de loyauté mais aussi de haines et de trahisons, d'une époque particulièrement difficile mais aussi de paysages grandioses, de nature sauvage.

Les hommes trouvent humiliant de devoir traiter avec des femmes, trop émotives et pas assez intelligentes. Ce mode de pensée qui pour beaucoup était une hypocrisie absolue à mon avis, permettait aux hommes de garder la mainmise sur les femmes, de les maintenir sous tutelle et de les spolier.

L'histoire d'amitié entre Garet la duchesse anglaise et Hattie l'ancienne esclave, mais aussi avec les deux sœurs Stella et Joan, et Jehu le seul homme de la bande, est tellement belle, cette forme d'amour si particulier, ce lien si fort, souvent plus fort que l'amour et bien plus durable.
Et puis, c'est un gang de femmes, mais pas que... elles tendent la main aux femmes en détresse, leur offre un toit. Elle sont héroïques, solidaires, charitables. Des personnages sublimes et généreux.
Hélas leur chemin est semé d'embûches, leur indépendance provoque de la rancœur chez les hommes qui n'aiment pas qu'on leur fasse de l'ombre.

J'ai tremblé pour elles et suivi avec passion l'histoire de ces femmes, sorte de Robin des bois du Far West qui, refusant le chemin que la société voulait leur tracer, ont décidé de prendre leur destin en main, ayant l'impression de cette façon de réparer les injustices de la vie tout en prenant leur revanche sur ceux qui leur avaient tout volé.

Ce roman traite de sujets multiples sur la condition féminine, il n'est pas une simple histoire de femmes hors la loi mais va bien au delà.

Coup de cœur absolu pour cette superbe histoire de femmes remarquables, que j'ai tant aimées !


 

 

Citations :

 

 

Page 22 : C'est bizarre, voyez-vous. Sur les quatre-vingt-douze années de ma vie, j'ai été esclave durant vingt et un ans, une goutte d'eau si on y réfléchit. Mais encore maintenant, c'est la seule chose dont les gens veulent parler. Comme si je n'avais pas existé les soixante et onze ans qui ont suivi, jusqu'à aujourd'hui. Comment vous expliquez ça ? Les temps changent et ils veulent se souvenir ? Pour faire mieux à l'avenir ? Ou pour se rappeler la bonne vieille époque ? Tout peut toujours être pire. Chaque fois qu'on obtient un petit progrès, les choses mettent à empirer. Un pas en avant et dix en arrière.

 

Page 34 : Ça me met en colère. Encore maintenant. Soixante ans après. On ne faisait de tort à personne. Juste des femmes qui s'occupaient de leurs affaires, qui avaient créé une famille, qui faisaient leur business, et qui participaient à la conquête de l'Ouest, bon sang, aussi bien que les hommes. Mais ils ne supportaient pas l'idée qu'on n'ait pas besoin d'eux.

 

Page 82 : Nous ne pouvons pas espérer obtenir le droit de vote si nous ne sommes pas éduquées. En nous maintenant dans l'ignorance, les hommes gardent leur pouvoir sur nous.

 

Page 134 : Ça se passait comme ça, à l'époque. Les mineurs, les fermiers, les commerçants, ils s'achetaient une femme pour tenir la maison et ouvrir les cuisses quand l'envie leur en prenait, pondre quelques gosses qu'ils pourraient très vite mettre au travail et tabasser. La vie des pionniers était très dure pour les femmes.

 

Page 433 : Ça n'avait pas d'importance, nos vies ont commencé quand nous nous sommes rencontrés, et tout ce qui s'est passé avant, c'est ce que nous devions traverser pour nous trouver.

 

 

 

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Mon avis : Le secret des roses - Dominique Sourzac

Publié le par Fanfan Do

Le secret des roses – Dominique Sourzac

 

Éditions Kiwi

 

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Quatrième de couverture :

 

 

Dans le Paris occupé de 1942, la Résistance s’organise autour de l’hôpital Saint-Louis. Au péril de sa vie, Jeanne, jeune femme fougueuse et passionnée, met tout en œuvre pour sauver un enfant juif de la machinerie nazie.
De nos jours, Stéphanie, pédiatre à l’hôpital St Louis, voit sa vie basculer le jour où elle est prise de visions. Ses rencontres avec l’énigmatique Issan et Sébastien, le mystérieux habitué de la cour carrée de l’hôpital, n’ont pas fini d’ajouter à sa confusion.
Un lieu, deux époques que tout sépare…
Et si le destin avait décidé de s’en mêler ?

 

 

Pourquoi j'ai voulu lire ce livre :

 

Il faisait partie des différents choix de l'opération Masse Critique sur Babelio que je remercie. Je remercie aussi les Éditions Kiwi qui me l'ont envoyé.

 

 

 

Mon avis :

 

Ce roman se passe sur deux époques, ce que j'aime tout particulièrement.
Les chapitres alternent entre l'occupation et maintenant.

Pendant la deuxième guerre on suit l'histoire de Jeanne, que son père voudrait voir épouser la médecine alors qu'elle, se sent appelée par Dieu et veut entrer dans l'ordre des sœurs de Sainte Thérèse qui voyagent à travers le monde pour apporter leur aide à ceux qui en ont besoin.
Parallèlement on suit, à l'époque actuelle, Stéphanie, médecin de province qui décide d'aller exercer à Paris, pour des raisons qui lui echappent, elle qui n'était pas attirée par la capitale jusqu'alors.

Lors de tous les chapitres qui se déroulent pendant la guerre, on sent une plus grande aptitude au bonheur. Quand le danger est omniprésent, les bonheurs simples sont des parenthèses enchantées.
Jeanne a pris sous son aile Gabriel, un enfant juif qui court un grand danger et dont la famille a été assassinée par les allemands.
Stéphanie elle, est en quête de bonheur et de l'âme sœur.
L'une se bat pour la survie tandis que l'autre cherche juste à s'épanouir. Deux époques, deux espérances.

Alors je dois bien avouer que j'ai de loin préféré les chapitres se déroulant pendant la guerre que ceux de notre époque, auxquels j'ai trouvé moins d'intérêt, sans doute parce que la rencontre de Stéphanie avec Issan m'a parue un peu superficielle, avec des conclusions trop hâtives.
Il m'a semblé qu'il y avait plus de profondeur dans les descriptions de la guerre et de la résistance.

Il y a dans cette histoire une certaine philosophie concernant la vie, le hasard, les rencontres, comme si nous recevions des signes au cours de nos existences et qu'il ne tient qu'à nous de savoir les reconnaître.

Pour finir, j'ai beaucoup aimé quand-même, bien que je pense que le lien entre les deux époques aurait pu être plus développé.


 

 

Citations :

 

Page 10 : Leur idylle dura cinq ans. Elle considéra d'autant moins cette tranche de vie comme un échec que Paul était né de leur union.

 

Page 216 : Petit à petit, les mauvais souvenirs s'estomperont. Tu ne les oubliera jamais, mais tu leur donneras une autre place dans ton cœur.

