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Mon avis : Le chat qui rendait l’homme heureux – Tome 2 – Umi Sakurai

Publié le par Fanfan Do

Éditions Soleil Manga

 

Mon avis sur Insta c'est ici

 

Quatrième de couverture :

Un jour, un homme rencontra un chat.

Pour lui qui n’avait jamais eu d’animal de compagnie,

La vie avec « Fukumaru » ( bonheur plein et entier), devint soudainement

pleine de surprises et de joies… et réciproquement !

Grâce à ce quotidien fait de tâtonnements à deux, le temps,

qui semblait s’être arrêté pour l’homme, reprit doucement son cours…

Découvrez la tendre histoire de deux êtres en mal d’amour.

 

 

Mon avis :
Retour à la douceur avec le Tome 2 des aventures de Fukumaru le chat doudou dodu totalement craquant qui aime passionnément Kanda, son papa humain qui l'a sorti du magasin où il attendait désespérément d'être adopté.

Et c'est encore une grosse dose d'amour et de câlins et ça fait tellement de bien ! Car il y a vraiment des belles choses dans ce monde, et ça vient très souvent des animaux.

Les dialogues entre le félin et son humain, le moindre acte de l'humain qui peut se transformer en jeu pour son matou, les ronrons, les dodos ensemble où c'est le plus petit qui prend le plus de place, pour moi tout ça c'est du vécu et c'est sans doute pourquoi je suis en totale osmose (et gâtisme) avec ce manga. Dans ce tome 2 on en apprend peu à peu un peu plus sur le passé de Fukumaru et Kanda. Et puis on sait ce que pense Fukumaru, ce qu'il dit, d'ailleurs il parle un peu en miaou. Oui, oui, c'est rigolo et tellement choupinou !!
Et, en ce moment, avec l'actualité et cette foutue humanité qui ne sait plus quoi faire pour pourrir la vie, il y a vraiment de quoi se jeter dans le vide, avec le quotidien aussi tellement on ne sait pas où on va, alors ce manga, c'est une bulle d'oxygène, une montée d'ocytocine, un moment de grâce, une parenthèse enchantée.

Umi Sakurai à tellement bien su capter et retranscrire la quintessence du chat !

 

 

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Mon avis : Les chiens-monstres – Kirsten Bakis

Publié le par Fanfan Do

Traduit par Marc Cholodenko

 

Éditions Plon - Pocket

 

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Quatrième de couverture :

New York en 2008

D'étranges chiens s'installent en ville

Des chiens extraordinaires, munis de prothèses de mains humaines, marchant sur leurs pattes arrières, intelligents et doués de la parole. Les chiens-monstres, fruit des obscures travaux d'un savant fou et génial. Élégants et riches, leurs manières raffinées cachent pourtant un terrible secret. Seule Cleo Pira, une jeune journaliste qui a gagné leur confiance, sait ce qui se trame dans l'immense et luxueux château que les chiens-monstres ont fait construire au cœur de la ville.

 

Née en Suisse, Kirsten Bakis à grandi aux États-Unis. Elle vit actuellement à New York. Cet ouvrage est son premier roman.

 

 

Mon avis :
Deux narrateurs nous emmènent à travers cette histoire. Tout d'abord Cleo, jeune journaliste malgré elle, dont la préface nous parle de l'arrivée des chiens-monstres à New-York en 2008.
Puis le prologue, extrait du journal de Ludwig von Sacher, chien-monstre de son état. Il nous parle d'Augustus Rank, espèce de savant fou prussien qui conçut l'idée de ces chiens en 1882 pour le servir.
Puis il nous raconte la vie de cet illuminé génial et monstrueux, depuis l'enfance, sa vocation et les expériences terribles qu'il a faites sur des animaux. Car Ludwig, historien, s'est donné pour mission de retracer la vie de Rank et la genèse de leur existence à eux 
les chiens-monstres afin de comprendre leur raison d'être et laisser un témoignage au monde.
J'ai eu plus d'une fois des sueurs froides et j'ai craint d'avoir envie de lâcher ce livre, mais heureusement on n'entre jamais dans les détails horribles. Et c'est tant mieux car ces expériences sur des animaux dignes d'un Dr Moreau m'ont glacée sans pourtant en avoir les précisions.

Le majeur partie de ce roman se passe bien après la mort D'Augustus Rank, et la narration de cette histoire folle nous est faite en alternance par Cleo puis Ludwig.
J'ai rapidement été happée par ce récit qui nous parle de chiens transformés en ersatz d'humains - car ils marchent debout, parlent et ont des mains - et en même temps pas tout à fait. Des chiens malheureux qui se considèrent comme des monstres à qui le monde est fermé, interdit, et se demandent pourquoi ils existent et quelle est leur place, à supposer qu'il y en ait une pour eux.

Il y a beaucoup de suspense, lié à la personnalité retorse d'Augustus Rank, à sa mégalomanie et aux actes terribles qu'il a pu commettre au cours de sa vie. Tout cela nous est distillé peu à peu par Ludwig.
L'exploitation sans vergogne que les humains se permettent sur les plus faibles, l'inconcevable, la vengeance mais aussi la grandeur des sentiments nous mènent doucement dans les méandres de cette étrange histoire.

Honnêtement, au début je me suis demandée si ça allait me plaire. Il y avait quelque chose d'un autre temps, un peu comme de la vieille SF qui situerait son histoire en 2008. Mais bien sûr, le mélange de l'époque prussienne de laquelle viennent les chiens avec leurs vêtements désuets, et l'époque actuelle donnent cette sensation hors du temps.
Ce roman, qui m'a beaucoup fait penser à un mélange de littérature gothique, de L'île du Dr Moreau et de Frankenstein, m'a tenue en haleine jusqu'à l'épilogue.

 

Citations :

Page 13 : Il n’y a pas de fidélité humaine qui puisse égaler la dévotion fanatique d’un chien.

 

Page 20 : Augustus tu te trompais ! Tes chiens t’ont oublié ! J’enlève de nouveau mon pince-nez et colle mon nez au papier. C’est un mouvement ridicule — les mots sentent l’encre Xérox et je le savais déjà. Maintenant j’en ai sur le bout du nez et toutes les autres odeurs de la pièce en sont viciées.

Si seulement je pouvais comprendre l’homme, si je pouvais le sentir, si je pouvais l’aimer, je crois que je pourrais comprendre l’histoire de ma race — je pourrais comprendre quel était son but en nous créant, ce que nous sommes.

 

Page 51 : Et c’est ainsi que, grâce à son bégaiement, le futur Dr Rank ne révéla pas ses plans à son oncle, conservant de cette manière ses chances de succès. Je ne comprends vraiment pas ce qui poussa Augustus à vouloir dire la vérité à Herr Zwigli cet après-midi là ; je me demande souvent s’il n’est pas possible qu’il ait soudain compris brièvement l’horreur de ce qu’il était sur le point de faire, et les conséquences que cela aurait par la suite.

 

Page 76 : Je me rappelle à Rankstadt… commença-t-il lentement. Rankstadt, en hiver, quand j’étais un chiot. On approchait de Noël, je crois, et… je trottais aux côtés de Prinzi Von Sacher, dans la rue. C’était la fille aînée de mon maître. J’étais très jeune alors, huit mois, peut-être, car j’avais encore le droit de marcher à quatre pattes. À l’âge d’un an nous devons — il faut commencer à marcher debout.

 

Page 92 : Je suis seul au monde, animal ridicule. Je suis sorti de mon trou de mémoire il y a quelques heures, et — je suis incapable de décrire mon état d’esprit depuis lors. J’aimerais le noter ; j’aimerais que le monde en ait un souvenir. J’ai l’impression que c’est la seule chose qui puisse me retenir, me fixer en tant que présence, même brève, dans ce monde.

