Mon avis : Pina – Titaua Peu
Éditions Au Vent Des Îles
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Quatrième de couverture :
Cadette de neuf enfants, Pina, du haut de ses neuf ans, dépeint le quotidien d'une famille de Tenaho, lotissement proche de Pape'ete. Peu à peu, à l'image de leur vallée et de leur pays, leurs destins entrecroisés se fissurent, finissant par s'effondrer et ils assistent, impuissants, à leur propre déchéance. Aux antipodes du politiquement correct, ce roman crie la rage trempée dans la sueur, le sang, le sperme ... et les larmes. Pas de réveil des consciences. Pas de jugement. La vie. Avec ce qu'elle a de laid. Avec ce qu'elle sait, aussi, de la beauté et d'une rédemption possible ...
Prix Eugène Dabit 2017
« Il y a des romans qui claquent comme des coups de fusil Celui de Titaua Peu marque une révolution dans la littérature du Pacifique. » Mediapart
« Pina a est l'enfant universel, il est celui qui voit ce qu'il ne devrait pas [ ... ]La plume de Titaua Peu résonne dans un silence qu'elle tente de briser avec une prose d'une poésie noire et tourmentée.» JDD
« Il y a beaucoup de cris, de souffrance, de violence et des sursauts de dignité dévastateurs dans Pina. » Marianne
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Pourquoi j’ai voulu lire ce livre :
Je l’ai reçu dans le cadre de l’opération Masse critique de Babelio.
Mon avis :
Titaua Peu nous emmène dès la première page dans une ambiance, sombre, loin de la Polynésie des cartes postales. Pina, petite fille de neuf ans, moins aimée et moins bien traitée que sa soeur Rosa, quinze ans, beauté à la peau et aux yeux clairs. Parce que pas jolie, plus noire de peau et aux cheveux crépus, elle est une Cosette à la sauce Papeete, sans pour autant être une souffre-douleur.
C'est le récit de la misère au soleil.
Pina, huitième d'une famille de neuf enfants, nous raconte sa vie auprès d'un père indigne, alcoolique et violent, et d'une mère qui ne l'aime pas, nous parle de sa tante Poe, qui aime ses vingt enfants et aussi tous les enfants du monde, et puis Pauro son frère adoré, son dieu, son soutien.
Pina est une géante dans un corps de petite fille. Elle est belle et grandiose, d'une incroyable générosité et une compréhension des choses qui fait montre d'une étonnante maturité tant son acuité sur le monde qui l'entoure est juste.
L'écriture de Titaua Peu est tout en subtilité. Que beaucoup de faits abjects soient juste suggérés nous permet d'assister à toutes ces flétrissures sans se sentir voyeur.
L'Histoire de la Polynésie depuis Matahi, l'ancêtre de Pina, le quotidien, la misère, le rite de la subincision, l'alcoolisme, la prostitution, l'inceste, les violences familiales et celles faites aux femmes, l'homosexualité, l'homophobie, le racisme et la pédophilie - ces poisons du colonialisme, le sexe pratiqué beaucoup trop jeune et comme on respire, la condition féminine, tout cela nous est raconté, sans fard mais avec pudeur. C'est une plongée passionnante dans l'envers du décor, ces choses que tout le monde sait mais dont on ne parle pas.
Et puis il y a tous ces destins entrelacés… et toute cette fureur qui gonfle et court vers l'inéluctable.
Une très belle écriture dont la fluidité vous emporte au gré du courant dans cet endroit qui n'est pas un paradis pour les tahitiens qui ne veulent pas et n'ont jamais voulu être français, parce que les français justement l'ont transformé en enfer pour les natifs.
Je ne suis pas près d'oublier Pina, sa famille et son peuple d'écorchés vifs.
Merci mille fois à Babelio_ Masse critique et Au vent des îles pour m'avoir permis de découvrir ce magnifique et douloureux roman avec ses personnages poignants, ainsi que cette autrice que je vais suivre désormais.
Citations :
Page 31 : Elle regarda au loin, par-delà la cime des vieux flamboyants, et pour la première fois, ses lèvres ont murmuré « maman », timidement, douloureusement. Elle pensa très fort à ce mot. C’était le plus joli mot que Dieu avait inventé et que le vent venait d’emporter.
Page 52 : Je sais pas si j’ai déjà dit que tante Poe avait des tonnes de gosses. Sûrement, parce que c’est la première chose à laquelle on pense, quand on la voit. Large, obèse, mais agile, des seins aussi vertigineux que les montagnes de chez moi, qu’on n’escaladait jamais. Tout ça, c’était le corps de tatie. Un corps fait, taillé pour porter le plus d’enfants possible, pour consoler les chiards, leurs petites et leurs grosses douleurs. Un corps qu’apparemment son mari aimait, aimera toujours, jusqu’au moment où le soleil et la terre seront vidés de leurs souvenirs.
Page 70 : Ils étaient adultes et les rêves, ils les avaient largués depuis longtemps.
Page 167 : Souffrir pour quelqu’un qui ne se sait pas perdu, il n’y a presque rien d’aussi terrible.
Page 177 : Tuer, c’est très facile, vous savez. Celui qui a le projet de le faire, possède une force extraordinaire, possède toutes les légitimités de son côté.
Page 269 : Ce matin-là, avant de mourir, il a eu des yeux très étranges, un sourire moqueur, diabolique, il lui a sorti qu’un jour elle comprendrait que cette religion importée ne les élèverait pas. Ni eux, ni leurs descendants. Cette religion était la religion de l’exclusion. Ne croire qu’en un seul Dieu, c’était annuler toute possibilité aux hommes de s’élever au rang de divinité, et donc d’approcher la perfection. Ainsi, avec la religion chrétienne, l’homme sera condamné à n’être qu’un homme. Une créature toujours imparfaite, toujours demandeuse, toujours peureuse.