 

 

 

 

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Mon avis : Les sacrifices de Nari - Ylanë Maÿvis

Publié le par Fanfan Do

Traduit du Koroïen par Nicolas Jolie

 

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Quatrième de couverture :

 

Depuis des temps immémoriaux, les Nilagos consacrent des cérémonies à leur déesse tutélaire Nari en lui sacrifiant leur animal-totem, le majestueux nilab. Mais sous le règne de l'aÿr Balog le Malin, la spiritualité de la tribu s'efface progressivement devant les ambitions politiques et économiques de son chef qui voue une haine secrète à Nari. Poussé par le désir de comprendre une prophétie qui l'accable, Balog devra affronter son passé et se confronter à la divinité... mais cela suffira-t-il pour permettre aux Nilagos de renouer avec leurs traditions ancestrales ?

L'histoirienne Ylanë Maÿvis nous fait plonger au cœur de l'ère tribale de Koro, où de modeste tribus côtoient des clans très puissants, bien plus avancés économiquement et technologiquement. Le résultat de ces recherches mythoscientifiques fait émerger certaines des principales problématiques de cette lointaine époque, et permet de soulever le voile de la jeunesse de l'un des plus grands héros koroïens de cette période : le célèbre Toziram.

 

 

 

Pourquoi j'ai voulu lire ce livre :

 

 

Nicolas Jolie, le traducteur de cette histoire m'a proposé la lecture de ce livre via le site Simplement Pro.

 

 

 

Mon avis :

 



C'est tout un univers qui nous est décrit là avec sa mythologie et son histoire. Un peuple, avec ses croyances et une certaine barbarie envers ce qui n'est pas de son espèce. Le tout premier rituel m'a fait penser aux sacrifices perpétrés par les aztèques, entourés d'une grande ferveur mystique. Sacrifice offert à la déesse Nari, cette curieuse petite divinité virevoltante, au langage surprenant.

J'ai vu dans l'histoire de cet autre monde, un parallèle avec nous, les humains, nos sociétés et la façon écœurante dont nous traitons les animaux, dont nous faisons de la mort un spectacle, mais aussi la vanité et la futilité de croire que la puissance et le pouvoir apportent le bonheur, et de penser qu'on peut dompter la nature.

C'est un récit prenant, qui vous embarque dans l'histoire de ce peuple, où on chemine avec les personnages, certains avec une belle âme comme Gula, Toziram et Pik-Pok, alors que d'autres sont plutôt détestables. J'ai beaucoup aimé, d'autant que tout est très visuel et que du coup j'y étais, je voyais tout. J'ai aimé les descriptions des paysages et des nilabs, ces animaux majestueux. J'ai surtout trouvé envoûtante l'impression de lire l'histoire d'un peuple primaire alors qu'il dispose d'une technologie avancée. Une sorte de grand écart entre une vie simple et bucolique et de grandes capacités technologiques, entre la barbarie et le futur.

Plus on avance dans l'histoire, plus elle est addictive. On est face à la nature grandiose, terre nourricière des Nilagos, des Pitakas, des Alumbagis, Ragiz, Zetrals... tous ces peuples qui l'habitent... dont certains oublient trop souvent de la respecter, ceux qui renoncent à vivre en harmonie avec le grand tout et laissent parler leurs instincts cupides et belliqueux.

Une histoires de vies, de clans, de luttes de pouvoirs et de guerre, avec une pensée écolo sous-jacente, ainsi que des personnages aux personnalités intéressantes, tout ça m'a énormément plu, y compris l'épilogue totalement inattendu !

Il s'agit là d'un fragment important de l'Histoire Koroïenne, éclairée à la fin par nombre d'explications en commentaire. J'ai trouvé très intéressant le parti pris d'avoir traduit du Koroïen un texte écrit par Ylanë Mayvis, native de Koro passionnée par l'histoire de la planète qui l'a vue naître.



 

 

Citations :

 

Page 81 : - Que vais-je bien pouvoir faire de ces couilles de nilab ? Les porter en pendentif ?

 

Page 232 : - L'équilibre est la porte ouvrant sur l'harmonie.

 

 

 

 

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Mon avis : 4321 - Paul Auster

Publié le par Fanfan Do

Ma chronique sur Insta c'est ici

 

Traduit par Gérard Meudal – 1019 pages - Actes sud

 

 

 

Le point de vue des éditeurs :

 

À en croire la légende familiale, le grand-père nommé Isaac Reznikoff quitta un jour à pied sa ville natale de Minsk avec cent roubles cousus dans la doublure de sa veste, passa Varsovie puis Berlin, atteignit Ham- bourg et s’embarqua sur l’Impératrice de Chine qui franchit l’Atlantique en essuyant plusieurs tempêtes, puis jeta l’ancre dans le port de New York au tout premier jour du XXe siècle. À Ellis Island, par une de ces bifurcations du destin chères à l’auteur, le nouvel arrivant fut rebaptisé Ferguson. Dès lors, en quatre variations biographiques qui se conjuguent, Paul Auster décline les parcours des quatre possibilités du petit-fils de l’immigrant. Quatre trajectoires pour un seul personnage, quatre répliques de Ferguson qui traversent d’un même mouvement l’histoire américaine des fifties et des sixties. Quatre contemporains de Paul Auster lui-même, dont le “maître de Brooklyn” arpente les existences avec l’irrésistible plaisir de raconter qui fait de lui l’un des plus fameux romanciers de notre temps.
 

 

 

 

Pourquoi j'ai voulu lire ce livre :

 

J'ai lu il y a des années Le livre des illusions et je l'avais trouvé passionnant.

Dans ce roman ci, il y a un paramètre qui m'attirait énormément, c'est la déclinaison de quatre destins possibles pour une même personne.

 

 

 

Mon avis :

 

Il y a un sortilège caché dans les premières lignes de ce roman de plus de mille pages, il vous tombe dessus dès le début de la lecture pour ne plus vous lâcher. On se fait avaler tout cru dans l'histoire de la famille Ferguson.

La façon dont les personnages sont racontés est passionnante. Ce roman est un véritable page-turner.

 

Mais alors, c'est un roman très étrange ; la chronologie est étonnante et il faut un certain temps pour comprendre comment ça fonctionne.

Les phrases sont extrêmement longues, parfois une page entière, et pourtant ça ne gêne absolument pas.

 

Il y a ce que j'aime dans ce roman, un "Et si"... la possibilité d'un autre destin, plusieurs fois, plusieurs alternatives pour une même vie.

Il y a un socle, une base de départ toujours la même : le grand-père arrivé à Ellis Island au début du XXème siècle, puis un de ses fils, Stanley, qui épouse Rose Adler avec qui il aura Archibald (Archie) Ferguson, le héros de l'histoire. Ensuite, quatre déclinaisons de ce qu'aurait pu être leur vie, mais essentiellement axées sur celle d'Archie, nommé Ferguson par l'auteur.

 

J'ai adoré l'idée du roman, j'ai toujours aimé ce genre d'histoire, que ce soit au cinéma ou en littérature, parce que moi-même je me demande souvent ce que serait ma vie si d'autres choix avaient été faits. Si mon père avait choisi d'aller travailler au Zaïre (comme je l'espérais) plutôt qu'au Havre. Je n'aurais jamais rencontré le père de mes enfants, qui donc n'existeraient pas et ça aurait une incidence sur une multitude de vies. Des amitiés jamais nouées, des histoires d'amour jamais vécues.