 

Page 96 : Voyez-vous, Vittorio était comme un animal ; robuste, trapu, musculeux, stupide, et couvert de poils. Son âme avait été corrompue par une maladie, qui était la passion ; et elle émanait de son corps comme la lueur que produit le poisson en décomposition.

 

Page 126 : La petite église était toujours pleine les dimanches, et l’horloge dans son clocher blanc, surplombant la place du marché, marqua les heures de la ville durant cent ans. Au-dehors, bien que les habitants de Rankstadt le sussent à peine, les monarchies s’écroulaient, les économies tombaient en ruine, les gouvernements s’installaient et étaient renversés, les guerres arrivaient, la terre était dépouillée et empoisonnée.

 

Page 171 : Et c’est quelque chose qui me manque dans votre culture, à propos, — me dit-il. Tout est si aseptisé. C’est à peine s’il y a des boucheries. Et pourtant, les abattoirs qui vous fournissent en viande, je les ai vus à la télévision, ils sont vraiment épouvantables, c’est l’enfer. Ce n’est pas naturel du tout. Vous n’avez pas la chasse ou le combat ou les odeurs qui donnent son prix à tout cela, et pourtant la souffrance la plus abominable est créée.

 

Page 197 : Il nous reste si peu de souvenirs des chiens, de toute façon. Je sais que malgré le livret, malgré tout ce que Ludwig a écrit et tout ce que j’ai écrit moi-même sur eux, ils finiront par être oubliés, comme le reste. Et cependant je ne peux pas m’empêcher d’^élever une petite digue chaque fois que je le peux contre le flot du temps, pour le retenir un peu plus longtemps.

 

Page 240 : J’essayais de deviner pourquoi Ludwig avait choisi de vivre là. Je me disais que cette partie de la ville, comme nulle autre, avait des recoins et de vieux espaces verts où les fantômes pouvaient s’abriter, des endroits où les reliquats du passé n’avaient pas été balayés par les milliers de corps en mouvement et d’immeubles qui montaient et descendaient.

 

Page 287 : Dans le pays au-delà du tamis il n’y a que de la lumière, et nos corps nous manqueront. Nous les chercherons désespérément.

 

 

 

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Mon avis : Interruption – L’avortement par celles qui l’ont vécu – Sandra Vizzavona

Publié le par Fanfan Do

Éditions Stock

 

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Quatrième de couverture :

« J’ai avorté deux fois et je suis la preuve qu’un avortement peut provoquer l’indifférence ou une déflagration. Je suis la preuve qu’il peut occuper vingt ans ou les seules semaines nécessaires à son accomplissement. Qu’il peut être l’unique issue envisageable ou simplement permettre d’attendre un meilleur moment. Alors, j’ai été lasse des discours péremptoires sur les raisons pour lesquelles les femmes devraient y avoir recours et sur ce qu’elles devraient, ou non, ressentir à son occasion. J’ai eu envie d’écouter certaines d’entre elles raconter ce qu’elles avaient vécu, en refusant que d’autres parlent pour elles. Ma préoccupation n’était pas le droit à l’avortement mais le droit à la parole de celles qui l’ont expérimenté. Le droit à l’avortement est inscrit dans la loi depuis 45 ans mais son exercice doit toujours être discret, si ce n’est secret. La loi nous autorise à avorter, la société nous empêche d’en parler. Nous sommes nombreuses à nous plier à cette loi du silence, parce que la gêne et la culpabilité sont toujours là. Je suis cependant convaincue que ce droit sera toujours fragile si nous n’assumons pas pleinement d’y avoir recours comme bon nous semble et si nous pensons le protéger en faisant profil bas, laissant alors au passage certains professionnels de la santé nous malmener.
Voici donc ce livre, mélange de témoignages et d’une quête personnelle qui m’a transformée.
Ce sont quelques histoires d’interruption. Douloureuses ou anodines. Singulières. Une interruption aussi je l’espère, quand bien même furtive, du silence, de la honte et de la colère. »


Mon avis :
J'ai eu connaissance de ce livre et par la même occasion envie de le lire en écoutant une émission sur 
France Inter, La bande originale de Nagui et Leila Kaddour Boudadi, à laquelle était invitée Pascale Arbillot pour parler de la pièce tirée de cet ouvrage.
L'avortement !? Un mot qui recouvre tant de choses !! de la souffrance, physique, et morale beaucoup mais pas toujours, du jugement, énormément. Une chose que DES HOMMES souvent veulent rendre illégale. Un problème essentiellement de FEMME, car le jour où elles avortent, il n'y a pas souvent d'homme concerné pour leur tenir la main dans ce moment difficile. C'est toujours à elles qu'on jette la pierre. Comme si elles s'étaient auto-fécondées…

Nous sont offerts ici des témoignages de femmes, des jeunes et des moins jeunes, qui ont vécu le recours à l'avortement. Ça nous raconte aussi les femmes face à la société et tous ces donneurs de leçons qui ont un avis sur tout, et surtout sur ce qu'ils ne comprennent pas. Qui vous plantent des petits couteaux dans le cœur avec des petites phrases assassines et débiles : avortement de confort ; fallait faire attention ; horloge biologique ; égoïste de ne pas faire d'enfant ; pas une femme accomplie sans enfant ; et patati et patata… TAISEZ-VOUS ! Vous faites du bruit pour rien !! Vous brassez du vent et vous êtes blessants !

De nombreux témoignages de femmes, qui regrettent parfois mais pas souvent et toujours assument, ponctués du récit de l'autrice de ses deux avortements passés et de son désir d'enfant quand la quarantaine se pointe en même temps que l'homme de sa vie.

Ce livre bat en brèche tous les clichés. Il y a autant d'histoires d'avortement que de femmes qui avortent.
Mais ce livre aurait été incomplet sans témoignages de femmes qui ont avorté clandestinement à une époque où la loi l'interdisait. L'autrice leur donne la parole pour clore cet ouvrage.
Finalement avec le recul et à travers ce livre je me rend compte que c'est terrifiant d'être femme, jeune, féconde, moins jeune. Que de risques et de responsabilités ! Et que de silences !! Quand je pense qu'on a osé nous appeler "le sexe faible". On porte tellement de choses sur nos épaules.

 

Citations :

Page 13 : Premier test de grossesse. S’ensuivra une longue série au cours des vingt-cinq prochaines années : l’inquiétude variera, le verdict imploré également.

Pour l’heure, il est positif. Vertige, angoisse, solitude. Je prends conscience de ma fertilité comme d’une porte en pleine gueule.

 

Page 15 : Solitude, solitude, solitude. Je comprends immédiatement à mon réveil que je viens de vivre ma première épreuve fondamentale intime et personnelle, de celles qui n’appellent aucune consolation. Je perçois qu’elle aura des retentissements qu’il m’appartiendra seule de digérer et d’apprivoiser. C’est dans mon corps que tout cela s’est passé.

 

Page 22 : Il y avait aussi la mémoire de toutes les femmes de ma famille qui s’étaient battues pour avoir ce droit-là ; je me devais d’en user, comme du droit de vote.

 

Page 39 : J’avais beau savoir que tout cela le concernait autant que moi, je ne voulais pas vivre cette IVG autrement que de façon purement personnelle.

Je ne lui en voulais pas mais je trouvais la situation injuste : cette connerie, nous l’avions faite à deux et j’étais la seule à la subir. C’était bien moi qui étais enceinte et qui allais me faire avorter, il n’y avait qu’en moi que cela risquait de résonner.

