Mon avis : Le jour avant le bonheur – Erri De Luca
Traduit de l’italien par Danièle Valin
Éditions Gallimard
Mon avis sur Insta c'est ici
Quatrième de couverture :
Nous sommes à Naples, dans l'immédiat après-guerre.
Un jeune orphelin, qui deviendra plus tard le narrateur de ce livre, vit sous la protection du concierge, don Gaetano. Ce dernier est un homme généreux et très attaché au bien-être du petit garçon, puis de l'adolescent. Il passe du temps avec lui, pour parler des années de guerre et de la libération de la ville par les Napolitains ou pour lui apprendre à jouer aux cartes. Il lui montre comment se rendre utile en effectuant de menus travaux et, d'une certaine façon, il l'initie à la sexualité en l'envoyant un soir chez une veuve habitant dans leur immeuble.
Mais don Gaetano possède un autre don: il lit dans les pensées des gens, et il sait par conséquent que son jeune protégé reste hanté par l'image d'une jeune fille entraperçue un jour derrière une vitre, par hasard, lors d'une partie de football dans la cour de l'immeuble. Quand la jeune fille revient des années plus tard, le narrateur aura plus que jamais besoin de l'aide de don Gaetano… Dans la veine de Montedidio, ce nouveau livre du romancier italien s'impose comme un très grand roman de formation et d'initiation.
/image%2F4176010%2F20230910%2Fob_fdc08e_le-jour-avant-le-bonheur.jpg)
Mon avis :
Quelle belle écriture !
Le narrateur nous raconte son enfance pauvre à Naples, quand, orphelin se sentant fils de personne, il vivait dans un réduit d'immeuble et que Don Gaetano le concierge, orphelin aussi, prenait soin de lui et lui prêtait des livres. C'était juste après la guerre.
Gaetano lui racontait les laissés pour compte, l'orphelinat, le froid, la nuit à Naples, la guerre, pourquoi il a caché un juif. C'est beau…
C'est l'histoire d'une vie, du chemin qui mène de l'enfance à l'âge adulte, avec Don Gaetano comme guide et la découverte de la folie des hommes, de l'imagination fertile des enfants, des rêves, des espoirs, de l'amour, du désir, la capacité de renoncer, et une phrase m'a particulièrement touchée : Les désirs des enfants donnent des ordres à l'avenir. C'est comme si cette phrase à elle seule résumait ce roman. Mais il y a aussi le mystère des origines… et la question de savoir qui on est, d'où on vient, de qui.
Alors c'est très poétique et ça dit des belles choses mais c'est très lent. Je me suis pas mal ennuyée… et quand je m'ennuie mon esprit vagabonde et je dois souvent revenir en arrière…
Citations :
Page 11 : Comment se fait-il que je n’ai pas eu peur ? Je compris que ma peur était timide, elle avait besoin d’être seule pour sortir à découvert.
Page 23 : - Tu cherches à tout prix un saint. Il n’y en a pas, pas plus que des diables. Il y a des gens qui font quelques bonnes actions et une quantité de mauvaises. Pour en faire une bonne, tous les moments se valent, mais pour en faire une mauvaise, il faut des occasions, des opportunités. La guerre est la meilleure occasion pour faire des saloperies. Elle donne la permission. En revanche, pour une bonne action, aucune permission n’est nécessaire.
Page 36 : Un étudiant du conservatoire, Ruggero Semeraro, dix-sept ans, a ouvert la fenêtre de son balcon et a joué au piano La Marseillaise, cet air qui donne encore plus de courage. Le curé Antonio La Spina, soixante-sept ans, sur la barricade devant la banque de Naples, criait le psaume 94, celui des vengeances. Le coiffeur Santo Scapece, trente-sept ans, a lancé une bassine de mousse de savon sur la fente de vision d’un tank qui est allé s’écraser contre le rideau de fer d’un fleuriste. En l’espace de trois jours, le tir des habitants était devenu infaillible.
Page 52 : Quand on l’étudiait à l’école, l’univers était une table dressée pour des invités munis d’un télescope. En fait, il s’étendait à l’œil nu et ressemblait à un mimosa en mars, avec ses grappes fleuries, surchargées de points nébuleux, jetés pêle-mêle dans le feuillage, serrés au point de cacher le tronc.
Page 64 : Les désirs des enfants donnent des ordres à l’avenir. L’avenir est un serviteur lent mais fidèle.
Page 103 : Petit, j’imaginais que j’étais un bout de cet immeuble, mon père était le corps du bâtiment, ma mère la cour. Je fouillais dans tous les coins pour mieux les connaître. C’était une version qui me tenait compagnie et faisait de la nuit mon amie.
Page 126 : En classe nous étudiions jusqu’à la Première Guerre mondiale, puis l’année scolaire se terminait et avec elle le vingtième siècle. Un jeune homme avait tiré sur un archiduc et le monde s’était fait la guerre à lui-même, divisé entre ceux qui étaient du côté de l’archiduc et ceux du côté du jeune homme.
Page 129 : Il y avait une générosité civile dans l’école publique, gratuite, qui permettait à un garçon comme moi d’apprendre. J’avais grandi en elle et je ne mesurais pas l’effort d’une société pour s’acquitter de cette tâche. L’instruction nous donnait de l’importance, à nous les pauvres. Les riches s’instruisaient de tout façon. L’école donnait du poids à ceux qui n’en avaient pas, elle rendait égaux. Elle n’abolissait pas la misère mais, entre ses murs, elle permettait l’égalité. La différence commençait dehors.
/image%2F4176010%2F20230910%2Fob_c9fb13_nous-sommes-bob-1.jpg)
/image%2F4176010%2F20230910%2Fob_e4b4a0_nuit-mere.jpg)
/image%2F4176010%2F20230805%2Fob_a2ae3d_borgo-sud.jpg)
/image%2F4176010%2F20230805%2Fob_7554dc_celle-qui-est-revenue.jpg)
/image%2F4176010%2F20230805%2Fob_7e74c3_landfall.jpg)
/image%2F4176010%2F20230802%2Fob_ccb886_ticket-gagnant-3.jpg)
/image%2F4176010%2F20230802%2Fob_83e043_call-me-by-your-name.jpg)
/image%2F4176010%2F20230802%2Fob_5c4742_le-programme.jpg)
/image%2F4176010%2F20230716%2Fob_569361_un-jour-viendra.jpg)