Je trouve ce genre d'extrapolation absolument fascinante.

Et c'est construit d'une façon totalement inattendue, avec maestria.

 

Au fil des chapitres on parcourt l'histoire de l'Amérique de façon très diversifiée en fonction des différentes vies, des choix et des centres d'intérêt du héros, et ça aussi c'est passionnant. C'est dense et foisonnant.

Il est par ailleurs énormément question de littérature tout au long du roman, un vrai bonheur... qui donne envie de découvrir nombre d'auteurs cités.

 

Ce livre m'a tenue pendant 18 jours ... j'aurais bien aimé en venir à bout plus vite que ça !

Mais quel talent Paul Auster !

Sans aller jusqu'au coup de cœur, je suis admirative de l'œuvre qui m'apparaît comme une véritable prouesse littéraire.



 

 

Citations :

 

Page 40 : Ainsi Ferguson était né, et pendant les quelques secondes qui suivirent son expulsion du ventre maternel, il fut le plus jeune être humain à la surface de la terre.

 

Page 80 : Dieu est cruel, Archie. Il devrait protéger les braves gens dans ce monde mais il ne le fait pas. Il les fait souffrir tout autant que les méchants.

 

Page 119 : Quel drôle de couple ils formaient tous les deux, un garçon blessé hurlant son amour dans chaque acte d'hostilité envers son père et un père blessé exprimant son amour en refusant de le gifler, en se laissant bourrer de coups.

 

Page 184 : L'attrait des journaux était radicalement différent de celui des livres. Les livres étaient solides et durables alors que les journaux étaient des prospectus fragiles et éphémères que l'on jetait dès qu'on les avait lus, en attendant qu'ils soient remplacés le lendemain par le numéro suivant, tous les matins une édition nouvelle pour un nouveau jour.

 

Page 216 : Je ne crois plus en Dieu, écrivait-il dans l'une d'elles. Du moins pas dans le Dieu du judaïsme, des chrétiens ou des autres religions. La Bible dit que Dieu a créé l'homme à son image. Mais ce sont des hommes qui ont écrit la Bible, non ? Ce qui veut dire que l'homme a créé Dieu à son image. Ce qui veut également dire que Dieu ne s'occupe pas de nous, et qu'il se moque très certainement de ce que les hommes peuvent penser ou éprouver. S'il se souciait un tant soit peu de nous il n'aurait pas créé un monde empli de réalités si terribles. Les hommes ne se feraient pas la guerre, ne s'entretueraient pas, ne construiraient pas de camps de concentration. Ils ne mentiraient pas, ne tricheraient pas, ne voleraient pas.

 

Page 284 : Angie entra dans la salle à manger en apportant le dessert et Ferguson contempla sa part de pudding au chocolat en se demandant pourquoi il n'existait pas une loi qui permettrait aux enfants de divorcer de leurs parents.

 

Page «312 : Mais ce que Hank et Frank n'ont pas compris c'est que le mariage change tout. Il ,n'est pas seulement question de deux personnes qui décident de vivre ensemble, c'est le début d'une longue lutte qui oppose la volonté d'un partenaire à celle de l'autre, et même si le mari semble souvent avoir le dessus, c'est la femme qui choisit à la fin.

 

Page 721 : Depuis qu'il était petit, depuis que son moi de petit garçon avait compris qu'il était une créature de transition, destinée à grandir et à devenir un homme, il s'était dit qu'il deviendrait père un jour, qu'il finirait par engendrer des petits Ferguson qui grandiraient et deviendraient à leur tour des hommes ou des femmes, c'était un rêve éveillé qu'il avait toujours tenu pour acquis comme un avenir certain parce que c'était ainsi que marchait le monde, les petits devenaient grands puis à leur tour mettaient au monde d'autres petits et quand on avait l'âge de le faire c'est ce qu'on faisait. Même aujourd'hui pour ce philosophe de dix-neuf ans désabusé et partisan de livres obscurs, c'était une chose qu'il continuait à attendre avec un grand plaisir.

 

 

 

 

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Mon avis : L'enfant de la prochaine aurore – Louise Erdrich

Publié le par Fanfan Do

Éditions Albin Michel -Terres d'Amérique

Traduit par Isabelle Reinharez

 

 

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Quatrième de couverture :

 

Notre monde touche à sa fin. Dans le sillage d'une apocalypse biologique, l'évolution des espèces s'est brutalement arrêtée, et les États-Unis sont désormais sous la coupe d'un gouvernement religieux et totalitaire qui impose aux femmes enceintes de se signaler. C'est dans ce contexte que Cedar Hawk Songmaker, une jeune Indienne adoptée à la naissance par un couple de Blancs de Minneapolis, apprend qu'elle attend un enfant. Déterminée à protéger son bébé coûte que coûte, elle se lance dans une fuite éperdue, espérant trouver un lieu sûr où se réfugier. Se sachant menacée, elle se lance dans une fuite éperdue, déterminée à protéger son bébé coûte que coûte.

Renouvelant de manière saisissante  l'univers de l'auteure de LaRose et Dans le silence du vent, le nouveau roman de Louise Erdrich nous entraîne bien au-delà de la fiction, dans un futur effrayant où les notions de liberté et de procréation sont des armes politiques. En écho à La Servante écarlate de Margaret Atwood, ce récit aux allures de fable orwellienne nous rappelle la puissance de l'imagination, clé d'interprétation d'un réel qui nous dépasse.

 

 

 

 

Pourquoi j'ai voulu lire ce livre :

 

J'ai plusieurs romans de Louise Erdrich, que je n'ai pas encore lus.

Je n'ai pas résisté à l'envie de tenter ma chance de gagner son tout dernier roman par tirage au sort lors d'un nouveau partenariat organisé par Léa TouchBook au sein du Picabo River Book Club sur Facebook avec les éditions Albin Michel – Terres d'Amérique.

Je les remercie de m'avoir permis de recevoir ce livre.

 

 

 

Mon avis :

 


On est dans l'ambiance dès les premières pages, avec un danger invisible, dont on ignore tout au début ; virus, bactérie, mutation ? En tout cas l'humanité est en danger. Il semblerait que les humains à venir aient une particularité. Pas que les humains d'ailleurs, mais tout ce qui naît et doit naître...

Cedar, la narratrice, jeune femme indienne adoptée par des blancs, s'adresse à l'enfant qu'elle attend via un journal intime, et nous entraîne par la même occasion dans ses pensées existentielles autant que dans les événements qui se profilent. Elle part à la rencontre de sa mère biologique et de son peuple d'origine, dans ce monde qui s'effondre.
Les personnages sont immédiatement attachants et intrigants. On a envie de les découvrir, de faire leur connaissance.

J'ai trouvé quelques longueurs, notamment quand Cedar entre dans de longues réflexions métaphysico-religieuses en relation avec le mystère de la vie qui se développe en elle. Le côté extrêmement introspectif et trop porté sur la foi, à mon goût, m'a paru long.
Par ailleurs j'ai toujours un pincement au cœur quand je lis que les amérindiens se sont convertis au christianisme, eux qui étaient les enfants de la nature, des forêts, du vent et vénéraient le Grand Esprit. Pourquoi ont-ils pris la religion des envahisseurs, des spoliateurs, de ceux qui ont détruit leur mode de vie et asservi leur peuple ?
Car Cedar qui a beaucoup fantasmé sur sa famille et ses origines ojibwées est néanmoins une chrétienne très pieuse.