 

Page 49 : Ils ne savent pas que mon cœur se serre dès que je rencontre un nouveau-né et que je suis hantée par l’éventualité de ne jamais sentir le mien contre moi, mais que toutes les décisions que j’ai prises, tous les choix que j’ai faits depuis que je m’imagine diriger ma vie l’ont été au nom d’une indépendance à laquelle je suis viscéralement attachée et que je ne suis pas prête à abandonner. Elle est si confortable.

 

Page 64 : Je ne sais pas combien de fois j’ai dû me le répéter ce matin-là : j’ai quarante ans. Comme si le marteler pouvait rendre vraisemblable cette information encore inconcevable la veille, bien que tant redoutée. Comment est-il possible d’avoir vingt ans puis tout d’un coup quarante ? Il me semble que me réveiller homme ne m’aurait pas plus choquée.

Puisque je n’en perçois aucun symptôme mental, je n’arrive pas à m’y résoudre : aurais-je un jour le sentiment d’être une adulte ?

 

Page 77 : On a été nourries de récits de vies perturbées ou brisées par des maternités imposées et je ne pouvais pas m’infliger cela ; il était hors de question de jouer avec l’idée qu’une femme peut sacrifier son avenir pour un enfant ; je ne pouvais pas me laisser réduire à ma condition biologique.

 

 

 

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Mon avis : Le petit chat est mort – Xavier de Moulins

Publié le par Fanfan Do

Éditions Flammarion

 

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Quatrième de couverture :

« Le petit chat est mort. Les mots sont une détonation. Les choisir pour l’annoncer aux enfants n’a pas été chose facile, alors je me suis résigné à faire simple, cinq mots et un point final. Court, cruel, monstrueux. »

Des petites choses et des plus grandes pour mieux vivre sous les orages à la saison des hécatombes.

 

 

Mon avis :
Dans ce court livre de 123 pages, 
Xavier de Moulins raconte la vie et la mort du petit chat. Son petit chat. Mais pas que. Il y a la famille, les amis, les souvenirs. Ce n'est pas un roman, c'est du vécu.
Alors autant prévenir tout de suite, c'est beau, c'est très bien écrit et dès la première page mon nez a piqué et je me suis dit que j'allais pleurer à cette lecture. Car j'ai tant de deuils de petits poilus dans ma vie et là, c'était bien parti pour remuer tous ces chagrins. Mais je suis maso alors j'ai poursuivi… Non, en réalité c'est qu'à chaque fois que ma douleur est réactivée pour eux, ça les fait revenir plus près…
Xavier de Moulins le dit tellement bien le néant dans lequel on tombe quand notre amour de chat meurt.

Pourtant il n'aimait pas les chats, ou il croyait ne pas les aimer. le petit chat est entré dans sa vie pour lui prouver qu'il se trompait.
Tête de prince et démarche de gangster, ces mots d'amour de Xavier de Moulins pour son petit tigre, il nous les partage, avec son petit chasseur de spleen, attrape-coeur délicieux, masseur de l'âme, bête à chagrin. Au contact de son chat il a tout compris, notamment qu'un chat n'est pas qu'un chat, contrairement à ce que pense les boiteux, les lacuneux, ceux qui n'ont pas la chance de savoir, ceux qui ne savent pas ce qu'ils ratent, ceux qui ignorent qu'un animal n'est pas qu'un animal et qui osent dire "Ça va, c'est qu'un chat". Ces idiots du cœur qui font que souvent on n'ose pas dire qu'on pleure son petit poilus qui vient de mourir.

Aimer un animal, lui faire une place dans la famille, ça n'enlève rien à personne. C'est un plus. Plus d'amour, de sagesse, de tendresse, de joie, de rires, de partage. Alors définitivement non, un animal n'est pas qu'un animal.
Et ce pauvre petit chat là est mort à un an et demi à cause d'un cœur trop gros. Trop tôt, trop jeune, toute une vie tronquée, d'autant plus insupportable.

C'est émouvant, jamais gnangnan, c'est un bel hommage que 
Xavier de Moulins rend à son chat mais aussi à tous les chats et au fond à tous les quadrupèdes qui partagent notre quotidien et le rendent plus beau.
"Un animal qui s'en va, ça parle à l'âme des hommes autant que la mort des hommes."
"Mieux vaut ne pas parler de la mort d'un chat avec tout le monde. On risque une autre blessure et la septicémie du chagrin."

Merci.

Scipion, Brembo, Poopy, Cacao, Nirvana, Diabolo, Night, Tigresse, Roublard, Gavroche, Finger, Méphisto, Granite, Filou, Féline, pour toujours dans mon cœur ❤️

 

Citations :

Page 11 : En pyjama, pieds nus sur le carrelage de la cuisine, dans le matin qui s’étire, elles ont reçu la déflagration sans broncher.

Je le sais, elles se sont d’abord fendues à l’intérieur, là où la neige est la plus friable, sur les sommets invisibles de notre âme.

 

Page 12 : Le petit chat est mort.

Le matin fait brusquement place au soir.

Au fond de la crevasse, le drap noir du chagrin nous recouvre, il nous tient chaud et nous donne froid, tout devient gris.

 

Page 39 : Je ne veux pas connaître les détails de ton agonie.

Je ne pige pas.

Je tourne le dos à cette histoire.

Pourtant, ce matin tu allais bien.

Je t’ai quitté sans trop te prêter attention, j’avais des choses plus urgentes à régler que de m’inquiéter pour mon petit chat pépère.

C’est logique : la jeunesse, c’est le début, pas le point final. La jeunesse, c’est la vie plus fort que la mort, l’enfance est l’éternité.

 

Page 61 : Peut-être que les hommes naissent chats, puis pour mille et une raison deviennent des hommes après l’âge de sept ans avant de réactiver ou non leur dimension féline plus tard, et, pour une poignée, redevenir des « hommes-chats ».

 

Page 68 : Elle a beaucoup de qualités mais pas de chat à la maison, elle n’a jamais fait de place à cette expérience-là, à cette joie merveilleuse d’avoir contre ses jambes un chasseur de spleen, un attrape-cœur délicieux, un masseur de l’âme, une bête à chagrin.

 

Page 81 : Je ne suis pas devin, juste heureux de conjuguer ma mère au présent.

Lorsque je suis rentré, tu as avancé en ma direction, je me suis accroupi pour te saluer.

« Merci du tuyau, petit chat. »

C’est inutile d’anticiper nos chagrins, on a toute la vie pour la peine.

 

Page 100 : Un chat n’est pas une vitre de téléphone que l’on remplace en quelques minutes en tendant sa carte bancaire.

Un animal qui s’en va, ça parle à l’âme des hommes autant que la mort des hommes.

 

 

 

 

 

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Mon avis : Peut-on aimer les animaux et les manger ? - Guillaume Meurice

Publié le par Fanfan Do

Éditions de la Martinière – Collection Alt

 

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Quatrième de couverture :

Dans une société où l’exploitation animale est la norme, la question simple « Peut-on aimer les animaux et les manger ? » met en lumière les contradictions qui persistent entre habitudes, croyances et convictions.

 

Engagé pour la cause animale et végétarien, Guillaume Meurice compose, avec humour, un texte piquant qui envoie promener les clichés et interroge les rapports de domination de l’humain sur l’animal.

 

 

Mon avis :
Un tout petit livre, que dis-je un fascicule de 30 pages, imaginé par 
Guillaume Meurice, humoriste que j'adore ! Que j'écoute sur France Inter… Ah que dis-je, que j'écoutais sur France Inter tous les jours à 17h - Par Jupiter, puis C'est encore nous ! - pour mon plus grand bonheur avant que la direction décide connement de virer cette émission d'utilité publique, sûrement sur ordre du pouvoir.

Ici, 
Guillaume Meurice se positionne, en tant que narrateur, dans la peau du bouffe-tout. Oups pardon… du mangeur de viande 🙃 dans une conversation au restaurant avec une amie Végétarienne.

