Mon avis : En attendant Eden - Elliot Ackerman
Quatrième de couverture :
Tous les jours, Mary est auprès de son époux, à l’hôpital. Tous les jours depuis trois ans, après son retour d’Irak. Eden est inconscient, et ses blessures ne guériront pas. Personne ne sait plus comment l’appeler, sauf elle : c’est son mari, et il est toujours en vie. Leur fille, qu’Eden n’a pas eu le temps de connaître, grandit dans cet hôpital où Mary attend avec patience et détermination un changement. Un jour, en son absence, Eden semble trouver un moyen de reprendre contact avec le monde extérieur. Dès lors, c’est Mary seule qui aura la responsabilité d’interpréter ces signaux et de prendre des décisions, ramenée tout d’un coup face à certaines vérités troublantes sur leur mariage.
D’une profonde humanité, "En attendant Eden" est une méditation perçante sur la loyauté et la trahison, la peur et l’amour.
Mon avis :
La guerre en Irak, un véhicule saute sur une mine, tous les passagers meurent sauf Eden qui n'aura pas cette chance. Il survit, horriblement brûlé et amputé.
Dès les premières lignes j'ai été captivée.
C'est terrifiant de penser que c'est plus une chance de mourir que de survivre.
Cette histoire a un goût de vie gâchée, l'amertume de ce qui ne sera plus, sans avoir vraiment eu le temps d'être.
Que le narrateur soit le meilleur ami mais aussi celui qui est mort là où Eden a été mutilé, amène quelque chose de sublimement plus douloureux et profond à l'histoire.
On croit avancer dans une direction puis finalement on a des révélations, que pour ma part j'ai trouvé inattendues, voire dérangeantes mais qui donnent une autre dimension aux personnages.
J'y ai vu un tragique plaidoyer pour le droit de mourir, le droit de ne pas poursuivre une vie de souffrance, une vie tronquée.
J'ai cru aussi y voir un plaidoyer contre l'absurdité de la guerre qui sacrifie des humains dans la fleur de l'âge. Éternellement c'est la même cruauté qui s'invite au sein des familles ; mais là je n'en suis pas sure car dans le cas présent il s'agit de soldats engagés et non pas d'appelés comme dans d'autres guerres, d'autres pays, d'autres temps.
C'est l'histoire d'un deuil, avant même la mort, l'histoire d'une mort annoncée.
C'est l'histoire des terribles choix auxquels on peut être confronté au cours de sa vie.
C'est une histoire d'amour et d'amitié avec tout ce que ça peut englober, de beau ou de laid.
Ce roman m'a rappelé Johnny got his gun, film que je n'ai pas réussi à regarder en entier tant je trouvais cauchemardesque l'idée de l'enfermement dans son propre corps devenu inutile. C'était il y a une trentaine d'années, je devrais peut-être essayer de lire le roman à présent.
En refermant ce livre je me suis demandé ce qu'était réellement l'amour, les choix qu'on fait et le degré d'abnégation qu'on y met... et une violente émotion m'a submergée.
Citations :
Page 9 : Et des mois plus tard, cette nuit-là dans la vallée du Hamrin, j'étais assis à côté d'Eden et j'eus plus de chance que lui lorsque notre Humvee roula sur une mine, nous tuant moi et tous les autres, le laissant, lui, tout juste survivant.
Page 23: Le corps d'Eden devint le sien. Et elle y avait jeté l'ancre. Mais alors même qu'elle refusait de partir, elle voulait qu'il meure.
Page 38 : Pour mon ami, c'était une question de jours, de semaines, de mois, d'années, à rester allongé dans ce lit sans avoir le droit de mourir.
Page 76 : Une bouffée d'angoisse l'envahit, explosa puis se répandit comme une onde de néant silencieuse.