Étrange histoire qui nous laisse languir dans l'ignorance de la catastrophe qui s'ébauche. On découvre au compte-gouttes les tenants et aboutissants du désastre inéluctable qui est en train de se produire et l'angoisse monte crescendo. On ignore jusqu'à la fin quel est réellement le problème concernant les bébés à naître et pourquoi les femmes enceintes sont traquées.
C'est un monde triste et déprimant qui est décrit là.

L'hypothèse selon laquelle ce serait les femmes qui paieraient le plus lourd tribut en cas de catastrophe écologique remettant en cause la pérennité de l'espèce humaine est très vraisemblable.

On prend conscience de la beauté de la vie et de sa fragilité quand tout est sur le point de disparaître, quand le monde tel qu'on le connaît est sur le point de changer irrémédiablement.
Ce roman m'est apparu comme une fuite en avant dans un monde devenu cauchemardesque, et le plus terrible c'est de penser que l'humanité est responsable de ça.




 

 

Citations :

 

Page 60 : C'est étrange de l'observer et de penser qu'elle a peut-être vécu l'épanouissement final de la culture et de la pensée humaines. Elle est perchée au sommet de la pyramide, Grand-mère Virginia : une gargouille minuscule, aux traits tirés, qui bat un paquet de cartes.

 

Page 75 : Il n'y a nulle part, tandis que je pianote sur tous les boutons de la télécommande, quelqu'un qui ait la peau foncée. Ni dans les films, ni dans les sitcoms, ni sur les chaînes de téléachat, ni sur les dizaines de chaînes évangéliques.

Quelque chose a fait irruption dans la vie telle qu'elle était avant. Tout a changé pendant que je ne regardais pas, changé sans un mot ni même un avertissement.

 

Page 81 : Tu es à mi-chemin entre le quatrième et le cinquième mois. Tu as traversé l'ère des miracles. Tu es passé de têtard à vaguement humanoïde et tu as perdu ta queue d'embryon. Tu as absorbé la palmature reliant tes orteils et tes doigts et développé des paupières, des oreilles, un squelette minuscule. Acquis un cerveau générant deux cent cinquante mille neurones par minute. Tu peux déjà loucher, froncer les sourcils, sourire, avoir le hoquet.

 

Page 161 : Je ferme ensuite les yeux et j'écoute le grondement et le fracas du monde qui passe en trombe. Nous aussi nous passons en trombe. Le vent cinglant nous double. Nous sommes si brefs. Un pissenlit d'un jour. L'enveloppe d'une graine ricochant sur la glace. Nous sommes un plume tombant de l'aile d'un oiseau. Je ne sais pas pourquoi il nous est donné d'être tellement mortels et d'éprouver tant de sentiments. C'est une blague cruelle, et magnifique.

 

 

 

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Mon avis : Ta mort à moi - David Goudreault

Publié le par Fanfan Do

Éditions Philippe Rey

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Quatrième de couverture :

 

Poète culte, Marie-Maude Pranesh-Lopez est une énigme, tant pour ses adorateurs que pour ses détracteurs. Pourquoi n’a-t-elle laissé qu’un unique recueil devenu best-seller partout dans le monde ? Et pourquoi sa biographie contient-elle tant de zones d’ombre ?

Fille ingrate, mère indigne, amoureuse revêche, trafiquante d’armes, mais aussi altruiste qui accueille les marginaux du Québec, Marie-Maude semble avant tout être en sempiternelle fuite, rongée de l’intérieur par un « trou blanc ». Mue par des passions féroces et une soif d’aimer, elle mène « une vie de funambule unijambiste progressant sur un fil barbelé », selon son biographe.

Dans ce roman polyphonique aux multiples rebondissements, David Goudreault entraîne le lecteur au cœur du mystère d’une femme. De son écriture forte, drôle et d’une constante tendresse pour ses personnages, il sème des textes épars, brillante constellation qui prendra son sens dans les dernières pages, révélant alors une bouleversante vérité.

 

«Enfant déjà, Marie-Maude souffrait d'une inextinguible soif d'absolu, une urgence d'enluminer la routine pour rendre le quotidien supportable. Le monde étant ce qu'il est, elle ne pouvait trouver l'extraordinaire qu'en elle-même. De feu de paille en feu de paille, à chercher des incendies, elle a tout enflammé autour d'elle. »

 

 

Pourquoi j'ai voulu lire ce livre :

 

En fait, ce livre est pour moi une sorte de baptême de David Goudreault. Dès que j'ai connu l'existence de sa Trilogie « La Bête », j'ai eu envie de la lire. Malheureusement le tome 3 n'étant pas encore sorti en France, il faut que je patiente, ce que j'ai fais en lisant ce roman.

 

 

 

Mon avis :

 

J'ai su dès les premières pages que j'avais affaire à un genre d'OVNI. En même temps c'est pour ça que je le voulais.

Marie-Maude vient au monde avec un frère jumeau, Victor-Hugo. Étrange de se prénommer Victor-Hugo !? Ah mais c'est que Dolores, leur mère, est totalement amoureuse de la langue française, elle s'y voue corps et âme.

On apprend rapidement que Marie-Maude est laide, égocentrique et fonctionne de façon totalement atypique. Elle est aussi extrêmement intelligente.

J'ai aimé cette drôle d'histoire durant laquelle j'avais l'impression d'entendre la voix du narrateur me conter l'étrange parcours de Marie-Maude, observée comme à travers un microscope, comme s'il s'agissait d'une étrange bestiole, presque étudiée sous le prisme d'une analyse scientifique.
La façon dont c'est raconté m'évoque le compte-rendu de l'étude d'un spécimen déconcertant, énigmatique et jamais vu.

On suit donc Marie-Maude et Victor-Hugo son frère jumeau, enfant souffreteux et sans intérêt selon elle. Les parents, Abhijat l'autosatisfait narcissique et Dolorès la douloureuse qui porte si bien son nom, couple en perdition, qui ont oublié de continuer à s'aimer.
Et elle grandit au sein de cette famille dysfonctionnelle avec une grande indifférence pour tout ce qui les concerne.

Marie-Maude n'a pas de sentiments, c'est l'impression qu'elle donne, d'être incapable d'aimer.

La chronologie décousue m'a beaucoup déroutée, l'histoire va d'avant en arrière sans vraiment que ça soit clair, je m'y suis un peu perdue.
Évidemment c'est voulu, mais pourquoi ?.. peut-être parce que la vie de Marie-Maude est elle-même décousue.
Néanmoins j'ai adoré l'état d'esprit ironique et séditieux qui règne tout le long de cette lecture.

À la toute fin, que j'ai trouvé bouleversante et déroutante, j'ai eu l'impression d'avoir fait une course de fond à travers la vie de Marie-Maude, du Québec au Laos. Je l'ai ressentie comme une étrange expérience.