Nous voilà donc embarqués dans cet échange savoureux, un duel amical ou tous les poncifs sur la viande "aliment indispensable" au bon fonctionnement du corps sont amenés les uns après les autres : parce que le corps a besoin de protéines. OUI !.. mais il en existe des végétales, beaucoup… Les végétariens sont des bobos… Eh ben non ! La déforestation pour la culture du soja gnagnagna… C'est pas nous ! Et tant d'autres (poncifs) que je ne vais pas énumérer.
Et le cri de la carotte !!! oui ben les gars cette vanne on l'entend sans cesse, STOP !!! Elle est nulle.

Ce petit livre devrait être lu par tout le monde car il remet les pendules à l'heure, en toute objectivité, et pourrait bien apprendre quelques trucs très intéressants aux anti végétarisme et surtout à ceux qui détestent ceux qui ne mangent pas d'animaux. Mais pourquoi ce mépris au fait ??
Par contre, à la toute fin il est question de linguines au pesto… le pesto n'est pas végétarien. Il contient du parmesan, qui est fait avec de la présure qui vient de l'estomac des veaux (morts bien sûr). Et une boulette par ici ! À moins de consommer du pesto végan, qu'on trouve hélas difficilement.

 

Citations :

Page 6 : Tu sais, végétarien, ce n’est pas une religion. L’idée, c’est d’être en accord avec ce qu’on pense être un bon comportement.

 

Page 12 : Tu penses que les animaux que tu manges sont « naturels » au sens où tu l’entends ? Tu penses qu’un bœuf issu de siècles de croisements génétiques ou qu’une race de poulet de chair confectionné pour produire le maximum de viande, composée d’individus complètement dépendants des humains pour se nourrir, soignés aux antibiotiques, c’est naturel ?

 

Page 13 : La tenniswoman Serena Williams est végane, le basketteur de la NBA Kyrie Irving est végan, le boxeur David Haye est végan, le marathonien Scott Jurek, la...

 

 

 

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Mon avis : Les grandes marées – Jim Lynch

Publié le par Fanfan Do

Traduit par Jean Esch

 

Éditions Gallmeister - Totem

 

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Quatrième de couverture :

Une nuit, Miles O'Malley, treize ans, se faufile hors de chez lui pour aller explorer les étendues du Puget Sound à marée basse. Il fait une découverte qui lui vaut une célébrité locale. Certains se demandent quand même si cet adolescent imaginatif n'est pas un affabulateur ou... peut-être même davantage ? En fait, Miles est surtout un gosse qui s'apprête à grandir, passionné par l'océan, amouraché de la fille d'à côté et inquiet à l'idée que ses parents divorcent. Alors que la mer continue à abandonner des présents issus de ses profondeurs mystérieuses, Miles se débat avec la difficulté d'entrer dans le monde des adultes.

 

 

Mon avis :
Ce livre est comme un doux retour à l'enfance, avec la mer comme personnage principal. Et pour moi, la mer, les crabes, les coquillages et les étoiles de mer, c'est le souvenir des vacances de mon enfance en famille. Sauf que là, on apprend beaucoup de choses un peu flippantes sur la faune aquatique. Un gastéropode carnassier, des crabes enragés… et là, ce n'était que le début. Des choses marrantes, comme par exemple que les bernacles ont des bites (sic) gigantesques et que le bernard-l'ermite à des petites ventouses au cul.
J'ai entendu le bruit du ressac, les bernacles qui claquent leurs portes, les cris des goélands, j'ai senti l'odeur de la mer. J'étais dans l'ambiance dès les premières lignes.

Miles O'Malley a treize ans, vit au bord du Pacifique Nord dans l'état de Washington et voue une immense passion à l'océan et la vie qui l'habite. Il est incollable sur les phylums, les hydroïdes, les mollusques, les crustacés, concombres de mer, dollars de sable, soleils de mer, toute la faune marine en fait. Il aime parcourir la grève, seul la nuit quand la marée est basse. Après chaque grande marée c'est un peu comme la découverte de nouveaux trésors laissés par la mer pour Miles. Une nuit il découvre une créature marine échouée et voilà qu'une journaliste télé vient s'intéresser à lui…

Miles, adolescent intello, est paradoxalement amis avec Phelps, fan de rock des années 60-70, à priori assez primaire et obsédé sexuel comme souvent à cet âge. C'est néanmoins une très belle amitié qui les lie. Évidemment, Miles est aussi ami avec des adultes un peu farfelus.

La mer avec environ quatre-vingt pour cent de la vie sur Terre qui s'y trouve, deux ados dissemblables, drôles et passionnés, des parents dépassés, un juge et sa fille rockeuse-toxico-bipolaire, une vieille excentrique, des naturistes, des journalistes, une secte, de l'humour, font de cette œuvre un vrai bonheur de lecture.

Ce roman est à ce point magique qu'il vous instruit autant qu'il vous emmène dans la joyeuse danse de la vie, teinté d'humour et d'une ironie réjouissante envers les adultes et la société, qui m'a ravie au plus haut point. D'ailleurs, Jim Lynch donne parfaitement voix au narrateur, cet enfant de treize ans, comme s'il n'avait pas oublié lui-même ce que c'est qu'être un enfant. Car hélas, la plupart des adultes oublient ce qu'ils ont été, se croyant peut-être nés adultes et aigris, rigides et sans grand enthousiasme pour les choses simples, ni rêves ou fantaisie.
L'auteur met tant de phrases réjouissantes dans la bouche de Miles : "Les aigles donnent l'impression que les autres oiseaux sont mal habillés." Sans doute Jim Lynch est-il un peu Miles, ou inversement.

J'ai adoré Miles, enfant surdoué et altruiste, et son regard sur le monde mais aussi tous ceux qui gravitent autour. C'est un roman jubilatoire, un pur plaisir. Et j'ai mis beaucoup de temps à le lire à cause de toutes les créatures énumérées que j'ai voulu voir de mes yeux en allant les chercher sur internet. C'est ébouriffant toute cette vie qui pullule dans les océans, que l'auteur partage avec nous à travers ses personnages attachants. La mer fascine autant qu'elle effraie. Elle est immense et on ne connaît pas encore tout d'elle. Ce roman m'a mis des étoiles (de mer) dans la tête, m'a fait rêver, m'a éblouie.

 

Citations :

Page 15 : La plupart des gens savent que la mer couvre les deux tiers de la planète. Par contre, rares sont ceux qui prennent le temps d’apprendre à la connaître, ne serait-ce qu’un minimum. Regardez ce qui se passe quand vous essayez d’expliquer une chose aussi élémentaire que les marées, en disant que le phénomène d’aspiration de la Lune et du Soleil crée à la surface de l’océan un renflement qui se transforme en une vague sournoise mais puissante, laquelle recouvre nos plages salées deux fois par jour. Les gens vous dévisagent comme si vous inventiez tout ça au fur et à mesure. Pourtant, les marées, cela n’a rien d’exceptionnel. Elles ne surviennent pas à l’improviste comme les inondations, elles ne débordent pas comme les rivières. Elles se produisent sans qu’on y prête trop attention.

 

Page 26 : Je pouvais parler des phylums, des hydroïdes, des mollusques et des crustacés aussi facilement que la plupart des jeunes discutent des groupes de rock ou des films. Sauf que personne de mon âge n’avait envie de m’écouter. Mes parents y compris. Alors, ça bouillonnait en moi tel un langage secret, et quand ça sortait, les gens me regardaient en écarquillant les yeux. Comme si je m’exprimais en portugais tout à coup.

 

Page 50 : Vous avez devant vous le prochain Jacques Cousteau. Cette déclaration semblait aussi irréfutable qu’un arrêt de la cour, et tout le monde s’émerveilla. Les adultes sont toujours plus fascinés par ce que vous pouvez devenir que par ce que vous êtes.