 

 

Citations :

 

Page 15 : Le souffreteux de Nietzsche s'acharnait à répéter que tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ; quelle connerie ! Ce qui ne nous tue pas nous estropie, nous traumatise ou nous humilie.

 

Page 19 : Dolorès envisageait leur avenir sans amour ni rupture ; statistiquement parlant, on recense davantage de gens en couple qu'on ne dénombre de personnes amoureuses.

 

Page 42 : Marie-Maude ne ressemblait à personne, et personne ne désirait s'y reconnaître.

 

Page 47 : Par définition, les génies sont rares, mais les maladies mentales sont communes, et les génies atteints de maladies mentales sont légion : Vincent Van Gogh, Rosalind Franklin et Edgar Allan Poe en sont des exemples éloquents.

 

Page 59 : Les yeux secs comme des marqueurs sans bouchons, les enfants goûtaient davantage le plaisir de la délation que celui de la justice. L'ordre du monde repose sur de petites choses, de toutes petites choses.

 

Page 77 : Le psychologue de l'école m'a encore fait passer des tests cette semaine. Il dit que je suis très intelligente. Moi je dis qu'il est très con. Si j'étais intelligente, je trouverais le moyen d'avoir ce que je veux. Je l'ai jamais ce que je veux !

 

Page 119 : Le risque d'avoir plusieurs enfants, c'est l'impossibilité de se suicider lorsqu'on en perd un. Faut ravaler, se relever, élever les autres.

 

Page 162 : Chaque soir, elle part faire des tours de voiture. Elle fait une Toyota-thérapie. Elle va encore à l'église, mais elle va surtout à l'autoroute.

 

Page 166 : Qu'est-ce qui se cache derrière la beauté, sinon un peu de viande sur un crâne ?

 

Page 187 : Ma mère dit que je devrais prier. Pour une atrophiée de la fantaisie, elle accorde beaucoup de crédit à l'incroyable mystère de la foi. De toute façon, on a davantage supprimé de vies au nom de Jésus qu'il a pu en sauver de son vivant.

 

Page 213 : On ignore le nombre d'assassins en état de stress post-traumatique au sein du crime organisé. Trop peu de données permettent d'étayer une réalité clinique incontestable. Kawaii avait tué une seule fois, une fois de trop.

 

 

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Mon avis : La laveuse de mort - Sara Omar

Publié le par Fanfan Do

Traduit par Macha Dathi – Éditions Actes Sud

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Quatrième de couverture :

 

Kurdistan, 1986. Lorsque la frêle Frmesk vient au monde, elle n'est pas la bienvenue aux yeux de son père. Ce n'est qu'une fille. De plus, son crâne chauve de nourrisson porte une petite tache de cheveux blancs. Est-ce un signe d'Allah ? Est-elle bénie ou maudite ?
La mère de Frmesk craint pour la vie de sa fille. Quand son mari menace de l'enterrer vivante, elle ne voit d'autre solution que de la confier à ses propres parents.
Gawhar, la grand-mère maternelle de Frmesk, est laveuse de mort. Elle s'occupe du corps des femmes que personne ne réclame, ne veut toucher ni enterrer : des femmes assassinées dans le déshonneur et la honte. Son grand-père est un colonel à la retraite qui, contrairement à sa femme, ne lit pas uniquement le Coran mais possède une riche bibliothèque. Ce foyer bienveillant ne parviendra qu'un temps à protéger Frmesk des inexorables menaces physiques et psychologiques qui se resserrent sur elle, dans un pays frappé parla guerre, le génocide et la haine.

La Laveuse de mort est un roman violent sur la vie d'une enfant — puis d'une jeune femme — exposée à l'extrême.

 

 

 

Pourquoi j'ai voulu lire ce livre :

 

J'ai reçu ce livre à Noël, tout simplement.

 

 

 

Mon avis :

 

C'est un roman qui commence très fort, avec une scène totalement abominable et révoltante.

Il semble qu'il soit grandement autobiographique car Frmesk et Sara Omar sont nées toutes les deux le 21 août 1986 au Kurdistan, toutes les deux ont une mèche de cheveux blancs.

Dès les premières pages, une phrase de La Fontaine m'est venue à l'esprit : Selon que vous serez puissant ou misérable... sauf que là ça devient Selon que vous serez homme ou femme... et c'est là tout le problème. Il est des endroits du monde où il n'est pas bon de naître fille.
Je me demande souvent pourquoi les hommes détestent les femmes à tant d'endroits sur terre. Pourquoi ne veulent-ils pas partager ? Ils prennent tout le bon et laissent tout le mauvais aux femmes jusqu'à s'arroger le droit de vie et de mort sur elles.

Frmesk vient au monde en 1986 dans un village paumé du Kurdistan, un endroit du monde qui pue la haine et l'obscurantisme, où religion et superstition atteignent un paroxysme, où la condition des femmes confine au calvaire. Hélas pour Frmesk, elle n'est qu'une fille, c'est à dire rien.
Les femmes vivent dans une peur permanente des hommes tout-puissants et des démons mais aussi du vent et des tempêtes, de tout ce qu'elles interprètent comme des signes maléfiques. Elle prient en groupe pour tenter de faire barrage aux Djinns qui pourraient tenter de s'emparer des âmes des plus fragiles.

Encore une œuvre extrêmement forte sur la condition féminine, sur le patriarcat toxique, quand la religion est utilisée contre la moitié de l'humanité pour l'asservir et la mépriser.
C'est une histoire révoltante, où l'on se dit que l'autrice est en colère contre l'interprétation arriérée qui est faite du Coran... quoique, à l'énumération de certains versets, certaines sourates, il semble que la croyance prédomine sur la vie humaine, sur le respect de la femme. La religion est en tout cas omniprésente dans tous les instants de la vie, jusqu'à l'oppression.

Ce roman, qui se déroule sur deux époques et deux lieux - 1986 et 2016, Kurdistan et Danemark - est un coup de poing dans la gueule ! Il m'a révoltée, désespérée et fait détester particulièrement ces femmes, ces collabos , qui d'ailleurs se renient elles-mêmes et trahissent leurs filles en prenant fait et cause pour cette injustice instaurée par les hommes, qui considèrent que les femmes sont inférieures et sont leur propriété et que la naissance d'une fille est une malédiction. Ça m'a fait évidemment détester ces hommes qui méprisent les femmes, leurs femmes, et sont incapables d'aimer leurs filles parce qu'elles sont des filles, au point de pouvoir les mutiler pour sauver l'honneur (mais quel honneur, on se demande ‼) et même de les tuer, sans le moindre état d'âme.
J'ai eu une infinie compassion pour toutes ces femmes qui subissent le joug des hommes, sans possibilité de se révolter au risque de mourir, car celles qui n'adhèrent pas à ces idées de suprématie masculine mais n'ont pas d'autre choix que de se soumettre .

Et cette douleur d'être femme se passe en partie en pleine guerre au Kurdistan. Comme si l'horreur devait s'ajouter à l'abomination.

Bien qu'extrêmement dur, ce récit n'est pas manichéen pour autant. Il nous montre à quel point un mauvais usage de la religion peut amener à énormément de souffrances, mais il y a aussi des personnages tolérants, ouverts et bons. Notamment Darwésh le grand-père, esprit libre et érudit, et Muhammad, oncle de Frmesk et imam bienveillant, quoique ça reste à voir...

Je vais avoir du mal à me remettre de cette lecture où le malheur et l'injustice transpirent, où aucune mère ne peut plus rien pour sa fille sitôt qu'elle est mariée. J'ai souffert à l'énumération de ces violences faites aux femmes, moi qui ai grandi quand mes "grandes sœurs" du MLF se battait pour nos droits. Il y a tellement à faire que j'ai l'impression que le combat des femmes c'est le rocher de Sisyphe... ça ne finira jamais.

 



 

 

Citations :

 

Page 37 : Bahra n'avait pas complètement tort, car Askol avait elle-même une maison pleine d'hommes au ventre vide qui attendaient d'être nourris avant le lever du jour.

 

Page 41 : Rubar explosa. Baignant dans un épais nuage de larmes, de morve et de salive, elle sentit alors l'enfant s'extirper de son ventre dans les ultimes convulsions du miracle de la création.

 

Page 52 : - Oui, c'est comme si la Turquie avait fait deux pas en arrière depuis que l'islam a gagné en influence. En tout cas, c'est devenu difficile d'être un opposant politique, un homosexuel ou une femme dans ce pays, dit Frmesk.

 

Page 53 : Le Coran autorise les hommes à traiter les femmes comme bon leur semble. Et que pensez-vous du verset 223 de la deuxième sourate ? Vos épouses sont un champ de labour pour vous, alors allez à votre champ comme vous le souhaitez. On légalise ainsi la violence et le viol.

 

Page 96 : - La religion est bien trop souvent utilisée pour instaurer la peur, mais si nous devons redouter notre Dieu, comment pouvons-nous en même temps L'aimer ?

 

Page 189 : -Mécréant, ce n'est qu'un mot employé par ceux qui craignent les autres religions plus qu'ils n'ont foi en la leur, dit Darwésh.

 

Page 217 : - Dans un autre monde, on pourrait peut-être toutes sortir dans la rue avec les cheveux détachés et le ventre à l'air, mais pas ici. Non, plus une fille est couverte, plus elle a de chances de survivre.

 

Page 234 : - Ils sont en train de s'acharner sur le cadavre d'une femme, cria l'inconnue. - Ses yeux bruns clignèrent. - Elle vient d'être jetée d'une voiture à l'instant. Elle a reçu une balle et n'a plus de mains. Elle a dû déshonorer sa famille. Maintenant, elle a ce qu'elle mérite.

 

Page 288 : Elle lança un regard accusateur vers le ciel et cracha presque sur son Dieu, tant elle était en colère : - Yâ Allâh. Pourquoi laisses-Tu la mort pleuvoir sur nos femmes ? La guerre, l'oppression et la dévastation ne suffisent-elles pas ?

 

Page 306 : Plusieurs fois, elle s'était fait la réflexion que ce devait justement être cela, la plus grande faiblesse de l'homme. De croire aveuglément et de placer toute sa confiance en une puissance supérieure qui, au lieu d'améliorer les choses, ne faisait que les aggraver.

 

 

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Mon avis : Betty - Tiffany McDaniel

Publié le par Fanfan Do

Editions Gallmeister - Traduit par François Happe

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Quatrième de couverture :

 

"Ce livre est à la fois une danse, un chant et un éclat de lune, mais par-dessus tout, l’histoire qu’il raconte est, et restera à jamais, celle de la Petite Indienne."

La Petite Indienne, c’est Betty Carpenter, née dans une baignoire, sixième de huit enfants. Sa famille vit en marge de la société car, si sa mère est blanche, son père est cherokee. Lorsque les Carpenter s’installent dans la petite ville de Breathed, après des années d’errance, le paysage luxuriant de l’Ohio semble leur apporter la paix. Avec ses frères et sœurs, Betty grandit bercée par la magie immémoriale des histoires de son père. Mais les plus noirs secrets de la famille se dévoilent peu à peu. Pour affronter le monde des adultes, Betty puise son courage dans l’écriture : elle confie sa douleur à des pages qu’elle enfouit sous terre au fil des années. Pour qu’un jour, toutes ces histoires n’en forment plus qu’une, qu’elle pourra enfin révéler.

Betty raconte les mystères de l’enfance et la perte de l’innocence. À travers la voix de sa jeune narratrice, Tiffany McDaniel chante le pouvoir réparateur des mots et donne naissance à une héroïne universelle.

 

 

 

Pourquoi j'ai voulu lire ce livre :

 

Depuis sa sortie ce livre me faisait envie. Les thèmes tels que le racisme, le statut des femmes, le statut des indiens d'Amérique, tout dans ce livre me disait que j'avais une furieuse envie de le lire. Par chance, je l'ai reçu dans mon colis lors du swap organisé par le groupe facebook À l'assaut des pavés.

 

 

 

Mon avis :

 

Dès les prémices de cette histoire, Landon, le cherokee, paraît rayonner d'un feu intérieur, son indianité transpire de tous les pores de sa peau. Il semble former un grand tout avec l'univers. D'ailleurs il n'est pas simplement bon, il est la bonté même et a su préserver l'enfant en lui. Alka est dans l'ombre, insignifiante.

Il est rayonnant, elle est maussade.

Lui est un papa plein de poésie et de sagesse, un papa-poule, un guide.

Elle est une mère aigrie, blessante et bipolaire, qui vit avec ses démons.

 

Je suis passée par des moments d'intensité extrême en lisant l'histoire de la petite indienne comme l'appelle son père, des moments de colère mais aussi d'émotions très fortes.

Il y a de la laideur et de la beauté dans cette histoire.

La laideur du racisme et de ces américains qui traitent de voleurs ces natifs à qui ils ont volé la terre.

La laideur de certains hommes aussi et de cette société.

La beauté des sentiments, de ce père cherokee qui vit en harmonie avec la nature et l'apprend à ses enfants.

La beauté de l'amour qui uni Betty et son père.

 

Betty, née comme sa nombreuse fratrie de ce couple mixte, est pourtant la seule qui ressemble à une indienne, donc la seule qui souffrira du racisme.

Malgré les difficultés de la vie souvent, Betty a plein de poésie nichée dans son cœur, une imagination sans limites, des pensées tellement romanesques et des envolées lyriques.

J'ai été subjuguée par sa façon d'appréhender toute chose.

 

À travers l'histoire et les personnages on subodore les tragédies passées et présentes.

 

Ce roman raconte beaucoup de la société, notamment sur les rapports homme-femme et des abus de pouvoir ancestraux où la masculinité toxique était la règle, du regard collectif intrusif, du jugement général inadmissible, de la bêtise humaine et de sa méchanceté, de toutes ces choses qui perdurent malheureusement.

Ça dépeint la fureur des hommes et de la société en général envers les femmes, celle aussi des blancs envers tous ceux qui sont moins blancs.

Et au milieu de tout ça, Landon, touché par la grâce de n'être pas ce type d'homme à la virilité dominatrice parce qu'issu d'un peuple matriarcal, qui offre beaucoup de sa générosité et de sa grandeur d'âme à ses enfants pour les amener à l'âge adulte.