 

Page 92 : Les aigles donnent l'impression que les autres oiseaux sont mal habillés.

 

Page 151 : Je leur montrai la vie qui se superpose à la vie, les bernacles et les berniques collées sur des huîtres, elles-mêmes accrochées les unes aux autres, et montées sur le dos de coquilles plus grosses, avec des bernacles par dessus tout ça, comme s’il y avait eu une soirée Super Glue la veille.

 

Page 174 : Pour les garçons, un avortement c’est comme se faire arracher une dent, reprit-elle soudain avec cette voix éraillée. Et ce n’est même pas leur dent à eux. Même s’ils sont présents, ce n’est toujours pas leur problème.

 

 

 

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Mon avis : Beloved – Toni Morrison

Publié le par Fanfan Do

Traduit par Hortense Chabrier et Sylviane Rué

 

Éditions 10-18

 

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Quatrième de couverture :

Inspiré d'un fait divers survenu en 1856, Beloved exhume l'horreur et la folie d'un passé douloureux. Ancienne esclave, Sethe a tué l'enfant qu'elle chérissait au nom de l'amour et de la liberté, pour qu'elle échappe à un destin de servitude. Quelques années plus tard, le fantôme de Beloved, la petite fille disparue, revient douloureusement hanter sa mère coupable.

Loin de tous les clichés, Toni Morrison ranime la mémoire et transcende la douleur des opprimés. Prix Pulitzer en 1988, Beloved est un grand roman violent et bouleversant.


 

 

Mon avis :
 

Une maison hantée par un bébé malveillant, sacrée entrée en matière ! On apprend pourquoi et c'est dur et extrêmement violent.
D'ailleurs tout est dur, jusqu'à la sexualité des esclaves au Bon Abri, c'est cru, c'est sale, c'est affligeant.

Assez rapidement j'ai eu l'impression de me perdre, obligée de souvent revenir en arrière pour savoir qui est qui et de quel moment on parle. Sans compter tous les Paul et les liens de parenté… Je me suis dit que mon esprit n'était peut-être pas assez affûté pour comprendre 
Toni Morrison. Beaucoup de flash-backs et de digressions obscures m'ont égarée. Pourtant hors de question pour moi de lâcher l'affaire, il y a trop longtemps que ce livre m'appelle. Heureusement j'ai fini par me faire à cette narration particulière.

Ancien esclave au Bon Abri avec Sethe, Paul D débarque chez elle vingt-cinq ans plus tard.
Au fil des souvenirs cachés de Paul D et de Sethe, on entrevoit des souffrances subies inimaginables. Comme si les esclaves noirs avaient été victimes de choses dont nous n'avons absolument pas idée, que ce que nous savons de leurs souffrances est infime par rapport à la réalité. C'est glaçant tant la cruauté était sans limite.
Sauf que Sethe ne veut pas se rappeler, pas y penser, pas en parler. Elle veut juste que ça reste enfoui au plus profond d'elle. Alors que Paul D en parle, comme ça, juste parce que c'est là, que ça a existé.

Un jour, arrive chez Sethe et Denver une étrange petite personne qui dit s'appeler 
Beloved. Paul D la voit d'un très mauvais œil mais elle est fragile et faible et reste à demeure chez ces deux femmes qui se prennent d'une espèce de passion pour elle. Je me suis beaucoup demandé si c'était une grande enfant ou une petite adulte. En tout cas elle sait beaucoup de choses sur Sethe et puis son nom est ce qui est gravé sur la tombe du bébé assassiné.

Au fil des souvenirs évoqués, on apprend la tragédie de ces gens, de cette famille.

Toni Morrison raconte ici l'histoire terrible des noirs en Amérique et de l'esclavage. Il est aussi question de confiance et de trahison, de la condition des femmes noires, de la brutalité de beaucoup d'hommes et de la lâcheté de certains autres, à moins que ce ne soient les mêmes. Mais aussi de l'amour maternel capable de tout jusqu'à l'abnégation absolue, et on oscille entre surnaturel et folie, et peut-être est-ce la même chose. C'est un roman extrêmement déroutant. L'écriture est belle et ce qui est raconté est très fort, pourtant je ne saurais pas dire si j'ai aimé. Peut-être avec le temps laissera-t-il en moi une empreinte que je ne connais pas encore.

J'ai trouvé cette histoire oppressante et malsaine, le contexte terrifiant. Et comme souvent je me demande pourquoi l'humanité est si féroce.

 

Citations :

Page 14 : Y a pas une maison dans ce pays qu’est pas bourrée jusqu’aux combles des chagrins d’un nègre mort. On a de la chance que ce fantôme soit un bébé.

 

Page 39 : Tous ceux que Baby Suggs avait connus, sans parler d’aimer, ceux qui ne s’étaient pas sauvés ou retrouvés pendus, avaient été loués, prêtés, vendus, capturés, renfermés, hypothéqués, gagnés, volés ou saisis pour dettes. Si bien que les huit enfants de Baby avaient six pères. Ce qu’elle appelait la malignité de la vie était le choc qu’elle avait éprouvé en apprenant que personne ne s’arrêtait de jouer aux dames simplement parce qu’au nombre des pions il y avait ses enfants.

 

Page 62 : Il était levé à présent et chantait tout en réparant les choses qu’il avait cassées la veille. Des fragments de vieilles chansons qu’il avait apprises à la ferme-prison ou à la guerre, après. Rien de semblable à ce qu’il chantait au Bon Abri, où la nostalgie façonnait chaque note.

Les chansons qu’il avait apprises en Géorgie étaient des clous à tête plate où marteler encore et encore.

 

Page 80 : Interdits de transports publics, poursuivis par les dettes et les « draps fantômes qui parlent » du Ku Klux Klan, ils suivaient les routes secondaires, scrutaient l’horizon, aux aguets du moindre signe, et comptaient de façon vitale les uns sur les autres. Silencieux, sauf pour des échanges de courtoisie quand ils se rencontraient, ils ne s’étendaient ni ne s’interrogeaient sur les chagrins qui les poussaient d’un endroit à l’autre. Inutile de parler des Blancs. Tout le monde savait.

 

 

Page 125 : Ce fut devant ce 124-là que Sethe descendit d’un chariot, son nouveau-né attaché sur la poitrine, et qu’elle sentit pour la première fois se refermer sur elle les bras grands ouverts de sa belle-mère, laquelle avait réussi à arriver jusqu’à Cincinnati. Laquelle avait décidé que la vie d’esclave lui ayant « brisé les jambes, le dos, la tête, les yeux, les mains, les reins, la matrice et la langue », elle ne pouvait plus vivre que de son cœur — qu’elle mit à l’ouvrage sur-le-champ. N’acceptant aucun titre d’honneur avant son nom, mais permettant qu’il soit suivi d’une petite caresse, elle devint une prédicatrice sans église, une visiteuse de chaires qui ouvrait son grand cœur à ceux qui en avaient besoin.

 

Page 149 : Elle sortit du lit, claudiqua lentement jusqu’à la porte de la pièce aux provisions et communiqua à Sethe et à Denver la leçon que lui avait apprise ses soixante années d’esclavage et ses dix années de femme libre : il n’y avait pas d’autre malchance en ce monde que les Blancs.

 

Page 236 : Il avait agi derrière son dos comme un sournois. Mais faire les coups en douce, c’était son boulot, sa vie ; quoique toujours dans un but clair et pieux. Avant la guerre, il ne faisait que cela : dissimuler des fuyards dans des caches, infiltrer des renseignements secrets dans des endroits publics. Sous des légumes licites, il y avait des humains de contrebande qu’il transportait de l’autre côté de la rivière.

 

Page 276 : Le jour où Payé Acquitté vit les deux dos à travers la fenêtre puis redescendit les marches précipitamment, il prit les vociférations indéchiffrables qui retentissaient autour de la maison pour les marmonnements furieux de défunts noirs mécontents. Très peu d’entre eux étaient morts dans leur lit Comme Baby Suggs, et personne de sa connaissance, pas même Baby, n’avait vécu une existence vivable. Même les gens de couleur instruits : les gens avec des années d’école, les médecins, les professeurs, les journalistes, les hommes d’affaires, avaient dû batailler ferme. En plus d’avoir dû se servir de leur tête pour aller de l’avant, ils avaient le poids de la race tout entière qui leur pesait dessus. Il y aurait fallu deux têtes. Les Blancs étaient persuadés que, quelles que fussent leurs manières, sous toute peau sombre se cachait une jungle.

 

 

 

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Mon avis : Je reste ici – Marco Balzano

Publié le par Fanfan Do

Traduit par Nathalie Bauer

 

Éditions Philippe Rey

 

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Quatrième de couverture :

Trina s'adresse à sa fille, Marica, dont elle est séparée depuis de nombreuses années, et lui raconte sa vie. Elle a dix-sept ans au début du texte et vit à Curon, village de montagne dans le Haut-Adige, avec ses parents.
En 1923, ce territoire autrichien, annexé par l'Italie à la suite de la Première Guerre mondiale, fait l'objet d'une italianisation forcée : la langue allemande, qu'on y parle, est bannie au profit de l'italien.
Trina entre alors en résistance et enseigne l'allemand aux enfants du bourg, dans l'espoir aussi de se faire remarquer par Erich, solitaire aux yeux gris qu'elle finira par épouser et dont elle aura deux enfants, Michael et Marica.
Au début de la guerre, tandis qu'Erich s'active dans une farouche opposition aux mussoliniens et au projet de barrage qui menace d'immerger le village, la petite Marica est enlevée par sa tante, et emmenée en Allemagne.
Cette absence, vive blessure jamais guérie chez Trina, sera le moteur de son récit. Elle ne cachera rien des fractures apparaissant dans la famille ou dans le village, des trahisons, des violences, mais aussi des joies, traitées avec finesse et pudeur.
Un roman magnifique, mêlant avec talent la grande et la petite histoires, qui fera résonner longtemps la voix de Trina, restée fidèle à ses passions de jeunesse, courageuse et indépendante.

 

 

Mon avis :
Et voilà le dernier livre que je voulais lire dans le cadre du #bookclub du @prixbookstagram pour #unétéenitalie mais comme pour le précédent, trop de tentations venant du groupe… et patati et patata. Je le lis donc totalement hors des clous car l'été est fini.

Trina, en s'adressant à sa fille Marica nous raconte l'histoire de sa vie et de l'endroit où elle vivait depuis toujours, qui était autrichien et où l'on parlait allemand, annexé par l'Italie à la suite de la première guerre mondiale.

« Sur l’ordre de Mussolini, les rues, les ruisseaux et les montagnes ont été rebaptisés… Ces assassins ont même molesté les morts en changeant les inscriptions sur les pierres tombales ».
Exit culture et langue allemande. L'italien est devenu obligatoire dans tous les détails de la vie. Mais Trina refuse de renoncer à ce qu'elle a toujours été, une autrichienne.

Dès les premières lignes on est plongé dans l'ambiance, dans le récit de toutes ces vies dans le tumulte du monde, et les mots nous emportent dans ce coin de montagne envahi par les fascistes.
J'ai ressenti la fureur de ces gens qui refusent d'être des parias chez eux et je les ai trouvés grandioses dans leurs petits combats presque perdus d'avance, car c'est la lutte du pot de terre contre le pot de fer.

Un père très ouvert, une mère coincée dans l'idée qu'elle se fait du rôle de la femme et qui de surcroît déteste les livres, Erich homme de convictions dont elle semble secrètement amoureuse, vont amener Trina à être institutrice clandestine pour préserver la culture autrichienne et être remarquée par Erich.

À force de frustration d'être soumis aux italiens, certains mettent leurs espoirs en 
Adolf Hitler. S'ensuivra une haine fratricide entre ceux qui se connaissent depuis toujours. D'un côté ceux qui veulent rallier l'Allemagne nazie et de l'autre ceux qui veulent rester car ils savent que c'est la pire idée. Puis une trahison, les crève-cœur, la douleur et la guerre suivront.

On suit les transformations que créent les événements indépendants de toute volonté dans une vie, ce qui façonne les individus. On vit l'histoire de cette région, happée par l'histoire du monde, qui chamboulera absolument tout.
Et puis cette épée de Damoclès au dessus du village, de longue date l'ambition d'un barrage qui engloutirait tout, sans cesse ajourné, toujours en projet.

C'est vraiment une écriture superbe, qui nous entraîne dans cette région du Tyrol, au milieu de ces paysans qui aimaient leur terre, dans un monde qui n'existe plus, celui de la première moitié du XXème siècle. L'auteur nous immerge dans ce microcosme à l'aube de ce déferlement de violence qu'à été la deuxième guerre. On assiste avec les protagonistes à la fin d'un monde et bien que j'ai lu beaucoup d'histoires sur cette période, c'est toujours un déchirement d'y replonger.

C'est un roman absolument magnifique. 
Marco Balzano part d'une réalité historique dans un lieu précis pour nous parler de petites gens à qui rien n'a été épargné, maltraités par les puissants, toujours debout mais changés à jamais.

 

Citations :

Page 14 : Ta grand-mère était difficile et sévère, elle avait les idées claires sur tout, distinguait avec aisance le blanc du noir et n’avait aucun scrupule à trancher à coups de hache. Moi, je me suis perdue dans une gamme de gris. D’après elle, à cause des études. Elle voyait dans les gens instruits des êtres inutilement compliqués. Des fainéants, des pédants, qui coupent les cheveux en quatre. Je pensais, pour ma part, qu’il n’y avait pas de plus grand savoir que les mots, en particulier pour une femme. Évènements, histoires, rêveries, il importait d’en être affamé et de les conserver pour les moments où la vie s’obscurcit ou se dépouille. Je croyais que les mots pouvaient me sauver.

 

Page 30 : Nos villages étaient voués à disparaître sous une tombe liquide. Les maz, l’église, les boutiques, les pâturages : tout serait submergé. Le barrage nous enlèverait nos maisons, nos animaux, notre travail. De nous, il ne resterait rien. Nous serions obligés d’émigrer, de nous transformer. De changer de métier, d’endroit, de peuple. Nous mourrions loin du Val Venosta et du Tyrol.

 

Page 47 : Une fois la classe terminée, j’allais déjeuner chez mes parents. Je restais un moment chez eux ou rentrais et me mettais à lire. Ma ne supportait pas que je perde du temps de la sorte. Lorsqu’elle me voyait, penchée sur un volume, elle disait dans des marmonnements que j’emporterais mes livres en enfer et me chargeait des besognes domestiques, sans cesser de répéter que je devais apprendre à coudre pour le jour où j’aurais des enfants.

 

Page 78 : Nous avons attendu que la neige fonde sous la chaleur de l’été et que le vent des Alpes nous la ramène, silencieuse et lourde. Nous avons pleuré nos morts en silence. Avalé la couleuvre qui consistait à nous être battus aux côtés des Autrichiens pour nous retrouver italiens. Nous y sommes parvenus car nous étions persuadés que c’était la dernière des guerres. La guerre qui avait servi à balayer les guerres. Voilà pourquoi l’annonce d’un second conflit avec l’Allemagne, qui envahirait bientôt le monde, nous étourdit.