 

Du début à la fin j'ai été embarquée dans cette épopée familiale qui va de 1909 à 1973, ode à la fratrie et tellement à l'amour sororal, et qui par certains aspects m'a rappelé Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, bien que ça se passe à une époque plus proche de nous, et qui traite de sujets intemporels comme le racisme, l'homosexualité, l'inceste, le viol, le patriarcat abusif... mais aussi l'imaginaire et l'insouciance de l'enfance.

Ce livre que je voulais tant depuis sa sortie a été un coup de cœur absolu.

Il est de ces romans dont les personnages continuent de vous accompagner longtemps après l'avoir refermé.



 

 

Citations :

 

Page 17 : Mon cœur est en verre et, tu vois, Betty, si jamais je devais te perdre, il se briserait et la douleur serait si forte que l'éternité ne suffirait pas pour l'apaiser.

 

Page 26 : Avant le christianisme, les Cherokees étaient fiers de leur société matriarcale et matrilinéaire. Les femmes étaient à la tête de la famille, mais le christianisme a donné aux hommes un rôle prédominant. À la suite de ce bouleversement, les femmes ont été écartées de la terre qu'elles avaient possédée et cultivée. On leur a donné un tablier et on leur a signifié que leur place était à la cuisine. Aux hommes, qui avaient toujours été des chasseurs, on a dit qu'ils devaient maintenant travailler dans les champs.

 

Page 83 : Avec le temps, j'allais apprendre que, quelque part entre le paradis et l'enfer, Breathed était une parcelle de terre nichée au cœur d'une douleur lancinante, où les lézards se faisaient écraser sous les roues et où, quand les gens parlaient, on croyait entendre le tonnerre racler le tonnerre.

 

Page 112 : Pour les Cherokees, nous racontait-il, la terre est personnifiée au féminin.

 

Page 146 : La poussière se glisse dans ses oreilles et elle fait du vacarme dans sa tête. C'est une vacarme qu'on ne peut pas comprendre parce qu'on n'a pas à le supporter comme lui.

 

Page 299 : - Dieu nous hait.

- Nous, les Carpenter ?

- Nous, les femmes.

Elle a appliqué du rouge sur mes lèvres, se servant de son petit doigt pour l'égaliser dans les coins en poursuivant : - Dieu nous a créées à partir de la côte d'un homme. C'est notre malédiction. C'est à cause de ça que les hommes ont la bêche et nous avons la terre. Juste là, entre nos jambes. C'est là qu'ils peuvent enfouir leurs péchés. Ils les enfouissent si profondément que personne n'est au courant, à part eux et nous.

 

Page 305 : Que fait-on lorsque les deux personnes qui sont censées nous protéger le plus sont justement les monstres qui nous déchirent et nous mettent en pièces ?

 

Page 319 : Quand je lisais les livres que j'empruntais à la bibliothèque, je pensais que mon père – comme les histoires que ces livres racontaient – étaient nés de l'esprit de ces écrivains. Je croyais que Grand Créateur avait expédié ces écrivains sur la lune, portés par les ailes d'oiseaux-tonnerre, et leur avaient dit de m'écrire un père.

 

Page 337 : Ce serait tellement plus facile si l'on pouvait entreposer toutes les laideurs de notre vie dans notre peau – une peau dont on pourrait ensuite se débarrasser comme le font les serpents.

 

Page 393 : - Pourquoi faut saigner pour gagner le droit d'être une femme ? (Elle a donné des coups de poing sur son matelas.) Et qu'est-ce qui se passe quand on vieillit et que ça s'arrête ? Alors quoi ? On n'est plus une femme à ce moment là ?

 

Page 433 : Ma sœur était tout simplement une de ces filles condamnées par une idéologie et des textes ancestraux selon lesquels le destin d'une femme est d'être bien comme il faut, obéissante et sagement séduisante, mais invisible au besoin.

 

Page 479 : - Il y a des hommes qui ne valent pas la peine qu'on en parle, a-t-il poursuivi en levant le pantalon pour jauger son travail. Ce sont les bouche-trous. Voilà ce que je suis. Un bouche-trou. Une marche sur laquelle d'autres grimpent pour arriver au sommet.

 

Page 558 : Les filles n'étaient pas autorisées à porter un pantalon ou un short en classe. En tant que filles, nous n'étions pas jugées capables de faire nos propres choix. Comme si nous n'étions pas assez intelligentes ou compétentes pour décider de la manière d'habiller notre corps.

 

 

 

 

 

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Mon avis : L'amant - Margueritte Duras

Publié le par Fanfan Do

Les Éditions de Minuit

 

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Quatrième de couverture :

 

" Dans L'Amant, Marguerite Duras reprend sur le ton de la confidence les images et les thèmes qui hantent toute son oeuvre. Ses lecteurs vont pouvoir ensuite descendre ce grand fleuve aux lenteurs asiatiques et suivre la romancière dans tous les méandres du delta, dans la moiteur des rizières, dans les secrets ombreux où elle a développé l'incantation répétitive et obsédante de ses livres, de ses films, de son théâtre.
Au sens propre, Duras est ici remontée à ses sources, à sa "scène fondamentale" : ce moment où, vers 1930, sur un bac traversant un bras du Mékong, un Chinois richissime s'approche d'une petite Blanche de quinze ans qu'il va aimer. Il faut lire les plus beaux morceaux de L'Amant à haute voix. On percevra mieux ainsi le rythme, la scansion, la respiration intime de la prose, qui sont les subtils secrets de l'écrivain.
Dès les premières lignes du récit éclatent l'art et le savoir-faire de Duras, ses libertés, ses défis, les conquêtes de trente années pour parvenir à écrire cette langue allégée, neutre, rapide et lancinante à la fois, capable de saisir toutes les nuances, d'aller à la vitesse exacte de la pensée et des images. Un extrême réalisme (on voit le fleuve ; on entend les cris de Cholon derrière les persiennes dans la garçonnière du Chinois), et en même temps une sorte de rêve éveillé, de vie rêvée, un cauchemar de vie : cette prose à nulle autre pareille est d'une formidable efficacité.
A la fois la modernité, la vraie, et des singularités qui sont hors du temps, des styles, de la mode. "

(François Nourissier)

Marguerite Duras (1914-1996) a reçu le prix Goncourt en 1984 pour ce roman.

 

 

 

Pourquoi j'ai voulu lire ce livre :

 

Je n'aurais sûrement jamais lu Marguerite Duras sans ma fille. L'amant faisait partie de ses lectures obligatoires pour son DUT Communication-Métiers du livre. Je le lui ai donc acheté et comme cette autrice est un monument de la littérature française, je me suis dit que c'était l'occasion pour moi de la découvrir.

 

 

 

Mon avis :

 

Marguerite Duras... je ne l'avais jamais lue avant ça. Je crois savoir qu'elle est clivante ; on l'aime ou on la déteste.
Mes premières impressions en tout cas, ont été de me dire "Waouhhh mais quelle écriture !" Et puis c'est tellement descriptif ! Les paysages, les odeurs que je sentais presque. Et puis ces noms que l'on n'entend plus : Saïgon devenu Hô Chi Minh-Ville, Indochine, Cochinchine, qui ont toujours évoqué des endroits que je rêvais de découvrir quand j'étais petite alors qu'il s'agissait déjà d'une époque révolue.