 

Page 91 : Je me disais que les fascistes étaient des fumiers : ils voulaient nous noyer, ils nous avaient entraînés dans la guerre et pris Barbara. Les nazis l’étaient tout autant : ils nous avaient dressés les uns contre les autres, ils réclamaient nos hommes dans le seul but de les transformer en chair à canon.

 

Page 99 : Quand on met des enfants au monde, on accepte les chagrins qu’ils entraîneront !

 

Page 110 : Erich m’enjoignait de me taire lorsque je répliquais que Dieu est l’espoir de ceux qui n’ont pas envie de bouger le petit doigt.

 

Page 143 : Le matin, le prêtre essayait d’apprendre à prier à Maria. Un jour où je me joignais à eux, je songeais qu’il avait bien de la chance de croire que le désastre de la guerre et la proximité incessante de la mort figuraient parmi les intentions de Dieu. À mes yeux, c’étaient juste la preuve que, pour Dieu, il valait mieux ne pas exister.

 

Page 164 : Nous vantions les qualités de la viande et de l’endroit, mais nous ne savions pas quoi nous dire. Peut-être parce qu’il importe, après la guerre, d’enterrer avec les morts tout ce qu’on a vu et fait, de nous sauver à toutes jambes avant de nous transformer nous aussi en décombres. Avant que les fantômes ne deviennent notre dernière bataille.

 

Page 174 : À force de voyager dans le monde entier, il connaissait bien les gens. Ils étaient partout pareils, assoiffés de tranquillité. Heureux de ne rien voir. C’est ainsi qu’il avait lui-même vidé des villages, éventré des quartiers, abattu des maisons pour faciliter le passage de voies ferrées et d’autoroutes, coulé du béton dans les campagnes, construit des usines le long des cours d’eau. Son travail était prospère parce qu’il se nourrissait de la confiance inerte en le destin, en une foi absolutoire en Dieu, en l’insouciance des hommes.

 

Page 215 : Même les blessures qui ne guérissent pas cessent tôt ou tard de saigner.

 

 

 

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Mon avis : L’été sans retour – Giuseppe Santoliquido

Publié le par Fanfan Do

Éditions Gallimard

 

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Quatrième de couverture :

« La vie se gagne et se regagne sans cesse, à condition de se convaincre qu’un salut est toujours possible, et de se dire que rien n’advient qui ne prend racine en nous-mêmes. »
Italie, la Basilicate, été 2005. Alors que le village de Ravina est en fête, Chiara, quinze ans, se volatilise. Les villageois se lancent à sa recherche ; les jours passent, l’enquête piétine : l’adolescente est introuvable. Une horde de journalistes s’installe dans une ferme voisine, filmant le calvaire de l’entourage. Le drame de ces petites gens devient le feuilleton national.
Des années après les faits, Sandro, un proche de la disparue, revient sur ces quelques mois qui ont changé à jamais le cours de son destin.
Roman au suspense implacable, L’été sans retour est l’histoire d’une famille maudite vivant aux marges du monde, confrontée à des secrets enfouis et à la cruauté obscène du cirque médiatique.

 

 

Mon avis :
Sandro nous raconte la vie à Ravina, en partant des années et des semaines qui ont précédé la disparition de Chiara pendant l'été 2005. L'amitié entre son père et Serrai. Serrai et Bianca qui l'ont pris chez eux à la mort de ses parents alors qu'il était adolescent, qui lui ont offert un foyer et un avenir. L'arrivée d'Aurelio Marra le jeune médecin dans ce trou perdu. Sa relation avec Lucia, "petite soeur" d'adoption avec qui il avait une complicité parfaite mais aussi Chiara, autre "petite soeur". La personnalité de Bianca assez abrupte et celle de Serrai le taiseux. Ses parents qui s'aimaient.

Le récit de Sandro est prenant et lent comme la chaleur d'un soleil de plomb. On se laisse emporter dans la vie de ces gens, dans ce village à l'écart du monde où rien ne se passe jamais. Hélas, dans les villages on s'observe les uns les autres, on sait tout sur chacun, on juge, on envoie des lettres anonymes, on voue aux gémonies. Mais quand Chiara disparaît, personne ne sait rien. Pourtant tout le monde a quelque chose à dire. le cirque médiatique s'installe avec les journalistes et toutes les petites mesquineries des uns et des autres ont libre cours. La pudeur et la décence ne sont pas de mise. L'obscénité et les fanfaronnades sont reines.

L'écriture est belle et on se laisse emporter dans cette histoire étrange où l'incommunicabilité est le véritable poison, dont les médias usent et abusent sans vergogne dans le but de manipuler les victimes de cette tragédie et vendre de la compassion dégoulinante : "[…] des kilos de pathos avalés tout crus par les caméras et régurgités tels des bouts de viande avariée sur les écrans de télévision."

J'ai été envoûtée par cet été tragique qui nous traine dans une ambiance parfois poisseuse, ce récit à rebours qui nous amène jusqu'au dénouement et au delà, en retraçant des événements inspirés d'un fait divers réel. Je n'ai pu m'empêcher de penser à l'affaire Gregory et le cirque médiatique dans lequel les charognards se sont engouffrés sans vergogne, jusqu'à anéantir la notion de pudeur, de respect du deuil et de la douleur, obsédés qu'ils étaient par l'envie de scoop.
Pas à pas les secrets tombent et nous dévoilent une vérité sordide. Ce roman m'a emportée presque sans que je m'en rende compte.

 

Citations :

Page 30 : Ce genre de fils de pute, ça prépare ses coups à l’avance. Moi, un type pareil, si je l’attrape, je l’enduis de jus de viande, puis je le livre bien ligoté à mes porcs.

 

Page 38 : Cet être fat symbolisait la pire espèce possible de fonctionnaires, ces larves dont l’arrogance est décuplée par la conscience de jouir d’un privilège sans commune mesure avec leurs médiocres qualités.

 

Page 47 : Combien de fois Bianca ne me trouva-t-elle pas tapi dans un coin de la maison, le corps agité par les sanglots ? Un monde vide, un monde de rien, sans plus d’interaction ni de désir, avait chassé un monde d’amour et de tendresse.

 

Page 100 : Filomena, la directrice du lycée, y alla la première à grand coup de mots pompeux, pleins de dégoût, sans jamais se départir de cette mine suffisante typique des gens de condition intermédiaire, qui cherchent à masquer leur nature de paysan par toutes sortes de politesses apprises.

 

Page 105 : J’essaie de comprendre depuis tant d’années. De percer ce manque de volonté qui empêche de résister à l’appel de la haine, retournant tant de belles âmes en une horde de soldats fielleux.

 

Page 110 : L’accusation, la plupart du temps, ce n’est rien d’autre qu’un moyen de diversion. Ça permet de nous arroger des vertus par opposition, des vertus dont la plupart du temps nous sommes dépourvus. En salissant autrui, on pense le priver de sa lumière et, par ricochet, briller un peu plus soi-même. Le pire, c’est que cette façon de faire nous permet de nous sentir mieux ! Elle rend heureux, du moins sur le moment.

 

Page 146 : Avec les opprimés, cependant, on ne peut jamais prévoir, c’est quand on s’y attend le moins qu’un ressort se rompt sans crier gare, faisant remonter des siècles de frustration à la surface ; quelquefois, cela s’achève par un coup de sang violent et éphémère ; à d’autres moments, le coup de sang peut transformer n’importe quelle chiffe mole en assassin.

 

Page 209 : Le danger avec les souvenirs, c’est qu’ils sont souvent l’antichambre des remords. Et les remords, une piteuse tentative de réécrire le passé, de ne pas accepter de ne pouvoir manipuler le temps, ce qui est une façon de nous incliner face à la mort.

 

 

 

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Mon avis : Danser dans la mosquée – Homeira Qaderi

Publié le par Fanfan Do

Traduit par Cécile Dutheil de La Rochère

 

Éditions Julliard - 10-18

 

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Quatrième de couverture :

Homeira naît en 1980 à Hérat, en Afghanistan, dans une maison où se côtoient trois générations qui tentent de survivre tour à tour à l'occupation soviétique, à la guerre civile puis à la première prise de pouvoir des talibans. Au sein de ce foyer aimant, l'enfant chérit les livres et la liberté, se révolte contre les privilèges accordés aux hommes et les interdits visant les filles. Adolescente, elle va jusqu'à animer une école clandestine dans une mosquée.
Mais plus Homeira grandit, plus la vie s'assombrit. Elle accepte le mariage avec un inconnu, puis finit par fuir son pays. Elle fera de son existence un combat pour l'instruction et pour le droit des femmes.
Portrait d'un peuple qui vit sous la férule des talibans, Danser dans la mosquée est aussi un message au fils dont Homeira Qaderi a été séparée, auquel elle adresse des lettres poignantes.

" Danser dans la mosquée se lit vite, sans répit. Homeira Qaderi est une formidable conteuse. " Karen Huard, ELLE

 

 

Mon avis :
Merci a Babelio Masse Critique pour l'envoi de ce livre 😘


Homeira Qaderi nous prévient en préambule que tout est vrai dans ce livre à part certains noms, pour des raisons évidentes.
De son exil en Californie, ce livre raconte sa vie en Afghanistan depuis l'enfance, parsemé de lettres à son fils, qu'on lui a retiré quand il avait dix-neuf mois.

"𝙻𝚎𝚜 𝚚𝚞𝚊𝚝𝚛𝚎 𝚜𝚊𝚒𝚜𝚘𝚗𝚜 𝚊𝚕𝚕𝚊𝚒𝚎𝚗𝚝 𝚎𝚝 𝚟𝚎𝚗𝚊𝚒𝚎𝚗𝚝, 𝚖𝚊𝚒𝚜 𝚕𝚊 𝚜𝚊𝚒𝚜𝚘𝚗 𝚍𝚎 𝚕𝚊 𝚐𝚞𝚎𝚛𝚛𝚎 é𝚝𝚊𝚒𝚝 𝚜𝚊𝚗𝚜 𝚏𝚒𝚗."
Il y a eu l'occupation russe, puis, après, l'arrivée des talibans. Les filles étaient déjà au départ moins bien traitées que les garçons, jouissant de beaucoup moins de privilèges qu'eux à tous les niveaux, moins de viande à table, pas le droit de courir, encore moins de grimper aux arbres, de rire bruyamment. Mais à l'arrivée des talibans la nuit s'est refermée sur elles. Elles ont cessé d'exister. Ces obscurantistes, à vouloir écraser les femmes, ont réveillé chez certaines un fort esprit de résistance.

Homeira était une rebelle née. Une petite fille curieuse et pleine de vie, refusant l'injustice, rien que ça. Elle voulait juste avoir les droits des garçons.

Tout au long de ce récit j'ai ressenti une angoisse diffuse. le désir de résistance des filles, car plutôt mourir que d'être enterrée vivante mais aussi la peur des garçons qui refusent d'aller contre les talibans. Car il faut du courage pour refuser le destin imposé par ces espèces de zombies, ces hommes armés, vêtus de noir, dépenaillés, maigres, sales, aux longues barbes, longs cheveux et turban, maquillés d'un trait de khôl, au regard glacé comme la mort.
Tout est devenu interdit : rire, chanter, danser, écouter de la musique, avoir une télé, lire, à part le coran. Être heureux tout simplement et avoir des rêves est interdit.

Un jour Homeira a accepté, pour épargner l'opprobre à sa famille, d'être mariée à un inconnu, ou plutôt vendue car dans cette culture là, le prix d'une fille est négocié, elle n'a pas son mot à dire. Néanmoins elle vivra une parenthèse enchantée en Iran où les femmes à ce moment là avaient le droit d'étudier, de rire, de travailler, avant de rentrer en Afghanistan, de […] 𝚛𝚎𝚝𝚘𝚞𝚛𝚗𝚎𝚛 𝚍𝚊𝚗𝚜 𝚞𝚗𝚎 𝚟𝚒𝚕𝚕𝚎 𝚚𝚞𝚒 𝚜𝚎 𝚗𝚘𝚞𝚛𝚛𝚒𝚜𝚜𝚊𝚒𝚝 𝚍𝚞 𝚜𝚊𝚗𝚐 𝚍𝚎𝚜 𝚏𝚒𝚕𝚕𝚎𝚜.

Ce livre est un cri, de révolte, de ralliement, de solidarité, pour toutes les femmes du monde écrasées par des pouvoirs misogynes et totalitaires, mais aussi pour des hommes qui savent qu'une société non égalitaire est une société bancale, injuste et souvent cruelle.

 

Citations :

Page 13 : Elle était persuadée que la plus difficile des missions que le Tout-Puissant pouvait confier à quiconque était d’être une fille en Afghanistan.

 

Page 34 : Le lendemain de ta naissance, un vent glaçant a pénétré par le fenêtre ouverte de ma chambre. Dans la rue, les gens devaient être en train de rassembler les membres éparpillés des corps de leurs proches morts. Un camion-citerne jaune orangé était venu prêter main-forte à la neige pour effacer les entailles rougeoyantes, fruit de la cruauté des hommes.

 

Page 63 : Je sais que l’islam a été manipulé et transformé en instrument de châtiment. En pierre à lapider les gens, surtout les femmes.

 

Page 108 : Nous étions condamnées à vivre dans une obscurité étouffante, claquemurées derrière les fenêtres et les rideaux. Les filles ne voyaient la lumière que lorsqu’elles les écartaient pour faire passer le fil dans leur aiguille.

 

Page 127 : Nous vivions une époque terrifiante. Les talibans obligeaient de nombreuses jeunes filles à les épouser et personne n’osait s’opposer à ces hommes armés et féroces. Certains étaient arabes, pakistanais ou tchétchènes, si bien que les filles disparaissaient comme de la fumée. Telle était la face hideuse de la religion et de la politique.

 

Page 137 : Nanah-jan a toujours pensé qu’une femme afghane devait d’abord avoir un fils, pour faire plaisir à son mari, puis une fille, pour son plaisir à elle. « Une femme sans fille meurt avec un sacré lot de peine et de souffrance », disait-elle.

 

Page 142 : Dans les livres que nous avions remontés de la cantine, il n’y avait pas de burqa. Pas de filles que l’on fouettait avec des branches de grenadier ou que l’on échangeait contre des chiens de combat. Pas de filles que l’on offrait au vieillard le plus pieux de la cité. Pas de filles battues qui préféraient se jeter dans un puits plutôt que d’être lapidées à mort. Il n’y avait pas non plus de fillettes que leur père obligeait à porter des vêtements de garçon et à jouer le rôle du fils de la famille. Dans ces livres-là, les femmes n’allaient pas confier leurs histoires à l’eau du fleuve ni parler aux morts des cimetières pour fuir la solitude.

 

Page 194 : Avec le temps, je me suis fait deux amies, Sara et Elaheh, avec qui je pouvais parler plus longuement de mon enfance en Afghanistan. Je me souviens de leurs regards ébahis quand elles refermaient leurs livres pour m’écouter. À l’époque, personne n’avait rien écrit sur la vie des femmes sous le régime des talibans. Elles n’imaginaient pas qu’un tel endroit puisse exister ; inversement, je ne savais pas qu’en dehors de l’Afghanistan, le monde était un paradis, relatif, pour les femmes.

 

 

 

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