Bien que j'ai trouvé l'écriture belle, j'ai trouvé qu'elle s'appesantissait beaucoup trop sur les détails auxquels elle voulait donner de l'importance, au point de les décliner sous différentes tournures.
Pourtant je comprends le but, et ça fonctionne... mais j'ai trouvé ça un peu lourd.
En fait tout est beaucoup ressassé, les impressions, les sentiments. J'ai eu souvent la sensation de stagner, de ne pas avancer dans cette histoire étrange qui flirte avec la pédophilie. Et puis cette étrange façon de raconter, quand elle parle d'elle, elle peut dire "je" comme "la fille". Elle parle de sa mère en disant "la mère" ou "la femme", comme une sorte de détachement, voire de mépris. Il y a une multitude de sentiments, tous tellement ambivalents, de l'amour à la haine, dans cette famille déconcertante.
En fait, tout le long j'ai eu l'impression de lire l'histoire d'une famille de dégénérés.
Et puis le racisme !.. inhérent à la colonisation je suppose.
Tout va à une vitesse folle, en avant en arrière, le passé le présent, ici ou là-bas. J'ai passé cette histoire dans une sorte de grand huit, c'était vertigineux.
C'est un livre qui m'a créé un malaise indéfinissable et m'a pourtant transportée dans une espèce de lyrisme onirique. Il y a tant de pensées profondes sur la vie, la mort...



 

 

Citations :

 

Page 21 : J'ai eu cette chance d'avoir une mère désespérée d'un désespoir si pur que même le bonheur de la vie, si vif soit-il, quelquefois, n'arrivait pas à l'en distraire tout à fait.

 

Page 62 : Mes frères dévorent et ne lui adressent jamais la parole. Ils ne le regardent pas non plus. Ils ne peuvent pas le regarder. Ils ne pourraient pas le faire. S'ils pouvaient faire ça, l'effort de le voir, ils seraient capables par ailleurs de faire des études, de se plier aux règles de la vie en société.

 

Page 114 : Tous les gens photographiés, j'en ai vus beaucoup, donnaient presque la même photo, leur ressemblance était hallucinante. Ce n'est pas seulement que la vieillesse se ressemble, c'est que les portraits étaient retouchés, toujours, et de telle façon que les particularités du visage, s'il en restait encore, étaient atténuées. Les visages étaient apprêtés de la même façon pour affronter l'éternité, ils étaient gommés, uniformément rajeunis.

 

 

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Mon avis :La tombe des lucioles – Les algues d'Amérique - Nosaka Akiyuki

Publié le par Fanfan Do

Éditions Philippe Picquier

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Quatrième de couverture :

 

Avant de devenir le célèbre dessin animé de Takahata Isao, La Tombe des lucioles est une œuvre magnifique et poignante de l'écrivain Nosaka Akiyuki. L'histoire d'un frère et d'une sœur qui s'aiment et qui vagabondent dans l'enfer des incendies tandis que la guerre fait rage ; une histoire qui est celle que Nosaka vécut lui-même, âgé de quatorze ans, en juin 1945. Mais Nosaka, c'est aussi un style inimitable, une écriture luxuriante que l'on reconnaît d'abord à son brassage de toutes sortes de voix et de langues. Une prose étonnante, ample, longue, qui réussit à contrer en une seule phrase des couleurs, odeurs et dialogues, secouée de mots d'argot, d'expressions crues, d'images quasi insoutenables, qui trouvent ici une beauté poétique et nouvelle.

 

 

 

Résumé éditeur sur Babélio :

 

C'est avec ces deux récits admirables et particulièrement bouleversants, couronnés en 1968 par le prix Naoki, l'une des plus hautes distinctions littéraires, que Nosaka conquit la notoriété. Peu de temps auparavant, Mishima avait applaudi à son premier roman : "Les Pornographes", roman scélérat enjoué comme un ciel de midi au-dessus d'un dépotoir. La Tombe des lucioles, visionnaire et poignant : l'histoire d'un frère et d'une soeur qui s'aiment et vagabondent dans l'enfer des incendies tandis que la guerre fait rage et que la faim tue. Voici une prose étonnante, ample, longue, proustienne dans le sens qu'elle réussit à concentrer en une seule phrase des couleurs, odeurs et dialogues, mais prose très violente, secouée de mots d'argot, d'expressions crues, qui trouvent ici une beauté poétique et nouvelle, d'images quasi insoutenables - prose parcourue d'éclairs.

 

 

Pourquoi j'ai voulu lire ce livre :

 

Il y a quelques années, j'ai regardé, avec mes enfants qui étaient petits, le magnifique film d'animation, Le tombeau des lucioles. Je ne m'attendais absolument pas à une histoire aussi tragique. J'ai été bouleversée, et mes enfants très tristes. Et puis j'ai découvert qu'il était tiré d'un roman, il me fallait donc le lire.

 

 

 

Mon avis :

 

C'est en le lisant que j'ai découvert que ce petit livre contenait deux histoires.

NOSAKA Akiyuki - Éditions Philippe Picquier - La tombe des lucioles - Traduit par Patrick De Vos

Le roman est court, les phrases très longues. On chemine auprès de Seita et de sa toute petite sœur Setsuko dans leur errance au sein d'un monde a feu et à sang, réduit en cendre par la guerre et les bombes.

On ressent tout de suite l'angoisse d'être petit au milieu du danger, d'être un enfant livré à lui-même au centre d'un champ de bataille, sans adulte protecteur auprès de soi. Car c'est extrêmement descriptif et immersif. Dans ce monde en guerre où la misère et la famine se sont répandues, c'est chacun pour soi et aucun regard ni compassion n'est accordé aux orphelins errants.

Cette histoire est une forme de catharsis pour l'auteur qui s'est inspiré de son passé avec sa culpabilité inaltérable envers sa petite sœur.
C'est terrible d'être malade de son enfance, doublement victime ; une première fois des adultes qui font des guerres ; une deuxième fois en s'autoflagellant ad vitam aeternam.

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Les algues d'Amérique - Traduit par Anne Gossot

Kyôko s'est mise à l'anglais et a rencontré des américains lors de son voyage à Hawaii. Elle les invite à séjourner chez elle et Toshio lors de leur prochain séjour au Japon.
Elle est ravie de leur visite mais Toshio pas du tout. Pour lui, ils restent les vainqueurs de la guerre, l'ennemi d'hier.

Contrairement au récit précédent, ici c'est léger. On voyage dans les souvenirs de Toshio, la découverte des américains en 1945, ces géants qui dépassent les japonais de vingt bons centimètres, ce qui explique qu'ils aient gagné la guerre selon lui. Il ne trouve que des bonnes raisons de ne pas bien accueillir les Higgins invités par son épouse.
Mais les choses ne vont pas forcément se passer comme il les avait envisagées.

Malgré une certaine légèreté apparente, la conclusion de cette histoire m'a serré le cœur.

 

 

 

 

 

 

 

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